‹ De l'amourChapitre 33 sur 67 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sensuel; autant valait ne pas assujettir, d'a près de mystiques subtilités, un très-grand nombre de personnes à n approcher que d’un

seul individu pendant le cours de la vie.

En ne tolérant aucune perspective d’une loyale indépendance, le mariage indissoluble fournit tant de prétextes pour de vrais désordres, qu’on renonce bientôt à lutter contre la corruption produite par l’inflexibilité même de la règle. Mais ce serait une erreur presque aussi grande d'introduire des lois contradictoires, et d’affaiblir les motifs de se marier, tout en consacrant le mariage : dès qu’il existe comme seul lien légal, il convient de le rendre en quelque sorte nécessaire. Il faut se garder de légitimer les enfans dont la naissance n’a pas été régulière; il faut établir à cet égard une différence positive, pour les deux sexes, entre une conduite qu’on punirait s’il était possible, et une conduite exacte dans le sens des principes politiquement reconnus.

Lorsque, par des dispositions contradictoires, il est permis légalement d’éluder les lois les plus positives, ceux qui ont eu des mœurs irréprochables ne trouvent point le prix de leurs sacrifices, et il en résulte dans lopinion une incertitude qui conduit au mépris des véritables devoirs. Si le mariage n’offre plus d’avantages formels, il n’en restera que les inconvéniens, et comme on ne le désirera plus, on l’évitera bientôt.

SE

Ce n’est pas qu’il convienne en tous lieux de faire observer scrupuleusement chaque loi. non abrogée. Si en général les institutions du pays ne supposent pas des mœurs exactes, on.

peut ne point mettre d'importance à de simples irrégularités; mais décréditer par des modifications imprudentes une loi qui cependant est maintenue, c’est ouvrir une source de désordres. Le gouvernement peut souffrir qu’on néglige de certains réglemens, et quelquefois. cette triste condescendance est inévitable.

Mais il n’est pas naturel de la proclamer, et il! serait dangereux de l’étendre à des objets:

essentiels ; en détruisant ainsi le pouvoir moral. des lois, on ne leur laisserait que l’autorité du. glaive.

Si au contraire la loi est conséquente, malgré! l’affaiblissement général des mœurs, ox la!

suit encore pour ne pas troubler l’ordre apparent, et pour éviter des suites que cette loi condamne. Comme ordinairement la loi, en menaçant, au lieu d’exhorter, s’arme de force, et ne veut pas d’amour, comme elle ne parle que des dehors, et ne connaît que les faits, une soumission raisonnée peut suffire : on n’est! point coupable, pourvu qu’on eee ce que la loi n’a jamais toléré.

Dans les lieux où il en est ainsi, les oui sances non légales que ne prohibe aucun engagement particulier, ne sont pas des crimes. I serait bon toutefois que les liaisons qui ne

Page 1