‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 35 sur 70 · DU RACHITISME · texte numérisé non relu

DU RACHITISME

100. L'histoire du rachitisme, en tant surtout qu'on ne le considérera que pour les cas où l'action désorganisatrice se manifestera sur le rachis, cette histoire, disons-nous, est intimement liée à celle de la tuberculisation. Et nous sommes fort disposés à penser qu'il en est des courbures de la colonne vertébrale comme du mal de Pott ; que, dans

la grande majorité des cas, elles ne reconnaissent pas d'autres causes que l'infiltration tuberculeuse, qui amène le i amollissement des os, ou que l'influence seule du principe tuberculeux qui entache l'économie, et porte alors son influence désorganisatrice sur le système osseux. Quant au principe serofuleux, nous examinerons bientôt quel rôle on peut lui faire jouer dans l'étude des causes d'une maladie, qu'on a une tendance à considérer comme nouvelle, et qui a été l'objet dans ces derniers temps de recherches savantes et consciencieuses.

Exposons maintenant les faits que nous avons eu l'occasion d'observer, et qui nous offrent des exemples évidents de rachitisme, causé par l'influence tuberculeuse.

101. Nous fûmes appelé dernièrement (24 janvier 184?) chez une femme qui nous a offert, à un âge avancé et dans des conditions curieuses, un phénomène de tuberculisation avancée des poumons. C'est la veuve L**% qui nous a dit être âgée de 60 ans , et qui nous parut bien en avoir 80. La première chose que nous avons remarquée, c'est une courbure considérable de la colonne vertébrale dans la région supérieure, de telle sorte que les deux dernières vertèbres cervicales et les trois premières dorsales sont fortement infléchies vers l'omoplate droite; aussi l'épaule de ce côté offre-t-elle un volume de près du double de Tépaule gauche. Au moment de notre visite cette femme toussait, avait beaucoup d'oppression, quoique ce symptôme fût beaucoup diminué depuis le moment où l'on avait pratiqué une saignée du bras, qui avait fourni un sang excessivement couenneux. La veuve L*** est fort sujette à s'enrhumer, ses rhumes sont fort tenaces depuis plusieurs années*, elle n'a cependant jamais craché de

sang, même dans cette dernière circonstance. La percussion et l'auscultation, indépendamment des phénomènes généraux, rendirent le diagnostic très-facile à porter.

A droite, de ce même côté cù la colonne vertébrale s'est infléchie, le son est normal ainsi que le bruit respiratoire, qui est cependant légèrement exagéré dans toute l'étendue de ce poumon. — A gauche au contraire, de ce côté où cet organe n'est gêné par aucun obstacle mécanique, à gauche le son est mat en avant comme en arrière dans tout Je tiers supérieur du poumon, et la percussion est douloureuse quand on la pratique sous la clavicule, où il existe un gonflement évident des parties molles. L'oreille appliquée sur toute cette même région ne perçoit aucun bruit respiratoire; mais par contre sous la clavicule, dans les fosses sus et sous-épineuses, on enlend la pectoriloquie la plus manifeste. Toute cette portion du poumon est donc farcie de tubercules à plusieurs degrés de fonte, et il existe plusieurs cavernes plus ou moins considérables.

Nous fûmes consultés, en février 1845, rar une madame B**+, qui nous a offert des conditions fort ^nalugues à celles que nous venons d'exposer. Cette femme, qui est aujourd'hui âgée de 57 ans, a une déviation antéro-poslérieure et latérale de la colonne vertébrale, de telle sorte qne l'épaule gauche est beaucoup plus haute que la droite et que la poitrine fait une saillie considérable eu avant. En outre, elle est affligée d'un spina ventosa du cubitus droit, qni s'est développé très-probablement par suite de la présence de quelque masse tuberculeuse qui a été déposée dans le canal médullaire Cet femme, en effet, a crache du sang (1) à plusieurs reprises pendant l'année 1845; lo-

ti) 102. Nous ne pensons pas qu'aucun de nos lecteur s'clonne de l'importance que nous accordons à liiémoptysi*

dépendamment de cette circonstance si majeure, l'auscultation et la percussion, mais l'auscuitation surtout {bruit d'expiration, craquements disséminés, mais assez nombreux au sommet du poumon droit) ne permettent pas de douter de la présence de tubercules, au moins dans ce poumon.

Nous avons donné des soins, en 1840 et 1841, à une jeun fille qui avait une carie des os maxillaire supérieur et inférieur, et qui était issue d'une mère qui offrait le plus déplorable exemple des ravages du rachitisme. En effet, sa colonne vertébrale a tout à fait la forme d'un S; elle a en outre une luxation spontanée et complète du col du fémur gauche. Cette femme, âgée aujourd'hui de 40 à 42 ans, crache du sang depuis qu'elle est accouchée de sa fille, qui a aujourd'hui (15 février 1847) près de 2o ans; elle en a craché, à plusieurs reprises et en très-grande abondance : les signes stéthoscopiques, ceux fournis par la percussion ne permettent en aucune façon de douter de la présence des tubercules dans les poumons. Cette même femme porte au cou les traces d'anciens engorgements, qui se sont ulcérés et ont suppuré.

Nous avons donné nos soins, en 1846, à une jeune fille

(11) comme moyen de diagnostiquer la présence des tubercules dans les poumons. « L'observation, dit M. Andral( Clin. « méd., p. 153) a depuis longtemps démontré la liaison très- «< fréquente de l'hémoptysie à l'existence actuelle ou future des tt tubercules pulmonaires. » — « A moins de vouloir se mettre « au-dessus des faits , dit M. Louis ( Rech. sur la phthysie, « An. 1843, p. 199), il est impossible, ce me semble, de ne pas « admettre qu'à part quelques exceptions malheureusement « trop rares, l'hémoptysie un peu grave est le signe d'une affect lion tuberculeuse des poumon?. »

— 4G3 — (Ermance S.) âgée alors de 14 ans et demi, et qui portait une déviation à droite de la colonne vertébrale, de telle façon que l'épaule du même côté paraissait plus développée que la gauche. Ermance offrait en outre de nombreux engorgements des glandes du cou, plus développés du côté gauche. De ce même côté, les signes stélhoscopiques et la percussion dénotaient la présence de tubercules au sommet du poumon.

Nous aurions pu sans doute citer des exemples beaucoup plus nombreux; mais nous nous arrêtons, ne voulant faire figurer ici que ceux qui ont une signification incontestable.

102 bis. — Nous n'avons jusqu'à présent considéré le rachitisme que sous le point de vue de son acception sans doute la plus ancienne, nous n'avons enfin parlé que des altérations pathologiques (soit par cause tuberculeuse, soit par cause scrofuleuse) de la colonne vertébrale. Mais on a, dans ces derniers temps (1), étudié sous ce même nom une

(J)Nous trouvons dans une leçon orale de M. le docteur Trousseau (Yoy. Gaz. das hop. An. 1848, n° 37), des détails historiques qu'on ne lira sans doute pas sans quelque intérêt. Selon le professeur de thérapeutique, il n'est aucunement question du rachitisme dans les écrits d'Hippocrate (n. 460, m. 360 av. J.-C.) ; il est cependant fait mention à'enfants nés sans os ; expression qui nous paraît ne pouvoir guères s'appliquer qu'au rachitisme congénital, condition du reste fort rare. Toujours selon le même auteur, il n'en est pas plus fait mention dans les écrits de Gaîien (n. l'an 131 , m. l'an 200 de J.-C), ni dans ceux de Celse ( florissait vers le milieu du premier siècle de notre ère). Notre Ambroise Paré ( n. 15 1 8, m. 1590), qui s'est tant occupé des maladies des os, n'en au

maladie du système osseux tout entier, et qu'on paraît vouloir considérer comme une maladie essentielle : nous en emprunterons la description succincte à j. L. Petit (n. 1674, m. 1750). « Le rachitisme est une maladie pres- <« que particulière aux enfants, dans laquelle on remarque «« qu'ordinairement ceux qui en sont attaqués ont l'esprit « plus vif et plus pénétrant que les autres, les organes des

rait pas parlé davantage. Faut-il donc admettre avec Glisson (m. à Londres, en 1677), Boerhaave (n, 1668, m. 1738), et son élève Van Swielen ( n. 1700, m. 1772 ), que le rachitisme est mie maladie nouvelle. Quoi qu'il en soit de cette opinion, qnj nous paraît fort contestable, toujours est-il que ce n'est qu'en 1640 que la société royale de. Londres reçut les premiers mémoires écrits sur cette grave maladie , que les habitants des campagnes nommaient Reakest , et que plus tard en France on a assez généralement nommé Morbus anglicus. Giisson , Bâte (n vers 1608 et qui a publié un traité de Rachitida, sive morbopuerili. — London, 1650, in-8°);Rogenork furent chargés de recueillir les faits concernant l'apparition décernai nouveau, et Glisson en traça l'histoire {De morbo puerili — Leyde, 1672, in 8°). Cent ans après Van Swieten , commentant Boerhaave, qui n'avait parlé du rachitisme qu'en termes aphoristiques , a fait de cette maladie un traité complet sous les points de vue historique et pathologique. Enfin dans ces derniers temps M. le docteur Rufz {Recherches sur le rachitisme, dans la Gaz. rnèd. de Paris, février 1834), et notre affectionné confrère le docteur Jules Guerin, dans un mémoire (Caractères généraux du rachitisme , 6e niém. in-8°, 1839), que M. Trousseau considère : comme un travail remarquable et en définitive comme le plus important et le meilleur qui existe , MM. Rufz et Jules Guerin, disons-nous, ont cherché â élucider ce point de la pathologie, encore obscur, malgré leurs travaux.

« sens bien disposés, la face pleine et bien nourrie, la tête « grosse, le teint vermeil; ils mangent beaucoup et avec « appétit; le foie et la rate sont d'un volume considérable; « leur couleur et leur consistance sont naturelles et leur « cœur paraît sain, pendant qu'il se passe ailleurs mille « désordres qui rendent ces pauvres enfants l'objet de « l'étonnement et de la pitié î Ils sont maigres, desséchés « et comme décharnés dans toutes les autres parties de « leur corps. L'épine se courbe, les jointures se relâchent, « les os deviennent mous, lesépiphyses et presque tous les » os spongieux s'entlent et forment des nœuds ou ?iodus-, « les sutures sont écartées, la fontanelle est memhraneu- « se, les côtes sont déprimées, les omoplates et les os des « iles sont épais, rétrécis et comme repliés ; les grands os « se courbent, ce qui rend tous les membres contrefaits; « et enfin, quand on ouvre ceux qui meurent, on trouve « que les poumons, adhérents à la plèvre, sont livides, squir- « rheux, remplis d'abcès, et presque toutes les glandes con- « globées, gonflées d'une Ij mphe épaisse. {Mal. des os, tom. 11, pag,5l9).

102 ter. Complétons cette description par le tableau des lésions cadavériques tracé par Glisson. {De morbo-puerili, seu de rachitide-Leyde, 1672 in-S°.) •• Les cadavres restent « longtemps chauds; les membres sont flexibles, les mus- « clés amincis, ramollis, se déchirent aisément; le sang « est dissous, liquide, non coagulé ni coagulable; les os « sont très-fragiles, leur substance est rougeâtre ou gri- « sâtre, infiltrée de sang; la moelle des os est abondante « sanguinolente, liquide, les os du crâne sont volumineux « et spongieux ; la poitrine est aplatie sur les côtes, la co- « lonne vertébrale divisée, le cerveau volumineux, noyé

« dans de la sérosité assez souvent; la glande thymus hy- « pertrophiée et infiltrée, le foie, les glandes mésentériques « également hypertrophiées, les urines sédimenteuses, etc. »

102 quater. Quant à la nature du rachitisme, nous ne saurions nous ranger à l'opinion de M. Jules Guérin, qui s'exprime ainsi dans la quinzième et dernière conclusion de son mémoire. « Le rachitisme est une affection essen- <• tiellement différente des scrofules ou de l'affection tuber- « culeuse des os, ainsi que de toutes les espèces de ramol- « lissement des os qu'on observe chez V adulte. » Cette opinion était aussi celle de M. Rufz, qui affirme que sur vingt raçhitiques qu'il a ouverts, il n'a trouvé que six fois des tubercules dans les poumons. Le même observateur voulant atténuer l'influence généralement attribuée au scrofule, déclare encore que sur ces vingt cas, il n'a rencontré que deux enfants blonds, les dix-huit autres étaient bruns. M. le professeur Trousseau paraît entièrement professer les opinions de MM. Rufz et Jules Guérin. Pour lui (Loc. cit.), il existe une incompatibilité très-grande, presque constante, entre le rachitisme et le tubercule, entre le scrofule et le rachitisme. Mais c'est après avoir exprimé une opinion si formelle qu'il ajoute : « Non pas qu'un enfant guéri de ra- « chitisme à deux ans ne puisse être scrofuîeux à douze et « tuberculeux à vingt-cinq. » Ce qui le fait parfaitement rentrer dans notre opinion personnelle, que le rachitisme tient tantôt du tubercule, tantôt du scrofule.

102. Quintiès. — Le rachitisme qui, tout en étant presque jamais congénital, attaque surtout la première enfance (1)' est un rachitisme scrofuîeux ; celui qui attaque des enfants

(1) D'après les relevés de M. Jules Guérin, sur 346 cas de

d'un âge plus avancé, qui, au lieu de porter son action désorganisatrice sur tout le système osseux, se fixe surtout dans le tissu spongieux des os, mais entraîne aussi leur ramollissement sinon général, du moins partiel, est un rachitisme tuberculeux . Et ce qui complète l'analogie, pai faite selon nous et que nous essayons d'établir ici entre ces deux espèces de rachitisme, c'est que l'un comme l'autre, quand il y a guérison spontanée, se termine par ebumation (Nélaton, 19. 7i.~ Jules Guérin).

W2 sextiès. Si l'on étudie l'étiologie du rachitisme scrofuieux, du rachitisme de la plus tendre enfance, on retrouve toutes les mômes causes que celles qui produisent le scrofule : le tempérament lymphatique , l'idiotisme , le sexe féminin, l'influence de causes longuement débilitantes, comme un allaitement irrégulier, insuffisant; le lait d'une nourrice devenue enceinte , un sevra&e prématuré ou au contraire trop tardif: puis encore l'usage d'aliments peu nourrissants ou de mauvaise nature; l'habitation de lieux humides, obscurs, froids et mal aérés; l'abus des bains tièdes; l'usage trop immodéré des évacuations

rachitisme, l'influence de l'âge s'est manifestée comme il suit :

Rachitiques avant la naissance. 3

dès la première année. 98

la deuxième. 176

la troisième. 35

la quatrième. 19

la cinquième. 10

de six à douze ans. 5

Total : 346, dont U8 garçons et 198 filles ( Oiw. cité p. H.)

sanguines pendant le cours d'une maladie aiguë; la répression de la sécrétion muqueuse connue sous le nom de croûtes de lait {Impétigo larvalïs) ; la suppression soudaine de la teigne {Porrigo javosa ou scutuluta). Toutes ces causes ne figurent-elles au nombre de celles qu'on invoque comme productrices de la diathèse scrofuleuse , dont l'autopsie vient révéler l'influence délétère exercée sur le système glandulaire interne (102 bis et ter). Nous invoquerons une dernière analogie, c'est la similitude des traitements conseillés par la plupart des praticiens dans l'une et dans l'autre maladie. Pour notre compte, nous nous rappelons fort bien avoir opposé avec succès la méthode aurifère à un cas de rachitisme scrofuleux, développé chez un enfant de trois ans.

103. Quant au rachitisme tuberculeux, qui se développe plus tard, l'étiologie en est facile à établir puisque dans te plus grand nombre des cas on trouve des tubercules dans la cavité de l'os ramolli. Dans quelques autres cependant, mais les plus rares ( il faut le reconnaître ), on trouve aussi des tubercules dans les poumons ( M. Rufz en a trouvé six exemples sur vingt décès) ainsi que dans le cerveau et dans les méninges.

Nous allons maintenant continuer d'exposer les lois de la distribution des tubercules dans l'économie humaine.

103 bis. Lois de la tuberculisation chez les enfants. — La loi établie par M. Louis pour l'adulte, et que nous avons formulée plus haut (66) n'est plus applicable à l'enfance (1).

(1) Chez un enfant âgé de 12 ans et qui succomba à une affection intestinale, on trouva à la surface des intestins des

Ainsi MM. Rilliet et Barthezont trouvé, sur 312 entants tuberculeux, 47 fois les poumons absolument exempts de tubercules; M. Lombard 27 fois sur 100 et M. Papavoine seulement une fois sur 50.

104. Ces deux derniers auteurs ont cru pouvoir à leur tour établir une loi qui ne serait applicable qu'aux enfants : « ctst quelorsquil existe chez eux des tubercules dans un point de l 'économie , on est presque certain de trouver les ganglions bronchiques tuberculeux. Ainsi M. Papavoine a trouvé qu'il en était ainsi 49 fois sur 50 et M. Lombard 87 fois sur 100. MM. Rilliet et Barthez ont aussi trouvé la tuberculisation des ganglions bronchiques très commune, mais pas au point qu'on pût faire une loi de cette fréquence, car elle aurait à subir de nombreuses exceptions, plus que celle posée par M. Louis. Aussi ces deux auteurs maintiennent-ils que :

105. « Chez l'enfant, comme dans un âge plus avancé, « le poumon est de tous les organes celui qui se tubercu- « lise le plus souvent ; les ganglions bronchiques vien- « nent ensuite, puisa une grande distance, les ganglions « mésentériques, etc. »

106. Quoi qu'il en soit de ce qui précède, il faut recon- « naître qu'en réunissant les tubercules des ganglions bronchiques à ceux des poumons, la loi établiepar M. Louis pour les adultes reste vraie pour les enfants, avec d'autant plus de raison qu'il arrive encore assez fréquemment qu'on

tubercules colorés en noir; — il riy en avait pas dans les poumons ! (Extrait d'un rapport fait à l'Ac. de méd. de Paris, par M. le prof. Piorry. — Séance du 21 avril 1846. — Voy. Gaz, des hop., t. vin, 2e sér., p, 19*).

rencontre des tubercules dans les poumons, sans qu'il y en ait dans les ganglions bronchiques (1) et vice versa.

107. En groupant les faits réunis par MM. Lombard et Paparoine,jm peut établir comme il suit dans quelle proportion on rencontre des tubercules dans les organes de l'enfant : Ganglions bronchiques, 136 fois sur 150 enfants morts d'affection tuberculeuse,- — G. mésentériques, 56;

— G. cervicaux, 33 (2) ; — G. Gastro-hépatiques, 5 ; — G. inguinaux, 3; — G. lombaires, 1 ; — Poumons, 112 ; — Rate, 49 ; — Intestins, 30 ; — Plèvres, 19; Péritoine, 14;

— Foie, 14 ; —Reins, 13;-— Méninges, 9; — Centres nerveux, 9; — Pancréas, 4; Cerveau, 5(1); —Cervelet, 3; —

(1) La tuberculisation des ganglions bronchiques a été considérée jusqu'à présent comme une maladie exclusivement réservée à l'enfance. M. Marchai ( de Calvi), vient de prouver dans un mémoire lu à l'Académie de médecine ( séance du 13 juillet 1847) qu'elle peut se présenter également chez l'adulte. Dans les deux cas qu'il rapporte, la mort est arrivée subitement par suite de la compression des canaux aérifères. (Voy. Gaz. des hop. — An. 1847, n° 83).

(2) M. Leber ( Ouv» cit. ) rapporte un exemple de tuberculisation des glandes de Meibomius : ce fut chez une enfant de 19 ;ms , morte scrofuleuse et tuberculeuse. « La conjonctive «< palpébrale montre un développement notable des glandes « de Meibomius; au bord delà paupière inférieure gauche se « trouve une petite glande du volume d'une lentille, toute rem- « plie de matière tuberculeuse ramollie , dont le microscope « monlre distinctement les éléments caractéristiques ( t. 1 , « p. 480).»

(1) « Le siège des tubercules cérébraux peut être dans lou- « tes les parties d<Ts méninges et de l'encéphale, mais celui des

Péricarde, 3 ; — Estomac, vessie, épiploon, vésicule, vertèbres, radius, tibia, une fois sur 150 cas de tubercules.

108. On avait cru pendant long -temps que les tubercules ne se développaient que rarement chez les enfants et chez les vieillards; la dernière partie seule de cette proposition est restée vraie. La première , grâces aux recherches de MM. Piet, Papavoine, Rillet, Bàrthez, et d'autres encore que nous citerons, a été reconnue fausse. Et d'abord la méningite tuberculeuse n'est-elle point une maladie de l'enfance? Ainsi sur 90 cas de méningite tuberculeuse rassemblés par M. Piet (Thèse inaugurale. Paris 1836), on trouva que le plus jeune des enfants atteints de cette maladie avait onze mois , le plus âgé en avait quinze et que le maximum de fréquence s'est montré de six à huit ans. C'est aussi dans cette limite des huit premières années, mais à partir de l'époque de la première dentition, que MM. Coindet, Ludwig et Odier ont établi la plus grande fréquence de la méningite tuberculeuse. Enfin il résulte des statistiques dressées par M. Green, des faits rassemblés par Copeland, par MM. Constant, Fabre, Becquerel, Barrier, Rillet et Barthez, que c'est de six à huit ans que le tubercule se montre le plus fréquemment dans les membranes du cerveau; quoiqu'il puisse aussi manifester sa présence dans un âge beaucoup plus tendre, puisque M. Guersant KDrc de Médecine), a cité des faits de méningite tuberculeuse chez des enfants de six semaines à deux mois.

«« granulations tuberculeuses est principalement sous la pie- » mère. L'infiltration du tubercule jaune caséeux peut aussi « avoir lieu sous l'arachnoïde ( LcLcr., loc, cit. p. 441 ). »

109. La tuberculisalion, en tant qu'on ne la considère que dans les méninges, est donc une maladie presque exclusivement de l'enfance, et elle n'est pas moins commune à cette même époque de la vie , quand on la considère dans les poumons. C'est un fait dont nos observations personnelles nous avaient déjà depuis longtemps démontré l'exactitude, mais que nous ne voulons établir qu'avec les recherches des auteurs nommés plus haut.

109 bis. Ainsi, sur 920 enfants morts de 2 à 15 ans, M. Papavoinea trouvé des tubercules sur plus de la moitié, sur 538, et la mort a été évidemment et uniquement causée chez près des deux tiers (327) par la maladie tuberculeuse ; sur les 211 autres, les tubercules ont pu réagir aussi d'une manière fâcheuse sur la marche de maladies intercurrenles et qui n'étaient pas nécessairement mortelles, mais ils n'ont du moins point été la cause directe de la mort. D'après les relevés de M> Lombard , les tubercules sont très-rares chez le fœtus ainsi que dans les deux premières, et même, selon M. Papavoine, dans les trois premières années de la vie. Mais , une fois cetle première période passée, leur présence commence à se manifester, de sorte que, toujours selon M. Papavoine, « 1° à dater de « l'âge de quatre ans jusqu'à treize,, on trouve plus d'en- « fants tuberculeux que d'enfants qui ne sont point atteints « de cette maladie-, 2° que la luberculisalion est surtout « fréquente de l'âge de quatre ans à celui de sept ans ; « qu'elle diminue les années suivantes pour augmenter de « nouveau vers douze à treize ans , de telle sorte que de « quatorze à quinze ans, elle se montre aussi fréquente « que de trois ans à quatre. » — Les recherches de M. Lombard l'ont conduit à des résultais fort analogues. Ainsi il a

aussi reconnu que les tubercules étaient fort rares chez le fœtus, de même que chez l'enfant jusqu'à l'âge de deux ans, tandis qu'on en trouve chez les deux-septièmes des sujets qui ont succombé de deux à trois ans , chez les quatreseptièmes de trois à quatre ans , et enfin chez les trois quarts des enfants âgés de quatre à cinq ans. Nous devons dire maintenant que M. le docteur Barrier {Traité pratique des maladies de l'enfance, Paris, 1842) n'a point tout à fait obtenu les mêmes résultats. Selon lui, la fréquence de la maladie est à son minimum de deux à cinq ans , et elle s'élève dans les périodes de cinq à huit ans et de huit à onze ans. Mais les rcherches de ce dernier médecin , n'ayant porté que sur 60 tuberculeux , ne sauraient infirmer les résultats fournis par MM. Lombard ?t Papavoine.

110. Passons maintenante l'examen des lois de la mortalité chez les phthisiques après l'âge de 15 ans. Auparavant recherchons quel est à peu près le chiffre total de la mortalité causée par cette cruelle maladie. — D'après M. Benoiston de Châteauneuf ( Ami. d'hygiène publique et de médecine légale, tom. VJ, page 5), sur 43,010 personnes reçues dans les trois principaux hôpitaux de la ville de Paris ( hospices de la Charité, de la Pitié et de V Hôtel-Dieu) dans un espace de 19 années (de 1821 à 1836), 1,554 sont morts phthisiques, c'est un peu plus du 28e (28.32), chiffre énorme, si l'on songe qu'il y a eu dans ce cas autant de décès que de malades. Aussi M. Louis a-t-il pu {ouv. cité, p. 190) écrire : « Quant à la mortalité, elle est à celle qui « est causée par les autres maladies à peu près comme un « est à deux; c'est-à-dire que de trois cent cinquante-huit « sujets morts dans l'espace de trois années et demie, « dans le service de M. Chomel, cent vingt-trois avaient

.< succombé à la phthisie, et deux cent trente-cinq à des « affections de différente nature. Et si, au nombre indiqué «de phthisiques, on ajoute celui des sujets qui, ayant « succombé à d'autres maladies, avaient néanmoins des « tubercules ou des excavations tuberculeuses dans les « poumons, c'est-à-dire quarante, on trouve que sur trois « cent cinquante-huit sujets, cent soixante trois ou à très peu « près la moitié de la totalité, avaient des tubercules pulmo- « naires, étaient morts phthisiques/ »

110 bis. Nous pensons qu'on peut considérer ce chiffre de M. Louis comme exagéré, du moins est-ce l'opinion généralement admise, que les tubercules pulmonaires ne figurent que pour un cinquième dans la proportion des décès classés par maladies.

Un travail de M. A. Lefebvre, médecin à Rochefort, entrepris dans le but de rechercher ce qu'il y a de vrai dans l'antagonisme (1) de la phthisie tuberculeuse et de la fièvre intermittente, dit que sur trente décès dont il a pu apprécier les causes pendant vingt-cinq mois de pratique civile, « il en a compté dix par suite de phthisie pulmo- « naire sur des personnes de tout âge, de toute condition « et de tout sexe... En faisant le dépouillement des regis- « très d'autopsie, conservés dans les registres de l'Ecole, il « a. trouvé, sur 615 autopsies, 105 cas de phthisie {pul- « monaire ) et 27 de tubercules développés dans d'au- « très organes, c'est-à-dire un peu plus du cinquième « du total des autopsies. En faisant le relevé des cau-

(1) Disons toujours en attendant que nous nous occupions de cette question, que le mémoire de M. le docteur Lefebvre, est peu favorable à la théorie de l'antagonisme.

« ses de la totalité des décès pendant deux ans, M. Le- « febvre a trouvé la même proportion pour la phthi- « sie (pulmonaire) » {Académie de médecine, séance du 2 septembre 1845. — Voy. Gazette des hôpitaux, tom. vu, p. 412.)

111. C'est maintenant que cette affreuse proportion de la mortalité causée par le tubercule est appréciée, c'est maintenant, disons-nous, que nous pouvons rechercher quelles sont les lois de cette mortalité selon les âges, à dater de 15 ans. Un auteur anglais nous fournira sous ce point de vue tous les renseignements désirables, c'est Clark, qui a compulsé uu grand nombre de statistiques eta réussi à réunir le chiffre énorme de 4263 décès causés par la phthisie {A. Treatise on pulm. consumpt , p. 179), qui se répartissent ainsi qu'il suit :

De 20 à 30 ans, 1409 morts.

En recherchant quelle était la proportion de la mortalité sur 1000, toujours relativement aux âges, le même auteur a encore pu dresser le tableau suivant :

De 20 à 30 ans, 285 pour 1000 50 à 40 248

Les résultats obtenus par le médecin anglais ont reçu la sanction de Bayle et de MM. les docteurs Louis et Briquet.

112. M. Amiral, en s'aidant des (ableaux statistiques publiés à l'époque où M. de Chabrol était préfet du département de la Seine, a dressé un tableau de la mortalité causée par la phthisie selon les âges, qui diffère peu de celui qu'on doit à Clark , car ces diflérences pourraient bien tenir seulement, à ce que les périodes sont autrement définies. Voici ce tableau :

De 20 à 30 ans.

113. Ainsi la période décennale de 10 à 20 vient en troisième ligne, parce qu'elle renferme deux périodes quinquennnales fort distinctes : d'abord celle de 10 à 15, qui comprend les âges de 10 à 12 ans, où les enfants se montrent très -sujets aux affections tuberculeuses, ainsi que celle de 1 4 a 1 5 ans, où elle se montre, ainsi que nous t'avons déjà exprimé, aussi fréquente qu'à l'âge de 4 ans: mais ensuite celle de 15 à 20 ans, que tous les auteurs s'accordent à considérer comme une période quinquennale qui compte très peu de tuberculeux. Il en est de môme pour îa période du moment de la naissance à l'âge de 10 ans, qui, si elle renferme une période où la tuberculisation est fréquente (de 4 à 7 ans), en renferme aussi une autre où elle est presque nulle (de l'époque de la naissance à 1 âge de 3 ans).

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