‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 44 sur 70 · CINQUANTE-QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CINQUANTE-QUATRIÈME OBSERVATION

Carie d'un os du pied; ablation ; rechute ; propagation de la maladie à tous les os du pied ; mort par épuisement. A V autopsie on ne trouve de tubercules en aucuns points,

M. le docteur Fremeaux nous appela, le 20 juin 1845, en consultation pour voir un malade (Henri-Aubin E***, âgé de 62 ans) qu'il soignait depuis plusieurs mois. Il nous fut facile de constater une carie das os du pied droit, qui avait acquis un volume considérable et était couvert de plaies fistuleuses; en les sondant, le stilet pénétrait facilement dans la substance même des os, correspondant à ces plaies. Sauf cette lésion, si grave du reste, il n'existait de maladie vers aucun autre point de l'organisme. Et cependant E*** est dans un grand état de maigreur, d'épuisement, et sa fin semble prochaine. La maladie actuelle, qui est la seule, qu'il ait eue dans toute sa vie, remonte à huit années, et elle a débuté par la carie de la première phalange du deuxième orteil; après un an de soins locaux, elle fut enlevée. Un an après, un nouveau point de carie se manifesta sur un autre os du môme pied et survint en même temps une fistule à l'anus. Nous ne nous étions pas trompé sur le pronostic, car E*** s'éteignit le 24 juin, à six heures du matin.

Nous procédâmes à Y autopsie cadavérique le 25, à 9 heures et demi du matin, en présence de M. le docteur Frémauxet avec l'aide de M. Ch. Huette, élève externe des hôpitaux.

Nous ne trouvâmes aucune lésion digne d'être notée ni dans le cerveau; ni dans aucun des organes renfermés dans

l'abdomen. Le cœur n'était pas moins sain. Nous examinâmes les poumons avec un soin tout particulier . Nous les trouvâmes d'abord et à leur sommet,|wm* à la superficie, presque criblés de concrétions noirâtres, évidemment d'origine extérieure , puisque c'était surtout au voisinage des bronches qu'on les rencontrait (1). Du reste, les poumons étaient parfaitement sains, crépitants et n'offraient pas la plus légère trace de tubercules, même à l'état rudimentaire. Nous trouvâmes à peine la valeur de quinze à vingt grammes de sérosité dans la cavité des plèvres. Le poumon droit était presque entouré de fausses membranes de création ancienne, mais disposées de façon à ne gêner en rien le jeu de la respiration. La percussion et l'auscultation n'avaient rien révélé de leur existence , et avaient toujours permis de considérer les deux poumons comme étant parfaitement sains.

Quant au pied, qui avait à peine conservé sa forme normale , on peut dire sans exagération que les extrémités inférieures du tibia et du péroné, que tous les os du tarse et du métatarse n'étaient plus qu'une espèce de putrilage solide , exhalant une odeur fétide et laissant

(1) Nous voulûmes savoir quelle pouvait être la nature de ces concrétions, que nous rassemblâmes avec soin. Nous les essayâmes par tous les acides les plus actifs sans produire aucune espèce de réaction. Nous les fîmes alors brûler sous une cloche, et nous reconnûmes, ce que l'examen à l'oeil nu nous avait fait présumer, que c*était du charbon. Il nous suffit pour cela de traiter par l'eau de chaux le produit de la combustion. La présence du charbon dans les poumons devait tenir à quelques habitudes particulières.

échapper , quand on y faisait pénétrer le bistouri , une sérosité encore plus fétide.

Nous dûmes rechercher quelle était la cause probable de cette maladie développée à un âge si avancé. Etait-elle héréditaire, cela paraît peu probable. Le père d'E*** est mort à 80 ans passés ; sa mère à un âge assez avancé aussi, d'une maladie non déterminée, mais après avoir eu treize enfants : E*** était le dernier. On dit qu'un de ses frères est mort à 40 ans de la poitrine, mais certainement à la suite de nombreux excès en tous genres. E*** s'est luimême marié, et il a eu six enfants dont l'aîné à 32 ans et le dernier 19 ans ; ces six enfants vivent et jouissent de la plus brillante santé. Quant à sa femme, elle est morte à l'âge de 51 ans, d'une affection de l'utérus , avec complication d'un anévrysme du cœur, et sans jamais avoir offert aucun symptôme de maladie vers la poitrine. La maladie d'E*** ne saurait donc être considérée comme héréditaire et la cause la plus probable est son séjour pendant 19 années consécutives dans une chambre au rez-de chaussée, humide (car elle était située au-dessus d'une fosse d'aisance), mal aérée et encore plus mal éclairée : c'est à nos yeux un cas de scrofule acquis !

Cette observation nous rappelle un concierge , âgé de 50 ans au moins, qui avait une carie des os du carpe. Cette affection, qui datait de trois à quatre ans, s'était développée dans des conditions identiques. Le malade, à la vérité, attribuait sa cause à une maladie syphilitique, mais rien ne nous a paru moins fondé. Nous avons fait commencer à cet individu un traitement qu'il a laissé là, ce qui nous l'a fait perdre de vue.

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