ARTICLE QUATRIEME
Quelques considérations anatomiques.
Les ligaments et la couche sous-cutanée qui entourent l’articulation tibio-tarsienne et recouvrent le dos du pied , sont minces, surtout sur les malléoles. 11 n’en est pas de même au talon; là la peau est très-épaisse, dense, non extensible, elle forme une espèce de semelle favorablement située pour supporter le poids du corps, pour résister aux inégalités du sol et à l’action des corps étrangers, et enfin pour permettre à l’homme qui s’v habitue, de marcher sans chaussure artificielle. Au talon, la couche sous-cutanée est un véritable coussinet élastique, fibro-graisseux, d’une épaisseur considérable, formé de filaments torts et résistants, s’entre-croisant et se mêlant de mille manières ; elle représente un lacis de petites loges, où se trouvent enveloppées les vésicules adipeuses ; son épaisseur
varie peu; elle a environ trois lignes. Sa grande élasticité joue un rôle important dans la station et la progression. C’est elle qui amortit la pression du corps sur les téguments et les autres parties molles du pied.
Les muscles de la jambe arrivés à la région tibio-tarsîenne, sont réduits à l’état de tendons, qui se trouvent logés dans des gaines synoviales. Ces gaines synoviales sont disposées comme suit :
A. Région antérieure. La gaine la plus interne, superficielle, donne passage au tendon du tibial antérieur; la moyenne un peu plus profonde, renferme le tendon du long extenseur du gros orteil avec l’artère tibiale antérieure accompagnée de ses veines satellites et du nerf tibial antérieur; la gaine externe est destinée au tendon du long extenseur commun des orteils et du péronier antérieur.
B. Région externe. Le ligament annulaire externe forme d’abord une gaine commune pour les deux péroniers latéraux derrière la malléole externe, et une gaine spéciale pour chacun de ces tendons sur la face externe du calcanéum.
C. Région interne. Elle présente quatre gaines qui sont d’avant en arrière :
1° Une pour le tendon du muscle tibial postérieur.
2° Une deuxième destinée au tendon du muscle fléchisseur commun des orteils.
3° Une troisième renferme les vaisseaux et les nerfs tibiaux postérieurs.
4° Une dernière plus profonde donne passage au tendon du long fléchisseur du gros orteil. Toutes ces gaines sont tapissées par une synoviale et s’élèvent a environ quatre centimètres au-dessus de la base des malléoles.
On ne peut pas nier que cette disposition anatomique
expose à l’inflammation des ces séreuses et à des fusées sanguines et purulentes.
Les artères qui méritent quelque attention, sont la tibiale postérieure, les plantaires et la pédieuse. L’artère tibiale postérieure, située entre le tendon d’Achille et la malléole interne, descend sous la voûte du calcanéum où elle se divise en plantaires interne et externe. Dans son trajet elle est accompagnée de deux veines satellites et du nerf tibial postérieur. Les artères plantaires, comme leur nom l’indique, s*e distribuent aux parties molles de la plante du pied. L’artère pédieuse, qui est la continuation de la tibiale antérieure, n’offre de l’intérêt pour l’opération qui nous occupe que pour autant que l’on doive en faire la ligature après la désarticulation. Elle est située entre le tendon de l’extenseur propre du gros orteil et le premier tendon de l’extenseur commun.
A la région tibio-tarsienne, comme dans toute l’étendue du membre inférieur, il y a des veines et des vaisseaux lymphatiques superficiels et profonds; ceux-ci accompagnent les artères. Les veines superficielles sont le commencement des veines saphènes interne et externe. La saphène interne est entourée des vaisseaux lymphatiques volumineux, qui se rendent aux ganglions lymphatiques situés en dessous du ligament de Fallope.
Le seul nerf qui puisse offrir ici de l’intérêt, est le tibial postérieur ; il accompagne l’artère et, comme elle, il se divise en nerfs plantaires interne et externe.
Le squelette de la région tibio-tarsienne est composé de l’extrémité inférieure des os de la jambe, de l’astragale et du calcanéum.
Les os de la jambe forment une mortaise articulaire, dans
laquelle est logée l’astragale. Cette mortaise est formée latéralement par les deux malléoles. La malléole externe est deux à trois lignes plus longue que l’interne. L’articulation est pourvue de trois ligaments latéraux externes et d’un ligament latéral interne. En avant et en arrière, ces ligaments manquent; ils sont remplacés par des tendons.
En portant le pied dans une forte extension sur la jambe, on fait sortir l’astragale de sa mortaise. Ce mouvement favorise la désarticulation.
J’ai déjà dit que la poche synoviale de l’articulation tibiotarsienne communique avec celle de l’articulation tibio-péronéale inférieure.
Le calcanéum, os du talon, offre en dessous et en arrière de l’articulation une saillie qui est plus ou moins prononcée chez les différents sujets. C’est la présence de cette saillie caleanéenne qui donne de la difficulté pour la formation du lambeau avec les parties molles du talon.