‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 39 sur 70 · OBSERVATION QUARANTE-TROISIEME · texte numérisé non relu

OBSERVATION QUARANTE-TROISIEME

Tubercules pulmonaires chez une femme de 52 ans, dont la mère est morte à ce même dge, de cette même maladie.

Nous avons été consulté aujourd'hui (20 février 1847) par une femme âgée de 32 ans, qui se trouve dans les conditions de santé que nous allons dire.

lléglée à dix- huit ans, elle s'est mariée à vingt-deux-, devenue grosse immédiatement, elle a eu une couche heureuse dont elle s'est bien et promplement relevée. Deux ans après, ayant contracté un rhume , elle a eu beaucoup de peine à s'en débarrasser, a maigri beaucoup, et pendant sa durée, qui a été de plusieurs mois, elle a eu plusieurs hémophtysies. Cependant des soins intelligents, l'application d'un exutoire au bras, lui ont procuré un rétablissement

complet et elle a joui jusqu'à la fia de Tannée dernière d'une assez bonne santé , sans avoir eu à subir de nouvelle grossesse. Mais voici que depuis deux mois environ , elle s'est enrhumée de nouveau, et ce rhume s'accompagne de sueurs nocturnes, de dévoiement non continu , et d'un amaigrissement considérable. La percussion ne donne aucuns renseignements, mais à l'auscultation on reconnaît que le bruit respiratoire est presque nul sous les deux clavicules. D'après les antécédents que nous avons exposés, d'après le tableau que nous venons de tracer de l'état actuel, nous n'avons point hésité à diagnostiquer la présence de tubercules au sommet des deux poumons.

Mais quelle est la cause de cette dégénérescence chez cette femme qui , malgré sa position d'ouvrière, vit dans des conditions qui n'ont rien de défavorable?

Nous n'hésitons pas d'avantage à dire que c'est l'hérédité?

Cette femme, en effet, a perdu sa mère alors qu'elle avait deux ans, et qui n'avait pu se relever de l'accouchement, auquel celle qui me consulte aujourd'hui avait dû le jour. Depuis cette couche, sa mère (avons-nous appris de son mari) s'est mise à tousser, puis elle a successivement craché du sang et du pus; puis elle a eu des sueurs nocturnes , puis enfin du dévoiement, et elle est morte à l'âge de 52 ans , dans cet état de marasme extrême et qui est si caractéristique.

133 ter. Nous croyons utile maintenant d'accumuler les faits qui tendent à démontrer l'hérédité des affections tubercules.

Nous rappellerons d'abord Fhi&loire de Victoire B

(58 bis), décédée phthisique avec complication d'une tu-

iiitiui blanche. Hé bien I les renseignements que nous avons réussi à nous procurer sur le père et la mère de cette jeune fille nous ont fait acquérir la preuve que tous deux étaient phthisiques. Un frère, âgé de 19 ans , avait succombé quelques mois, auparavant au moment de la mort de sa sœur, par suite de la présence de tubercules dans les poumons, non moins bien constatée que pour sa sœur. Enfin il reste à

Victoire B un frère, âgé de 12 ans et une sœur qui en

a 19, et déjà ces deux enfants portent sur leur physionomie le triste cachet de la maladie , qui vient de faire mourir sa sœur, et qui ne tardera pas non plus sans doute à les faire succomber.

Nous avions, au mois de juin 1846, une malade de notre bureau de bienfaisance, qui se mourait avec tous les symp. tomes les plus caractéristiques de la phthysie pulmonaire (et cela depuis plusieurs années) : crachements et vomissements de sang, toux incessante, crachats purulents, sueurs nocturnes, diarrhée colliquative, râles de toute nalure, gargouillement, pectoriloquie, diminution de sonoréité ou sonoréité exagérée, selon les points où Ton pratique la percussion, etc. Cette femme a eu trois enfants : une fille, aujourd'hui âgée de 21 ans, et qui est bien menstruée \ elle paraît même jouir d'une assez bonne santé, mais elle porte au cou les stygmates de nombreux engorgements de glandes, aujourd'hui cicatrisées. Cette même femme a eu deux fils : tous deux sont morts; l'aîné il y a un an à peu près, par suite d'une phthisie laryngée, évidemment symptomatique de la présence de tubercules dans les poumons. Le plus jeune avait précédé son frère ; il était mort un an avant lui environ, ayaut offert tous les symp-

tomes les plus évidents de la phthysie pulmonaire tuberculeuse.

Pendant l'été (1) de Tannée 1840, nous eûmes encore à constater le décès d'une femme qui demeurait sur l'esplanade des Invalides. Agée de 45 ans environ, elle venait de succomber par suite d'une phthisie pulmonaire tuberculeuse ; l'aspect du cadavre le dénonçait assez, tous les renseignements que nous prîmes ne permettaient pas le doute à cet égard. Elle laissait trois filles; la plus jeune, âgée de 16 ans, crachait déjà le sang à l'époque de la mort de sa mère; un an après, elle succombait elle-même dans cet état de marasme, qui n'appartient vraiment qu'à la phthisie pulmonaire* et après du reste avoir offert le développement successif de tousses symptômes.— La cadette offrait une courbure considérable de la colonne vertébrale sans que sa santé en parût très-notablement altérée, car elle était assez bien réglée et remplissait convenablement toutes ses fonctions organiques. —L'aînée, qui avait 20 ans, paraissait fort bien portante ; elle était bien réglée, fraîche et grasse, mais elle portait au cou des cicatrices

(1) C'est une opinion assez généralement répandue, que c'est en automne, au moment de la chiite des feuilles, que succombe le plus grand nombre des individus atteints de tubercules pulmonaires. Nous avons été mis à même d'en reconnaître le peu de fondement, depuis quinze ans que nous exerçons les fonctions de médecin vérificateur des décès. L'été est évidemment la saison la plus fatale aux personnes atteintes de cette maladie; ce qui s'explique fort bien par la raréfaction de l'air qui exige, pour des poumons rendus de jflus en plus incomplets par le travail detuberculisatîon, une accélération sans cesse croissante dans les mouvements respiratoirs.

— 2U — caractéristiques, restes ineffaçables de glandes engorgées et suppurées.

133 quater. Si ce n'est pas dans la poitrine qu'on rencontre des tubercules chez les enfants issus de parents tuberculeux, ce sera dans le mésentère ou dans le péritoine. Ainsi nous avons constaté, le 17 septembre 1846, le décès de Jean-Philibert Chalvet, décédé à l'âge de trois ans et demi, après six mois de maladie. Cet enfant toussait à peine et fort rarement, mais il a offert tous les symptômes les plus caractéristiques du carreau. Il était issu d'un père qui tousse depuis plusieurs années, crache du sang depuis longtemps et a fréquemment des sueurs nocturnes. Disons encore que les époux Chalvet ( la femme paraît jouir d'une très-excellente santé ) ont eu quatorze enfants, dont trois seulement vivent encore.

134. Malgré son évidence, qui ressort des faits précédents et d'autres encore que nous allons incessamment citer, malgré son évidence, incontestable à nos yeux, l'hérédité des tubercules a rencontré des contradicteurs. Nous trouvons nécessairement parmi eux et en première ligne M. le professeur Bouillaud. Il est évident qu'avec ses opinions sur la genèse du tubercule ( 126 bis. ) que niant leur spécificité, il doit arriver à nier leur hérédité, car vraiment, n'est-ce pas la nier que d'en donner l'explication que voici : « Maintenant que l'on nous dise que les « tubercules sont une maladie toute spéciale, se dévelop- « pant idiopatiquement et toute primitive, et que Ton nous » donne pour preuve la transmission de père en fils d'une « manière héréditaire, du vice tuberculeux ; nous répon- « drons, sans crainte d'être contredit par une saine obser- « vation, que ce n'est pas des tubercules que Von hérite.

« mais bien du tempérament prédisposant à l'affetion « scroftileuse, delà cause prédisposante par excellence; « nous voulons parler du tempérament lymphatique «( Gaz. des hâp. an 1845. n. 84. ) »

Nous opposerons à M Bouillaud les faits rapportés par Billard ( Ouv. cit. 129.) que s'exprime ainsi pag. 735 : « On « possède plusieurs exemples de tubercules observés dans « différentes parties du corps du fœtus, j'ai trouvé des « granulations tuberculeuses dans le péritoine d'un en- « fant mort quatre jours après sa naissance-, sur deux « fœtus mort-nés, j'ai observé une transformation tuber- « culeuse bien évidente de quelques glandes mésentente ques. — Les granulations très-tuberculeuses de la rate « et du foie ne sont pas très-rares chez les enfants nais- « sants : j'en ai vu sur cinq enfants, dont deux avaient en « môme temps des tubercules du poumon. » Quoiqu'elle ne soit pas indiquéepar Billard, quelle autre causes peuton donner des phénomènes de ce genre, qu'une cause héréditaire? Sans doute le fœtus peut être malade pendant la durée de la vie intra-utérine, il peut avoir des inflammations, mais chez lui les maladies ne sauraient avoir une assez longue durée pour permettre, dans la théorie de ,M. Bouillaud, la formation et le dépôt de la matière tuberculeuse.

Je continue de citer Billard, « les tubercules s'obser- « vent aussi chez des enfants mort-nés ou nés avant « terme. M. Plusson a rapporté à l'Académie royale de « médecine, avoir disséqué deux enfants3 l'un mort au « septième mois de la grossesse, l'autre qui ne vécut que « huit jours, et qui ont présenté des tubercules ramollis et « déjà en suppuration ; le premier dans le poumon, quoi-

— 216 ~ «< qu'il provînt d'une mère bien portante et non phthi- « sique (1), et le second dans le foie ( Desormeaux, «< art. I'oeuf du grand Diciionn. de méd. ). J'ai rencontré «dans année 1846, quatre cas de tubercules pulmo- « naires; ces enfants sont morts âgés d'un, deux, trois et « cinq mois. Tousà l'époque de leur naissance, offraient un « état de fraîcheur et d'embonpoint qui ne permettait pas « de supposer l'existence de l'altération organique dont ils « étaient atteints..., etc. »

135. « L'observation suivante nous offrira cette double circonstance d'un cas de tuberculisation développée chez un vieillard, mais préexislante d'un assez grand nombre d'années à l'époque du développement, puisque ce père tuberculeux a pu engendrer un fils aussi tuberculeux, quoique rien n'annonçât chez lui cette triste condition, à l'époque de la naissance de son fils.

Quarante-quatrième orservation.

Histoire de trois personnes, dont deux sont probablement atteintes de tubercules pulmonaires. — Hérédité de cette ajfection.

Nous avons été consulté aujourd'hui (20 janv. 1847) par M*** qui vient d'arriver du fond de l'Allemagne où il avait été envoyé en mission et qui à peine arrivé est accouru près de nous, poursuivi par la crainte que quelquessymp-

(1) Le père pouvait l'être. ... et d'ailleurs j'ai eu occasion d'observer des cas de mort par la phthisie pulmonaire chez les descendants, avant la mort d's ascendants, qui en étaient cependant infectés.

tomes qu'il a éprouvés dans son rapide voyage, pourraient bien être de nature syphilitique. Après l'a voir complètement rassuré, nous causâmes de la rapidité et des circonstances deson voyage. C'est alors que nons apprîmes que passante Hombourg où il était arrivé par le chemin de fer, il éprouva un sentiment très-prononcé de lassitude dans tous les membres et après avoir légèrement toussé, il se mita cracher pendant quelques instants et assez abondamment du sang qui était du rouge le plus vif; ce qu'il lui fut faciiede bien apprécier, puisqu'il crachait sur la neige.Nous crûmes pouvoir alors nous expliquer une certaine coloration des pommettes, un aspect particulier de la physionomie qui nous avait frappé, un amaigrissement marqué et qui est en désaccord avec son âge ( 32 à 34 ans ) et re cherchant dans notre pensée quelle pouvait être la cause, chez ce jeune homme, de la présence de tubercules dans les poumons, dont nous soupçonnâmes de suite l'existence, nous arrivâmes rapidement à cette conviction, qu'elle était héréditaire.

En effet, nous nous rappelâmes qu'il y a sept ou huit ans, nous fûmes consultés par le père de M*** qui nous arriva de province, crachant déjà depuis plusieurs jours du sang et du pus. Une consultation eut lieu et les symptômes commémoratifs, ainsi que l'auscultation et la percussion, ne permirent pas de douter qu'il n'existât au sommet des deux poumons des tubercules à divers états. M*** avait alors de 58 à 59 ans La majorité des médecins consultants l'envoya , contre mon gré, au Mont d'or: il en revint cependant dans un grand état d'amélioration. Mais au bout de deux ans les mômes accidents se renouvelèrent et avec une grande intensité. Cette fois ce fut

notre avis qui prévalut etM***fut envoyé à Eeaux-bonnes où il retourna Tannée suivante et encore Tan dernier. Depuis son second voyage dans les Pyrénées, malgré ses 68 ans, M*** n'a plus toussé, n'a plus craché ni pus ni sang et sa santé se soutient assez bien, quoiqu'il ait été tourmenté par la gravelie.

Nous devons dire maintenant que le jeune homme qui nous a consulté aujourd'hui a une sœur ( madame*** de*** ) qui s'est mariée à près de 30 ans, ayant toujours joui de la plus admirable santé, avec une menstruation toujours parfaitement régulière, n'éprouvant jamais que des rhumes fort légers et sans durée. Elle vient enfin de subir une épreuve plus probante encore. Quoique arrivée à l'âge de 35 ou 36 ans, devenue grosse, elle est accouchée, à terme, d'une enfant qui paraît parfaitement bien portante. On le voit , tout fait présumer que madame de*** n'a pas de tubercules dans les poumons. D'où vient cette différence avec son frère ; c'est que sans doute elle a hérité de la bonne constitution de sa mère, âgée de 55 ans environ et qui, tille elle-même d'une mère bientôt centenaire, d'un père qui a aussi vécu jusqu'à un âge assez avancé, n'a jamais rien éprouvé, qui pût faire penser qu'elle eût quelque tendance maladive vers les organes de la respiration.

136. Dans l'observation suivante, nous verrons, comme dans l'observation xxxe (68), la maladie passer de la mère à la fille, mais rester tout à-fait stationnnaire chez la fille, sans qu'il existe de causes appréciables pour expliquer cette différence dans la marche de la même maladie, chez deux individus du même sexe.

Quarante- cinquième observation.

Histoire de deux personnes probablement atteintes de tubercules pulmonaires. — Hérédité de cette affection.

Le 5 novembre 1834, nous fûmes appelé pour donner nos soins à un jeune enfant alors âgé de 9 ans; les symptômes et la marche de la maladie, toute bénigne qu'elle fût pendant sa durée qui fut de plus de cinquante jours ( du b novembre au 27 décembre) ne laissèrent aucun doute sur son caractère, c'était une fièvre typhoïde et M. le professeur Fouquier appelé le 18 du même mois, par conséquent le treizième de la maladie, porta absolument le même diagnostic dans cette consultation; il fut alors reconnu qu'il y avait une différence en moins dans la sonoréité, en pratiquant la percussion sous la clavicule droite et en la comparant à celle du côté gauche , dans la même région. Le murmure de l'expansion pulmonaire, aussi de ce même côté, était moins facilement entendu qu'à gauche. Quoique le médecin consultant et moi fûmes disposés à considérer cesymptôme comme une conséquence de l'influence fâcheuse exercée sur les poumons par l'élément typhoïde, nous n'en fîmes pas moins suivre à cette jeune enfant, quand les accidents de la maladie furent en partie dissipés, un traitement spécial dirigé comme cet état pathologique, avec d'autant plus de raison qu'il s'accompagnait d'une toux assez intense.

Snit l'action favorable du traitement que nous ferons connaître en temps et lieux, soit l'influence toute bienfaisante de lâge, toujours est-il, que la toux se dissipa avec les autres symptômes typhoïdes, que cette jeune

enfant reprît la plus brillante santé et que réglée à l'âge de 12 ans et demi, elle était, quand elle se maria à l'âge de 17 ans, une fort belle personne, quant au développement de ses formes et quant à l'éclat de sa carnation. Elle eut successivement, sans avoir rien fait qui les provoquât, deux fausses-couches, une à six mois et demi et la seconde à huit mois. Depuis une troisième grossesse fort heureuse a prodnit un enfant âgé aujourd'hui (20 janvier 1846 ) de huit mois et qui parait jouir de la plus brillante santé. Mais depuis ce dernier accouchement , dont elle s'est cependant relevée assez rapidement, cette môme femme, qui n'est encore âgée que de 21 ans, a maigri tellement qu'il ne reste aujourd'hui aucun vestige d'une des plus belles poitrines qu'on pût voir et de plus elle a souvent craché du sang, et à plusieurs reprises avec assez d'abondance.

Tout doit évidmment faire craindre chez cette personne, l'existence de tubercules dans les poumons. — Où en chercher la cause ? — Chez la mère !

Madame D..., âgée aujourd'hui de 46 ans et demi a été menstruée à l'âge de 10 ans et l'est encore assez régulièrement. De l'âge de 23 ans à l'âge de 28 ans, madame D*** a presque continuellement craché du sang. Pendant cette période de temps, elle a eu deux grossesses. A la première, elle est accouchée à huit mois d'un enfant mort; le second enfant, venu à terme, est mort à deux ans d'une méningo-céphalite. Depuis elle a eu deux grossesses heureuses, qui ont donné la personne dont nous avons tracé l'histoire et un fils, âgé aujourd'hui de 20 ans, et qui a toujours joui (sauf une méningo-céphalite légère à trois ans )et qui jouit encore de la meilleure santé. A l'âge de

06 ans, madame D*** a eu un vomissement de sMBfèî qui a élé assez abondant, mais qui ne s'est pas renouvelé depuis. 4 quarante ans, une dernière grossesse dont le produit a sueccombé dans les quinze premiers jours, n'a apporté dans la santé de madame D*** aucun trouble et sauf des symptômes d'un engorgement passif de l'utérus, elle n'a éprouvé aucun trouble bien sérieux dans sa santé. 11 n'en existe pas moins une grande probabilitéde la présence de tubercules dans les poumons, probabilité qui s'augmente des renseignements fournis par l'auscultation, car la percussion n'en donne que de fort satisfaisants. En effet le murmure respiratoire; très-faible sous chaque clavicule et surtout sous la clavicule droite, est entrecoupé et s'accompagne d'un bruit de souille en retour très-marqué.

M. D... , sauf quelques accidents de gastralgie, jouit d'une fort bonne santé, particulièrement du côté des organes de la respiration.

137. Dans les deux observations qui vont suivre l'hérédité on a encore marché comme il arrive dans le plus grand nombre des cas (151) de la mère aux enfants, mais avec cette circonstance très-digne de remarque, que dans les deux cas, la mort des descendants a précédé celle des ascendants, auteurs primitifs de la maladie qui a fait succomber les uns et les autres.

Quarante-sixième observation.

Histoire d'une mère et de ses deux enfants, atteints de tubercules pulmonaires.

Le 1 5 du mois de juin 1826 , nous fumes appelé auprès d'un jeune homme qui avait une attaque d'épilepsie;

c'était Ernest C... , âgé de 20 ans , et qui était affligé de cette cruelle maladie depuis l'âge de 12 ans. Dès ce moment nous continuâmes de lui donner des soins, qui furent sans aucune espèce d'utilité, jusqu'à l'époque de sa mort, qui arriva le 19 octobre de la même année. Sa grande maigreur, une petite tous sèche qu'il avaitde temps en temps, avait, en outre de la maladie principale, attiré notre attention et en faisant valoir l'intérêt qu'il y aurait à la faire pour la santé et la vie d'un plus jeune frère alors âgé de 12 ans , nous obtînmes des parents la permission de l'ouvrir. Nous ne trouvâmes dans le cerveau qu'un épaississèment de la dure-mère et une espèce d'endurcissement, d'hyperthrophie de la pulpe cérébrale, qui faisait que la masse encéphalique paraissait difficilement contenue dans sa boête osseuse. Mais l'ouverture du thorax nous montra le lobe supérieur de chaque poumon farci de tuercules à l'état crud. Georget, qui avait vu le malade et nous avait guidé pour le traitement de ses sages avis, vit dans cette abondante tuberculisation (1) la cause de l'épiepsie.

(1) Cette opinion nous paraît aujourd'hui sans valeur. Il y avait là une simple coïncidence, car si la présence des tubercules dans les poumons pouvait être une cause d'épilepsie, cette dernière maladie serait encore plus fréquenle qu'elle ne l'est et on verrait un grand nombre de tuberculeux offrir cette terrible complication. Ajoutons que les cas d'épilepsie qu'on pourrait rapporter à la présence de tubercules sont même fort rares. Ainsi Lieutaud (Historia anatomico-medica, lib. iv, obs. 18). a trouvé chez un épileplique la dure-mère épaissie et remplie de tubercules et dans un autre cas {Loc. cit., lib. ri f, obs. 173). dvsConcrétious granuleuses dans les plexus choroïdes, qui sont

II y avait à peine trois ans que Ernest était mort, quand son frère tomba malade (23 septembre 1829). La maladie débuta immédiatement par une hémopthysie abondante qui se renouvella ensuite un grand nombre de fois, ou pour mieux dire ne cessa presque jamais -, seulement plus lard l'expectoration fut en môme temps purulente et sanguinolente. Les renseignements donnés par la pereu.-sion et l'auscultation furent parfaitement en rapport avec ces symptômes : d'abord matité du son sous les deux clavicules et dans les deux fosses sus-épineuses ; absence plus ou moins complète du bruit respiratoire dans les mêmes points; souffle en retour et plus tard pectoriloquie bien distincte dans ces deux mêmes fosses sus-épineuses. Enfin des sueurs nocturnes abondantes, une dianhée colliquative que rien ne pouvait calmer , épuisèrent en dernier lieu le malade qui finit par succomber le 22 avril 1830, dans cet effrayant état de marasme, qui n'appajrtient presque qu'à la phthysie pulmonaire.

Nous cherchâmes en vain et pendant longtemps , quelle pouvait être la cause , chez ces deux jeunes gens, du développement de l'affection tuberculeuse. En effet, M. C..., qui était alors âgé de 50 ans , avait toujours joui d'une excellente santé, sa femme, qui n'avait que 45 ans, était dans le même cas. Elle avait eu deux grossesses parfaitement heureuses, et la menstruation avait cessé sans aucun

presque toujours le siège des granulations grises, que Lieutaud nous paraît avoir voulu désigner par les mots de concrétions granuleuses. Enfin Portai {Obs. sur la nature et le traitement de Vépilepsie, Paris 1827), a trouvé une setfjg fois, ehez un épUeplitjuCj des tubercules dans la substance même du cerveau.

accident , aussi dans une période de neuf années je n'eus à soigner chez elle, qu'une seule affection carlarrhale, qui fut bien légère, puisqu'elle ne dura que du 6 au 11 juin 1830. Enfin elle paraissait encore jouir de toute la plénitude de sa santé, quand, le lei juillet 1835 , elle fut tout à coup prise d'une hémoplhysie abondante; la fièvre en même temps s'alluma avec redoublement ie soir , sueurs la nuit. L'expectoration tout en restant sanguinolente devint bientôt purulente et comme chez son second fils, dont l'histoire ressemble tant à la sienne, les symptômes donnés par la percussion et l'auscultation vinrent concorder avec tous ceux que nous venons d'énumérer. Mais ils se succédèrent plus rapidement que chez son fils , ils acquirent plus rapidement un grand degré de gravité , et madame C... nous offrit le premier exemple dephtlysie galoppante que nous eûmes l'occasion d'observer. Enfin la diarrhée, mais une diarrhée terrible, vint compléter le tableau et précipiter la catastrophe: madame G... mourut le 26 août 1835, dans le même état de maigreur, que celui où se trouvaient ses deux fils au moment de leur mort.

C'est ainsi que nous fut expliquée la maladie des deux fils C..-, quant au père, que nous perdîmes de vue, nous avons appris qu'il élait mort en 1842, d'une attaque d'apoplexie, sans avoir jamais offert aucun symptôme, qui pût faire suppçonner chez lui aucune affection du côté des poumons.

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