‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 40 sur 70 · OBSERVATION QUARANTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

OBSERVATION QUARANTE-SEPTIEME

Histoire d'une mère et de ses deux enfants, atteints de tubercules pulmonaires et de scrofules.

Au mois d'oùt 1833, nous fumes consulté par Ma-

dame B*** , qui pouvait bien avoir alors 44 à 45 ans ; c'était pour une tumeur blanche de l'articulation fémoro-tibiale gauche. Le genou avait déjà acquis un volume considérable, il étaitextrêmementdouloureux etil y avait une fluctuation manifeste. La peau tendue, luisante, était rouge par place, et il était évident que la suppuration allait se faire jour par plusieurs endroits. Il y avait en outre de la fièvre, de l'amaigrissement , et je me rappelle qu'à plusieurs reprises cette dame avait eu des hémopthysies. Je lui donnai quelques conseils qu'elle ne put pas suivre, et elle retourna à la campagne où je fus appelé beaucoup plus tard.

Remplissons l'intervalle entre ces deux visites par l'histoire de deux enfants, qu'avait eus madame B*** et qu'elle avait perdus tous deux. Le premier de ces enfants était une charmante petite fille qui mourut à l'âge de quatre ans, en avril 1828, dans un état effrayant de marasme et avec une tumeur blanche de l'arliculation fémoro-tibiale droite, qui était couverte de petites plaies fistuleuses, dont plusieurs pénétraient dans la substance môme des os. La toux qui tourmentait cette jeune enfant, les sueurs nocturnes, la diarrhée colliquative rendaient très-probable chez elle la présence de tubercules dans les poumons. Elle succomba. Cinq ans plus tard, en janvier 1833, Théodore B***, frère de celte jeune fille dont nous venons de raconter la triste fin , commença à souffrir du coude droit. Comme il avait en môme temps plusieurs engorgements des glandes du cou, nous ne pûmes nous méprendre sur la nature de sa maladie, que nous jugeâmes scrofuleuse. Malgré le traitement que nous fîmes suivre à Théodore, qui avait

— 22G — alors douze ans révolus, la maladie fit des progrès rapides, la tumeur s'abcéda en plusieurs endroits, et la sonde introduite dans les plaies fistuleuses, qui résultèrent de l'ouverture spontanée de ces abcès, fit voir que les os de cette articulation étaient ou dénudés ou cariés en plusieurs endroits. Bientôt survint aussi de la toux , de plus des hémopthysies, et à la fin d'avril de cette même année, Théodore mourait dans le môme état de marasme que sa sœur, après avoir offert comme elle des sueurs nocturnes, et avoir eu comme elle une diarrhée colSiquative.

Revenons maintenant à l'histoire de la mère de ces deux enfants, que j'allai voir à la campagne vers la fin de cette même année 1833, où elle avait perdu son fils et ou elle était tombée malade. Je fus de prime-abord frappé de la manière dont elle avait maigri , et effrayé à l'aspect de son genou qui n'offrait plus qu'une immense plaie à bords renversés, à fond lardacé , fournissant en abondance un pus mal lié, plein de grumeaux, pus tuberculeux comme la plaie qui le fournissait. À la fin de décembre, madame B***, chez laquelle l'auscultation et la percussion m'avaient péremptoirement démontré la présence de tubercules dans les deux poumons, madame B*** se trouvait dans les mêmes conditions que son fils , que sa fille qui l'avaient précédée dans la tombe, le premier de quatre n, ois, sa fille de cinq ans, et qu'elle alla rejoindre dans le remiers jours de janvier 1834.

158. Dans les observations suivantes, qui offriront de nouvelles preuves en faveur de l'hérédité du tubercule, les personnes décédées et issues de mères tuberculeuses offriront cette double condition de la présence de tubercules dans les poumons el en môme temps de mani-

festation scrofuleuse, consistant dans l'engorgement des glandes du cou.

Quarante-huitième observation.

Histoire d'une mère tuberculeuse et de ses deux enfants, morts en bas dge scrofuleux et tuberculeux ; double conditionprouvée, pour Vun des deux, par lJ autopsie cadavérique, qui permet en outre de constater un épanchement séreux dans toutes les cavités.

Le 26 octobre 1 845, nous vîmes mourir à l'âge de vingt mois Angeline Henry qui était malade depuis six mois et succombait dans un élat de marasme fort avancé. Celle enfant portait au côté droit du cou, un ulcère scrofuleux qui avait succédé à un engorgement considérable d'une glande et cependant le médecin qui Tavait soignée avait dirigé toute sa médication vers les organes de la respiration. Il y avait été sollicité par une toux incessante et une oppression, qui avait été en augmentant jusqu'au moment de la mort.

Nous négligeâmes de réclamer l'autopsie cadavérique, mais nous fumes frappé par l'aspect de souffrance et de maigreur que nous offrirent le père et la mère. Depuis nous avons su que la mère crachait du sang et que le père était sujet, tous les hivers, à des affections calarrhales tenaces.

Le 9 novembre 1845, dix jours à peine après, est décédé leur second enfant (Jean Henry) , âgé de 4 ans. Celui-ci a été ouvert le 10 à deux heures de relevée, trenie heures après la mort. Cette opération a été pratiquée par moi en présence de MM. leé-doeteurs Fremaux. qui avait

— '428 •— vu l'enfant dans ces derniers moments, et M, Grenier, qui lui avait aussi donné des soins.

Deux circonstances nous ont frappé tout d'abord : 1° un engorgement de formation récente d'une glande du cou du côté droit: la marche de cet abcès fut aiguë et le pus qu'il fournit examiné au microscope, ne fournit aucune trace de tubercules-, 2° c'est que chaque fois que le bistouri pénétrait une cavité , il s'en écoulait une immense quantité de sérosité de telle sorte que le ventre était développé par suite de la sérosité renfermée dans la cavité du péritoine; que les cavités pleurabs en étaient presque remplies; qu'il y en avait, mais en petite quantité, dans le péricarde, ainsi que dans les ventricules du cerveau. Et cependant aucune de ces séreuses n'offraient de traces d'inflammation. Nous devons dire cependant, que dans la plèvre gauche, il existait une fausse membrane de trèspeu d'étendue et de formation très-récente.

La cause de la mort était évidemment dans le cerveau qui, dans toutes les coupes que nous y pratiquâmes, offrait un sablé sanguin très-serré; le cervelet lui-même participait à cet état d'inflammation. On peut présumer, d'après la marche des symptômes et d'après l'autopsie, que le point de départ de la maladie fut dans les intestins grêles qui offraient , sur presque toute leur étendue , une arborisation rosée, abondante, mais n'intéressant que superficiellement la muqueuse, puisque celle ci ne se trouvait en aucune façon altérée dans sa texture.

Le poumon gauche, parfaitement sain, n'offrait aucune espèce de trace de tubercules; mais il n'en était pas de même pour le droit qui , quoique généralement sain , parfaitement crépitant dans toute son étendue , ayant dû tou™

jours très-bien remplir ses fonctions pendant sa vie, n'en offrait pas moins quelques rares tubercules à l'étal miliaire et disséminés dans le lobe supérieur et une masse tuberculeuse à l'état de suppuration, sphérique , du volume d'une très-petite noisette et prête à faire irruption dans la bronche droite, à laquelle elle était juxta-posée.

On voit que dans ce cas encore, l'engorgement glandulaire, situé au côté droit du cou, coïncidait avec une masse tuberculeuse se développant dans le tissu pulmonaire du môme côté et suivant une marche progressive presque identique; mais c'était un simple abcès sympathique et non pas idiopathique.

Nous compléterons l'histoire de cette famille par les détails suivants :

La femme Henry, âgée de 37 ans, au moment de la mort de cet enfant, avait était mariée une première fois, et ce premier mari était mort phlhisique à l'âge de 28 ans. De ce premier mariage étaient issus quatre enfants dont 1 aîné seul vit encore aujourd'hui et est âgé de 15 ans; les trois autres sont morts, 1 un à deux mois, le second à trois semaines, le dernier à quinze jours : ces trois enfants ont toussé dès le moment de leur naissance. Le second mari est mort le 17 octobre 1847; c'est nous qui avons constaté son décès. Il a offert avant de mourir l'ensemble des symptômes qui dénotent la présence des tubercules dans les poumons et ceux qui caractérisent la pneumonie, qui l'a surtout fait succomber. De ce second mariage sont issus six enfants, dont deux seulement vivent encore aujourd'hui (18 octobre 1847) : une jeune fille âgée de huit ans, qui est très-sujette à des hémorrhagies nasales, et un petit enfant de quatorze mois qui paraît bien portant. Le dernier en-

fant est mort à trois semaines ; un autre , du sexe masculine, est mort à sept semaines sans avoir offert aucun symptôme caractéristique. Mais des deux autres enfants, nous venons de donner l'autopsie d'une, et nous avons constaté le décès d'une autre, qui est morte à vingt mois dans un effrayant état de marasme et toussant depuis le moment de sa naissance.

139. L'hérédité est incontestablement la cause la plus fréquente du tubercule; mais ce n'est pas la seule, et le tubercule dans certaines circonstances, malheureusement fort difficiles à apprécier, peut être acquis : nous en citerons deux exemples entre un bien bien plus grand nombre que nous aurions, pu recueillir.

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