‹ De l'amourChapitre 37 sur 67 · RARES EE · texte numérisé non relu

RARES EE

quons toutelois que l’usage de réunir plu-

sieurs femmes doit occasioner, ou contribuer à perpétuer l’asservissement de leur sexe. On peut faire emplète d’une quantité d’esclaves, mais s’attachera-t-on souvent à . plusieurs femmes, à plusieurs épouses? Quelquefois

peut-être des affections variées rendront à peu

près égales auprès d’un mari deux ou trois femmes de condition libre; mais la plupart des caractères étant peu susceptibles de ces liens

différens, et pourtant analogues, presque tou-

jours une de ces femmes gouvernera les autres, si toutes ne vivent pas dans l’invariable

sujétion qui doit devenir la première loi des

harems.

On lit dans de l'Esprit des lois : « La pluralité des femmes, qui le dirait, mène à cet amour que la nature désavoue. » C’est que la pluralité des femmes prévient en général la passion, et souvent même l’attachement. La jouissance devenant trop personnelle, ne consistera plus que dans l’agitation des sens. Quand le cœur est prévenu, quand on est entraîné, on n’a guère de caprices, et l’heureux besoin de faire jouir laisse peu d'incertitude sur la

manière de jouir soi-même. Dans un harem, au contraire, l'illusion trop faible détermine

à peine des habitudes régulières en un sens.

Comme on est accoutumé à la liberté du

choix, on choisit bientôt de toutes les ma- nières possibles, et comme il est des organes

RE PS a et pe

qui en cessant d’être nécessaires, n’ont plus. d’attrait, si cela se présente trop à la pensée, des jouissances déréglées en résulteront fréquemment. Néanmoins la polygamie ne saurait être la cause unique, et elle ne semble pas la cause principale d’un désordre souvent reproché à des peuples que la polygamie scandaliserait. Il se peut qu’elle occasione des désordres, mais surtout indistinctement, et parce qu’elle semble entraîner la clôture des femmes. C’est précisément lorsque les femmes vivent en quelque sorte avec les hommes, que ceux-ci, contens d’ailleurs de l’agrément que leur offre alors la société, se trouvent plus capables de réprimer leurs fantaisies. La société des femmes n’occasione même pas autant d’inconstance qu’on le croirait d’abord, parce qu’elles ont imaginé, soit dans leur intérêt maternel, soit dans d’autres intérêts, que la constance était une loi de la nature bien ordonnée. A force de le redire, on le fait croire : beaucoup d’hommes se persuadent, en vivant auprès des femmes, qu’indépendamment même de la force des liens, et de la sainteté des promesses, la fidélité doit être une bien belle chose.

La pluralité des femmes ne semble ni positivement contraire aux lois perpétuelles, aux lois indépendantes de nos conventions, ni généralement conforme à ces mêmes lois. Il est impossible que sous toutes les latitudes

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chaque homme ait à la fois plusieurs femmes; mais si l'unité dans le mariage était partout en vigueur, il arriverait que, du moins pendant les guerres, beaucoup de femmes ne seraient pas mariées, et qu’en même temps beaucoup d'hommes passeraient dans l’abstinence une partie considérable de leurs jours. Un moyen simple de tout concilier, ce serait de ne plus exiger que l’union d’un homme et d’une femme ne püût cesser que par la mort de l’un d’eux. Ce qu’on pourrait alléguer en faveur de la polygamie n’a de force que contre le mariage indissoluble. Dans un tel lien, les intérêts de la vie présente se trouvent sacrifiés à des convenances qu’on ne saurait guère connaître, mais qu’on suppose relatives à une vie, regardée trop expressément en cela comme seule importante. Si les réglemens du mariage n'avaient pas eu toute l’inflexibilité qui est propre aux lois théocratiques, ils auraient formé une des plus heureuses institutions humaines; c’est l’irrévocabilité qui dénature cette union, et qui la rend aussi redoutable qu’elle devait être douce.

Au milieu des contrées équatoriales, on pourrait conserver la polygamie, et, pour en diminuer les inconvéniens, la restreindre dans des limites que le faste même ne dût jamais franchir. En tolérant plusieurs épouses, on établirait quelque subordination entre elles, à peu près comme les simples reines dépendent

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