‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 53 sur 70 · SOIXANTE ET UNIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SOIXANTE ET UNIEME OBSERVATION

Engorgement général et tuberculisation de tout le système glandulaire. — Tubercules dans les poumons démontrés par V autopsie. — Chez une sœur carie scrofuleuse des côtes.— Cause héréditaire (1).

«< Joséphine M***, âgée de 15 ans, pubère, non encore « réglée, a eu fréquemment, déjà depuis plusieurs années, « les ganglions maxillaires et cervicaux qui se tuméfiaient « et finissaient par suppurer. Elle est issue d'un père qui, « malgré un tempérament lymphatique, jouit d'une bonne « santé ; mais sa mère a une mauvaise poitrine, est sujette

(1) Nous devons cette observation à l'obligeance de M. le docteur Grenier, notre collègue au bureau de bienfaisance, qui a soigné la malade et qui a bien voulu nous prêter son concours, quand nous avons fait l'autopsie de Joséphine,

« à des rhumes fréquents ; elle tousse enfin presque tou- « jours ( poitrine grasse)-, sa constitution est faible et tout « indique chez elle, mais sans preuves absolues d'abord, « la présence de tubercules dans les poumons. Sa pre- « mière grossesse ( celle à laquelle Joséphine doit le jour ) « a été difficile, pénible , mais la seconde grossesse s'est « passée dans un état continuel de maladie. Elle ne s'en « estrelevée que fort difficilement et après avoir offert pen- « dant plus d'un mois, une toux continuelle , une fièvre « hectique. Depuis la toux n'a pas cessé ; il s'y est joint « des diarrhées fréquentes, avec un amaigrissement de plus « en plus marqué. En même temps râles et bruits de cra- « quements dans les fosses scapulaires. Enfin tous les signes « rationnels de la présence de tubercules dans les poumons. » « Joséphine a une sœur âgée de 13 ans, qui paraît bien « portante, qui ne tousse jamais, mais a une carie des « dixième et onzième côtes du côté droit, affection scrofu- « leuse, qui a reparu à plusieurs reprises, quoique la gué- « rison ait paru être chaque fois certaine et définitive. »

« Le 12 avril, alors qu'elle n'avait qu'une fort légère « bronchite, à laquelle du reste elle était sujette, Jose- « phine, après avoir un peu toussé, fut subitement prise le « soir, d'un vomissement considérable d'un sang rutilant, « avec spasmes suffocants; pendant huit jours, ensuite, « les crachats restèrent sanguinolents. En examinant la « poitrine dès le lendemain , je reconnus de la matité au « sommet des deux poumons, en avant comme en arrière; « à droite, pectoriloquie et existence déjà manifeste d'une « caverne peu étendue. »

« Quelques jours après, crachats nummulaires, puis ra- « pidement purulents ; amaigrissement rapide. J'ai voulu,

« mais en vain, employer les révulsifs violents et répétés, « soutenir les forces par une alimentation substantielle et « sous un petit volume. J'eus continuellement des douce leurs costales, pleurétiques et la médication la plus « énergique, et je pense la plus rationnelle, n'a pas un ins- « tant enrayé la marche de la phthisie, qui s'est terminée « par la mort, le 27 juillet. »

Nous avons procédé à l'autopsie trente heures après la mort; en voici le résultat succinct ! — Cavernes à droite et à gauche , vastes et remplies du pus ; — Les deux poumons farcis de tubercules énormes , à tous les degrés ; — Adhérences des poumons avec les plèvres, à droite et à gauche et dans une grande étendue; — ganglions bronchiques gros comme des noix, la plupart ramollis, à l'état de bouillie ; — Les ganglions maxillaires et cervicaux d'un Volume énorme ; — Ceux des régions inguinales et poplitèes très-volumineux aussi. — Toutes ces glandes sont dans un état de ramollissement pultacé. — On retrouve les mêmes altérations dans ies ganglions me'sente'riques et abdominaux superficiels.

Le cœur, \efoie, la rate sont dans l'état normal -, l'appareil digestif n'offre aucune altération appréciable ; le cerveau n'a point été ouvert.

165. Les faits viennent donc assez bien à l'appui de cette opinion que nous avons émise, à savoir : que les ascendants tuberculeux, surtout si un seul et plus spécialement le père, la mère restant saine, tantôt offrent cette fatale condition , et dans d'autres cas peuvent avoir des enfants scrofuleux. Il existe une autre question , qui n'est pas sans intérêt , mais dont la solution est malheureusement hérissée de difficultés, c'est de savoir. si les ascen-

dants scrofuleux peuvent procréer des enfants tuberculeux. Plusieurs auteurs estimables inclinent à le croire, mais un grand nombre ont évidemment écrit en confondant dans leur esprit les tubercules et les scrofules. Quant à nous, nous sommes obligé d'avouer que nous n'avons pas d'opinion bien faite à ce sujet, et nous attendrons, pour la formuler, que de nouveaux faits soient venus jeter de la lumière sur cette partie encore obscure de notre sujet.

165 bis. Nous allons maintenant donner un exemple de scrofule acquis.

Page 1