‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 7 sur 70 · SIXIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SIXIEME OBSERVATION

Engorgement des glandes du cou. — Mort par une pleuropneu-

monie intercurrente. — Autopsie qui démontre V absence de

tubercules dans les poumons, mais leur présence dans le

mésentère.

Chez un malade qui succomba en 1844, dans le servicede M. Bouillaud (salle Saint- Jean-de-Dieu, n.3), àunepleuropneumonie et à une albuminerie abondante, on trouva : <i tous les ganglions des régions parotidiennes et sous- « maxillaires formant une tumeur dure, presque aussi ré* « sistanteque si elle eut été osseuse; le volume en était à «peu près quadruplé; après les avoir incisés, on les « trouva entièrement constitués par des masses jaunâtres

« d'une matière molle, grenue, ressemblant, sauf la cou- « leur, à une bouillie de plâtre, gi os- grenu, délayé dans « de l'eau et commençant à se solidifier. Quelques points « étaient ramollis tout à fait, et on en exprimait par la « pression un pus blanc-jaunâtre, offrant les caractères les « plus tranchés du tubercule fondu, du pus tuberculeux.» ( Gaz. des hôp., année 1845, n. 84 ). Hé bien, avec de semblables conditions, il n'y avait pas de tubercules dans les poumons, du moins M. Bouillaud ne le dit pas et c'est un observateur trop soigneux pour qu'il y eut manqué, surtout alors que leur présence, dans des poumons frappés d'inflammation, eut été un fait si favorable à ses idées théoriques sur la tuberculisation.Mais s'il n'y avait pas de tubercules dans les poumons il nen était pas de même pour le mésentère ! « Tous les ganglions mésentériques offrirent « indistinctement la même dégénérescence ( loc. citât. ) « que les glandes parotidiennes et sous^maxillaires. »

17. Npn -seulement il y a souvent coïncidence entre l'engorgement des ganglions cervicaux et la présence de tubercules dans quelque point de l'économie, mais les engorgements ganglionnaires affectent les mêmes formes, la même dégénérescence que les masses tuberculeuses situées dans les organes intérieurs. L'observation qui précède l'avait déjà montré, celle qui suit le prouvera encore davantage,

SEPTIÈME OBSERVATION (1). Engorgement considérable des glandes du cou qui sont squir-

(1) Nous avons emprunté cette observation à un Mémoire que nous avons publié en 1837, et qui avait pour titre : De V or dansle traitement des scrofules . — Vov. pag. 21.

rheuses* — Traitement par les antiphtogistiqueSj le perchlorure d'or et de soude. — Mort. — Tubercules dans les poumons^ le mésentère et le pancréas,

« La nommée Taillant (Marie-Elisabeth-Victoire), âgée « de 30 ans, qui occupait le lit n° 8 de la salle Sainte-Marie « à l'hôpital St.Antoine, a toutes les apparences d'unebonne «< et d'une forte constitution. Son père et sa mère lui ont « toujours paru sains et bien constitués ; mais le premier « tenait une conduite assez irrégulière. Elle a eu une sœur « aussi forte qu'elle et qui est morte à l'âge de 15 ans, après « d'abondants vomissements de sang survenus à la suite « d'une suppression des règles, qui paraît n'avoir été déter- « minée par aucune cause appréciable.Cette sœur portait au « moment de sa mort un engorgement des glandes du cou « si considérable et si douloureux, qu'il empêchait de tour- « ner la tête dans tous les sens.

« Marie a eu dans son enfance beaucoup de gourmes « dans la tête ; on les laissa sans traitement, malgré leur « quantité et leur durée. Marie fut réglée à 15 ans, et con- « linua de l'être avec la plus grande régularité jusqu'en « novembre 1827, et, jusqu'à cette même époque, elle a « toujours joui de la plus parfaite santé.

« Cependant ce fut au moment de sa première menstrua- « tion que Marie s'aperçut d'un léger engorgement d'une « glande du cou, située à gauche au-dessous de l'oreille. « Cet engorgement s'étendit peu à peu et lentement à « presque toutes les glandes du côté gauche du cou et à « celles avoisinant l'oreille du même côté. Quoiqu'il fut « considérable, les mouvements de la tête étaient restés « libres et la santé générale parfaite, lorsque Marie entra,

<« en septembre 1828, à l'hôpital de la Pitié, dans le service « de M. le docteur Lisfranc.

« Le traitement qu'on lui fit faire dans cet hospice con- « sista dans l'usage de la tisane amère, du vin antiscorbu- « tique, d'un régime doux, restreint et même un peu de « diète au commencement, et dans des applications répé- « tées de sangsues sur les parties engorgées. A chaque fois « on ne lui en appliquait pas moins de 40 à 50, et, dans « l'espace de deux mois qu'elle est restée à l'hospice de la « Pitié, il lui en a été appliqué ainsi 195. Au bout de ce « temps elle sortit avec une légère diminution dans l'en- « gorgement, mais avec un grand dérangement dans sa « santé générale : ses règles avaient manqué pour la pre- « mière fois; elle restait très-faible et sans appétit.

« Après être demeuré deux mois chez elle, Marie entra « à l'hôpital Saint-Antoine. Elle était dans un état aussi « fâcheux qu'à l'époque de sa sortie de l'hospice de la Pi- « tié, et n'avait pas vu ses règles depuis près de cinq mois. « Aujourd'hui (25; avril 1829), l'engorgement dont nous « avons parlé occupe tout le côté gauche du cou et s'étend « derrière ; il est fort considérable, bosselé; il résulte évi- « demment de l'agglomération des glandes tuméfiées, et dont plusieurs ont acquis un très- gros volume. Après « quelques jours de repos et un régime alimentaire un peu « fortifiant, la malade commence le 2 mai l'usage du « perchlorure d'os et de sodium en frictions sur la langue, « à la dose de 1/20° de grain par friction; la friction est *< faite le matin laprès le déjeûner. Des cataplasmes sont n appliqués pendant tout le jour sur la tumeur.

« 5 mai. — On observe un peu de diminution dans l'enr * gorgement ; une glande, située près de l'oreille et qui

« était rouge , gonflée , molle et faisait craindre qu'elle «* n'entrât bientôt en suppuration, est aujourd'hui moins « saillante et moins rouge. — A dater du 10, on fait deux « frictions par jour ; la seconde est pratiquée le soir après « le souper. Marie remarque une augmentation très-mar- « quée dans ses urines; elle urine plus souvent et beaucoup « à la fois.

« 15 mai. — Marie est beaucoup moins faible qu'à l'épo- « que de son entrée ; elle a pu faire le tour des salles, tandis » qu'auparavant elle ne pouvait même pas rester levée sans « être à tout moment sur le point de se trouver mal ; elle « commence en outre à avoir un peu d'appétence pour les « aliments; il existe aussi une légère diminution dans « l'engorgement des glandes.

« 22 mai. — Avant de conmencer l'usage du perchlorure « d'or et de sodium, Marie toussait; elle avait eu antérieu- « rement et à plusieurs reprises le dévoiement et des sueur « nocturnes qui l'affaiblissaient beaucoup : ces symptômes « cependant ne s'étaient pas représentés depuis son entrée « l'hôpital. L'augmentation de la toux me détermina à « examiner la malade avec le plessimètre et le stéthoscope, « et je ne trouvai qu'un peu de résonnance sous chaque « omoplate; elle me parut plus marquée à droite. L'aug- « mentation de la toux avait engagé M. le docteur Kapep 1er à me proposer de suspendre le sel aurifère, et la ma- « lade fut mise à l'usage des juleps calmants avec addition « d'acide prussique médicinal. Une expectoration de cra- « chats floconneux, nageant dans un liquide albumineux « et qu'on peut comparer pour l'aspect à des têtes de ca- « momille jetées dans de l'eau gommée, ne tarda pas à sur « venir, alla chaque jour en augmentant , se compliqua

« bientôt d'une diarrhée colliquative, et la malade succe comba le 12 juin.

« Elle fut ouverte le 13, sous les yeux de M. Kapeler et « en ma présence.

« Les poumons adhèrent par leur sommet; ils sont cri- « blés dans toute leur étendue de tubercules à différents « états et en plus grande quantité dans les lobes supé- « rieurs. Il existe au sommet du poumon droit une excava- « vation capable de recevoir une petite noix. Le foie s'é- « tend d'un hypochondre à l'autre et se prolonge beaucoup « au-dessous de l'ombilic. Il est mou, et son tissu se laisse « facilement déchirer. La vésicule est remplie d'une bile « diffluente. La muqueuse gastro-intestinale est pâle, ramol- « lie et épaissie. On trouve quelques petites ulcérations « vers le tiers inférieur de l'intestin grêle. Les glandes mé~ « sentériques sont petites, mais squirrheuses. Le pancréas « est squirrheux. Les ganglions engorgés du cou sont d'un « tissu homogène, dur, résistant, criant sous le scalpel lar- « dacé, squirrheux. Autour des deux plus volumineux de « ces ganglions, on trouve un ramollissement comme pul- « tacé et ressemblant à de la matière encéphaloïde ; on « rencontre aussi dans les aisselles des altérations du même « genre. »

18. Les engorgements des glandes de la région axillaires (1) n'ont pas la même valeur au point de vue du

(1) M. Louis n'a observé qu'une seule fois, sur deux cents cas de tubercules pulmonaires qu'il a notés, la coïncidence de l'engorgement des glandes de l'aisselle avec la présence de tubercules dans les poumons. (Yoy. Rech. sur la phthjsie, page 168, obs. ix«.) — Nous aurons cependant l'occasion plus loin de citer lui second exemple de cette coïncidence.

diagnostic de la tuberlcuisation pulmonaire ou générale , que celui des ganglions cervicaux. C'est cette considération qui nous a fait insérer dans ce travail, l'observation suivante, quoique nous n'ayons pas pu la compléter par l'autopsie cadavérique.

HUITIEME ORSERVAT10N.

Engorgement des glandes de Vaisselle. — Tubercules pulmonaires Gabrielle D***, âgée de 17 ans, nous fut amenée par sa mère ( le 8 juillet 1844 ) pour que nous la débarassions d'un engorgement assez considérable de glandes agglomérées et qui avaient leur siège à l'entrée de la région axillaire gauche, sous les attaches du grand pectoral et en gagnant vers le sein. Cet engorgement remontait à plusieurs années, mais ce n'était que depuis sept à huit mois qu"il avait fait des progrès de jour en jour plus marqués et qu'il était devenu douloureux au toucher, sans offrir cependant aucune trace de rougeur, ni de fluctuation.

La santé générale nous parut immédiatement bien plus profondément altérée que ne le comportait un engorgement de cette nature. La face était pâle et annonçait un grand état de souffrance ; la respiration gênée et difficile donnait de 24 à 26 inspirations par minute ; le pouls battait 128 à 130 fois et une toux presque continuelle fatiguait la malade : tous ces symptômes s'augmentaient quand arrivait la nuit,

La percussion dévoilait sous la clavicule gauche une différence en moins très-marquée dans la sonoréité, presque de la matité. Cette condition pathologique ( qu'une ( sonoréité exagérée à droite, dans la même région permettait de bien constater), se manifestait sous toute la

— •28 — clavicule, dans Faisselle et descendait presque jusqu'à l'origine du sein. Elle existait encore dans la fosse susépineuse, mais elle y était moins tranchée qu'en avant.

L'auscultation dénotait dans les deux tiers inférieurs du poumon droit un bruit respiratoire exagéré ( respiration puérile); mais sous la clavicule, la pertoriloquie était manifeste, et on y entendait un râle muqueux à très-grosses bulles, se rapprochant beaucoup du gargouillement. A gauche, au contraire, dans tous les points où la sonoréité était diminuée, le murmure vésiculaire était nul ou du moins, il était interrompu, suspendu, saccadé, s'accompagnant de râles sifflant et muqueux dans Finspiration comme dans l'expiration; plus bas il redevenait normal. On entendait en outre dans quelques points des bruits de craquement et du bruit respiratoire en retour ou bruit d'expiration,

Gabrielle avait été réglée à 1 5 ans et ce n'était que depuis quatre mois que la menstruation s'était suspendue, l'appétit était nul ou du moins fort capricieux, et l'amaigrissement qui s'était manifesté au début de la maladie, était marqué sans être considérable.

Les parents de Gabrielle attribuaient sa maladie à ce qu'elle avait habité avec eux, pendant cinq années consécutives, de 5 à 13 ans, un rez-de-chaussée humide, mal éclairé, mal aéré et exposé au nord.

A la suite d'une application de sangsues révulsive Gabrielle s'alita et elle succomba le 23 août 1844, après avoir offert une aggravation successive de tous les symptômes auxquels étaient venus s'ajouter une expectoration abondante, des sueurs nocturnes et du dévoiemeni ; mais toujours sans un grand amaigrissement.

Les parents n'ont pas voulu consentir à l'autopsie cadavérique, que nous avions sollicitée.

19. L'observation suivante va nous offrir un intérêt tout particulier en ce que d'abord elle ajoutera à ce que nous avons déjà dit de la valeur de l'engorgement et de l'ulcération des ganglions cervicaux comme moyen de diagnostic, et parce qu'elle nous fera connaître une forme de tuberculisation , qui nous paraît devoir être assez rare.

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