Parmi les causes de tuberculisation acquise, faut
il taire rentrer la contagion ? Pour notre compte nous aurions beaucoup de mal à émettre à ce sujet une opinion. Cependant nous nous rappelons ( car nous en avons tenu note) d'avoir donné nos soins , en décembre 1835, à un individu qui succomba dans le mois de juillet suivant , après avoir successivement offert la série de symptômes qui caractérisent les diverses périodes de la luberculisation pulmonaire, et chez lequel on ne pouvait retrouver d'autre cause qu'une cohabita tior» longtemps prolongée et absolue avec une épouse morte aussi de la môme maladie. C'est là un fait isolé sans doute , mais qui n'est pas sans valeur, vu tous le? caractères personnels et héréditaires d'une bonne et forte constitution, réunis par ce malade. Nous n'afficherons donc pas la prétention de trancher ici la question de la contagionabilité de la phthysie pulmonaire, et nous nous rangerons à l'avis de M. le pro fesseur Andral, en imitant à ce sujet sa sage réserve.
122. « On a souvent et singulièrement exagéré, dit ce « savant professeur (dans une des notes dont il a enrichi « la dernière édition du Traité tV auscultation médiate ), « la facilité de la contagion de la phthysie pulmonaire, « Cependant est-il sage de la nier absolument et dans tous « les cas? Qui pourrait affirmer, avec des preuves suffisan- « tes à l'appui de son opinion , qu'une maladie qui ne sau- « rai t jamais être considérée comme purement locale et qui à « mesure qu'elle avance , présente l'image d'une sorte « d'infection de toute l'économie , n'est pas susceptible de « se transmettre, dans le cas où des contacts très-rappro- « chés et continuels exposent un individu sain à absorber « les miasmes qui se dégagent de la muqueuse pulmonaire « et de la peau des malades. Tout ce que je puis dire, sans
« prétendre décider en dernier ressort une aussi grave «< question , c'est que, dans le cours de ma pratique , foi « été plus (V une fois frappé de voir des femmes commencer à « présenter les premiers symptômes d'une phthysie pulmo- « noire , peu de temps après que leur mari , dont elles avaient « partage la couche jusqu'au dernier moment, avait succombé « à cette maladie.»
123. Influence du climat, — Rien de plus controversé que J'influence des climats sur la tuberculisation : « La phthi- « sie pulmonaire , dit M. Andral (loc. cit.), acquiert son « maximum de fréquence dans les contrées où existent con- « tinuellement de grandes et irrégulières variations de « température. « Et cependant, dit M. Louis (ouvr. ciL), « aux Iles Ioniennes, où la température subit des varia- « tions brusques et considérables , la phlhisie pulmonaire « n'est pas plus fréquente qu'à Malte, si reconnue pour la « douceur et l'égalité de son climat. > Nous avons eu l'avantage de rencontrer dernièrement (15 juin 1845) M. le docteur Leblond, qui arrivait de la Guadeloupe, où il avait exercé la médecine pendant ces dix dernières années, et il nous a déclaré que les affections tuberculeuses, tant des poumons que des autres organes, et que les maladies scrofuleuses y étaient excessivement rares. Ainsi , dans cette île, où, comme chacun sait, règne constamment une tempérarature élevée, c'est à peine si , dans cette longue période de temps,, malgré une clientelle fort étendue, M. Leblond a rencontré deux cas ou de tubercules ou de scrofules. D'un autre côté, M. Rufz (Etudes sur la phth. pulm. à la Martinique) prétend que la mortalité, causée dans cette île par les tubercules pulmonaires, est égale à celle que fournissent les hôpitaux de Paris.
124- M. le docteur Wicheteau (Séance de VAcad. de méd. du 12 fév. 1839) et M. Fourcault {Causes gên. de la ph.pul —Paris, 1844.) prétendent que la phthisie pulmonaire est rare dans les climats secs, qu'ils soient froids ou chauds, qu'elle est au contraire fréquente dans les climats humides, quelle que soit la température. Les expériences de M. Flourens (Observ. sur qq.mal. des oiseaux), qui a réussi a faire développer chez de jeunes poulets , en les exposant pendant plusieurs jours de suite à un froid humide, une maladie qui offrait à l'autopsie des désordres fort analogues à ceux produits par la tuberculisation pulmonaire ; les recherches de M. Rayer (81), qui a observé que le renne, le singe, le lion et le tigre deviennent facilement tuberculeux dans nos climats; ces recherches, disons-nous, donnent une certaine valeur aux opinions de MM. Bricheteau et Fourcault.
124 bis. Cependant, nous devons faire observer que la claustration doit entrer pour beaucoup dans ces phénomènes de pathogénie. Ainsi, toutes les vaches laitières des nourrisseurs de Paris et de la banlieue, qui sont bien nourries dans des étables maintenues à une température constante, mais qui sont fort mal aérées, présentent presque toutes, après leur mort, ou naturelle ou violente, des tubercules dans les poumons. Aussi nous joindrons-nous aux auteurs du Compendium pour dire : « Qu'en résumé il « faut reconnaître avec Clark et M. Louis, que la climatolo « gie ne fournit encore aucune donnée positive à l'étude « des causes et de la fréquence de la phthisie pulmonaire.» Il en faut dire autant de l'influence des saisons, qui ne nous paraît pas mieux élucidée.
Imiter. Il résulte de tout ce qui précède que l'étude des faits généraux ne donne pas de résultats bien précis quanfc
à l'influence des climats pour produire la tuberculisation pulmonaire ou pour favoriser son développement. Mais il faut reconnaître que les faits isolés sont souvent favorables à l'opinion de ceux qui admettent cette influence comme prouvée. Pour nous elle est incontestable dans tous les cas où un individu quitte un climat chaud pour habiter nos contrées. L'observation suivante, viendra à l'appui de cette manière de voir.
Quarante et unième observation.
Tubercules pulmonaires acquis, — Engorgement symptomatique d'une glande de Vaisselle.
Au mois de décembre 1847, on voyait dans les salles de l'hôpital militaire du Val-de-Grace un malade qui paraissait offrir un exemple évident de tubercules pulmonaires acquis, avec engorgement symptomatique d'une glande de l'aisselle. Il s'agit de Tati-Vahiné, originaire des îles de la Société, situées sous le 17e degré de latitude australe.
Avant de quitter son pays, Tati n'avait jamais toussé, mais à peine a-t-il gagné les parages du pôle sud que l'influence d'une température froide et humide sur le système lymphatique commence à se faire sentir : il commence à tousser et il se manifeste un engorgement d'une glande de l'aissele, qui ne tarde point à devenir le siège d'un énorme abcès. Cependant on se rapproche des tropiques et alors l'irritation des bronches se dissipe pour reparaître de nouveau, quand on arrive à la hauteur des Açores, pour s'aggraver enfin à Paris, où elle se montre avec tous les caractères d'une bronchite tuberculeuse, compliquée dune pneumonie lobulaire diffuse.
Admise l'hôpital du Vai-de-Gràce et placé dans le ser=
vice de M. le professeur Champouillon, voici l'étal dans lequel se trouvait Tati, le 22 novembre 1847.
« Le teint de la peau est celui des races cuivrées; mais « on y démêle facilement les attributs du tempérament « lymphatique. Une plaie de bon aspect occupe tout le « creux axillaire et le tiers supérieur de la face interne « du bras droit. La percussion donne, sous la clavicule du « même côté, une rêsonnance un peu mate ; à ce point cor- « respond un craquement humide, qui éclate dans tout le « sommet du poumon. La voix est rauque; les crachats sont « ceux de la bronchite chronique, mais tachetés pour la « plupart de sang rouge. Le pouls est à 90. Des goutte- « lettes de sueur couvrent le front et les tempes pendant « la nuit. Il y a peu de soif; l'appétit est conservé- »
Le 26 et jours suivants, l'état tuberculeux se complique d'une pneumonie qui envahit presque la totalité du poumon droit, mais qui céda facilement à une saignée générale, à une application de ventouses scarifiées et à une potion légèrement stibiée.
Depuis lors l'état du malade s'améliora considérablement et le 2 décembre il ne restait plus qu'un peu de craquement sous-claviculaire; les sueurs profuses à cette même époque étaient moins abondantes.
Cette observation n'est sans doute pas sans importance au point de vue de i'étiologie de la tuberculisation et elle vient en aide aux observations de MM. Flourens et Ànesley (i\
(1) Researches in to the causes, nature, and treatment of the more prévalent discases of lndia} andWarm climats. — 2 vol, in~4°. writh pi. 1828,
Quant au moyen à employer pour obtenir une guérison complète, il vint facilement à l'esprit de le renvoyer le plus tôt possible (en lui faisant suivre la route de Panama, afin d'éviter le détroit de Magellan) respirer l'air chaud de son pays natal; mais, malheureusement, Tati , qui est venu chercher en France l'instruction européenne, s'y refuse obstinément (Gaz. des hôp. — An. 1847, n. 143).
Ne négligeons pas de signaler l'effet favorable produit par une inflammation intercurrente pour modifier et modérer le travail de tuberculisation ; influence bienfaisante, sur laquelle il faut cependant généralement peu compter.
Cependant, malgré la marche pour ainsi dire theimométrique de la maladie de Tati, malgré le rapport de cause à effet qu'elle paraît offrir, il lui manque, pour lui donner une valeur absolue, des renseignements précis sur les conditions de santé des auteurs de Tati. Cette objection doit nécessairement naître par cette circonslance que les huit Taïtiens (dont faisait partie le malade) amenés par YUranie à Paris, furent tous atteints par la grippe et par une simple bronchite, et que Tati seul a offert des phénomènes de tuberculisation.
125. Le même vague existe sur l'influence exercée par les professions, influence qu'on peut résumer en disant qu'il faut considérer comme cause de tuberculisation celles qui forcent l'individu à demeurer dans une atmosphère viciée et le privent d'exercice.... Combien de professions de natures bien différentes ne sont-elles pas dans ce cas ! Ce n'est donc plus la profession qui serait la cause efficiente de la tuberculisation, mais bien plutôt les conditions hygiéniques dans lesquelles elles placent les malades. Quoi qu'il en soit, tenons compte de quelques recherches fort ré-
centes entreprises à ce sujet, et faisons-les connaître, tout en convenant qu'elles laissent la question indécise.
125 bis. La poussière du grès, continuellement respirée, paraît être une cause productrice de la tuberculisation pulmonaire. Du moins voici comment s'exprime à ce sujet M. Morin, membre de l'Académie des sciences, dans une communication faite à ce corps savant (séance du 5 juillet 1847.)
« Les ouvriers aiguiseurs sont habituellement atteints « de laryngites, d'angines, de bronchites chroniques, et « surtout de phthisie pulmonaire, maladie que le père trans- « met à son fils avec son funeste métier : dans les manufac- « tures d'armes blanches, presque tous succombent avant « l'âge de 40 à 45 ans. Il résulte de relevés faits sur les re- « gistres des manufactures d'armes blanches que, sur 56 « ouvriers aiguiseurs morts de 1829 à 1841, 41 n'avaient « pas atteint plus de vingt-cinq ans de service. — Il en est « à très-peu près de même dans l'industrie privée, et les « chefs d'une de nos grandes fabriques de quincaillerie « signalent avec douleur, qu'en quatre ans, ils ont perdu de « la phthisie pulmonaire cinq de leurs meilleurs ouvriers, « hommes forts et bien constitués d'ailleurs. »
Voici maintenant le tableau, tracé par le même auteur, des conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent incessamment placés les ouvriers aiguiseurs. «Incessamment « courbés sur une meule qui, dans son mouvement rapide, « projette sur leurs bras, sur leur figure, sur tout leur « corps, une pluie boueuse, mêlée de parcelles siliceuses « et métalliques , couverts de vêtements imprégnés d'une « humidité permanente et parfois glaciale, qu'ils nedissi- « penl en partie qu'en s'approchant de poêles fortement
« chauffés qui la transforment en vapeur , et exposés à « toutes les fâcheuses conséquences d'une situation si défa- « VOrable à la Santé, ils sont encore périodiquement et frè- « quemment soumis à respirer la poussière siliceuse sèche que « produisent les meules, soit quand on aiguise à sec, soit « quand on tourne les meules dont la surface est altérée.» (Compt. rendus des séances de l'Académie des sciences, tom. xxv, p. 1 •)
125 ter. Les médecins s'accordent assez pour reconnaître une influence fâcheuse à l'exhalation des poussières en général , et M. Lombard ( de Genève) a publié, dans les An. d'hygiène publ. et de méd. légale (t. XI, an 1834), un travail remarquable sur ce sujet : De V influence des professions sur la phthisie pulmonaire. Cet auteur avance que le danger est d'autant plus grand que les molécules sont plus divisées et qu'elles proviennent de corps plus durs. Nous sommes assez disposés à partager l'opinion des auteurs que nous venons de citer quant à l'émeri, la silice, l'acier, la farine ; mais le doute existe dans notre esprit quant à la poussière de charbon : et ce doute existe malgré les travaux des médecins anglais , qui ont décrit une phthisie noire , fort fréquente chez les ouvriers, qui travaillent aux charbons, mais aux charbons de terre.
125 quater. Ce qu'il y a de certain, c'est que depuis quinze ans environ que nous sommes médecin vérificateur des décès, nous n'avons pas remarqué que nous eussions à constater plus de cas de phthisie pulmonaire parmi les fruitiers-charbonniers, dont le nombre est, comme on sait, assez considérable, et qui se trouvent tous dans les conditions hygiéniques les plus déplorables. C'est à-dire que tous habitent des rez de-chaussée souvent en contre-
bas avec le sol, et où l'air et la lumière ne pénètrent que fort difficilement. Nous devons ajouter que les hommes affectés au service des marchés aux charbons sont tous forts et vigoureux, et il est peu probable que celte disposition à la phthisie pulmonaire n'eût point été signalée , si elle avait été observée chez eux (1).
Un médecin de Saint-Vrain, M. le docteur Constans, paraît partager nos opinions. Attaché depuis plus de vingt ans à la poudrerie du Bouchet, il n'a vu dans cet intervalle de temps que deux ouvriers mourir phthysiques, dans un établissement OÙ le charbon est Vêlement essentiel du travail et fonctionne avec un personnel, qui n'a guère varié entre 40 et 50 ouvriers. Le premier, qui est mort à 27 ans, avait été réformé pour de fréquentes hémoptysies. Le deuxième,
qui est mort à 49 ans , après 21 à 22 ans de service , était employé à la charbonnerie, c'est-à-dire dans des ateliers où il ne se développe pas de poussière , puisque la carbonisation s'y opère par distillation dans des cylindres en fonte. N'oublions pas de dire que l'auteur de la lettre
(1) M. le professeur Piorry et son interne M. Ferdinand Dupont , paraissent croire que l'inspiration de la pousssière de charbon peut devenir une cause de tuberculisation pulmonaire. Ils citent à l'appui de leur opinion l'histoire d'un malade ( Gabriel Delaporte), couché au n° 34 de la salle Saint-Raphaël , dans le service de M. Piorry, à l'hôpital de la Pitié. Cet homme, qui offre depuis peu de temps des symptômes assez caractéristiques d'un commencement de tuberculisation pulmonaire, est préparateur de moules destinés à fondre le cuivre. Sans doute , il employé pour cette fabrication : 1° la poussière de charbon , mais en même temps; 2° un sable particulier extrait des plaines de Fontenay-aux-Roses ; 3° une autre substance analogue à l'émery. (Voy. Gaz. des hop. — An. 1847, n° 82).
(Voy. Gazette des Hôpitaux , année 1847, n° 97) où nous puisons ces détails, ne manque pas de faire observer que la phihysie ri est que trop commune dans la contrée où se trouve située la poudrerie du Bouchet.
125 quintiès. — Tout dernièrement, M. le docteur Wanner a émis, dans un mémoire communiqué à J'Académie de Médecine (séance du 1 8 avril 1 848) , une opinion toute nouvelle Sur Vétiologie de la tubtrculisation en général, * L'au- « teur avait déjà émis cette opinion , il y a dix ans, que les « principes calcaires sont la principale cause des tuber- « cules pulmonaires. Ayant entendu dire qu'en Sologne, « il n'y avait pas de phthysiques, M. Vanner, pendant un « séjour de quinze mois dans cette contrée, s'est livré à un « grand nombre de recherches qui lui ont prouvé , dit-iî , « que c'était une vérité que dans une certaine partie de « cette province il n'y avait ni pthysiques, ni scrofuleux , « ni aucuns enfants affectés de carreau, ni même de cal- « culeux. »
« Dans cette partie de la Sologne , où l'on n'observe pas « de phthysiques, le sol est entièrement composé de silice « et d'alumine jusqu'à une profondeur de 80 mètres. La « terre végétale dont la couche est peu profonde, ne con- « tient que de la silice, de l'alumine, des détritus de vé- « gétaux et dans quelques parties des terres d'alluvion, « nulle parti! n'y a trace de chaux. Les plantes à chaux « y viennent très -mal et même pas du tout; on n'y voit « que des plantes à silice, seigle et blé noir et quelques « graminées , des prairies , des plantes à potasse et à « Soude.
« De ces divers rapprochements l'auteur a été amené à « conclure que les tubercules sont dûs aux principes ca!~
« caires qui se trouvent, soit dans les aliments, soit dans « les eaux dont on fait usage. Voici , du reste , de quelle « manière l'auteur classe les causes qui déterminent la « tuberculisation.
« 1° Alimentation contenant d*-s principes calcaires;
« 2° Certain état du sang, soit que l'individu fût affaibli « par loutes sortes de causes, ou bien qu'il ait reçu de ses « parents ce funeste héritage ;
« 3° Privation d'exercice ;
« 4° Habitation des lieux humides et défaut d'inso- « Iation ;
« 5° Introduction dans les organes pulmonaires de dif- « férentes poussières.» {Gaz. des hop. An. 1848, n° 46)
Quant à la première de ces conclusions, c'est au tempts et à des recherches entreprises sur le même sujet par d'autres hommes, de nous apprendre ce qu'elle renferme de vrai (1) Nous dirons seulement que les quatre autres conclusions sont là pour prouver, ainsi qu'il était facile de le pressentir à l'avance , que les causes de la tuberculisation sont multiples. Nous nous sommes déjà expliqué sur
(1) Voici ce qu'éerivaitsur ce sujet, à \aGaz. des hop. (nn 32) le 6 mai 1848, M. Miquel d'Amboise : « Dans un petit voyage que « j'ai fait il y a deux ans au Croisic (Loire-Inférieure;, j'ai eu c l'honneur de causer plusieurs fois avec M. le docteur Meris « (de Guérande). Or, voici ce que j'ai à vous dire de notre en- « tretien. Dans ce pays qui n'est qu'un sable reposant sur le « granit, fumé avec des varus, les deux maladies les plus eom- « raunes, sont la phthysie et ies gonflements glanduleux. Mais <- cette double affection est spéciale à certaines familles de cette «< robuste population; ce qui fait quejçs membres des familles « bien valides hésitent à s'unir à celles des phtliysiques »
les conclusions 3 , 4 et 5 , il nous reste h le faire pour la conclusion na2.
126. M. Wanner s'est efforcé de déduire de ses recherches quelques résultats pratiques avantageux. Se basant sur des idées théoriques, il a essayé remploi du bicarbonate de soude à haute dose dans le traitement de la phthysie, mais il n'en a obtenu aucuns bons résultats. Enfin il a été conduit en dernière analyse à conseiller le séjour de la Sologne aux personnes atteintes d'une diathèse tuberculeuse peu avancée. Si cela devenait un fait bien acquis à la science que les maladies tuberculeuses ne se montrent pas ou du moins sont fort rares dans ces contrées marécageuses où les fièvres intermittentes sont endémiques; si les tuberculeux retiraient de leur séjour dans ces mômes contrées des avantages incontestables, il faudrait bien admettre qu'il y a quelque chose dans l'antagonisme, trouvé par quelques praticiens, entre les fièvres d'accès et la phthysie pulmonaire (1).
126 bis. Recherchons maintenant quel peut être le rôle de l'inflammation dans la genèse du tubercule. Personne n'ignore quelles sont à ce sujet les opinions de M. le professeur Bouillaud (2), nous n'en croyons pas moins devoir
(1) Le même M. Miquel , dont nous venons il n'y a qu'un instant d'invoquer le témoignage , écrivait le même jour au même journal : « En Touraine, il y a des fièvres intermit- « lentes de tous les types , comme daus tous les vallons de la « Loire, et il y a malheureusement des phthisiques , là comme <« ailleurs.»
(2) Alors que nous allons combattre les opinions scientifiques de M. le professeur Bouillaud, nous éprouvons le besoin de déclarer hautement que le nouveau doyen de la Faculté de
les exposer avec quelques détails, surtout voulant les combattre.
Dès 1834, le célèbre professeur de clinique avait formulé sa manière de voir dans l'art, lymphangite , du Dia. de mêd. en 15 vol. II écrivait à cette époque : « s'il est des « cas où telle inflammation chronique des ganglions lym- « phatiques n'entraîne point latuberculisationde cesgan- « glions, il n'en est point, où une véritable et complète tu- « berculisation de ces ganglions ne se rattache d'une « manière plus ou moins éloignée à leur inflammation « chronique.» Depuis M. Bouillaud, dans ses leçons orales {Voy. dans la Gaz. des hop., an. 1845 ), s'est exprimé plus formellement encore. Ainsi s'étant posé cette question : ■ Qu'est-ce que le tubercule ? — Quel est le rapport de cause « à effet entre le tubercule et l'inflammation des vaisseaux
« lymphatiques? il répond que la matière lubercu-
« leuse est à l'inflammation du système lymphatique, ce « que la fausse membrane est à l'inflammation du système «• sanguin. » — Une autre fois (Loc. cit. ) il dit encore : « NOUS posons en fait que l'inflammation seule est la cause « productrice de la matière tuberculeuse; des tubercules en
médecine de Paris, a toutes nos sympathies comme homme de science et comme homme politique. Nous ne pouvons dire qu'une chose, c'est que nous regrettons sincèrement de ne pas partager sa manière de voir sur ce point. Mais cela ne peut altérer en rien notre admiration pour ses immenses connaissances , et notre respect pour sa personne. Aussi, sommes-nous convaincu qu'il ne saurait nous en vouloir d'avoir franchement exprimé notre opinion sur un sujet que nous n'avons celtes pas la prétention de mieux connaître que lui , mais que nous pensons cependant avoir étudié avec quelque fruit.
u en un mot. Nous ajoutons maintenant que c'est Vin- « flammation du système lymphatique, des vaisseaux lym- « phatiques , qui détermine la formation de ce secretum « (sui generis (l)à la vérité) qui constitue les lésions tu- « Dérouleuses proprement dites ! »
126 ter. Grâce aux belles recherches de MM. Àndral et Gavarret, nous savons quel est l'effet constant de l'inflammation de tous les tissus , du système ganglionnaire luimême, c'estl'augmentation de la proportion de la fibrine,qui est elle-même du reste un des éléments du sang. Si les séreuses s'enflamment , cette augmentation de la fibrine ne s'en manifeste pas moins et c'est ce qui donne lieu à la formation de fausses membranes dans la pleurite, dans la péritonite ; c'est ce qui amène l'oblitération des veines dans la phlébite.
126 quater. Il existe un autre produit de l'inflammation, c'est le pus, dont les éléments constitutifs se retrouvent aussi dans le sang. — Le pus, qu'il ait été formé à la surface des diverses séreuses, dans la cavité des vaisseaux tant artériels que veineux ou lymphatiques, à la surface des plaies ou bien enfin dans les cavités clauses, le pus, entraîné dans le torrent de la circulation , soit parce qu'il a été absorbé, ce que certains auteurs nient, soit parce quM s'est développé dans l'intérieur du vaisseau (artère , veine ou vaisseau lymphatique), peut être déposé dans certains organes parenchymateux, et surtout dans les poumons et dans le foie, et y former ce qu'on nomme des abcès métas-
(lj Ces deux mots, que nous avons eu le soin de sous-ligner, sont presque à eux seuls, la réfutation de toute la théorie de M. Bouillaud.
tatiques. Ce serait par un mécanisme analogue, selon M. le professeur Bouilland, que la matière tuberculeuse se trouverait déposée dans les divers organes à la suite de l'inflammation des vaisseaux lymphatique?. Examinons comment ce phénomène, s'il était prouvé, pourrait se produire.
126 quintiès. Quoique les maladies du système lymphatique soient rares (1), il est incontestable que ces vaisseaux sont susceptibles de s'enflammer, la phlegmasia alba dolens en fournirait une preuve surabondante, maisla lymphangite n'a pas d'autres résultats pathologiques qne ceux observés dans la phlébite. Ainsi, M. le professeur Andral (Précis d'anat. pathologique, t. il, p. 440, elRech. p. servira l'hist. des mal. dusyst. lymphatique, — in Arch. demêd. An 1824, t. vi, p. 503). M. le professeur Velpeau {Mémoire sur les mal. du s/st. lymphatique, même recueil, an. 1836, t. vin, p. 129 et 308; t. X, p. 5); M. le docteur Gendrin {I/ist. anatom. d. inflammations, t. il, p. 89), ont trouvé la paroi interne du canal thoracique rouge, villeuse, épaissie. M. le professeur Magendie (PhysioL, t. lï, p. 218); Breschet {Le sysl. lymphatique, the. in-4°. Paris, 1836, p. 628); M. le professeur Cruveilher ( Précis d'anat, pathol, p. 44.), ont constaté l'épaississement des parois des vaisseaux lymphatiques et parfois leur induration , leur oblitération , surtout dans les cas de phlegmasies chroniques. —Tous ces mêmes auteurs
(1) Surplus de trois cents cadavres, dont le canal thoracique a été examine avec le plus grand soin, M. Andral (Kech. pour servir y etc. ) n'a trouvé de lésions que cinq fois et d'après les proportions connues (110), il a dû trouver des tubercules dans les poumons soixante fois au moins.
ont aussi constaté la présence du pus dans les vaisseaux lymphatiques, consécutivement à leur»inflammation.
197. Jusqu'à présent, on le voit, l'inflammation des vaisseaux lymphatiques ne se distingue par aucun caractère qui lui soit propre. Yoici cependant quelques faits qui font exception, mais ce sontdes faits isolés, qu'il paraît difficile d'opposer à la généralité de ceux, que nous avons d'abord exposés.
127 bis. Mascagni {Jnat. universelle ), Assalini ( Essai méd. sur les vaisseaux lymphatiques , in-8. Paris, 1T87) ont trouvé parfois dans les vaisseaux blancs une matière blanchâtre, tenace ou caséeuse. Scemmernig ( De morbis vasorum absorbentium, in-8., Francfort, 1795, p. 45 ) et M. Andral ( Loc. cit. ) ont eu chacun l'occasion dJobserver sur la face interne du canal thoracique un grand nombre de petits corps d'un blanc mat, irrégulièrement arrondis, ayant terme moyen, le volume d'un pois. Tout ces produits morbides ont été rencontrés chez des sujets affectés de cancer et de tubercules (1) et dans les points les plus rapprochés des tissus pathologiques désorganisés (2), Dans le cas emprunté à M. Andral, la femme était morte
(1) Ces expressions sont celles employées par Saemmering lui-même; or, il faut reconnaître qu'à l'époque où ce grand anatonu'sle (n.1755 —m. 1830) écrivait, on ne faisait pointun aussi grand usage du microscope qu'aujourd'hui, et que c'est le seul moyen, au dire de M. H. Lebert (Lcc. cit.), de distinguer le cancer du tubercule, qu'on peut confondre dans certains cas.
(2) Comme dans certains cas, l'extrémité des vaisseaux lymphatiques en rapport avec le siège de la maladie, était fort dilatée, on doit présumer qu'il y avait eu absorption de la matière morbide.
d'un cancer utérin et les petits corps présentaient une parfaite analogie de structure avec les masses cancéreuses développées dans l'abdomen. Les vaisseaux lymphatiques qui viennent se réunir dans le canal thoracique étaient distendus et se perdaient dans les masses cancéreuse situées au devant du rachis. Quant aux vaisseaux lymphatiques du poumon, qui ne renfermaient pas de ces mêmes corpuscules, ils se dessinaient sous la forme de stries blanches et se continuaient ainsi jusqu'aux ganglions lymphatiques, dégénères eux-mêmes en cancer! — On ne trouva nulle part chez cette femme de trace de tuberculisaton.
Tout ne fait-il pas présumer que dans les faits indiqués un peu vaguement par Sœmmering, si bien précisés par M. Andral, l'affection des vaisseaux lymphatiques était consécutive? Si on en jugeait autrement, il faudrait alors admettre que la lymphangite peut aussi engendrer le cancer; ce qui paraît inadmissible.
N'est-ce point encore à une inflammation, ou consécutive ou pour mieux dire simplement concomittante , qu'il faut rapporter le cas de lymphangite observé par M. Andral (Précis....,!, n, p. 441.) chez un individu mort de phthisie pulmonaire.Les lymphatiquesde l'intestin formaientdescordons, offrant de distance en distance de petits renflements arrondis, blanchâtres et très-durs. Il a semblé à M. Andral que ces renflements correspondaient aux valvules et dépendaient de l'épaississement partiel des parois des vaisseaux. Ainsi dans ce cas il y avait maladie des vaisseaux lymphatiques sans doute, mais justement vers les organes où il n'y avait pas de tubercules pulmonaires, car
M. Amiral n'eût pas manqué de l'indiquer , s'il en avait rencontré dans le mésentère ou le péritoine.
127 ter. Enfin , nous n'avons réussi à trouver qu'un seul exemple bien tranché de formations tuberculeuses à l'intérieur des vaisseaux lymphatiques s'abouchant dans les ganglions mésenlériques, tuberculeux eux-mêmes ( Cruveilhier, loc. cit. )
127 quater. D'après ces détails, si précis sur l'inflammation des vaisseaux lymphatiques, nous avons peu de chose à dire sur les ganglions lymphatiques, puisqu'ils sont sujets à toutes les mêmes altérations que leurs vaisseaux. Cependant, reconnaissons qu'ils offrent, même chez l'adulte , des exemples bien plus nombreux de tuberculisation. Ainsi , on se rappelle combien la tuberculisalion des ganglions bronchiques est fréquente dans l'enfance (104), et cependant les exemples d'inflammation des vaisseaux qui se rendent à ces mêmes ganglions sont fort rares, ainsi que l'inflammation de ceux, si nombreux, qui rampent à la surface des plèvres et des poumons, alors que ces parties , et surtout ce dernier organe, sont si souvent le siège d'une tuberculisation abondante.
127 quiniiès. Nous ne savons pas si nous nous abusons , mais il nous semble que tous ces faits ne permettent plus guère d'attribuer à l'inflammation le rôle, que veut lui faire jouer M. Bouillaud \ cependant nous invoquerons encore les phénomènes observés dans une maladie bien étudiée dans ces derniers temps; nous voulons parler de la méningite granuleuse, dont la nature, entrevue d'abord (1) par M. Guersant père, est aujourd'hui bien connue.
(1) En effet, cet habile praticien, bien avant les travaux des
En effet, les travaux de MM. Gherard ( the amerkan Journal of the médical sciences, n° 27 — mai 1834); Rufz ( Quelques recherches sur les symptômes et les lésions anatomiques de la maladie connue sous le nom d'hydrocéphale aiguë. Th. inaug. in-4°. Paris , 1835) ; Dance {Mémoire sur lJ hydrocéphale) ; Piet(Th. inaug. , Paris, 1836) ; Coignet ( idem ) , et Becquerel ( idem ) ; Fabre et Constant ( Gazette des hôpitaux , 12 mars 1839); Rilliet et Barthez {Loc. cit.) ne permettent plus de doute sur la nature tuberculeuse , reconnue aussi par M. Bouilland {Gazette des hôpitaux , année 1845, n° 584) des granulations trouvées dans les mailles de la pie-mère (1). Ces auteurs ont tous démontre que ce sont des tubercules tout-à-fait semblables à ceux qui sont situés dans les plèvres, dans le péritoine. Leur développement, disent ces auteurs, n'est nullement un
auteurs dont nous allons invoquer le témoignage, avait séparé la méningite avec granulations des autres espèces d'inflammations cérébrales ; il lui avait assigné le nom par lequel nous l'avons d'abord désignée, et il considérait les enfants hydrocéphaliques , comme des phthy siques qui mouraient par le cerveau (Consid. sur les maladies des enfants. — Th. inaug. de M. Lauth.— Paris, 1829;.
(1) « Les granulations grises des méninges et surtout de la « pie-mère, montrent d'une manière évidente les globules du « tubercule contenus dans les mailles des fibres de la séreuse. « Ce qui met de plus leur nature tuberculeuse hors de doute, « c'est leur fréquente coexistence avec le tubercule miliaire , « l'infiltration tuberculeuse et les tubercules jaunes, caséeux V très-volumineux dans le cerveau. » ( H. Lebert. — Loc. cit. fl. i , p. 535). Nous ajouterons qu'elle est encore approuvée par lii coexistence de tubercules, sinon toujours dans le poumon , à cjtuse de l'âge le plus habituel des malades , du moins dans les ganglions bronchiques (104).
effet de la phlegmasie des méninges, et quand leur présence s'accompagne de quelques produits phlegmasiques ( de l'injection , de fausses membranes , d'une sécrétion séreuse OU purulente) , c'est leur présence qui a déterminé ce travail inflammatoire. Et chose qu'il faut noter, c'est que ces lésions inflammatoires y sont généralement moins prononcées, que dans la méningite aiguë simple.
Est-il donc nécessaire que nous ajoutions que l'on ne saurait considérer ces mêmes granulations comme une sécrétion des vaisseaux lympathiques, car le cerveau et ses dépendances sont dépourvus de cet ordre de vaisseaux.
N'en faut-il pas dire autant de la moelle allongée, de la moelle épinière, et cependant il existe des exemples assez nombreux de masses tuberculeuses développées, soit en dehors, soit en dedans des enveloppes de ces centres nerveux. (26, 68 bis, 87 bis.)
Donnons maintenant la sanction d'un fait aux considérations précédentes.