‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 43 sur 70 · DU SCROFULE · texte numérisé non relu

DU SCROFULE

De sa nature physique et chimique, de ses causes,

141. Le scrofule est pour nous la cause « d'une maladie « du système lymphatique , caractérisée le plus ordinaire- « ment par le gonflement et la suppuration des ganglions « lymphatiques du cou, assez rarement des autres régions « du corps ; par le gonflement et môme la carie des os, par « des ulcérations superficielles de la peau. Toutes ces alté- « rations présentent une marche très-lente et incessamment « progressive. » Ajoutons à ce tableau aussi exact que concis, tracé par le docteur Duhamel (Loc. cit., -24), que le développement des symptômes scrofuleux ne s'accompagne presque jamais de réaction fébrile.

142. Ce dernier caractère, si significatif, suffirait à lui seul pour distinguer le travail morbide causé par le scrofule de celui qui se développe sous une influence inflammatoire.» « Si nous prenons peur exemple l'inflammation chez les « scrofuleux , disent les auteurs du Compendium de méd. « prat. (t. vil, p. 546), nous voyons que tout en conser-

(1) Qu'on nous permette, malgré l'usage contraire, d'employer ce mot au masculin*, il se trouvera ainsi mieux en regard du mot Tubercule, et il deviendra la personnification du principe morbide, qu'il faut considérer comme étant la cause du développement de tous ces symptômes, qui caractérisent les maladies scrofuleuses.

« vantles symptômes qui lui sont propres, elle se modifie « dans sa marche et son intensité ; la douleur > la chaleur, « la rougeur, manquent souvent ou bien existent à un degré a peu prononcé ; la suppuration est lente à se faire; le li- « quide purulent lui-môme n'a pas les qualités qu'on « trouve au pus phlegmoneux ; le ramollissement et l'ul- « cération du tissu sont la suite fréquente de la phlegmasie « chez les scrofuleux ; la cicatrisation et toute espèce de « travail de réparation sont lents à se faire , et souvent « interrompus dans leur marche. »

143. Ces deux descriptions sommaires de la maladie scrofuleuse , que nous avons rapprochées, parce qu'ainsi accolées elles représentent bien l'ensemble de nos opinions, ne décident rien sur la nature intime de la maladie. Dépend-elle d'un principe particulier ? Les faits sont là pour nous engager à l'admettre avec les auteurs anciens (Hippocrate, Galien, Celse, Aëlius, Actuarius, Guy de Chauliac, Mercurialis)>vec les médecins du siècle dernier (Sauvages, Charmetton, Bordeu, Baumes, Kortum, Cullen), et enfin avec les écrivains contemporains (Hufeland , Beaudelocque, Lugol, Guersant) ; mais tout en admettant l'existence de ce principe morbide, nous sommes obligés de reconnaître « que jusqu'à présent l'analyse chimique, «ainsi que le microscope, n'ont pas encore déterminé « l'élément particulier au virus scrofuleux » (H. Lebert, Ouv. cité, t, 1, p. 446). Sans doute il en est de même pour la syphilis, ainsi que le fait judicieusement remarquer Fauteur que nous citons, surtout pour la syphilis tertiaire; car la syphilis primitive et même la syphilis secondaire auraient, selon Hunter et M. Ph. Ricord, leur critérium; V inoculation! Or, aucun des symptômes scrofuleux ne

peut se reproduire par l'inoculation, et le scrofule n'est jamais contagieux (1).

144. Le tubercule a aussi son caractère distinctif, son élément morbide, le globule tuberculeux dont la présence, qui ne manque jamais, ne permet plus de confondre, malgré leurs analogies fréquentes, les affections scrofuleuses et les affections tuberculeuses. « Quoique ces deux maladies «se combinent fréquemment, elles montrent cependant « cette différence que les maladies tuberculeuses offrent un « élément plus directement appréciable , savoir la matière « tuberculeuse caractérisée par les globules qui lui sont « propres, tandis que la matière scrofuleuse ne m'a pas « encore montré , malgré de nombreuses et attentives « recherches, aucun élément qui la distingue des autres « productions morbides. De même que le pus syphilitique « ne nous a fait reconnaître aucun élément microscopique « qui lui soit propre, il faut avouer que le pus scrofubux « n'offre au microscope non plus aucun élément molécu- « laire, qui ne se trouve aussi dans le pus de diverses autres « affections (II. Lebert, loc. cit.). »

Nous nous sommes personnellement livré à des recherches microscopiques sur le pus fourni par les engorgements

(1) Des essais, que nous ne saurions approuver et qui heureusement n'ont donné aucuns résultats, ont été faits pour inoculer le scrofule. Hébreard a essayé, sans le moindre succès, d'inoculer les écrouelles à des animaux. M. Lepelletieret. M. Goodlad en Angleterre se sont inoculés du pus provenant d'ulcères scrofuleux, sans observer aucun symptôme de transmission. Enfin Rortum et Cullen ont combattu victorieusement cette opinion deHaën,que le scrofule pouvait être transmis par l'inoculalion de la variole et conséquemment par celle de la vaccincê

mm 250 — scrofuîeux , sur les sérosités qui s'accumulent dans les grandes cavités dans la période extrême du scrofule , sur les urines de ces malades, sur leurs solides , et nous sommes arrivés à des résultats complètement négatifs. Nous n'avons pas été plus heureux dans le peu de recherches chimiques que nous avons entreprises ou qui ont été faites à notre instigation. Et cependant nous admettons, nous ne craignons pas de le répéter, un élément morbide scrofuîeux, sans beaucoup nous inquiéter si c'est une altération des humeurs ou des solides, ou bien, selon Kortum (Commentarius de vitio scrofuloso quique inde pendent morbis secundariis ) , une double altération ; une altération enfin

totius substantiœ \

146. Enfin, nous nous résumons en disant, avec les auteurs du Compendlum (tome vu, p. 546) : « que l'élément « morbide, qu'on appellera virus ou vice scrofuîeux, comme « on voudra, a pour effet : 1° de donner aux maladies qui « se développent un cachet particulier et reconnaissable ; « 2° de déterminer des symptômes morbides qui affectent « certains sièges de prédilection; 3° de produire un état gé- « néral, qui est déjà la maladie, mais qui ne donne encore « lieu à aucun symptôme local bien tranché ; c'est plutôt « par l'ensemble des phénomènes qu'on reconnaît cet état, «< qui est désigné sous le nom de constitution , de diaihèse « scrofuleuse. »

147. Les causes du scrofule ne nous paraissent point être très-nombreuses. L'hérédité, que nous étudierons ailleurs, est une des plus puissantes ; elle constitue la classe des scrofules héréditaires; nous en avons admis une seconde, celle des scrofules acquis. M. Lugol {Recherches et observations sur les causes des maladies scrofulenes. In-8*. Paris

1844) n'admet pour ainsi dire pas cette seconde division. Pour lui : « La cause la plus commune, la plus évidente « de la maladie est l'hérédité. Cette dernière cause est si «générale, qu'on peut aller jusqu'à dire qu'elle existe « alors môme qu'elle ne peut être formellement recon- « nue. » Il y a dans cette opinion une exagération, que trahit la forme même employée pour la formuler. Pour notre compte, nous avons rencontré dans le grand nombre de scrofuleux que nous avons eu l'occasion d'observer des exemples incontestables de scrofule acquis, mais cette seconde division renferme un bien moins grand nombre de sujets que la première. »

147 bis. M. Beaudelocque (Etudes sur les causes, la nature et le traitement des maladies scrofuleuses. In-8°. Paris 1834) ne fait pas jouer à l'hérédité un rôle aussi important. « Les écrouelles ne se manifesteront, dit-il, chez l'in- « dividu né de parents scrofuleux qu'autant qu'il aura été « soumis à l'influence d'une autre cause spéciale (ouv. cit. « p. 11). » Pour cet auteur, en effet, « la viciation de l'air « est la véritable cause, la seule peut-être de la maladie « scrofuleuse (Loc.cit.,^. 124). » M. Guersant (Dictionnaire de médecine, tome XXVIII, 1844) regarde l'opinion de M. Beaudelocque (opinion qui a cependant une valeur incontestable) comme exagérée, et M. Jolly, qui ne la partage pas non plus , fait remarquer que l'on voit tous les jours des individus scrofuleux qui sont nés et qui ont vécu au milieu des conditions atmosphériques les plus favorables ( Art. SCROFULE. — Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ). Il y a longtemps que Dionis avait remarqué « que de cent écrouelleux qui se présentent, les « trois quarts sont paysans. » (Bordeu. Usage des eaux de

Barèges et du mercure pour les écrouelîes. Paris 1757). Nous nous rangeons parfaitement à l'avis de Bordeu , de Messieurs Guersant et Jolly, car nous avons observé trop de scrofuleux dans les classes aisées de la société, pour partager entièrement l'opinion du savant médecin de l'hospice des Enfants. Nous devons ajouter, qu'il ne faut accepter qu'avec réserve toutes ces recherches sur la cause du scrofule, vu qu'elles s'appliquent souvent au tubercule, confondu par bien des auteurs avec le scrofule, par suite de la forme souvent scrofuleuse des maladies tuberculeuses.

148. Il faut admettre, malgré cette dernière circonstance, que puisqu'on trouve des scrofuleux dans tous les pays, dans toutes les régions, dans tous les climats, dans toutes les classes de la société, il faut admettre, disonsnous, Yinjluence des causes héréditaires et des causes hygiéniques. Ces dernières causes réunies sont : une alimentatation insuffisante et grossière, une température froide et humide; des vêtements trop peu chauds pour résister à l'action de cette dernière condition ; des habitations humides, malsaines, mal éclairées, mal aérées. Toutes ces conditions si fâcheuses, et qui peuvent agir simultanément, expliquent que les scrofules sont endémiques dans certaines contrées, chez certaines peuplades. De même que l'hérédité qui vient avec le temps s'ajouter à l'action des influences hygiéniques rend compte de la manière dont le scrofule sévit sur certaines classes de la société, dont les membres contractent toujours des alliances entre eux. Tout le monde sait ce qu'il advient à la grandesse d'Espagne , et M. Lugol prétend « que dans l'îSe de Gersey, où les familles nobles « ne s'allient qu'entre elles, l'on a remarqué qu'elles s'étei-

« gnent par le progrès de la maladie scrofuieuse. » (Ouv. cité, pag. 3U.)

148 bis. Nous ne croyons pas non plus qu'on doive nier l'influence de la syphilis constitutionnelle chez les parents, pour produire dos enfants scrofuleux ^ elle nous paraît assez bien démontrée par le grand nombre de scrofuleux observés parmi les enfans trouvés qui sont si souvent issus de pères et de mères vivant dans la promiscuité, cette triste condition si favorable à la propagation des maladies syphilitiques.

149. Le scrofule est une maladie de l'enfance, et ce n'est que très-exceptionnellement qu'on le rencontre chez les adultes; c'est qu'alors elle a duré jusqu'à cette époque. « C'est de 5 à 15 ans que nous observons le plus de scro- « fuleux. La fréquence de la maladie va en augmentant à « mesure que l'on s'approche de la puberté. Les adultes « chez lesquels nous avons rencontré cette maladie l'a- « vaient presque toujours vue se développer dans leurs en- « fants. (M. Guersant, art. cité.) Beaumes {Traité sur le « vice scrofuleux , in-8°. Paris, 1805) assure que l'apparition « de cette maladie est rare avant 2 ans et après 18 ou « 20 ans. » Nous nous rappelons cependant avoir été consulté pour des enfants de 2 ou 5 mois qui avaient des engorgements scrofuleux, soit des glandes du cou, soit des glandes de l'aine, mais ce sont là de rares exceptions. Ce qui en est une encore plus rare, c'est celle de ce vieillard dont nous allons immédiatement donner l'observation avec l'autopsie cadavérique, qui prouvera que le scrofule peut à la longue causer la mort, sans qu'on trouve en aucun point de l'économie aucune trace de tubercule.

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