OBSERVATION ONZIÈME
Engorgement considérable des glandes du cou. — Mort par asphyxie, — autopsie qui démontre V absence de toute ma* nifestation tuberculeuse.
Le 1er avril 1846, a succombé à l'hôpital des Enfants- Malades, dans le service de M. P. Guersant, un enfant de six ans et demi qui était couché au n° 5 de la salle Saint- Gôme. Il portait au cou une tumeur énorme qui en occupait toute la partie antérieure et latérale droite. L'enfant mourut évidemment asphyxié et cyanose par suite de la compression exercée par la tumeur sur la trachée et sur les veines de cette région du cou.
Hâtons-nous de dire que l'autopsie démontra qu'il y eût eu folie à tenter l'opération , et que si elle n'a point été faite, c'est qu'elle était impraticable.
« Quant à la substance de la tumeur elle-même , elle « était formée d'une foule de lobules réunis entre eux par « du tissu cellulaire. Chacun de ces lobules pouvait facile- « ment être énucléé séparément. M. P. Guersant, après « un examen attentif de plusieurs de ces lobules, dont les « plus gros atteignaient le volume d'un gros œuf de poule, « tandis que les autres n'avaient que celui d'une fève, « d'un haricot , et dont le tissu blanc , dur, résistait au « scalpel, et criait à la section, fut conduit à penser que la « nature en était squirrheuse. »
Si M. P. Guersant n'a entendu faire allusion par le mot squirrheux qu'à la dureté de la tumeur, nous n'avons rien à dire ; mais nous ne saurions partager son opinion s'il a considéré cette tumeur comme un cancer au premier degré. Cette tumeur nous paraît être de nature scrofuleuse. La dureté du tissu qui la compose n'a rien qui doive nous étonner, puisque nous en avons cité plusieurs exemples; et, entre autres, un cas où une tumeur de ce genre est devenue osseuse ! (voy. l'obs. ive, 15).
Nous terminons les détails de l'autopsie, en donnant seulement ceux qui rentrent dans notre sujet.
« L'exploration minutieuse des poumons ne fit recon- « naître dans ces organes aucune trace de tubercules, « même à l'état de crudité ou de granulations miliaires. « — Les ganglions mésentériques ne présentaient non « plus aucune trace de tuberculisation. »
L'enfant, qui nous fournit les éléments de cette observation, est issu de parents qui paraissent jouir d'une assez bonne santé j il n'y a dans sa famille aucun exemple ni de cancer, ni de tubercules. Mais une de ses sœurs qui, comme lui, est née et a été élevée dans un village assez humide et
où l'on compte cinq ou six personnes goitreuses, porte au cou quelques ganglions tuméfiés ! Né bien portant, cet enfant a continué de jouir d'une bonne santé jusqu'à l'âge de dixhuit mois. Ce fut à cette époque, et alors que ses parents vinrent habiter Paris, « qu'on s'aperçut pour la première « fois qu'il portait deux tumeurs grosses comme un haricot « chacune et développées, sans que personne l'eût remar- « que, l'une dans la région sus-claviculaire, l'autre un peu « plus en arrière et sur la partie latérale droite du cou , « sans changement de couleur à la peau. » Ces deux tumeurs firent des progrès incessants, n'en formèrent bientôt plus qu'une qui eut d'abord le volume d'un œuf de poule, puis celui du poing , et enfin , peu de temps avant la mort, elle était grosse environ comme la tête d'un adulte (1), offrant un sillon qui la divisait en deux parties principales et qui trahissait encore sa double origine. Parsemée de veines variqueuses et très-saillantes, elle s'étendait du corps tyroïde en avant , jusqu'à la clavicule en bas, et était limitée en haut par la mâchoire inférieure, de sorte qu'elle rejetait la tête en arrière et un peu à gauche , en même temps qu'elle tirait la face à droite.
Nous aurons à citer plus tard un autre exemple d'en-
(1) Ce fait nous rappelle une observation analogue, insérée dans un mémoire publié par M. le docteur Duhamel {Consid. sur les mal. scrofuleuses et leur trait, par lesprêp. d'or. Broch. in-8. Paris 1838. page 82), et qui a pour but d'exposer les succès qu'il a obtenus por l'application de la méthode aurifère» Dans ce cas le succès a été complet, quoique la tumeur fût fort ancienne 5 squirrheuse et presque aussi grosse que celle de l'enfant dont il vient d'être question.
gorgement des glandes du cou sans tuberculisation coïncidente.
25. Quoique les faits abondent (Voy. M. Louis, ouv. cité *- 18-22) pour le démontrer, nous croirions manquer au programme formulé par Portai, si nous ne donnions pas maintenant quelques faits de tuberculisation d'organes intérieurs sans la coïncidence d'engorgement des glandes du cou, sans manifestation scrofuleuse, comme nous dirons dorénavant, pour correspondre à l'expression de manifestation tuberculeuse que nous avons déjà plusieurs fois employée.
Nous avons assisté un jour (avril 1847), que nous fûmes conduit à l'hôpital Necker, à l'autopsie de deux jeunes enfants (l'un âgé de 4 ans et quelques mois, l'autre de 7 ans révolus) qui avaient succombé dans le service de M. le professeur Trousseau, après avoir toussé, chacun, beaucoup et continuellement, pendant deux ou trois mois.
Tous deux avaient des tubercules dans les poumons : chez tous deux ils étaient arrivés à la période de ramollissement et de fonte; mais chez le plus jeune ils étaient disséminés presque également dans l'étendue de chaque poumon , et leur présence n'avait sans doute point été étrangère au développement de la double pneumonie (hépatisation rouge des deux poumons) qui avait fait succomber l'enfant.
Chez le plus âgé de ces deux enfants, les tubercules étaient en bien plus grand nombre, à un état encore plus avancé, offraient des masses bien plus considérables et ne se rencontraient que dans les deux tiers supérieurs de chaque poumon. Les deux poumons de ce dernier enfant n'offraient du reste aucunes traces d'inflammation.
Chez le premier, les ganglions bronchiques étaient sains;
mais chez le second ils étaient transformés, à gauche, en une masse tuberculeuse qui avait le volume d'une petite noix et qui commençait à se ramollir ; à droite, ces mômes ganglions offraient des traces d'un commencement de tuberculisation.
Pas plus chez ce dernier enfant que chez le premier il n'existait aucunes traces anciennes ou récentes d'engorgements des ganglions cervicaux.