‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 25 sur 70 · VINGT-HUITIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME OBSERVATION

Carie des os de la face, de la main, du pied gauche, de ï 'omoplate, de Vos du pouce du côté droit} tumeur blanche avec - plaie fistuleuse et carie de V articulation cubito-humérale du même côte. — Traitement par le stannale iïor à V intérieur,

«— Mort après neuf ans de maladie. — De tubercules nulle part,

Adèle-Constance N**% âgée de près de 1 1 ans, est décé-

dée à quatre heures de relevée, le 22 septembre 1844 , après neuf ans de maladie.

Nous avons peu de renseignements sur les divers traitements suivis par cette jeune enfant; nous savons seulement qu'en 1830 elle commença un traitement par le stannate d'or» Il fut suivi pendant trois à quatre mois sans procurer la moindre amélioration ; ce qu'on put attribuer, avec grande apparence de raison, aux déplorables conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvait cette jeune malade, qui fut alors abandonnée, du moins à ce que nous croyons savoir, aux seules ressources de la nature. Nous avons déjà dit le résultat; nous avons maintenant à faire connaître les détails de l'autopsie, qui fut pratiquée le 24, quarante-deux heures après le décès.

Habitude extérieure. — La maigreur est sans doute trèsprononcée, mais ce n'est cependant point encore là le marasme des tuberculeux ; les bras seuls offrent cette condition.

ha face est déformée par suite d'une tumeur qui existe au-dessus de l'os de la pommette, et d'une seconde qui repose sur la branche verticale de l'os maxillaire inférieur; là on remarque trois plaies fistuleuses ; une des trois correspond à l'articulation de cet os avec l'os maxillaire supérieur. Vers le bord externe de la main gauche et sur la surface dorsale, dans la région des os métacarpiens, on remarque plusieurs plaies fistuleuses qui reposent sur un fond, dont la coloration blanchâtre dénote la profonde altération. Le pied du môme côté, sur son bord antérieur et vers l'articulation, offre aussi plusieurs plaies fistuleuses avec déformation et coloration livide de cette partie Le pouce de la main droite est bleuâtre et entièrement déformé; on

remarque sur sa face palmaire la cicatrice d'un ancien coup de bistouri et une petite plaie fistuleuse. L'articulation du coude droit est volumineuse, ankilosée, la peau y adhère, et on y remarque de tous côtés de nombreuses plaies fistuleuses. On trouve sur l'omoplate du môme côté deux plaies récemment cicatrisées et adhérentes à l'os.

La tête n'a point été ouverte; on a été détourné de le faire par cette circonstance que l'enfant a conservé jusqu'au dernier moment l'intégrité la plus complète de ses facultés intellectuelles,' et qu'il ne s'est jamais plaint d'aucune douleur dans cette région.

Poitrine.— -Il n'existe ancun épanchement dans les cavités pleurales, mais on \ remarque de nombreuses adhérences fort résistantes, plus nombreuses encore à gauche qu'à droite1, et occupant surtout le sommet de chaque poumon-, les deux poumons sont peu volumineux, mais ils sont parfaitement crépitants, et c'est en vain que nous y avons cherché avec la plus grande attention la plus légère trace de tubercules ().).

(1) Ne négligeons pas de faire remarquer en passant que cette malade offrait ( si les opinions professées par certains auteurs au sujet de la genèse des tubercules, étaient parfaitement justes) toutes les conditions les plus favorables à leur développement dans les poumons, qui en deviennent si facilement et si fréquemment le siège. En effet elle avait un tempérament lymphatique comme tous les enfants de son âge , et surtout ceux du sexe féminin ; elle offrait cette condition si fâcheuse d'une maladie scrofuleuse des plus graves, et il s'était justement de'veloppé une maladie inflammatoire (une pleur il e) dans le voisinage, au contact de ce même organe, qui a bien pu participer quelque peu à la phegmasie voisine; et cependant le travail iu«

Abdomen.^- Tous les organes contenus dans cette cavité sont parfaitement sains; cependant l'estomac et l'extrémité du tube intestinal, vers la valvule ileo-caecale, sont le siège d'une légère injection inflammatoire sans détérioration de la muqueuse, mais bien suffisante pour expliquer les vomissements, qui ont quelquefois tourmenté la petite malade et le dévoiement qui ne l'a presque jamais quittée depuis deux à trois mois. Du reste, il n'existe dans le mésentère aucune trace de tubercules, ni d'engorgement d'aucune nature.

Mais quels désordres nous avons trouvés dans toutes les parties où se rencontrent des plaies ! Tous les os qui corresrespondent à ces plaies sont ramollis, désorganisés, réduits en putrilage ; le bistouri les coupe comme il couperait les tendons, ou pénètre dans leur substance comme il pénétrerait dans les parties les plus molles de l'organisme. Aux articulations, les cartilages sont détruits partiellement on en totalité, ainsi que cela a lieu pour l'articulation du coude; ce qui a déterminé la formation d'une ankilose et n'a pas arrêté le travail de désorganisation, qui s'est porté sur les extrémités des os du bras et de l'avant-bras, dont plusieurs portions (l'olécrâne entre autres) sont profondément altérées par la carie. Pour l'omoplate seule, le travail morbide s'est arrêté à la surface de l'os et n'a intéressé que le périoste.

Nous devons revenir sur la tumeur de la joue, qui avait son siège sur la portion latérale gauche de l'os maxillaire

flammatoire n'y avait déterminé aucun travail de. tuberculisation , ni même aucune lésion , qui en pût faire soupçonner le commencement. Ces observations s'appliquent aussi parfaitement au fait précédent.

supérieur et qui s'était formée aux dépens même de la substance de l'os. C'était une tumeur sphérique, éburnée et résultant d'une espèce d'hypertrophie de la substance osseuse. Nous avons regretté de ne pas être muni d'une scie, afin de la scier et de rechercher si elle ne résultait pas du déversement de la substance dentaire dans les aréoles du maxillaire.

41 bis. Recherchons maintenant la cause, chez cette enfant, du développement d'une maladie si grave.

Cette cause ne paraît point héréditaire, le père et la mère vivent ; le père, qui est cocher, s'enivre bien de temps en temps comme tous les hommes de sa profession, et il porte sur la figure les traces d'une acné (gutia rosea), qui est peutêtre la conséquence de ses habitudes. La mère n'a jamais eu aucun symptôme d'une maladie du système lymphatique. Mais c'est une nature molle, et elle est évidemment d'un tempérament très-lymphatique.

On peut donc prétendre, jusqu'à un certain point, qu'il existait chez cette enfant des prédispositions héréditaire. De là au développement d'une maladie si grave, il y loin encore, mais cette enfant est née et a vécu dans les conditions hygiéniques les plus fâcheuses. Ses parents habitent sous le couloir d'une porte cochère; la pièce où ils se tiennent dans le jour ne prend de jour que par la porte qui s'ouvre sous ce même couloir, et, à moins d'y être habitué, on a besoin d'y avoir de la lumière en plein jour ; cette pièce sert à la satisfaction de presque tous les besoins de la vie. Eile a été coupée dans sa hauteur par un plancher léger, pour ménager un entresol si bas, qu'on s'y tient à peine debout, où il y a place à peine pour deux lits, et ou couchent le père, la mère et deux enfants. Cette

pièce prend jour sur une immense écurie, qui ne reçoit de lumière et d'air que par des baies étroites ouvertes dans le haut et exposées au nord.

Ainsi on peut dire que cette enfant n'a jamais respiré un air à peu près pur, que lorsqu'on le portait dans la rue ou lorsqu'elle pouvait y aller jouer.

Est-ce là la cause du développement de la maladie? Il est permis de le présumer quand on voit sa sœur, ;plus âgée qu'elle de trois à quatre ans, placée plus tard dans ces mêmes conditions et offrir, à une époque beaucoup plus avancée de sa vie, un des symptômes de la même même maladie, mais à un bien moindre degré, et ne portant son action malsaine que sur les parties molles.

L'observation suivante , en nous donnant encore un exemple de carie scrofuleuse des os sans coexistence tuberculeuse, viendra à l'appui des réflexions précédentes sur la genèse des scrofules.

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