‹ De l'amourChapitre 32 sur 67 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

entre quelques êtres privilégiés qui firent un choix heureux, et qui ont assez de lumières pour connaitre leurs vrais intérêts. Ce n’est pas aux sages seulement qu’on destine ce lien, mais à tous les caractères. Sans doute il est à croire qu'avec une humeur équitable et douce, plusieurs personnes parviendront à s’aimer, ou à se supporter long-temps; mais qu’espère-t-on pour toute une multitude qui ne concevra pas même qu’une telle humeur puisse exister et se soutenir? Dans le nombre il se trouvera de bons cœurs, mais pas une tête juste.

On dira que la bonté du cœur suffit, et cette assertion n’aura rien qui surprenne; ils doivent approuver le mariage indissoluble ceux qui connaissent si bien les hommes (42). Communément on l’approuve, ou plutôt on croit l’approuver; une habitude invétérée déguise ainsi la nature des choses. Et néanmoins lorsque les suites des meilleurs penchans doivent dégénérer, si ce n’est par exception, en une perpétuelle servitude, qu’y a-t-il de douteux dans l'esprit, dans l’objet des institutions. Le législateur ne dit-il pas assez haut que l’on se joue de la destinée des individus, qu’elle ne sera comptée pour rien, et qu’on ne voit dans les hommes que des fractions numériques bonnes à multiplier pour les travaux ou pour les contributions? Alors les peuples semblent abusés, mais ils n’oublient pas entièrement d’autres convenances dont le sentiment renaît

L’indissolubilité de l’union a pour pré 1 texte l'avantage moral d’une règle inflexibles d’une sorte de pureté dont on exagère l'impors

sans être nécessaires, fussent admirables. Bien! fé qu’il convint même alors de se borner 4 conseiller une si grande perfection, au lieu de l'exiger, ce serait pourtant avec quelque raison qu’elle séduirait les hommes droits:

mais il est certain que ce prétexte manque aux partisans du mariage irrévocable, et ques la régularité absolue était même abandonnées des casuistes. La satisfaction entière et volon+ taire des sens ne doit être regardée comme tout-à-fait régulière que si, l'union étant d’ail« leurs consacrée, on a l'intention, ainsi quel l'espoir de remplir actuellement, par la pro création, les fins naturelles et légales de cettel jouissance. Peut-être le sage aimerait-il à s’im< poser une loi semblable dès la première jeu nesse. Mais dans le mariage, tel que le suppose! même le rigorisme, beaucoup de momenst d’union appartiennent uniquement à l’appétit

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