SOIXANTE- SIXIÈME OBSERVATION
Tubercules pulmonaires à Vétal latent ; variole intercurrente ; marche foudroyante de la tuberculisation; formamation d'abcès articulaires symphatiqucs.
Le nommé Pégcut (Gabriel), né à l'île Eourbon, fut admis, le 15 décembre 1846, dans le service de M. Ricord, et il occupa le n° 3 de la salle n° 4. Dans les derniers jours de ce même mois , prodromes de la variole , dont l'éruption
commença le 3 janvier, le 7 tous les boutons étaient en pleine suppuration. Mais cette période n'eut pas sa durée habituelle , et dès le 8 le malade était entré dans la période de dessication; aussi dès ce moment se développèrent une série de symptômes dépendant sans doute de la répercussion du virus yâriolique sur les poumons, et nous offrant, en môme temps que le curieux exemple d'une plithisie pulmonaire sur-aiguë, la preuve palpable de l'influence que la variole peut exercer sur la marche dune affection tuberculeuse.
Au moment de l'invasion, on n'observa aucun symptôme du côté des poumons, et P...... depuis six ans, n'avait jamais été malade ; en 1840, il avait eu la fièvre typhoïde. Le 9 juin donc, alors que la dissication des pustules était presque complète , on observa quelques râles sibilants à la partie antérieure du poumon droit. En même temps l'aine droite devint le siège d'une tumeur chaude, fluctuante, très-molle, sans empâtement. Cette tumeur fut ouverte le 10 à l'aide du trois quart, et il en sortit un liquide semblable à de la sérosité sanguinolente. — Le 11, malgré une potion avec le tartre slibié, la maladie a continué de faire des progrès du côté des poumons. En effet, on constate une légère matité sur le côté droit et antérieur du thorax et vers le sommet; il y a en outre de la toux sans expectoration. On reconnaît l'existence de râles muqueux crépitants et sous-crépitants, mêlés à du râle sibilant. Ces râles ne sont pas disséminés sur toute la surface du poumon, mais ils s'entevdent par places. On croit entendre aussi un léger frôlement pleurétique. Le poumon gauche n'offre rien d'anormal. — Le 12, la maladie a fait de nouveaux progrès : ainsi la toux s'accompagne de l'expecto-
ration peu abondante de crachats verdàtres; il y a de la dyspnée, sans douleur dans la poitrine. Les râles sont plus gros, et on entend du souffle avec une espèce de gargouillement; autour des gros râles, on distingue quelques bulles de râles sous-crépi tants. Le 11, l'articulation tibiotarsienne était devenue douloureuse et chaude, mais sans changement de forme ni de couleur. Le 13, c'est autour de l'articulation du poignet droit, dont le côté interne offre une légère tuméfaction avec rougeur, douleur et chaleur. Les bourses sont aussi devenues le siège d'une espèce de travail inflammatoire. Enfin les 14 et 15, la maladie continue de faire des progrès et présente en dernier lieu l'ensemble des symptômes de lièvre typhoïde les plus graves (1). La mort arriva enfin le 16.
L'autopsie eut lieu le 18 janvier, et nous en donnerons le résultat tel qu'il se trouve dans le journal , qui nous a fourni cette observation. (Gaz. des hôpit. Année 1847, n° 14.)
« Thorax. — Poumon droit. — Adhérence des deux feuil- « lets de la plèvre ; ces adhérences, anciennes au sommet, « sont récentes vers les deux tiers inférieurs des pou- « mons, et elles sont plus prononcées en avant qu'en « arrière. La moitié supérieure du poumon est creusée de deux « vastes cavernes tuberculeuses, entourées d'un tissu dur et « enflammé, dans lequel on trouve des signes (V infiltration <- grise tuberculeuse. Une de ces cavernes est cristallisée et « recouverte d'ime membrane organisée. La moitié inférieure
(1) Ceci nous rappelle l'observation de pbthysic pulmonaire latente, publiée nui M. Tlunul , cl qu'eu trouvera plus Iojh (Voy, uùs. lz.ixc),
« du poumon présente le premier degré de la pneumonie. « Il est difficile de trouver dans ce poumon des traces d'ab- « ces métastiques ; on voit cependant sur quelques points, « mais tout près du siège des tubercules , de petites cavités de « la grosseur d'un très-petit pois et remplies d'un pus « crémeux mais différent du liquide qui résulte de la fonte « des tubercules (1). — Poumon gauche. Aucune altération « dans la plèvre ; granulations tuberculeuses au sommet « du poumon, aucune trace dJ inflammation (2). — Sérosité « limpide dans le péricarde ; coloration purulente très-peu « abondante dans l'articulation tibio-tarsienne droite, ainsi « que dans la gaîne du cubital postérieur gauche (3). Une « incision pratiquée de chaque côté sur les enveloppes du « testicule et pénétrant jusque dans la tunique vaginale « donne issue à du pus très-épais, très-verdâtre ; après la « sortie de ce pus, on apercevait sur la face interne des « deux séreuses une concrétion pseudo - membraneuse « d'une demi-ligne d'épaisseur et pouvant s'enlever par
(1) On considéra d'abord l'ensemble des symptômes offerts par ce malade comme dépendant d'une infection purulente ; mais à l'examen qu'on fit, et avec le plus grand soin, de toutes les veines parties des divers foyers purulents, on ne put découvrir aucune trace de phlébite!
(2) Et on veut considérer le tubercule, comme un produit in» flammatoire !
(3) Cette lésion nous rappelle celle tout-à-fait analogue observée chez Gondal ( Obs. xixe — 34 quater. ). Il faut néces" sairement rapporter ces désordres trouvés dans les articulations malades à une réaction sympathique de la diathèse tuberculeuse. C'est de la même façon sans doute, que se développent ces tumeurs blanches, sympatiques aussi, quand on nJy constate pas îa présence de la matière tuberculeuse (35),
« lambeaux assez larges ; la tunique vaginale n'est pas « épaissie; on voit seulement en dehors une grande quan- « tité de vaisseaux de nouvelle formation. Les testicules « et l'épididyme ne présentent pas la moindre trace d'in- « flammation. La tumeur de Vaine droite est formée par un « ganglion , infiltré de pus. Les intestins sont parfaitement « sains. »
Ainsi au début de la maladie, aucun symptôme du côté des poumons qui paraissent sains, mais développement de ces mêmes symptômes dès les premiers moments de la dessication des pustules. Et cependant ce n'est pas la répercussion qui a déterminé la formation des tubercules, dont la présence dans les poumons remontait à une époque bien antérieure , ainsi qu'on a pu l'augurer de la présence d'une caverne cicatrisée ; mais nous pouvons dire avec le rédacteur de la Gaz. des hôpitaux (loc. cit.) : « Lorsqu'il existe des tubercules dans les poumons, la variole « les fait souvent marcher avec rapidité. »
Le fait suivant, quoique moins significatif, viendra cependant à l'appui de l'observation précédente. Nous avons constaté, le 23 décembre 1847, ledécèsd'un enfant, qui est mort à l'âge de trois mois,, offrant tous les symptômes de la tuberculisation pulmonaire. Les premiers symptômes s'en étaient manifestés dans la dernière période de la va^ riole qui s'était déclarée (l'enfant n'ayant point élé vacciné) six semaines après la naissance.
186. Ces pyrexies réagissent- elles donc de la même fa-» çon sur les affections scrofuleuses ? Pour notre compte nous n'en croyons rien , du moins si on veut prétendre que c'est d'une manière fâcheuse, car nous sommes presque disposé à croire le contraire. Quoi qu'il en soit, nous
rapporterons la fin du mémoire de M. Killiet , qui conclut par une observation favorable à notre opinion, en faisant remarquer qu'il commence par faire une confusion , que notre travail a pour but de prévenir.
« Selle (1) admet une grande affinité entre l'humeur de « la rougeole et les scrofules. Bien que Franck {loc. cit.) « et d'autres auteurs aient contesté cette doctrine, il est « hors de doute que l'exanthème morhilleux détermine « quelquefois l'apparition de ganglites tuberculeuses ou « aggrave ces affections, chez les sujets qui en sont déjà « atteints. Nous avons vu cette année chez quelques en- «' fants des ganglions cervicaux acquérir un volume assez « considérable après la rougeole, et rester ainsi volumi- « neux et indurés, comme ils sont chez les scrofuleux. « NOUS avons VU aussi, chez un enfant né de parents phthisi- « ques, une tuméfaction du coude dégénérer, après l'érup- « tion, en une véritable tumeur blanche avec abcès Astuce Ieux, en même temps que les ganglions cervicaux s'hy- ♦< pertrophiaient (2). Ajoutons cependant que , dans un « autre cas de tumeur blanche de l'articulation coxo-fé- « morale, la fièvre éruptive non- seulement n'a pas accru « la phlegmasie, qu'elle Ta même avantageusement modi- « fiée. »
(1) Célèbre médecin , directeur du collège de Berlin , né en 1748 à Stcttin en Pomérnnie , mouTut à Berlin en 1800. Selle a laissé un important ouvrage intitulé : Éléments de Pf rélologie ; il a été deux fois traduit dans notre langue.
(2) C'est pour nous un cas de Phlhisie pulmonaire avec manifestation scrofuleusê , et ce fait rentre dans la catégorie de ceux qui tendent à prouver la lâcheuse influence de la rougeole iui la tuherculisatioB (183).
« Voici le fait tel que nous l'a communiqué le docteur Strœllin :