‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 3 sur 70 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

Engorgement d'une glande du cou qui s'abcède el qui guérit. — Premières manifestations simultanées de la présence de tubercules dans les poumons. — Après quelques années de bonne santé apparente, pleuro-pneumonie. — De ce moment, marche aiguë de la tuberculisaiion pulmonaire. — Retour simultané de l'engorgement glandulaire.

Mademoiselle Marie*** est décédée, le 17 juin 1834, à l'âge de 31 ans, et après cinq semaines de maladie au lit -, car son mauvais état de santé remontait à une époque beaucoup plus ancienne. La maladie qui l'avait forcée à s'aliter fut une pleuro-pneumonie à droite, à laquelle il fallut opposer un traitement antiphlogistique assez énergique , et que nous modérâmes le plus possible à cause des antécédents de la malade. Depuis le développement de cette phlegmasie, l'affection tuberculeuse, dont Marie était atteinte depuis longtemps, prit une marche aiguë et offrit en même temps tous les symptômes de la phthjsie galopante et de la pleuro-pneumonie. Fièvre ardente avec de fréquents fris-

sons, et redoublement tous les soirs; sueurs nocturnes? suffocations continuelles et de plus en plus violentes ; diarrhée résistant à tous les moyens; vomissements bilieux; amaigrissement rapide et effrayant ; expectoration de plus en plus abondante de crachats rouilles, puis de crachats purulents, alternant avec des crachats de sang pur et rosé.

Les signes stéthoscopiques et la percussion confirmaient grandement le diagnostic qu'il eût été facile de porter sur cet ensemble de symptômes : manque de sonoréitè à la base du poumon droit (au moment de l'invasion de la maladie aiguë) avec râle crépitant ; manque de sonoréitè au sommet du poumon gauche avec bruit respiratoire trèsmarqué de ce côté, existant aussi, mais à un moindre degré, du côté droit ; bruit de craquement très-marqué sous la clavicule droite, moins à gauche ; vers la fin pecloriloquie dans la fausse sus-épineuse gauche, gargouillement.

Vautopsie cadavérique est venue confirmer tout ce qu'on avait pu prévoir d'après l'ensemble des symptômes que nous venons d'énumérer. Au sommet du poumon gauche, plusieurs cavernes^, dont une assez considérable pour y loger une grosse noix, plusieurs autres moindres, tubercules nombreux et à tout état ; à droite, mêmes conditions, mais à un état moins avancé \ à la base du même poumon, épanchement assez considérable, vestiges d'une inflammation ancienne et adhérences nombreuses entre les deux plèvres. Il ne nous a été permis que d'ouvrir la cavité thoracique.

Une circonstance particulière et qui a trait à l'objet principal de ce mémoire, fut le développement inflammatoire, avec formation rapide d'un pus liquide sans doute

mais homogène et abondant , d'une glande située au coté gauche du cou, sous l'os maxillaire inférieur. A l'époque où nous fûmes appelé auprès de Marie (15 octobre 1843), cette glande était parfaitement cicatrisée, et il n'existait là aucun engorgement. Du reste, déjà à cette môme époque, les signes stéthoscopiques nous avaient permis de diagnostiquer la présence de tubercules dans les poumons.

Cette glande , dont il nous faut maintenant faire l'histoire, s'était développée à l'âge de 25 ans, sans qu'il se fut manifesté aucun dérangement dans la santé de Marie. Elle arriva par un accroissement lent à présenter le volume d'un petit œuf de pigeon. C'est alors qu'on consulta un médecin qui conseilla la teinture d'iode et une pommade avec l'hydriodate de potasse ioduré. Il fallut suspendre l'iode à l'intérieur , parce que les premiers crachements de sang (soit simple coïncidence , soit fâcheux effet du médicament), se manifestèrent en même temps qu'on en commença l'usage -, la malade n'en prit que pendant une quinzaine de jours et à la dose de quatre à cinq gouttes matin at soir.

La glande ne tarda point à s'enflammer et s'abeéda ; mais, l'engorgement persistant, la suppuration n'en amenant pas la résolution, un chirurgien pratiqua une longue incision, qui fut suivie d'une suppuration de plus en plus abondante, qu'on entretint et qu'on excita encore par des pansements irritants. Ce qui procura la résolution complète de l'engorgement et une cicatrisation qui parut devoir être définitive : nous avons vu ce qu'il en fut !

Nous ne croyons pas qu'on puisse citer un exemple où. la marche d'un engorgement glandulaire soit mieux liée à celle de la tuberculisation pulmonaire, quoique rien

n'ait pu faire présumer la présence de tubercules dans la glande engorgée.

15. Cette coïncidence se retrouve chez de plus jeunes sujets.

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