‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 41 sur 70 · QUARANTE-NEUVIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUARANTE-NEUVIÈME OBSERVATION

Histoire d'un frère et d'une sœur atteints tous deux de tubercules pulmonaires. — Eliologie obscure.

De 1828 à 1831 nous avons donné des soins à madame ***, femme de la plus rare distinction et épouse d'un homme qui occupait dans l'armée un rang fort élevé. Pendant cette longue période de temps, le seul organe, qui attira notre attention, fut l'estomac. Elle était gastralgique à un très-haut degré, et nous rapportions à cette condition pathologique la grande maigreur dont elle se plaignait sans cesse. Les événements politiques la forcèrent de quitter la France, et elle alla passer l'hiver de 1831-1832 dans un pays dont le climat est plus rigoureux et plus humide encore que celui de Paris. Obligée de beaucoup recevoir, d'aller beaucoup dans le monde, elle contracta, à la sortie d'un bal de la cour, un rhume qui la força presque immé-

diatement à s'aliter : elle ne s'en releva point. On vit rapidement et successivement se développer tous les symptômes de la phthisie pulmonaire (toux incessante, — crachats purulents, —sueurs nocturnes, — diarrhée colliquative), et, en moins de six semaines, elle était enlevée à sa famille épîorée, à ses nombreux amis : elle avait alors de 40 à 42 ans.

Ce fut un remarquable exemple de phthisie aiguë, puisque, avant le développement de la maladie qui a fait succomber la malade, elle n'avait jamais ressenti aucun symptôme qui dénotât la présence (1) de tubercules dans les poumons.

Le procès-verbal de V autopsie, qui fut faite trente-six heures après la mort, nous fut communiqué; il confirma en tous points le diagnostic qui avait été facilement porté pendant la durée de la maladie de madame ***. On trouva en effet le tiers supérieur de chaque poumon farci de tubercules à différents degrés, plusieurs cavernes vidées en partie et de nombreuses adhérences entre les deux plè-

(1) 159 bis. Ces exemples de phthisie latente ne sont pas rares. Ainsi nous avons assisté à l'autopsie d'une jeune fille âgée de 17 ans qui avait presque la moitié de chaque poumon farci de tubercules à l'état crud et chez laquelle les symptômes de tubcrculisation avaient été pendant la vie fort vagues. Elle toussait à peine, n'avait jamais craché de sang, quoiqu'elle en fût point encore menstruée, et le symptôme le plus apparent étaitfourni parle cœur, dontles battements étaient souvent irréguliersets'accompagnaient fréquemment de palpitationsviolentes : et cependant cet organe futtronvé dans les conditions les plus normales. Ces derniers symptômesdevaient tenir à un état particulier du sang, qui ne pouvait qu'être altéré , avec de pareils poumons.

vres. Il existait en outre un grand développement des glandes de Peyer et des plaques de Brummer, et cette môme région était le siège de nombreuses ulcérations , dont plusieurs étaient déjà assez profondes. Il n'existait aucune lésion vers l'estomac ni dans les premières voies ; d'où il faut conclure que les symptômes ressentis pendant la vie étaient absolument sympathiques.

Madame *** a laissé un frère plus jeune qu'elle de quelques années et dont nous sommes aussi le médecin. Ce frère, âgé aujourd'hui (15 janvier 1847) de 42 à 43 ans, est habituellement, malgré sa grande pâleur, d'une assez bonne santé. Pendant l'été de 1844 il fut pris, 'après quelques jours de malaise , d'une hémopthysie qui dura un mois environ. Le sang expectoré était d'un rouge extrêmement vif et souvent tout à fait pur. Nous nous rappelâmes alors que dix ans auparavant (par conséquent en 1834) nous avions été appelé auprès de la môme personne pour un rhume d'une ténacité extrême et qui s'était aussi accompagné d'un peu d'hémopthysie. Nous n'avons pas manqué de faire, au moment de la seconde atteinte de la maladie, un examen attentif des organes de la respiration, et tout nous a rendu très-probabie l'existence de tubercules à l'état cru au sommet des deux poumons ; sonoréité faible sous les deux clavicules; murmure respiratoire assez faible, entrecoupé dans les mêmes régions, tandis qu'il est presque exagéré dans les deux tiers inférieurs de chaque poumon.

Un traitement approprié a fait cesser les accidents que nous avons signalés et ils ne se sont pas renouvelés depuis. Ne se renouvèleront-ils plus jamais , voilà ce qu'il est impossible de dire.

Voilà donc un exemple de la présence de tubercules chez deux membres d'une môme famille, mais l'étiologie en est assez difficile à établir. En effet, la mère est morte, à l'âge de 60 ans, d'une attaque d'apoplexie avec hémiplégie et dans un état d'obésité remarquable. Le père, âgé de plus de 80 ans, a toujours joui de la plus excellente santé, n'a jamais subi que des rhumes fort légers et fort peu durables, et n'a de sa vie craché de sang.

Cinquantième observation.

Maladie tuberculeuse des poumons , probablement acquise, — aucune manifestation scrofuleuse.

L*** est morte le 1er juin 1845 à l'âge de 8 ans et demi, après un an environ de maladie. Ayant été placée dans un pensionnat à Étampes, elle ne tarda point à y tousser, légèrement à la vérité : c'est alors qu'elle avala de travers un noyau de cerise. Après de vaines tentatives pour l'extraire on essaya de le faire descendre... dans l'œsophage sans doute? Peu de temps après cet événement, il survint une fluxion de poitrine et la jeune fille cracha du sang. Elle était guérie de cette maladie, quand un jour, dans un accès de toux, elle rendit le noyau de cerise. Cependant depuis la maladie que nous venons de signaler, Eugénie ne cessa de plus de tousser et les accidents qui dénotaient une affection du poumon se manifeslèrent successivement et acquirent chaque jour un nouveau degré de gravité jusqu'au moment de l'issue fatale.

Nous trouvons dans une lettre qui nous a été adressée par M. le docteur Sarret, médecin de cette enfant, et que

nous allons transcrire ici, tous les renseignements fournis par l'autopsie cadavérique.

« Monsieur et très- honoré confrère, l'autopsie de la « jeune!/** a été faite lundi dernier par M. le docteur « Grenier et moi ; il nous a été démontré d'une manière « très-évidente, que cette enfant avait succombé à une « phthisie pulmonaire. Les poumons étaient farcis de tu- « hercules à diverses phases de leur développement, mais « surtout à l'état de ramollissement et le lobe supérieur « droit contenait plusieurs cavernes. »

« Cette phthisie a-t-elle été produite par une cause accidentelle? Il nous a été impossible de résoudre cette « question. Cependant le volume démesuré du clitoris nous « a fait penser qu'elle s'était probablement adonnée à la « masturbation, et que peut-être cette passion n'avait pas « peu contribué au développement de la maladie »

« Signé Sarret. »

Quelte est donc la cause, l'origine delà maladie de cette jeune fille ?

On ne saurait la soupçonner héréditaire, car ni chez la mère, ni chez le père que j'ai vus, que j'ai interrogés, il n'existe aucune trace d'affection tuberculeuse du poumon ou de tout autre organe. Les ayeuls, dans la ligne paterternelie comme dans la ligne maternelle, ont tous atteint un âge avancé et n'ont jamait offert aucuns symptômes qui autorisent aies considérer comme tuberculeux; enfin il existe plusieurs enfants, ayant la même origine, et on ne trouve chez aucun rien qui permette de soupçonner les éléments morbides dont le développement a été si fatal à Eugénie.

Quant à la masturbation , elle peut être aussi bien effet que cause ?

Dans tout état de cause, c'est un exemple d'une affection tuberculeuse acquise. C'est de plus un exemple de l'existence d'une maladie de ce genre, sans manifestation d'aucun symptôme scrofuleux !

140. Tout acquis qu'il soit chez l'ascendant, le tubercule n'en devient pas moins héréditaire, ainsi qu'il va être prouvé par les deux observations suivantes.

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