PREMIÈRE PARTIE NUS
sauraient être formellement approuvées n’eussent guère de suites importantes. Quand elles en ont, il est convenable, ou plutôt il est né- cessaire, que ces enfans illégitimes restent toujours à part. Sous les autres rapports leur des-. tinée sera la même que celle des individus, aussi estimables, qui composent les rangs inférieurs de la société. Dans ces derniers rangs est-il beaucoup moins d'hommes heureux; la satisfaction, la santé y sont-elles nécessairement plus rares, et nul d’ailleurs n’en peut-il sortir par ses propres moyens? Et s’il était vrai que ces classes laborieuses fussent trèsmisérables, que pourrait-on en conclure? N’en sera-t-il pas ainsi des autres fils légitimes dont les pères tomberont dans l’indigence? Ou les pauvres ne doivent jamais se marier, ou, dans ‘toutes les classes, on se consolera d’avoir des . enfans qui paraissent destinés à la condition des pauvres. Les privations domestiques des fils illégitimes seraient celles de tant d’autres enfans qui deviennent orphelins en bas âge.
On a dû rendre le partage des hommes de travail aussi doux qu’il se pût; s’il en est autrement, c’est cela qu’il faut blâmer, et qu’il faut réformer. Cette humble situation ne devient malheureuse que pour celui qui prit dans l’enfance des habitudes toutes contraires, et à qui on offrit alors une brillante perspective. La
difficulté se réduirait, ce semble, à empêcher qu’en général un enfant illégitime ne fût élevé
par sa mère (43). Les femmes qui trouveraienti cette mesure rigoureuse, ne sauraient pourtant ï s’en plaindre : il serait en leur pouvoir de s’ y! soustraire, excepté dans la supposition du viol, circonstance qui n’est pas fréquente dans les pays dont il s’agit, et qui formeraiti d’ailleurs une juste exception. œ|
Si la loi permet de reconnaître des enfans nés hors du mariage, qu’elle déclare donc que cet engagement civil est conseillé seulement, et n’est pas obligatoire. Il serait absurde que: l'enfant illégitime devint partie de la famille,, comme l’enfant né sous les auspices de la loi; ce serait faire en même temps du mariage ni une obligation et une vaine cérémonie. Alors les femmes chercheraient encore à se marier,| soit pour trouver un appui, soit parce “que honneur le voudrait; mais quel homme, sur-:
tout dans les classes dont l’exemple entraîne: bientôt les autres, quel homme aurait la com-!: plaisance de se charger d’une famille, et des; embarräs d’une maison? Si tous les enfans!
acquéraient les mêmes droits, ce seul change-| ment en exigerait plusieurs autres. La plu | part des hommes renonçant à l’union conju-!| gale, les enfans devraient rester à la charge! des femmes; or cela ne saurait être aujourd’hui, puisqu'elles sont exemptes des travaux | des hommes, et que dès lors elles n’ont guère d’autres ressources indépendantes du mariage, que la faculté d’hériter comme eux.