ARTICLE TROISIEME
Indications.
L’amputation tibio-tarsienne ne trouvera que de rares indications ; car aujourd’hui on possède des moyens si efficaces pour guérir les lésions traumatiques et les lésions organiques du pied que l’on ne se décide à l’amputation que lorsqu’il n’y a plus aucun espoir de conserver le membre; d’autre part, on
cherche à substituer les résections osseuses aux amputations. C’est ainsi que j’ai fait deux fois avec succès la résection du calcanéum pour une nécrose tuberculeuse de cet os.
On pratique des amputations dans la continuité du métatarse et du tarse. M. Demarquay a publié un beau succès d’amputation du tarse dans la continuité, faite dans le but de conserver les tendons des muscles moteurs du pied (1). Enfin les amputations partielles du pied se pratiquent dans toutes les articulations. On ne s’en tient plus aux amputations tarso-métatarsiennes de Lisfranc et médio-tarsienne de Chopart ; M. Jobert de Lamballe a enlevé les trois cunéiformes avec tout le métatarse. M. Alphonse Robert, dans son excellente thèse sur les amputations* partielles du pied (2), rapporte qu’il a vu une fois Dupuytren laisser par inadvertance le scaphoïde au-devant de l’astragale dans une amputation médio-tarsienne. Lisfranc, qui a cité un exemple semblable, assure que le malade guérit bien. M. Robert dit que cette opération mérite d’être méditée.
M. le professeur Malgaigne a fait remonter avec succès les amputations partielles du pied jusqu’en dessous de l’astragale, de manière à ne conserver que ce seul os du tarse. Il est vrai que l’amputation sous-astragalienne avait déjà été proposée par M. De Lignerolle; mais elle fût restée dans un oubli complet, si M. Malgaigne ne l’avait introduite dans la pratique.
Les lésions qui pourront faire réclamer la désarticulation tibio-tarsienne, pourront être traumatiques, mais le plus souvent elles seront organiques. Les premières sont : l’écrasement des os du tarse par la chute ou le passage d’un corps pesant, par une chute faite d’un point très-élevé, par le choc d’un pro-
(1) Gaz. méd. de Paris, 1858, page 517. (â) L. c., pag. 117.
jectile lancé par la poudre fulminante ; les brûlures * la consélation et la gangrène du pied ayant mis à nu et eiftamé les os tarsiens, y compris l’astragale.
Les lésions organiques sont celles que I on rencontre ordinairement dans la maladie connue sous le nom de tumeur blanche, parvenue au dernier degré : altérations des parties molles, existence de tissu fongueux ou fibro-plastique, destruction des ligaments, érosion des cartilages, carie, tubercules, nécrose des os, cancer ( M. Sédillot ). D’après M. Syme, l’altération des malléoles et de la surface articulaire du tibia ne contre-indique pas l’amputation du pied en totalité; on peut la pratiquer en enlevant en même temps les malléoles et une lamelle du tibia par un trait de scie. La troisième observation que je rapporterai est un cas de ce genre; il a été suivi de succès.