SOIXANTE CINQUIÈME OBSERVATION
Rougeole. — ■ Convalescence incomplète. — Fièvre intermittente. — Plevropneumonie et péritonite. — Tubercules dam presque tous les organes, mais principalement dans le péritoine.
La jeune M***, âgée de 3 ans, née forte et bien constituée, d'une mère chez laquelle il existe probable* ment une affection organique soit cancéreuse soit tuberculeuse; nourrie pendant 15 mois par une bonne nourrice, est prise de la rougeole le 30 mars 1847 : c'était sa première maladie. Le 2l avril, elle paraissait guérie et on voulut la sortir, mais il fallut se hâter delà rentrer. Elle est vue le 26 par MM. les docteurs Maunoir et Killiet ; celui-ci trace de son état le tableau suivant ; « Blonde aux «yeux bleus, elle est assez amaigrie, l'irritabilité est « extrême, on a grand'peine à l'examiner ; les lèvres sont « croûteuses, noirâtres, très- douloureuses, les molaires de « trois ans sont saillantes, prêtes à percer la gencive; la « langue est blanche; le ventre médiocrement développé « ne paraît pas sensible. Pas de toux, l'auscultation ne
« fournit que des renseignements négatifs, la respiration « n'est pas accélérée, pas de symptômes cérébraux. La « peau est chaude, le pouls à 140 au moins. Les symp- « tomes peuvent donc se résumer dans une fièvre intense « accompagnant une stomatite labiale. »
Jusqu'à présent le petit malade n'avait pas toussé, mais ce symptôme se manifesta le 12 mai, et en môme temps le ventre se ballona, et l'enfant prit un aspect cachectique. De ce moment la maladie marcha rapidement vers une issue fatale. Elle fut accélérée par l'invasion d'une pleuropneumonie le 2, et l'établissement de la diarrhée le lendemain, et la mort eut lieu leSjuin, après 70 jours de maladie.
L'autopsie fut pratiquée 40 heures après la mort.
« V abdomen est très-saillant; les intestins sont mainte- « nus en place et collés entre eux par Vépiploon, qui est « porteur d'une infinité de granulations tuberculeuses, « jaunes; les unes petites, arrondies, isolées, les autres « unies par leurs bords et formant de véritables plaques « tuberculeuses , applaties, déchiquetées sur les bords, « irrégulières. >» — « Le foie et la rate adhèrent à la paroi « abdominale au moyen de plaques tuberculeuses ana- « logues à celles de Tépiploon; mais on n'aperçoit que « quelques granulations aplaties et isolées à la surface des « intestins. — Les ganglions situés au voisinage du foie et « de l'estomac et ceux des lombes, sont entièrement con- « vertis en matière tuberculeuse. — Ceux du mésentère « sont pâles et sans lésion. »
« Lefoic, la raie et les reins ne renferment pas de tuber- « cules à leur intérieur. »
« La plèvre gauche contenait une assez grande quantité * de liquide séreux, jaunâtre , daus lequel nageaient quel-
« ques fausses membranes d'un ou deux pouces de long, « minces , molles et friables. — Le lobe supérieur du « poumon gauche est assez volumineux , lourd. La plus « grande partie de son étendue est convertie en un tissu « rouge à la coupe friable, parsemé surtout dans la partie « inférieure du lobe, de tubercules jaunes, crus ; quel- « ques-uns de ces tubercules sont apparents à l'extérieur. « Le lobe inférieur d'un très-petit volume est comme rata- « tiné. La coupe n'en fait sortir qu'une très-petite quan- « tité de sang; il ne contient pas de tubercules. — Le « poumon droit est violacé dans toute son étendue, il est « peu volumineux. La partie postérieure est convertie en « un tissu d'un rouge noir, lisse à la coupe, friable, il ne « renferme pas de tubercules. — Les ganglions bronchiques ««sont tuberculeux, volumineux; plusieurs sont de la «« dimension d'une grosse amande; ils entourent la trachée « et les bronches et pénètrent jusque dans l'intérieur du «fpoumon où ils forment de grosses masses dont il est « facile de reconnaître l'origine. Presque tous sont à l'état « cru -, un petit nombre commence à se ramollir. »
« Le péricarde et le cœur sont sains. — ■ Le larynx , la « trachées et le cerveau n'ont point été examinés. »
185. La variole nous a paru déterminer et assez fréquemment môme des engorgements des glandes du cou... Mais n'y aurait-il pas là de simples coïncidences? Ainsi nous nous rappelons avoir vu à l'hospice des orphelins deux jeunes sœurs qui portaient des glandes engorgées et ulcérées; l'une avait été vaccinée, l'autre avait eu la variole... Et chez toutes deux, ces engorgements s'étaient manifestés peu de temps après ces deux éruptions, si différentes quanta leur gravité î
Le développement des tubercules pulmonaires parait au moins hâté, disent MM. Alph. CazenaveetH. Schedel {Loc. cit.) par la variole- C'est ce qui arrive le plus ordinairement, dit aussi M. Rayer {Loc. cit.) ; mais cependant, ajoute le même auteur : « Dans quelques cas rares , la « marche des tubercules a paru au contraire modifiée « favorablement par cette éruption. » Nous croyons, en effet, que ces cas doivent être fort rares et nous n'hésitons pas à penser que ce qui paut arriver de plus heureux, c'est que l'exanthème reste sans influence sur la marche des tubercules, ainsi qu'on l'a observé chez une malade qui offrait tous les signes rationnels de la présence de tubercules dans les poumons (rhumes fréquents et prolongés , hémoplysies, malité par places vers le sommet des deux poumons, râle muqueux, etc.), et qui est sortie de la Charité où elle était (service de M. le professeur Fouquier, suppléé par M. Béhier) , guérie d'une variole confluente fort grave, sans avoir vu s'aggraver la maladie tuberculeuse. — Gaz. des H op., ann. 1846, n. 148.
Nous couronnerons ces remarques par l'observation suivante, qui nous paraît parfaitement de nature à leur servir de démonstration.