‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 4 sur 70 · TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBSERVATION

Engorgement d'une glande du cou. — Traitement par Viodure de potassium; V oxyde a" or parla potasse. Guérison. — Dixhuit mois après, pleuro-pneumonie, mort, — Tubercules dans les poumons et dans les ganglions bronchiques.

Léon N*** avait 2 ans lorsque nous fûmes consulté pour lui (26 octobre 1844) ; il portait, au côté droit du cou, sous la branche latérale de l'os maxillaire inférieur , une glande engorgée qui était déjà rouge et douloureuse. Cet enfant offrait un aspect chétif, il avait l'air malingre, son teint était terreux, et il avait évidemment de l'oppression. Nous nous rappelons aujourd'hui ce qui nous frappa beaucoup moins alors, qu'il avait la respiration abdominale. La percussion et l'auscultation pratiquées à plusieurs reprises et avec soin, ne fournirent aucuns renseignements. Malgré cela, sur la présence de l'engorgement glandulaire du cou? sur Paspect général de l'enfant, nous n'hésitâmes point à diagnostiquer la présence de tubercules dans les poumons.

Nous ne donnerons point l'histoire circonstanciée de cet engorgement, qu'il fallut ouvrir le 18 novembre , malgré les applications locales avec le sous-carbonate de plomb et à l'intérieur l'iodure de potassium , peut-être à doses trop faibles. Et cependant il fallut renoncer à son usage (janvier 1845); car il était sans action sur la glande et il parut exercer une influence peu favorable sur la

santé générale. Il n'en fut pas de môme pour l'oxyde d'or par la potasse, qui fut immédiatement donné, incorporé dans des pastilles de chocolat. Si pendant ce nouveau traitement, l'engorgement ne fit vers la guérison que des progrès fort lents, du moins la santé générale commença-telle à s'améliorer, et l'enfant prit-il de la force et de la vie, tout en restant toujours assez chétif. En juin on cessa tout traitement , sauf les applications topiques avec l'onguent miraculeux (1),

A la fin de juin 1845, Léon eut une fièvre catarrhale, qui fut sans aucune importance, mais qui prouva avec quelle facilité reparaissait l'oppression, qui avait cependant considérablement diminué.

Au mois de janvier (1846) , la glande était entièrement dissipée et cicatrisée, au moment où il survint une seconde fois une fièvre catarrhale qui cette fois mit la vie en danger. Léon était déjà depuis plus de trois mois entièrement rétabli, quand la coqueluche détermina le développement de la maladie qui Ta fait succomber. Dès la première visite (5 août 1846), l'auscultation me permit de reconnaître, par suite de l'absence absolue de tout bruit respiratoire, l'existence d'une pneumonie qui avait envahi tout le poumon droit. La percussion (et il est bon de le noter), donna une sonoréité à peu près égale pour les deux côtés de la poitrine. Ce qui nous frappa surtout, ce fut l'accélération effrayante de la respiration et l'extrême angoisse, la pénible agitation auxquelles était en proie ce jeune en-

(1) C'est un onguent delà pharmacopée Wurtembourgeoise, dans laquelle il entre plusieurs préparations de plomb , du sa* von et du camphre.

tant. Nous fîmes une médication fort active (émissions sân« guine répétées, vésicatoirés , potions avec l'oxyde blanc d'antimoine, puis avec le tartre stibié) 5 mais l'enfant n'en succomba pas moins trente-six heures environ après la première visite.

Vautopsie cadavérique fut faite trente heures après la mort.

L'habitude extérieure n'offre rien de remarquable, qu'un assez grand développement de l'abdomen ; les traces d'un vésicatoire en activité au bras gauche; celles d'un vésicatoire récent à la partie postérieure gauche du thorax et au côté gauche du cou, sous la branche latérale de l'os maxillaire inférieure , la cicatrice de la glande dont nous avons signalé, dans l'histoire de ce malade, l'engorgement et la suppuration.

Ni le cerveau, ni le canal rachidien n'ont été ouverts , aucun symptôme pendant le cours de la maladie n'ayant attiré l'attention vers ces organes. — Les intestins , développés par des gaz sont aussi sains que possible et n'offrent pas même la plus légère trace d'arbosisations ou d'injections ; il en est de même pour l'estomac. — Le foie est parfaitement sain , ainsi que la rate. — La cavité du péritoine renferme des gaz et environ 500 grammes d'une sérosité bien limpide. On ne trouve , sur cette membrane, aucune trace d'inflammation ni de tuberculisation ; les glandes du mésentère ne sont ni engorgées , ni tuberculeuses. — Le cœur est sain : c'est vers les poumons que se résument tous les désordres observés et les causes de l'état maladif de cet enfant pendant sa vie ainsi que celles de sa mort.

Le poumon droit est dans toute son étendue passé à

l'état d'hapatisation rouge, tout en continuant cependant d'être perméable à l'air. En le comparant au poumon gauche, qui, au premier aspect, paraît parfaitement sain, on comprend que ce n'est pas là un phénomène cadavérique, mais bien un état pathologique ; aussi , son tissu est-il bien plus mou , plus friable que celui du poumon droit. Et cependant cet état du tissu du poumon malade serait insuffisant pour expliquer la mort, puisqu'il restait perméable à l'air ; il rendrait encore moins compte de la non admission de l'air dans les vésicules pulmonaires et par conséquent de l'absence absolue de bruit respiratoire, que j'avais observée pendant la vie. On trouve mieux l'explication de ces deux phénomènes dans l'état de la plèvre dont les deux feuillets adérent intimement dans une grande étendue de leur face antérieure , de telle sorte, qu'en renversant la partie antérieure de la cage thoracique, et en entraînant ainsi la plèvre costal, celle du côté droit a entraîné îa plèvre pulmonaire et le poumon qu'on n'a pu en détacher qu'en l'arrachant. Cette circonstance explique mieux, que l'état du poumon, l'angoisse observée pendant la dernière maladie; l'accélération effrayante de la respiration, à laquelle l'adhérence des deux feuillets des plèvres apportait un obstacle douloureux et presque invincible. Ce même obstacle, sans doute ancien, explique parfaitement l'état d'oppression dans lequel vivait cet enfant. De sorte que nous sommes fort disposé à croire que l 'asphyxie à laquelle il a réellement succombé, reconnaissait une cause pour ainsi dire mécanique, et ne provenait point entièrement de l'état du poumon.

Antérieurement et sur le bord du sommet du second lobe de ce même poumon , on trouve plusieurs petites masses

tuberculeuses , déjà à Vétat crayeux 7 dont une a le volume au moins d'un gros pois et offre dans son pourtour un commencement de ramollissement, tandis que les autres ont l'aspect de fragments de craie sèche et friable. Dans toute l'élendue de ce même lobe, on sent de nombreuses granulations visibles à l'œil nu et qu'il eut fallu pouvoir examiner au microscope. On en rencontre aussi dans le lobe supérieur, mais en bien moins grande quantité. Nous le répétons , le poumon gauche (et en regardant surtout sa face antérieure ) paraît parfaitement sain , mais en arrière, presque au sommet, et autour de la première, division bronchique, au moment où elle pénètre dans le parenchyme pulmonaire, on trouve une masse tuberculeuse, grosse comme une noix, aplatie et ayant dans son voisinage d'autres tumeurs du même genre et de grosseurs variables. La matière , renfermée dans toutes ces petites tumeurs, qui n'était rien autre chose que \es ganglions bronchiques eux-mêmes tuberculisês (1), cette matière, disonsnous, ressemble à de la craie (2) à peine humectée. Ce qui

(1) Ou doit présumer que cette tuberculisation, vu la forme qu'elle affectait, remontait à l'origine de la maladie.

(2) Nous avons examiné cette matière avec un excellent microscope de Georges Oberhaenser, sous un grossissement de 900 diamètres, et nous avons aperçu un grand nombre de petits granules amorphes, n'offrant pas d'autres caractères que ceux qu'aurait présenté la craie. C'est avec la plus grand difficulté que nous avons pu retrouver un ou deux globules de tubercules, et encore étaient-ils déformés et n'avaient-ils réellement, comme caractère distinctif , que celte couleur grisâtre que leur attribue M. le docteur H. Lebert dans son traité de Physiologie pathologique. — Nous n'avons trouvé dans ces mêmes masses crayeuses, aucune trace de cristaux de cholestérine.

reste de tissu pulmonaire est fortement injecté de sang rïoir. On trouve encore d'autres masses de tubercules moins grosses , mais offrant les mômes conditions physiques, accolées aussi à plusieurs autres ramifications bronchiques et toujours au moment où elles pénètrent dans le tissu du poumon. Les granulations perçues au toucher sont moins nombreuses dans ce poumon que dans l'autre. A la base du troisième lobe , on trouve ce phénomène de stase sanguine qui se manifeste dans les derniers instants de la vie et qu'il est bien difficile , dans ce cas du moins , de distinguer de l'état pathologique produit par l'inflammation et nommé hépalisation rouge.

14. Ce fait n'a pas pour nous seulement l'intérêt de la coïncidence d'un engorgement d'une glande du cou, avec la présence de tubercules dans les poumons , mais il démontre surtout l'influence délétère exercée par le principe tuberculeux sur la santé générale , alors cependant qu'il n'existe point dans les poumons de tubercules en assez grand nombre pour que leur présence puisse être reconnue soit par la percussion , soit par l'auscultation, circonstance qui augmente la valeur symptomatique de l'engorgement des glandes du cou.

15. C'est maintenant chez une personne fort âgée que nous allons retrouver cette coïncidence d'un ganglion cervical avec des tubercules dans les poumons.

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