‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 36 sur 70 · Les recherches de M. Lombard (Arch. génér. de · texte numérisé non relu

Les recherches de M. Lombard (Arch. génér. de

mêd.j tort), xix) faites sur le mouvement de la mortali'è dans la ville de Strasbourg, pendant une période de temps de neuf années, donnent des résultats qui, pour les adultes, s'accordent aussi assez bien avec ceux qui précèdent, surtout dans une période d'années qui s'étend de 21 à 28 ans, qui est celle où l'on rencontre, selon M. Lombard, le plus grand nombre de tuberculeux. Mais cette concordance n'existe plus quand il s'agit de l'enfance qui serait presque toujours exempte de tubercules , si l'on s'en rapportait au tableau dressé par ce médecin. Cela tient, et nous avons de bonnes raisons pour le dire, à ce que dans l'enfance rien n'est plus aisé que de confondre le catarrhe pulmonaire simple, qui lui-même fait mourir tant d'entants, avec la toux symptomatique de la présence des tubercules dans les poumons. Cela tient encore à ce que le diagnostic est plus difficile à établir, en ce que les enfants ne crachant presque jamais, on ignore s'ils ont craché du sang (et du reste ils en crachent plus rarement que les adultes)-, en ce que la percussion et l'auscultation ne donnent jamais chez eux des résultats aussi tranchés que chez l'adulte. Enfin cela tient encore à une autre circonstance , c'est qu'il n'est question dans la statistique de M. Lombard que du tubercule pulmonaire et pas du tout du tubercule mésentérique.

115. Le tubercule mésentérique est encore une maladie presque exclusivement réservée à l'enfance et fort fréquente à cette époque de la vie ; ainsi sur 50 enfants ouverts par M. Papavoine, il a trouvé des tubercules 25 fois dans le mésentère ; et sur cent ouvertures d'enfants tubercnleux , M. Lombard aussi a trouvé 31 foisdes tub9rcules dans les ganglions mésentériques. Enfin , si MM. Ril-

iet et Barthez {Loc. c/{.)ont reconnu.- « que chez l'enfant, « comme dans un âge plus avancé, le poumon est de tous « les organes celui qui se tuberculise le plus souvent.. . » les ganglions mésentériques viennent en troisième ligne -, il n'est ici question que des enfants , puisque ces auteurs n'ont écrit que sur les maladies de cet âge.

116. Les phénomènes de la tuberculisation, nous l'avons déjà dit , sont infiniment plus rares chez le vieillard qu'à toute autre époque de la vie. Cependant on les y observe (et nous allons relater une observation qui le prouve), et alors c'est plus spécialement dans les poumons qu'on rencontre les tubercules.

Quarantième observation.

Tubercules pulmonaires chez un vieillard.

Un homme de 70 ans, jadis de forte constitution, mais très-maigre aujourd'hui, est apporté le 7 juin 1843 dans le service de M. le docteur Forget, professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg. Il toussait depuis longtemps, mais depuis un mois seulement la maladie a fait de rapides progrès; aujourd'hui il est à l'agonie, puisqu'on entend le râle trachéal à dislance. Le malade expectore avec difficulté d'abondants crachats puriformes-, on perçoit des gargouillements dans presque toute l'étendue du thorax; battements du cœur faibles et tumultueux (1) ; le pouls est très petit et fréquent; il existe enfin une infiltration

(1) Ce symptôme n'avait aucun rapport avec l'état du poumon, mais était produit par la présence de caillots purulents dans les cavités mêmes du cœur, qui était cependant d'un volume normal.

légère des extrémités inférieures , qui présentent quelques tachés de purpura (1) de diverses grandeurs.

La mort eut lieu dans la nuit même, et l'autopsie fut faite trente heures après.

« Thorax. — Le poumon droit est criblé de cavernes « de toutes grandeurs; le poumon gauche, moins désor- « ganisé, est œdémateux et congestionné dans les points « qui ne sont potnt occupés par des tubercules à divers « degrés. » (Voy. Clinique médicale de 1845 de M. Forget , et Gazette des Hôpitaux, année 1846, n° 119).

117. Nous nous rappelons d'avoir donné des soins à un vieillard de 76 ans qui crachait du pus et du sang . les signes fournis par l'auscultation et la percussion venaient confirmer la valeur déjà si grande de ce double symptôme. Cet homme a vécu quatre ans encore, offrant à plusieurs reprises ce môme phénomène pathologique. Nous rappellerons l'histoire de la marquise de*** dont nous avons donné l'observation (Obs. IVe). Mais ces faits isolés n'empochent pas que la proposition émise il n'y a qu'un instant ne soit généralement vraie. Ainsi , il résulte d'une note fournie par M. le docteur Prus aux auteurs du Compendîum de tnédecince pratique (tome VI, page 525), que sur 350 ma-

(1) Nous donnons dans ce moment des soins à une jeune fille pour un courbure de la colonne vertébrale et un engorgement assez considérable des glandes du cou , et qui nous offre un phénomène pathologique tout semblable , c'est-à-dire de nombreuses taches de purpura, qui sont disséminées sur toute l'étendue des extrémités inférieures. Elle était en outre fort sujette, avant qu'elle n'eût commencé le traitement que nous lui faisons suivre, à de fréquents hémorrhagies nasales passives, et par conséquent toujours fort difficiles à arrêter.

îades, morts à Bicôtre depuis le 1er octobre 1832 jusqu'au le0 octobre 1835, 18 seulement ont succombé à la phthysie. « Dans les deux tiers des cas au moins, dit M. Pruss, « il y a une infiltration de tubercules miliaires, grisâtres, « durs et résistants, au milieu d'un tissu pulmonaire d'un « blanc sale, qui est d'une consistance assez grande et im~ « perméable à l'air. Les tubercules sont aussi plus limités « que chez l'adulte et n'occupent souvent qu'un seul « poumon. // est rare de trouver des tubercules dans les « glandes bronchiques , dans l'intestin et dans a'autres or- « ganes. »

117 bis. Malgré ce qui précède, reconnaissons que toules les recherches sur les maladies des vieillards mènent forcément à cette conclusion que les tubercules sont, de toutes les affections qui affligent Pespèce humaine, celle que malheureusement on a le plus souvent l'occasion d'observer. Ainsi, MM. Prus {Loc. cit.), Cruveilher {A natomie pathologique), Beau {Études cliniques sur les maladies des vieillards), ont rencontré chez un grand nombre de vieilards^?^ traces de tubercules. Le dernier de ces auteurs « rapporte que sur « 160 femmes mortes dans son service à la Salpétrière, « 157 offraient des cicatrices dans le sommet de l'un ou de « l'autre poumon. » — « Il faut conclure de ce qui pré- « cède, avec les auteurs qui ont écrit sur la phthysie des « vieillards (avec les rédacteurs du Compendium auxquels nous empruntons ces lignes, parce qu'elles résument parfaitement nos opinions personnelles), « que la diathèse tu- « berculeuse tend à se limiter à mesure que l'homme « avance en âge. Tandis que chez l'enfant et chez l'adulte (l'auteur de ce mémoire croit devoir ajouter : chez V enfant surtout), « le développement des tubercules est sous l'em-

« pire de l'organisme, qui tend à disséminer partout ce « produit morbide. »

118. L'influence exercée par la condition du sexe sur la production du tubercule, ne saurait être mise en doute, pas plus que le sens dans lequel elle a lieu, et nous ne craignons pas d'établir que : les affections tuberculeuses sont plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes , à toutes les époques de la vie Ce point est cependant assez difficile à établir chez les tout jeunes enfants à cause de l'idendité de constitution. Cependant MM. Guersanl, Fovdle, Barrier, Coignet et de la B^rge , soutiennent qu'elle est plus fréquente chez les filles que chez les garçons. Cette opinion ne se trouve nécessairement point infirmée par les auteurs (MM Coïndet, Ludwig, Rillet, Birlhez, Dance)qui ont écrit que la méningite tuberculeuse sévissait également sur les deux sexes. Cependant nous devons dire, sans nous ranger à leur opinion , que MM. Rillet et Barthez prétendent que de six à quinze , et surtout de six à dix ans, la proportion des garçons est beaucoup plus grande que celle des filles. Ils en disent autant pour la péritonite tuberculeuse; qu'ils considèrent comme étant fort rare avant quatre ans, et qui se développe surtout de huit à dix ans.

119. La question de l'influence des sexes, quant à la tuberculisation pulmonaire, a été mieux approfondie dans ces derniers temps. Bayle l'avait considérée comme nulle, mais les recherches de M.Louis (ouv.cité) avaient déjà fait présumer que la tuberculisation pulmonaire se rencontre plus fréquemment chez la femme que chez l'homme, présomption que confirment nos observations personnelles, que nous n'avons pas le temps de formuler en chiffres,

et les relevés statistiques de M. Benoiston de Chàteauneuï ( Annales d'hygiène, tom. vi ). Cet auteur a établi que sur 43,010 malades reçus de 1821 à 1836 , dans trois grands hôpitaux de Paris, il y en a 1,554 qui ont succombé à la phthysie; dont 754 décès pour 2,655 hommes, et 809 pour 16,955 femmes, ce qui donne la proportion de 1/35^ pour les premiers, et de l/21e pour les secondes M. Papavoine, que nous avons déjà cité , a fait 919 ouvertures de cadavres de sujets âgés de 2 à 15 ans; sur 587 garçons, 210 ou les 2/3 environ avaient des tubercules dans les poumons; mais sur les 532 petites filles, 308 ou les 3/5e étaient dans le même cas. Les nombreuses statistiques réunies par Ciarck, et que nous avons aussi déjà eu l'occasion de citer, viennent confirmer les résultats annoncés par MM. Louis, Papavoine et Benoiston de Châteauneuf. Ainsi, sur 32,371 décès causés par la phlhysie pulmonaire? le pathologiste anglais en attribue 17,320 aux femmes, et 15,271 seulement aux hommes. Des résultats aussi catégoriques ne sauraient être infirmés par les recherches trop restreintes de MM. Briquet et Boyd , et par celles souvent, contradictoires , faites à New- York et en Suède.

120. Causes de la tuberculisation. — La cause la plus fréquente de la tuberculisation est {'hérédité, dans quelque organe qu'on la considère ; c'est une opinion assez généralement admise, mais que nous espérons démontrer bientôt par des faits péremptoires. Cependant il existe incontestablement des tubercules acquis, et alors il faut bien le reconnaître, rien de plus obscur que leur étiologie. C'est de cette dernière , dont nous allons nous occuper en premier Sieu.

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