OBSERVATION CINQUIEME
Engorgement prononce' des glandes lymphatiques des deux côtés du cou. — Symptômes stéthoscopiques de la présence de tubercules dans les poumons. — Mort subite, — Tubercules à divers états, au sommet des deux poumons (1).
« Clarisse M***, âgée de 19 ans, domestique, d'une taille « moyene, bien constituée, fut admise à l'hôpital de la « Pitié, salle Saint-Charles, n. 33, le 1er avril 1835,
« Réglée à 13 ans, elle était mal portante depuis trois « mois environ. A partir de cette époque son appétit avait « diminué ; elle commença à maigrir, et les menstrues- « cessèrent de paraître. Bientôt il survint de l'oppression, « des douleurs de poitrine, de la toux, quelques frissons « par intervalle, et dès le commencement de mars, la « malade fut obligée de quitter son travail.
« A son entrée on constata un son obscur, avec expira- « tion prolongée, au sommet gauche de la poitrine, et « un engorgement prononcé des glandes lympatiques des deux « côtés du cou.
« Pendant son séjour, l'oppression et la toux furent
(1) Celle observation a été communiquée par M. le docteur Barth à la Société médicale d'émulation } dans sa séance du 2 juin 1847.
« combattues par les préparations béchiques et opiacées. « Plusieurs applications dé sangsues, des frictions avec la « pommade iodurée , des emplâtres de savon furent em- « ployés contre le gonflement des ganglions cervicaux, et « quelques doses de sulfate de quinine furent opposées à •c plusieurs accès fébriles survenus dans les derniers jours « d'avril. ^Cependant, à part quelques variations passa - « gères, Tétat de la malade changea peu, et dans la der- « nière quinzaine de mai, il était à peu près le môme. »
« Le 26, on prescrivit une nouvelle application de sang- « sues sur les glandes engorgées. On continua l'usage de « la tisane de mauve sucrée avec le sirop de gomme, d'une « potion gommeuse avec addition d'un grain d'extrait « gommeux d'opium et de l'eau de Seltz, et la malade « mangeait habituellement le quart de la portion entière « d'aliments. Du reste , aucun phénomène nouveau ne « s'était déclaré, ^t rien ne faisait soupçonner une termi- « naison prochaine ; lorsque le 27, à la visite , on apprit « avec suprrise que la malade était morte la veille à onze « heures du soir (1).
« A l'autopsie, faite 35 heures après la mort, on trouva « les sinus cérébraux presque vides, peu d'infiltration sous-
Ci) C'est à cause de cette mort survenue ainsi subitement , que M. Barlh a fait cette communication à la Société dont il est membre et où s'agitait alors la question de certaines morts subites, que l'autopsie n'explique pas toujours suffisamment. Dans ce cas , il suffit , selon nous , de l'influence délétère du principe tuberculeux, qui agit, pour ainsi dire, comme un poi son lent, pour expliquer que la mort arrive à un certain moment qu'on pourrait dire fixé par la nature, mais qu'il nous est impossible de prévoir.
« arachnoïdienne, la substance cérébrale de couleur et cîe « consistance ordinaires , une cuillerée à bouche de séro- « site dans chaque ventricule, et les plexus choroïdes très- « pâles. Mais les membranes de la moelle allongée étaient « un peu plus injectées, et dans le corps rectiforme droit, « à 7 lignes de l'union de la moelle avec la protubérance, « on découvrit un petit épanchement sanguiu du vou lume d'un petit pois, assez bien circonscrit La protubé- « rance et le cervelet ne présentaient rien de particulier.
« De chaque côté du cou, sous le muscle sterno-mastoï- « dien, on trouva un paquet de ganglions formant une « masse aplatie, s'étendant depuis^l'apophysie styloide jus- « qu'au sommet du thorax à droite, un peu moins bas à « gauche, reposant en arrière sur le plexus cervical, et «comprimant la veine jugulaire, l'artère carotide et le « nerf pneumogastrique , environnés par une membrane « celluleuse injectée. Cette masse de glandes engorgées est « constituée par la réunion d'un grand nombre de petites « tumeurs, variant du volume d'un pois à celui d'une noix, « rosées en quelques points, formées en d'autres par une « matière jaunâtre plus ou moins ramollie, et qu'on pouvait « en exprimer par une pression un peu forte (l). »
« Le sommet du poumon gauche est dur au toucher et « contient de petites masses tuberculeuses environnées de « tubercules d'un moindre volume et de granulations » grises de grosseur variable. Deux rameaux bronchiques, « qui se dirigent vers le sommet, présentent, à un pouce « environ de la surface du poumon , une dilatation en
(1) Il faut regretter que l'analyse microscopique n'ait pas bien fixé les observateurs sur la nature , sans doute lubercu. fuse' , de celte infiltration»
« forme de renflement, tapissée d'une membrane lisse, fine, « et d'où partent plusieurs ramifications qui vont en se « rétrécissant rapidement vers la surface.
« Le reste du poumon n'offrait d'autre altération que « quelques dilatations vésiculaires disséminées.
« Le sommet du poumon droit contenait aussi quelques « granulations tuberculeuses ; le lobe inférieur est d'un « rouge foncé, mais souple et résistant.
« Le cœur et les autres viscères, soigneusement exami- « nés et décrits, ne présentaient aucune altération capable « d'expliquer la mort si rapide de cette jeune fille.»
16. L'engorgement des glandes du cou (surtout si cet engorgement est tuberculeux) est un indice si fort de la présence des tubercules dans l'économie, que si on n'en ren « contre pas dans les poumons, comme cela arrive le plus souvent, il faut alors poursuivre ses investigations avec le plus grand soin, car il y a alors toute probabilité, qu'on en trouvera dans quelque autre point, soit dans le mésentère, comme nous allons le prouver, soit partout ailleurs.