QUINZIÈME OBSERVATION
28. Carie scrofuleuse d'une phalange. — Pleuropneumome intermittente', mort. — Autopsie. — Tubercules dans les poumons.
Nous fûmes invité à assister à l'autopsie cadavérique de Sophie-Herminie J**+, âgée de 7 ans et demi, et décédée le 26 août 1844.
La première chose que nous remarquâmes , c'est que cette jeune fille portait sur la première phalange de l'indicateur de la main gauche une cicatrice de l'étendue de plusieurs millimètres et adhérente à l'os. En disséquant cette cicatrice, nous reconnûmes facilement que le périoste était détruit dans toute l'étendue de la cicatrice et la portion compacte correspondante de l'os érodée, détruite dans plusieurs points; de sorte que le tissu aréolaire , évidem-
et pratique des maladies des enfants. — Paris, 18&3. Tom. III), ne point hésiter pour affirmer l'identité parfaite des maladies scrofuleuses et tuberculeuses. — On en peut presque dire autant de M. le docteur Alphonse Milcent, qui , dans son Traité de la scrofule (un vol. in-8. — Paris, 1846), nous a -paru avoir presque confondu ces deux maladies, si distinctes cependant ? ainsi que nous le démontrerons.
ment hypertrophié, rougeâtre, se trouvait ainsi à nu dans ces mêmes points, où la peau venait faire fonction de périoste.Maisdu reste il n'existait dans la portion spongieuse de l'os malade aucune cavité destinée à loger quelque masse tuberculeuse , ou même quelques granulations de même nature. Enfin l'aspect rougeâtre de ce même tissu repoussait toute pensée d'infiltration tuberculeuse. Aussi l'examen au microscope, fait sur une lame très-mince du tissu spongieux, n'y démontrait-il la présence que de globules sanguins déformés et de globules de pus desséchés. — Le début de cette affection remontait à dix-huit mois et avait duré sept à huit mois.
Avant de procéder à l'examen des organes renfermés dans le thorax, M. le docteur Edmond Langlebert, qui avait soigné cette petite malade, nous fournit les renseignements suivants : « Sous la clavicule droite, à la percussion, son de pot fêlé, plus bas diminution marquée dans la sonoréité, dans la fosse sous-épineuse presque matité ; à l'auscultation, gargouillement, râles de toute nature, pectoriloquie. — Sous la clavicule gauche, sonoréité assez convenable, mais respiration rude, bruit respiratoire en retour, quelques bruits de craquement. — Expectoration purulente, crachats purulents nageant dans un mucus abondant ; sueurs nocturnes, diarrhée colliquative. — Tous ces symptômes se sont successivement développés à la suite d'une pleuropneumonie contractée le 8 juin 1844. »
A l'ouverture de la cavité Ihoracique, nous trouvâmes : 1° un épanchement considérable dans le péricarde -, 2° des adhérences nombreuses des poumons avec la plèvre, surtout à la base pour le côté droit} généralement plus nombreuses à gauche, et tellement tenaces au sommet, en
avant comme en arrière, qu'en les arrachant, le tissu pulmonaire a suivi ; 3° au sommet de ce môme poumon, une caverne pleine de pus et assez grande pour y loger une petite pomme de rainette ; deux autres cavernes plus petites, dont une dans le lobe inférieur. Tout ce poumon gauche est parsemé de tubercules à l'état de fonte et quelques-uns à l'état cru, surtout à la partie postérieure; 4° nous trouvâmes encore, dans le lobe supérieur du poumon droit, deux cavernes et de nombreux tubercules à l'état de fonte. Ils n'étaient pas moins nombreux, mais à l'état cru, dans le lobe inférieur, où l'on rencontrait aussi une petite caverne.
Les organes renfermés dans l'abdomen, où il n'existait aucun épanchement séreux, étaient parfaitement sains. La vie s'étant terminée sans aucun accident vers le cerveau, il ne fut point examiné. En effet, la mort arriva évidemment par suite de l'insuffisance de la fonction respiratoire pour entretenir la vie.
29. Cette observation nous offre un premier exemple d'une carie purement scrofuleuse, avec la complication d'une affection tuberculeuse des poumons très- étendue, préexistante sans doute à la carie et ne s'étant développée en apparence qu'à la suite d'une pneumonie (1) intercurrente, qui l'a rendue facilement et rapidement mortelle. Elle prouve donc, péremptoirement à notre sens, ou que
(1) Il faut ici reconnaître que ce fait serait très-favorable aux idées théoriques de M. le professeur Bouillaud ; puisqu'on pourrait soutenir avec quelque avantage que c'est la pneumonie qui a été le point de départ, la cause du développement de l'affection tuberculeuse. Mais à côté de ces faits , qu'on peut encore interpréter d'une tout autre façon, il en existe tant d'autres qu'on peut opposer à ces mêmes théories, que ce fait isolé perd sous ce point de vue toute sa valeur.
ces deux maladies peuvent exister simultanément chez le même individu, ce qui nous paraît hors de toute contestation, ou bien que l'affection tuberculeuse peut dans certains cas se traduire par des symptômes scrofuleux. Cette circonstance expliquerait déjà la longue confusion dans laquelle la science est restée et se trouve encore aujourd'hui, au sujet du diagnostic différentiel des scrofules et des tubercules.
30. Nous ne quitterons pas cette même observation sans entrer dans des considérations étendues sur l'étiologie de la maladie qui a fait succomber Sophie J... Disons d'abord qu'elle a été précédée dans la tombe par un frère qui a offert ainsi qu'elle tous les symptômes de la phfhisie pulmonaire, en même temps qu'il portait un engorgement d'une des glandes du cou. Aujourd'hui même (13 février 1847) un très-jeune frère de cette même Sophie est mort dans de violentes convulsions, qui peuvent faire supposer l'existence d'une méningite tuberculeuse. Un autre enfant est mort aussi en bas -âge et de la même façon que celui qui a succombé aujourd'hui. De sorte que les époux J... ont perdu quatre enfants, sur cinq qu'ils ont eus : celui qui survit a deux ans environ et parait jouir, quant à présent , d'une fort bonne santé.
Quelle peut donc être la cause d'une si grande mortalité dans un seul ménage? Le sieur J... est aujourd'hui âgé de 38 ans environ et paraît jouir d'une bonne santé; mais il a déjà perdu trois frères : l'un à l'âge de 26 ans du mal de Pott; un second au même âge d'un rhume négligé, et le troisième enfin à l'âge de 22 ans de la phthisie pulmonaire. Ajoutons qu'il est certain que le père de ces quatre enfants est mort de la même maladie. Enfin la mère de la femme J... , qui paraît être elle-même d'une assez chétive santé,
est morte de la poitrine à l'âge de 42 ans. Voici un fait qui à lui seul offre déjà des éléments presque suffisants pour résoudre la question de l'hérédité des tubercules pulmonaires.
31. Il ne faut pas se contenter, quand on fait l'ouverture d'un individu qui a succombé avec des symptômes de carie des os, de chercher des tubercules dans les poumons, car il peut arriver qu'on n'en trouve pas dans cette partie» mais qu'on en rencontre dans d'autres organes ; dans le mésentère, par exemple, comme il est arrivé dans le cas suivant.