TRENTE-NEUVIÈME OBSERVATION
Courbure de la colonne vertébrale -, Carie de plusieurs vertèbres dorsales; — Symptômes de myélite, qui paraît etrecause de la mort ; — absence de tubercules.
Le 20 jan. 18... on apporta à l'hospice de la Charité une femme qui paraissait avoir une cinquantaine d'années, elle était dans un abattement profond et frappée de paraplégie inférieure : elle ne put donner que des renseignements incomplets sur les antécédents de sa maladie, qu'elle ne lit remonter qu'à trois mois.
A l'examen qu'on fit de son état, on reconnut d'abord une inflexion très-prononcée de la colonne vertébrale vers i'épaule droite, qui était beaucoup plus développée que la gauche: cette courbure occupait six des vertèbres dorsales à partir de la troisième. Dans la même région on remarquait une tumeur fluctuante qui avait la forme et le volume d'une grosse poire. La malade paraissait être en proie à de vives souffrances et les membres pelviens qui étaient incapables de lasoutenir, étaient animés de fréquents mouvements convulsifs, avec contractures et tremblements: la sensibilité y était presque abolie. En même temps que l'é-
mission des urines était fort douloureuse,^ y avait incontinence des matières fécales. I/intelligence était assez bien conservée. La malade était en outre fatiguée par une toux incessante.
Le chef de service diagnostiqua une inflammation aiguë de la dure-mère avec ramollissement de la moelle, sans s'expliquer sur la nature de la tumeur dont nous avons signalé l'existence. Les accidents allèrent en augmentant d'intensité, et cette femme succomba le vingt-trois, le troisième jour de son admission à l'hospice.
A Y Autopsie, qui fut faite vingt-huit heures après la mort, on trouva une carie des septième,, huitième et neuvième vertèbres dorsales. Cette carie avait principalement son siègeentre les surfaces articulaires, qu'elle avait ramollies, détruites en partie ; c'était donc les couches osseuses les plus superficielles qui étaient attaquées.
La suppuration, en se faisant jour surtout à l'extérieur, avait formé la tumeur pyriforme qui existait dans la région malade et qui renfermait près d'un litre d'un pus exhalant une odeur très -infecte., très-liquide, d'un jaune sale et qui provenait évidemment du siège occupé par la carie, avec laqueUe cette grande poche communiquait par un trajet (istuleux. Les parois de cet abcès étaientd'un gris noirâtre.
A.Yejcamen mier oscopique, il était facile de reconnaître la présence de globules de pus altérés, déformés et celle de nombreuses parcelles osseuses. Quant aux grumeaux qui y nageaient , ils étaient composés de graisse et de tissu cellulaire; mais ce furent les seuls éléments morbides que nous y pûmes découvrir.
Les sources de la suppuration communiquaient par un autre trajet fistuleux tics-délic avec l'intérieur du canal
médullaire , et le pus en s'y épanchant, avait déterminé une inflammation avec épaississement de la dure -mère rachidienne, dont la surface externe était recouverte d'incrustations osseuses. Cet épaississement étant plus prononcé, ces incrustations étant plus nombreuses vers les septième et huitième vertèbres dorsales, avaient déterminé un resserrement de la gaîne fibreuse qui enveloppe toute la moelle et par suite un étranglement de la substance médullaire elle-même, qui , du reste, n'offrait aucune trace ni d'inflammation, ni de ramollissement.
Le pus avait aussi fusé du côté de la poitrine, avait pénétré dans le médiastin postérieur, et il baignait la partie postérieure et inférieure du poumon droit. Plusieurs côtes de la môme région qui étaient en contact avec ce pus étaient dénudées. De nombreuses adhérences l'avaien empêché d'inonder la plèvre droite. Sauf ces altérations les poumons étaient aussi sains que possible, ainsi que tous les autres organes, et Von ne put découvrir en aucun point de rorganisme de traces de tuberculisation.
Le cerveau, fort peu développé, offrait des signes manifestes d'une inflammation modérée , avec un peu d'épanchement dans les ventricules et une augmentation marquée du liquide rachidien.
La disposition des cartilages articulaires, examinés dans les portions saines de la région dorsale du rachis, établissaient évidemment que la courbure remontait à une époque bien antérieure à la maladie. Ils étaient, en effet, épaissis du côté de la convexité et très amincis dans la sens de la convexité. Le peu de renseignements qu'on put se procurer étaient conformes à ce que l'examen des parties avait fait pressentir.
C'est donc là un exemple de carie des os développée sous l'influence du principe scrofuleux seul; principe qui, à une époque bien antérieure, avait déterminé un ramollissement des pièces du rachis, soit dans les cartilages, soit dans les surfaces osseuses les plus superficielles, et par suite un dérangement dans la rectitude de la colonne, qui avait été plus attirée à droite par les puissances musculaires. Le même principe avait déterminé plus tard , par suite sans doute de l'influence de causes déterminantes inconnues , une carie des mêmes parties qui antérieurement, n'avaient été que ramollies.
99. Le peu de volume de l'utérus prouvait la vérité de l'assertion de la malade, qui assurait qu'à l'époque du développement de cette dernière maladie, elle avait déjà cessé d'être menstruée depuis longtemps; l'état du col, celui des parties externes de la génération, la peau de l'abdomen établissaient que cette femme avait eu plusieurs grossesses, ainsi qu'elle l'affirmait. 11 en résulte donc évidemment que cette condition de grossesse si fatale (ainsi que nous la démontrerons plus tard), pour les femmes atteintes de tubercules pulmonaires, avait été sans influence sur la santé de cette femme, qui n'était qu'entachée du vice scrofuleux.