‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 55 sur 70 · SOIXANTE-TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SOIXANTE-TROISIÈME OBSERVATION

Engorgement d'une glande du cou : Premiers symptômes de phthy sic pulmonaire . — Rougeole intercurrente. — Ulcé°~ ration de la glande et progrès rapides de la phthy sie. — Mort. — Tubercules dans les poumons. — Histoire de toute une famille.

Le 7 octobre 1845, nous fûmes appelé en consultation par M. le docteur Grenier pour voir Julie Félicité P***, âgée de 4 ans et demi , et qui était atteinte d'une pneumonie tabulaire, qui avait succédé à la rougeole. Cette jeune enfant succomba le 8, et ce fait, qui se renouvelle si fréquemment dans les classes inférieures de la société, n'avait rien qui fût de nature à beaucoup attirer notre

attention, — Mais le 16 du môme mois , ce fut le tour de Honoré Estelle P***, âgée de 3 ans et demi, qui mourut le lendemain dans des circonstances presque identiques ; c'est-à-dire qu'atteinte de la môme maladie et presque en môme temps que sa sœur, il lui avait succédé une toux peu intense avec de la diarrhée, et elle avait succombé après six semaines de maladie , dans un grand état d'émaciation. Dans ce dernier cas, la présence d'une glande ulcérée et presque gangrenée, située au côté droit du cou, sous l'angle de la mâchoire inférieure , nous fit réclamer l'autopsie qui a eu lieu aujourd'hui môme (18 octobre), trente et une heures après la mort , avec la bienveillante assistance de M. Grenier, qui a aussi soigné Estelle P***. En soulevant la paroi thoracique, nous avons immédiatement trouvé une forte adhérence du poumon droit avec le plèvre costale, et en continuant de soulever davantage les côtes détachées, nous avons arraché une portion du tissu pulmonaire et mis ainsi à nu une caverne incomplètement vidée et qui, au milieu de l'organe en partie détruit, aurait pu loger une forte amande. Autour de ce foyer, situé à la partie latérale interne et presque inférieure du premier lobe, ainsi que dans l'épaisseur du lobe moyen, on trouvait quelques granulations mais surtout de nombreux points en suppuration, que nous avons dû considérer comme des tubercules déjà ramollis. En arrière, il existait quelques adhérences entre les deux plèvres et quelques grammes de sérosité. — Ces dernières conditions se retrouvaient à gauche , mais les adhérences étaient surtout en rapport avec le lobe inférieur du poumon. Ce lobe paraissait aussi sain que celui du côté droit (comme celui-ci il avait cette teinte violacée, qui résulte de la stase du sang

dans Ks derniers moments de la vie), qui éfail aussi crépitant que lui, offrait, disséminé dans son intérieur, de nombreuses granulations qu'on sentait parfaitement au toucher, et ces mêmes petits points suppuralit's trouvés en si grande abondance dans les deux lobes supérieurs du même poumon. Quant au lobe supérieur du poumon gauche, il était aussi sain que possible.

180. Tous les autres organes (le cerveau n'a point été ouvert) étaient dans les meilleures conditions possibles; même le tube intestinal qui n'offrait, dans une étendue de cinq à six centimètres, à partir de la valvule iléo-cœcale et en remontant vers l'estomac , qu'une légère injection avec arborisations , mais sans aucun ramollissement de la muqueuse. Cette circonstance n'est pas sans quelque intérêt, car plus de huit jours avant la mort il était survenu une diarrhée fort abondante et qui avait résisté à tous les moyens usités dans des cas de ce genre, à ce point que M. Grenier avait supposé, qu'on devait trouver des ulcérations dans le tube intestinal. Mais la diarrhée, qui par son abondance n'a pas peu contribué à hâter la mort, n'avait dans ce cas d'autre cause, que le trouble apporté dans toules les fonctions par la manière vicieuse et incomplète dont se faisait l'hématose. Et de l'observation faite chez Estelle P*** ne serait-il pas permis de conclure que les ulcérations qu'on trouve si souvent chez les phthysiques, dans la région iléoccecale de l'intestin , sont un phénomène tout secondaire, et qu'au lieu d'être la cause de la diarrhée elles n'en seraient que reflet; de telle sorte qu'elles seraient causées par le contact du liquide diarrhétique avec la muqueuse intestinale, tapissée dans cette région d'organes (Plaques

de Peyer, Glandes de Brummer) dont l'inflammation devient facilement ulcérative.

181. Il n'est pas permis de douter que la glande du cou ne se soit développée sous l'influence de la maladie du poumon. En effet, elle s'est engorgée à l'époque environ où l'enfant a commencé à tousser, c'est-à-dire deux mois a peu près avant le développement de la rougeole. Elle n'a fait que des progrès lents jusqu'au moment de l'invasion de la fièvre éruptive; mais sitôt que celle-ci, en réagissant sur l'affection du poumon, a hâté sa marche, la glande a fait des progrès rapides et n'a pas tardé à s'ouvrir pour fournir un pus de la plus mauvaise qualité, de telle sorte qu'on aurait pu suivre sur cette glande la marche de l'affection pulmonaire.

182. Nous devions rechercher, M. Grenier et moi, quelle était la cause de la maladie qui avait fait succomber Estelle et probablement Félicité? Disons auparavant qu'il est bien à regretter que l'autopsie de cette dernière n'ait point été faite; puisque, si on avait trouvé des traces de tubercules dans ses poumons, la môme famille aurait oflerl un double exemple d'une affection tuberculeuse seule et d'une maladie tuberculeuse et scrofuleuse réunies. Quant à la cause, M. Grenier la croit héréditaire : le père, en effet, qui a quarante ans environ, a craché du sang à plusieurs reprises et il s'enrhume avec la plus grande facilité. Mais les conditions hygiéniques dans lesquelles est placée toute celte famille ont dû aussi réagir de la façon la plus fâcheuse sur la santé de tous ses membres. Ces conditions ont été et sont encore une alimentation peu saine et. peut-être insuffisante, l'habitation continue dans des localités humides, mal aérées, mal éclairées. Ces conditions suffiraient

pour expliquer les ophlhalmies scrofuleuses, dont M. Grenier a eu à traiter tous les membres de cette famille. Mais ce qui me ferait croire davantage à l'influence de l'hérédité, c'est la bonne santé' de la fille aînée de P***, qui est aujourd'hui âgée de huit ans et qui, comme ses deux sœurs, a eu la rougeole, mais sans aucune réaction fâcheuse, ni sur sa santé générale, ni sur les poumons. La mère de tous ces enfants est d'une fort bonne santé et cette en fant, qui continuait de se bien porter à l'époque où ses plus jeunes sœurs succombaient, avait été conçue alors que le père se portait encore assez bien, de sorte que cette première avait pu hériter de toutes les bonnes conditions de santé de la mère. 183. Cette observation n'est-elle point un nouvel élément en faveur de l'opinion que nous avons déjà formulée et que nous répétons ici ; à savoir que la rougeole favorise le développement du tubercule, mais ne V engendre pas. Cette formule est pour nous l'expression d'une véritable loi. L'observation suivante nous viendra encore en aide, pour prouver cette influence de la rougeole et pour la prouver dans le sens que nous indiquons.

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