‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 54 sur 70 · SOIXANTE-DEUXIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SOIXANTE-DEUXIEME OBSERVATION

Engorgement scrofuleux des glandes axillaires. — Scrofule

acquis.

Madame D..., âgée de 26 à 27 ans, est grande, forte, bien constituée; mais sa pâleur, le développement de ses lèvres, ses cheveux blonds, l'ensemble de sa physionomie dénotent un tempérament lymphatique. Malgré cette condition, enfant, fille nubile, après toutefois l'établissement assez difficile de la menstruation , mariée depuis quatre ans, elle s'est toujours bien portée à ces diverses époques, jusqu'au mois de juillet 1846. Alors seulement, et pendant qu'elle était nourrice, il est survenu un engorgement d'une glande dans l'aisselle droite ; cette glande a pris un développement lent et a fini par s'abcéder. On n'a opposé qu'un traitement local au développement de ce symptôme si caractéristique. Aussi dans les premiers jours du mois de novembre suivant, il s'est manifesté un autre engorgement dans l'aisselle gauche. — Le pus fourni par ces deux engorgements était d'assez bonne qualité et examiné au

microscope, il n'a présenté que des globules de pus assez nombreux.

Pourquoi des engorgements des glandes des aisselles plutôt que de toutes autres? La lactation a sans doute été dans ce cas une cause déterminante, mais il existe une cause efficiente qu'il nous faut rechercher. Issue de parents sains et bien portants, la personne dont il est ici question n'a apporté en naissant aucun vice héréditaire, et jusqu'à l'époque de son mariage (1842) elle a habité un appartement exposé au midi et situé au troisième dans une rue large , saine , bien aérée , et se dirigeant de l'est à l'ouest. En se mariant, elle est venue demeurer dans une de ces rues tortueuses , étroites , à maisons élevées , mal aérées, par suite, et ne recevant jamais l'influence bienfaisante du soleil. Dans le jour elle habite une petite pièce située au rez de chaussée et au fond d'une cour petite et entourée de bâtiments élevés. Ses appartements sont au premier, prenant jour sur cette même cour et sur cette même rue, si peu visitée par le soleil; aussi ce premier, peu élevé de plafond, est-il mal aéré et mal éclairé.

Hé bien ! nous disons qu'avec ces conditions, et ces conditions fâcheuses réagissant sur une personne d'un tempérament lymphatique, il a bien pu se développer chez elle une affection scrofuleuse des parties molles; et nous disons que c'est là un exemple de scrofule acquis (1) /

166. Le scrofule, en effet, peut évidemment se développer par suite de conditions hygiéniques fâcheuses : soit

(1) Cette dame, soumise aussi à un traitement par la méthode aurifère a parfaitement été guéri. Elle est (aujourd'hui 15 septembre 1848) de nouveau nourrice et continue de se bien porter.

une alimentation mauvaise et insuffisante, soit l'usage prolongé de certains aliments ou celui d'eaux croupies pour boisson, soit enfin l'habitation habituelle dans des lieux humides, si surtout en même temps ils sont froids, mal aérés et ne recevant pas la bienfaisante influence du soleil. Partout où vous rencontrez ces conditions, soit qu'elles existent généralement et qu'elles étendent leur influence délétère sur des contrées entières ; soit qu'elles ne soient qu'un accident individuel, vous trouverez des scrofules; surtout si toutes ces conditions délétères viennent réagir sur un individu, déjà disposé au scrofule par un tempérament lymphatique.

DE L'ANTAGONISME DES SCROFULES ET DES TUBERCULES, A PROPOS DE L'ANTAGONISME DE LA FIEVRE1 INTERMIT- TENTE ET DE LA PHTHISIE PULMONAIRE.

167. Nous avons démontré par des faits nombreux, incontestables, qu'il pouvait exister des engorgements des glandes du cou sans coïncidence de tubercules dans l'économie (22, 23 et 24). Nous renversions ainsi cette loi, qu'on paraît avoir voulu créer et qui ferait considérer les êcrouelles (engorgements cervicaux) comme n'étant jamais que symptomatiques de la tuberculisation pulmonaire. Les auteurs de ces opinions extrêmes ont trouvé des adversaires qui sont tombés dans une exagération contraire, et nous avons là sous les yeux la correspondance d'un jeune interne des hôpitaux fort distingué, sans doute docteur en médecine aujourd'hui (15 fév. 1847), qui s'occupait en 1844 d'un travail où il voulait établir Vantagojiisme des scrofules et des tubercules. « YOUS me demandez,

« nous écrivait-il à cette époque, mon opinion bien formulée

« au sujet de l'antagonisme que j'établis entre la scrofule « cervicale {adénite tuberculeuse suppurée sic) et la tuberculi- « sation pulmonaire. Je vous enverrai cette note avec lin- « dication des observations que j'ai adressées à l'administra- « tion des hospices. » M. Villemain ne put pas nous rédiger cette note; mais, le 29 août 1844, il nous écrivait encore : « Quant à la note que vous m'avez demandée au sujet de « l'opinion émise par moi sur l'antagonisme de la scrofule « cervicale et des tubercules pulmonaires, je regrette vive- « ment que le temps ne me permette pas d'entrer seule- « ment dans quelques détails. Des autopsies ultérieures sont « venues confirmer pleinement le résultat de mes observations « antécédentes , et je regarde cette loi comme vraie, sinon « comme dépourvue d'exceptions. >»

168. Les médecins qui ont cherché â établir la loi d'antagonisme entre les tubercules pulmonaires et les fièvres intermittentes et à la tête desquels il faut placer M. Boudin (Essai de géogrophie médicale — 1843), ont fourni des arguments aux rares partisans de l'antagonisme des écrouelles et des tubercules, antagonisme que nous ne saurions admettre. Mais ces efforts nous viendront en aide pour continuer d'établir les différences, pour nous incontestables, qui existent entre les scrofules et les tubercules.

1 69. En effet si les maladies scrofuleuses et les affections tuberculeuses reconnaissaient un seul et même principe, sedéveloppaienttoujourssousl'influence desmêmes causes, toutes les fois qu'on verrait régner les premières d'une manière endémique, on serait en droit de penser qu'on aura de fréquentes occasions d'observer les secondes. Mais ce n'est point ainsi que les choses paraissent se. passer dans tous les cas; c'est du moins la conclusion qu'il est permis

de tirer rigoureusement d'un mémoire (1) que nous avons actuellement sous les yeux et dans lequel l'auteur tendrait au contraire à prouver qu'il pourrait bien y avoir antagonisme entre la phthysie pulmonaire et certaines conditions hygiéniques, qui elles mêmes sont considérées à juste titre comme étant la cause la plus fréquente desTièvres intermittentes, mais comme présentant aussi un ensemble des plus favorables au développement des affections scrofuleuses.

170. De telle sorte que l'influence de ces causes, tout en exerçant une action bien connue sur l'économie animale, tout en y déterminant cette détériation qui paraît être dans bien des cas le premier degré des scrofules, exercerait une seconde action , prophylactique et curative des affections tuberculeuses des poumons.

171. Ainsi la commune deCouioutre, située dans le canton de Donzy, département de la Nièvre, réunit au plus haut degré toutes les conditions les plus favorables au développement des fièvres intermittentes , qui y régnent endémiquement etépidémiquement. Aussi « tous les habi- « tants, enfants et adultes sont'pâles, cachectiques, infiltrés, « vieillis avant l'âge, affectés d'hydropisiede toutes sortes, « qu'augmentait singulièrement l'habitudequ'ils avaient de « se faire saigner fréquemment; leur rate est hypertrophiée, « le foie engorgé; les scrofules viennent souvent ajouter à la « laideur du tableau, que présentent ces paysans. Ils ont les « jambes couvertes d'ulcères, etc. » Eh bien, dans cette commune où il y a des scrofuleux, la phthysie est incon-

(1) Mémoire sur quatre cas de guérison de phthysie pulmonaire et sur V antagonisme entre la fièvre intermittente et quelques autres maladies, Journal demédecine, n°de mai 1844, p. 138.

nue ! Et dans tout le canton de Donzy, qui offre généralement des conditions hygiéniques sinon tout à fait semblables du moins très-analogues, M. le docteur Lizon, « médecin habile et très-instruit, le plus occupé du pays , « n'a observé dans toute la circonscription de sa clientelle, « depuis vingt ans , que sept cas de plithysie, dont deux « suivis de guérison. »

M. L. de Crozant, interne des hôpitaux, auteur du mémoire qui nous fournit toutes ces nouvelles données, a séjourné quelque temps à Sully-Latour, commune du même canton. « J'ai eu besoin, dit-il, d'ausculter tous « les malades qui venaient me consulter pour des fièvres « intermittentes. Je n'ai jamais pu constater de signes de lu- « berculisation et comme je faisais de la médecine gratuite, « je ne manquais pas de consultants. »

171 bis. Aux noms de MM. Boudin et L. de Crozant il faut joindre ceux de MM. Beau, E. Boudet, Prus, Roger, Casimir Broussais, et tous ceux que M. Boudin a cités dans son mémoire. Cependant il faut dire que cette loi d'antagonisme a été savamment et puissamment combattue par MM. Gintrac ( Quelques faits relatifs à la coïncidence, etc., Gaz. méd., 1843 ), de Bordeaux, et M. Forget {Sur la fréquence de laphthisie relativement aux fièvres intermittentes.— Gaz, méd., 1843) professeur à la Faculté de Strasbourg, et par d'autres encore. Ainsi M. le docteur Miquel d'Amboise, dont nous avons déjà eu l'occasion d'invoquer le témoignage (125 quintiés et 126 ), en môme temps qu'il écrivait à la Gaz. des hop. ( an 1848, n. 52 ) pour combattre l'opinion de M. Wanner sur l'influence des eaux crayeuses pour produire la phthisie pulmonaire, ajoutait '. « qu'en Touraine il y a des fièvres internait-

« tentes de tous les types, comme dans tous les vallons « de la Loire , et il y a malheureusement des phthisiques « comme ailleurs. »

171 ter. On n'a pas seulement soutenu cette singulière thèse de l'antagonisme entre les fièvres intermittentes et la phthisie pulmonaire , mais on n'a cherché à rétablir entre les fièvres intermittentes et les maladies scrofuleuses. Telle est du moins l'opinion de M. le docteur Waldack ( annales de la Société de médecine de Gand, septembre et octobre 184T ). « Les Flandres en général, dit notre con- « frère belge, et la commune d'Eecloo en particulier « étaient autrefois couvertes d'eau. Depuis les premières « années de ce siècle, des canaux ont été creusés ou amé- « liorés, l'écoulement des eaux s'y fait plus librement, et « depuis lors aussi la fièvre intermittente endémique à « Eecloo et dans les environs, venant/y sévir chaque année, « et presque dans chaque famille, de septembre à janvier « et au-delà, a disparu peu à peu, mais pour y être' rem- « placée, surtout dans les campagnes, par les affections scro- « fuleuses. » (1) Comme en France, cette étrange opinion a

(1) M. le docteur Andry, membre de la Société de médecine de Paris, s'est demandé en rendant compte (Séance du 7 janv. 1848 du mémoire du médecin belge), s'il ne fallait point attribuer cette modification fâcheuse dans la santé publique plutôt à un changement apporté dans les mœurs belges , dans leur alimentation qu'à des modifications en définitive favorables dans l'état physique du sol. « L'industrie cotonnière a été une cause « nouvelle de débilitation. L'attrait d'un gain plus facile a « retiré des bras à l'agriculture et favorisé la prostitution, le « développement de la syphilis et par suite la détérioration de «J'espèce, Les mécaniques eu se perfectionnant n'ont pas tardé

trouvé de savants contradicteurs. Ainsi le docteur Van Overloop déclare qu'il n'y croit pas. « Suivant lui5 au con- « traire, les pays marécageux seraient féconds en scrofules « et en fièvres. En Hollande cet antagonisme entre la « lièvre intermittente et la phtliisie scrofuleuse ne serait « pas plus vrai : le quart des morts à Rotterdam arrive- «< raitpar la phthisie. »

172. On a encore prétendu établir l'antagonisme entre le goitre, considéré comme une affection de nature scrofuleuse, et la tuberculisation pulmonaire. Voici comment M. Miquel d'Amboise, dont nous avons déjà deux fois invoqué le témoignage (loc. cit.), répond à cette prétention : « Pendant que je lisais la note d'un confrère qui prétend « avoir reconnu l'antagonisme entre la phihisie et le goî- « tre, je perdais une de mes clientes, tuberculeuse, la- « quelle avait en môme temps le corps tyroïde gros comme « deux œufs. Comme les goitres ne sont pas très-gros, mais « non plus très-rares dans ma contrée, je vous dirai encore « que j'ai donné des soins à une jeune dame qui a présenté « une carie scrofuleuse, et qui est issue d'une famille de « tuberculeux et offre aussi un petit goitre. »

172 Bis. Quant à nous, nous n'avons point à nous occu-

« à devenir une nouvelle cause d'apauvrissement. Alors pour « tout aliment les classes pauvres n'ont plus eu que de mau- « vaises pommes de terre et un peu de pain, et encore depuis « les deux ou trois dernières années, ces aliments ont-ils été remet placés par la nourriture la plus grossière, par des cadavres « de chiens ou de chats. Ajoutons les falsifications du pain et des « boissons, le café se substituant à la bonne hierre d'autrefois, « l'abus des spiritueux , etc. » Revue médicale. Février 1848. p. 284.

per ici de cette question de Y antagonisme , qui peut bien avoir quelque chose de réel , mais qu'on tend évidemment trop à généraliser; il nous suffit de tirer de tous ces faits, de ces opinions diverses, s'appuyant sur des observations incontestables sans doute, mais souvent mal interprétées, plus souvent encore manquant de la consécration de l'autopsie cadavérique, il nous suffit, disons-nous, d'en tirer la conséquence déjà donnée plus haut, à savoir : que si l'antagonisme entre les engorgements des glandes du cou et la présence de tubercules dans les poumons ne saurait être soutenu, d'un autre côté on ne saurait nier qu'il ne puisse parfaitement exister des engorgements des glandes du cou, sans que pour cela on rencontre des tuber cules dans les poumons ou ailleurs.

Nous allons maintenant passer à un autre ordre de faits et porter nos investigations comparatives sur la marche qu'affectent les affections tuberculeuses et scrofuleuses , dans certaines conditions pathologiques ou même physiologiques , qui peuvent venir les compliquer. Nous allons commencer cet examen par les pyrexies.

Influence des maladies éruptives sur le développement ET LA MARCHE DES SCROFULES ET DES TUBER- CULES.

173. Il ne peut être que d'un grand intérêt d'étudier, comparativement et différentiellement, l'influence exercée par les maladies éruptives sur la marche des affections scrofuleuses et sur celle des tubercules pulmonaires. C'est qu'en effet , s'il faut reconnaître que cette influence est souvent nulle, il arrive parfois, ou qu'elle est favorable, ou qu'elle est Irès-fàcheuse.

Nous parierons d'abord de l'érysipéle (1).

A une époque où nous suivions, à l'hospice des Orphelins, une série d'essais thérapeutiques entrepris, sous les auspices de M. le docteur Kapeler, nous avons été témoin du fait d'une jeune orpheline, qui portait au cou de nombreuses glandes engorgées et ulcérées , dont la guérison fut évidemment favorisée et rapidement obtenue, par suite d'un éi ysipèle qui envahit tout le cou et la partie inférieure de la face (2).

Nous avons encore eu l'occasion d'observer dans notre pratique un fait qui a offert avec celui ci la plus grande analogie. Il s'est agi d'un jeune homme dont nous avons donné plus haut l'histoire (Voy. obs. IX — 19), qui portait aussi au côté gauche du cou des glandes peu volumineuses, mais largement ulcérées. Il suivait un traitement général

(1) Nous n'ignorons pas que , d'après les recherches de MM. Andral etGavarrct, on ne peut plus considérer YErjfsipèle que comme une phleginasie de la peau, une dermile! Aussi ne l'avons-nous rapproché des maladies vraiment éruplives, des pyrexics (avec lesquelles on ne saurait plus le confondre) que par commodité et pour ne pas trop scinder noire sujet.

(2) L' ' Erysipèle, comme tonte phlegmasic réelle, s'accompagne dune élévation toujours marquée, quelque fois considérable, du chiffre de la fibrine (3.0 à 7. o selon MM. Andral et Gavarret).N'est«il pas permis de présumer que c'est justement cette augmentation d'un des principes constituants du sang, qui détermine la cure d'une maladie, où le chiffre de la fibrine s'est montré généralement inférieur à la proportion normale? Rappelons que ce chiffre s'élève aussi , quoique faiblement, dans l'inflammation ulcérative des ganglions lymphatiques. Mais aussi n'arrive-t il pas souvent alors que ceux-ci se cicatrisent, quand le travail inflammatoire qui eu a déterminé l'ouverture, marche franchement.

et local, et parmi les moyens locaux figuraient des cata plasmes préparés avec la farine de lin et appliqués à nu. Un jour on se trompa et on employa de la farine de moutarde. La douleur produite fut vive et suivie du développement d'un véritable érysipèle, qui cependant se borna aux parties que le cataplasme avait recouvertes. Il en résulta un effet secondaire des plus avantageux; car, dès ce moment, les ulcérations que le traitement général paraissait peu modifier, prirent un meilleur aspect et ne tardèrent point à se cicatriser (1).

174. Ne négligeons pas de dire que selon J. Frank {Praxeos medic.) l'érysipèle, au lieu ,'d'être critique, serait souvent symptomatique d'une carie des cellules mastoïdiennes, de l'os maxillaire, ou du frontal, ainsi qu'il lui a souvent été révélé par l'autopsie.

175. Nous ne savons rien de Faction que pourrait exercer l'érysipèle sur la marche des tubercules pulmonaires; nous dirons seulement que les phthysiques sont peu sujets à cette phlegmasie, par suite de l'affaiblissement,, incontestable et de plus en plus marqué , de la vitalité de la peau ; atonie qui la rend de moins en moins apte à devenir le siège d'une maladie inflammatoire.

176. L'action exercée par l'érysipèle, par une maladie de sa nature évidemment inflammatoire, cette action favorable, disons-nous, ne fournit-elle point un argument puissant contre l'opinion de notre excellent maître, M. le

(1) « L'érysipèle est quelquefois une maladie salutaire!., « Oti le voit en effet déterminer la résolution et la suppuration « de tubercules scrofuleux , d'engorgements lymphatiques « indolents.,,» Eajcr^ Dictionnaire en 1 5 vol >

professeur Velpeau , qui nous pardonnera, nons l'espérons bien, de ne point entièrement partager ses opinions (1 ) sur la nature du scrofule. On comprendra difficilement, en effet, ce nous semble du moins, qu'une inflammation, aiguë à la vérité, ajoutée à une autre inflammation, vienne guérir cette dernière. Et puis ces adénites, ces angioleucites,

(1) M. Velpeau n'admet pas de vice scrufuleux. Les maladies qu'on considère encore généralement aujoud'hui comme dépendant d'une viciation particulière de la lymphe sont pour lui de simples inflammations, des adénites, des angioleucites et des ostéites. Sa manière de voir à ce sujet se trouve reproduite dans les lignes suivantes extraites du Résumé général de son service (1845-1846), tracé par M. le Dr Pajot. « Les engorge- » ments ganglionnaires , les adénites aiguës , les angioleucites » reconnaissent la même étiologie. On n'insiste jamais assez sur » ce point, qui selon nous, domine toute la classe des maladies » lymphatiques , classe nombreuse , qui renferme cette mulli- » tude d'affections , connues sous le nom de scrofules et àten- » gorgemenls. On ne doit pas oublier que les inflammations ai- » guës ou chroniques de ce système trouvent leur source dans » ces mille irritations légères, dont quelques-unes peuvent pas- » scr inaperçues , piqûres , excoriations , vésicatoircs , cautè- » res, etc., etc. Du reste, cette origine est la même et tout aussi a facile à comprendre pour les maladies purement médicales. » Partout il y a des vaisseaux lymphatiques, partout, exté- » rieurement comme dans la profondeur des parties, il survient » des irritations, dont les produits peuvent se rendre dans les » ganglions.

» Cette explication si simple se généralisera quelque jour, et » l'on aura plus besoin alors d'avoir recours à l'ide'e d'un virus » imaginaire pour expliquer la nature de ces maladies. Leur » thérapeutique sera éclairée par cette idée et ne pourra y trouver » que des avantages. » (— Gaz. des hop. — Année 1846, page 106),

ces ostéites, qui évidemment et dans le plus grand nombre des cas, se développent spontanément, sans cause trauma lique, quoi qu'en dise l'éminent chirurgien delà Charité, affectent une marche qui leur est propre et qui diffère essentiellement des mêmes maladies, naissant sous une influence vraiment inflammatoire. Simplifier les théories médicales est sans doute un réel service rendu à la science, mais il ne faut pas que ce soit au détriment de la saine observation des faits. Hé bien ! les faits bien observés nous démontrent qu'il existe en nous certains principes de maladie , qui ont un caractère spécial, qui se traduisent à l'intérieur par des formes toutes particulières, toutes spéciales aussi. Telles sont les affections tuberculeuses et cancéreuses qui ont , en outre , leur critérium microscopique (47. 49); telles sont encore les affections syphilitiques et scrofuleuses , quoiqu'elles manquent de ce même critérium (144).

177. La rougeole a, sur le développement des affections tuberculeuses, une influence bien marquée et selon nous tout à fait incontestable. Nous l'avons vue être souvent suivie de l'engorgement des glandes du cou qui s'enflamment alors, s'abcèdent et s'ulcèrent avec la plus grande facilité. Elle détermine, dit M. Rayer {Loc. cit.), des engorgements chroniques des ganglions lymphatiques souscutanés. Ce même praticien cite et corrobore l'opinion de F. Hoffmann (1), qui avait remarqué que la rougeole est quelquefois suivie de la phthysie pulmonaire; si elle ne

(l)Né à Halle en 1660, mort en 1742, a laisse un système complet de medeciue sous le titre de t Medicinci rationalïs sys* femcCiica. — Halle. 1730.

provoque pas le développement des tubercules, du moins elle en hâte incontestablement, les progrès. Telle est l'opinion de J. Frank, qui s'expri r e ainsi : Phthkis pulmonalis in iis prœserlim, qui jam antè morbillorum adventiïm luherculis pulmonis laborarunt , occurit ; c'était aussi celle de Guersant père. « De toutes les maladies éruptives, écri- « vait-il {Dictionnaire de médecine. 1827. Tome XVIII, « page 316), je n'en connais pas qui accélère davantage « le développement des tubercules; à tel point que dans « les cas où l'on aurait des doutes sur l'existence de ces « productions morbides, regardant presque la rougeole « comme une pierre de touche, je me prononcerais pour « la négative, si l'individu s'était rétabli complètement à « la suite de cette éruption. » MM. Rilliet et Barthez (Loc. cit. — 127) ont aussi démontré par des chiffres, que cette pyrexie tenait une place importante parmi les causes de la tuberculisation.

1 78. Nous devons cependant dire que, s'il est vrai que la rougeole, ainsi que nous avons eu fréquemment occasion de le constater nous mômes, est souvent suivie de la mort, c'est surtout, disons mieux, c'est presque exclusivement dans les classes inférieures de la société , où les enfants ne sont point entourés des soins nécessaires, pour assurer une une bonne issue aux bronchites, qui compliquent presque toujours cet exanthème, aux pneumonies qui surviennent assez souvent pendant le cours ou vers la fin de l'éruption. Ajoutons que dans les autopsies que nous avons eu occasion de faire ou auxquelles nous avons assisté , nous n'avons pas vu qu'on ait rencontré dans les poumons des individus qui étaient morts de la rougeole, des tubercules dans une proportion plus grande que celle où ils se montrent chez

les individus morts d'autres maladies, et chez lesquels on les trouve aussi comme une menace pour l'avenir, si cet avenir n'avait point été tranché par une maladie intercurrente. Ajoutons à tout ce qui précède que pour notre part, si nous sommes bien convaincus que la rougeole hâte presque constamment la marche de la tuberculisation , nous doutons que cet exanthème puisse la produire, quand l'organisme n'en renferme aucuns rudiments, et nous partagerions presque l'opinion de M. ~Rufo{Loc. cit.), qui prétend qu'il n'y a pas dans la science de proposition plus hasardée que la prétendue influence de la rougeole sur le développement des tubercules, si par ce mot il n'entend parler que de l'étiologie , de l'origine de cette affection. 179. Nous invoquerons les faits suivants comme démonstration de ce qui précède. Prouvons d'abord l'influence de la rougeole sur la marche de tuberculisation pulmonaire.

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