‹ De l'analogie et des différences entre les tubercules et les scrofulesChapitre 65 sur 70 · M. H. Lébert a aussi constaté par ses recherches · texte numérisé non relu

M. H. Lébert a aussi constaté par ses recherches

microscopiques la possibilité de la guérison spontanée de la

phthisie pulmonaire. ^Les tubercules, à l'état crétacé, mon-

« trent sous le microscope des granules minéraux amor-

« phes auxquels se trouvent souvent mêlés des cristaux de

« cholestérine et des éléments de pigment. L'observation

» confirme de plus en plus l'opinion déjà émise, que c'est

« une des voies par laquelle la nature tend à guérir la tu-

« berculisation. 11 paraît qu'une partie des globules tuber-

« culeux est résorbée; d'autres peuvent y exister pendant

« très-longlemps sans être altérés. » (Ouvrage cité , page

223. Mais c'est à M. Ernest Boudet qu'on doit les recherches les plus complètes , sur la guérison spontanée désaffections tuberculeuses du poumon. Nous les donnerons ici , telles qu'elles ont été insérées dans les Comptes rendus des séances de U Académie des sciences (16 janvier 1843).

« Ayant examiné successivement et sans aucun choix, « les poumons d'un grand nombre de cadavres d'enfants, «d'adultes et de vieillards, morls dans les hôpitaux de « Paris des maladies les plus diverses, et parmi lesquels « plusieurs avaient péri tout à coup victimes de blessures « ou d'accidents rapides, et au milieu d'une santé parfaite, « je suis arrivé aux résultats suivants :

« De 1 jour à 2 ans, il existe des tubercules dans les « poumons et les ganglions bronchiques, 1 fois sur 57.

« De 2 à 15 ans, il s'en trouve dans les trois quarts des « cas (33 sur 45).

« De 15 à 76, dans les 6/7esdes cas (116 sur 135), c'est- « à-dire que pendant celte période de la vie, 6 personnes « sur 7 offrent des tubercules dans les organes que je viens « d'indiquer; de sorte que la présence de ces produits « morbides peut passer pour la règle, et leur absence pour « une sorte d'exception.

« Ce résultat, incroyable au premier abord, s'explique « aisément par les considérations suivantes : c'est que les « tubercules sont souvent peu nombreux , très-limités, et « surtout dans un grand nombre de cas , transformés de « telle manière, qu'ils n'exercent sur la santé générale au- « cune influence fâcheuse.

« Dans l'enfance, cette terminaison favorable des tuber-

« cules pulmonaires est rare ; avant 3 ans, je «l'en ai pas » observé un seul cas.

« De 3 à 15 ans, j'en ai vu 12*sur 45>ujets.

« De 15 à 76 ans, j'ai trouvé des tubercules guéris, soit « dans les poumons, soit dans les ganglions bronchiques « de 97 individus sur 116, soit dans les 9/îies|des cas, 2 fois « sur 3 (6i sur 97). Cette terminaison heureuse paraissait « définitive, et le reste de l'organe ne contenait aucun « tubercule récent.

224. La guérison spontanée des tubercules pulmonaires s'opère (toujours selon M. E. Boudet) de cinq manières différentes :

1° Par Séquestration. — La matière tuberculeuse, sans avoir changé de nature, est isolée des parties voisines par une membrane muqueuse, fibreuse ou fibro-cartilagineuse.

2° Par Induration. — Celle-ci affecte trois modes distincts : A. Le tubercule devient sec et friable; — B. Il devient tenace, dense et gros au toucher; — C. Il devient plâtreux ou calcaire.

« Cette terminaison est une des plus remarquables (con- « tinue, M. E. Boudet), elle me paraît parfaitement dé- « montrée. JJai vu souvent dans le centre de tubercules « nettement caractérisés, d'abord quelques grains calcai- « res, presque microscopiques, disséminés , qui plus lard « grossissant, s'agglomérant, finissaient, en s'avança nt du « centre à la circonférence, par envahir la masse tubercu- « leuse entière.»

A l'analyse, ces concrétions calcaires du poumon , bien isolées, bien pures , ont donné sur 1000 parties : 697 de chlorure de sodium et de sulfate de soude et seulement une faible proportion de carbonate et de phosphate de chaux.

Les concrétions calcaires paraissent à M. E. Boudet provenir de tubercules crus ou caséeux ; les concrétions plâtreuses de tubercules ramollis

3° Par Transformation en matière noire pulmonaire ; ou plutôt par l'envahissement progressif de ce produit singulier.

4° Par V Absorption complète ou incomplète.

5° Par Y Elimination opérée par les bronches.

Notre auteur prétend que ces diverses transformations tuberculeuses, que nous venons d'indiquer avec lui et qu'on trouve rassemblées quelquefois chez le môme individu, peuvent avoir lieu aux principales périodes de l'évolution du tubercule.

« Ainsi, que ces corps soient à l'état de crudité ou de « ramollissement, sous forme de granulations grises, de « tubercules jaunes disséminés, agglomérés, denses ou ca- « séeux y ils n'en sont pas moins susceptibles d'éprouver « les changements que je viens d'indiquer. »

A chaque période de l'évolution normale du tubercule, répondrait en général un mode particulier de transformation. — Ainsi le tubercule cru, jaune, peut-être induré, pétrifié ; mais il n'est pas susceptible de passer à l'état de plâtre humide.

M. le docteur E. Boudet prétend encore que les Excavations tuberculeuses des poumons peuvent guérir dans un certain nombre de cas. — « Sur 197 sujets (pris au hasard) « j'en ai trouvé 108fois, au moins une entièrement cicatrisée, « sans aucun tubercule récent, et 8 fois la guérison com- « plète ou incomplète d'une ou plusieurs de ces cavités mor- « bides, coïncidant avec des tubercules récents. »

« Les cavernes du poumon se cicatrisent par l'organisa-

« tion d'une muqueuse accidentelle ou par la formation « d'une muqueuse fibro-cartilagineuse. — Qu'elles com- « muniquent ou non avec les bronches, elles peuvent res- « ter béantes. — Quand elles sont oblitérées, ou leurs « parois sont au contact et alors une bride fibreuse indique h qu'elles ont existé, ou elles contiennent des tubercules « transformés, qui comblent entièrement leur cavité, »

« Chez les enfants , les cavernes se cicatrisent et les « tubercules se transforment à peu près comme à un âge « plus avancé. »

Les Tubercules des ganglions bronchiques guérissent, leurs cavernes mêmes paraissent se cicatriser comme dans les poumons.

225. M. E. Boudet, qui, (nous le craignons du moins), s'est fait illusion, termine ainsi ce mémoire du reste si intéressant :

« L'examen de personnes vivantes , qui , après avoir été « atteintes à une époque plus on moins éloignée de phthy- « sie pulmonaire, se sont rétablies entièrement, m'a « prouvé que la guérison de cette terrible maladie n'est « pas chose aussi rare qu'on le croit généralement et qu'elle « ne dépasse en aucune manière les ressources de la na- « ture.

« En moins d'un an, j'ai rassemblé 14 cas de cette espèce, h dont 6 avec tubercules ramollis ou cavernes , constatés « longtemps auparavant.

« Il résulte de ces observations qu'on peut avoir été « phthysique au dernier degré et se rétablir complète- « ment. — - Que la phthysie peut guérir chez l'enfant com- * me chez l'adulte ; chez les personnes prédisposées à celte « maladie par voie d'hérédité, comme chez celles qui l'ont

« contractée accidentellement , quoique la proportion de « guérisons'soit plus commune dans ce dernier cas; — Que « la nature fait le plus souvent tous les frais de la guéri- « son de la phthysie ; — qu'on ne doit pas , comme la « chirurgie l'expose en principe , proscrire absolument «i l'amputation d'un membre chez un phthysique. »

Et à l'appui de cette dernière proposition, M. Er. Boudet ajoute, qu'il a vu trois sujets de 10 à 20 ans atteints d'une maladie incurable du squelette d'un des membres inférieurs, et en outre d'une phthysie confirmée , se rétablir d'une manière qui paraît définitive , après l'ablation du membre malade. (Gaz. des hop., an. 1843, n° 8).

226. La guérison de la phthysie pulmonaire paraît pouvoir s'effectuer d'une autre manière encore. Ainsi, M. le docteur Louis, si expert dans une semblable matière, cite l'histoire d'une malade chez laquelle : « Il croit avoir eu « à constater la guérison complète d'une affection iubercu- « leusefort avancée du poumon. Cette femme avait été traitée « dans les salles de M. Louis pendant plusieurs mois ; elle « toussait presque continuellement; au sommet de l'un des « poumons , la respiration était très-faible , à peine appré- « ciable ; diminution de la résonnance sous-claviculaire , « sans cependant qu'il y eût de signes irrécusables de « phthysie. Elle sortit de l'hôpital dans le môme état. « Quelques mois après, pendant l'époque du carnaval, elle « entra de nouveau dans les salles, affectée d'une pneu- « monie aiguë , qu'elle avait contractée au sortir d'un bal «< public, saisie par le froid. Quand elle fut admise àl'Hô- « tel-Dieu, elle offrait , d'un côté, tous les phénomènes « d'une pneumonie au deuxième degré ; de l'autre , tous « ceux d'une excavation tuberculeuse fort étendue. La

« pneumonie fut très-grave; la malade eutdesescharres au «• sacrum. Néanmoins elle se rétablit de son affection ai- « guë , et , au moment de sa sortie , les signes de la maladie « tuberculeuse étaient en partie disparus. Depuis lors, elleen- « tra encore une fois dans le même service pour faire ses « couches , et V examen le plus attentif ne put faire découvrir « aucune tracé de V excavation, dont V existence avait étécons- « tatée de la façon la plus évidente Vannée précédente! » (Gazette des hôpitaux, an. 1846, no 134).

Ainsi dans ce cas, il paraît probable que la maladie aiguë intercurrente, maladie de sa nature tout à fait et toujours inflammatoire, a réagi comme puissance médicatrice sur la maladie chronique, qui est de sa nature, quoi qu'on en 'puisse dire, absolument asihénique. Disons-le encore, c'est là un fait tout à fait contraire aux théories, qui consistent à considérer le tubercule comme un produit de l'inflammation. Comment en effet cet agent pathologique pourrait-il produire, dans certains cas, une maladie qu'il guérirait dans d'autres circonstances.

227. L'histoire des scrofules nous offre des faits analogues à celui que nous venons de citer. Ainsi nous nous rappelons un jeune homme dont l'histoire , couronnée par l'autopsie cadavérique , figure dans ce mémoire et qui fut rapidement guéri, ainsi que nous l'avons exposé plus haut ( 173 ), d'un engorgement , avec ulcération, des glandes du cou, après l'application, faite par erreur, d'un cataplasme préparé avec la farine de moutarde au lieu de la farine de lin. Nous fûmes témoin, à l'époque où nous suivions les hôpitaux, d'une cure analogue arrivée chez une jeune fille orpheline portant aussi des engorgements ulcérés au cou, et chez laquelle la guérison, qui

se faisait longtemps attendre, malgré la puissance incontestable du traitement auquel elle était soumise, s'opéra, dans un délai fort court, à la suite d'un érysipèle survenu sans cause bien appréciable.

l228. Quant au scrofule, pour lequel la guérison est la règle, la mort l'exception, empressons-nous de reconnaître qu'il guérit spontanément, d'abord par une bonne hygiène, par un séjour prolongé à la campagne, par les bains de mer, et par mille autres moyens tour à tour abandonnés et repris. Disons cependant que trois moyens lui sont opposés avec des succès variés :

1° 'L'huile de foie de morue, que nous avons administrée plusieurs fois, et qui nous a.entre autres procuré un remarquable succès chez un enfant atteint d'ophthalmie scrofuleuse, avec tumeur blanche de l'articulation tibio-fémorale gauche ; 2° Yiodure de potassium, qu'il faut préférer à l'iode, préconisé par M. Lugol, et enfin les préparations d'or de Chrestien, remises en honneur par nous et par notre excellant ami, M. le docteur Duhamel {puv. cités). Le temps seul pourra décider quelle est celle qui mérite la palme de ces méthodes, applicables toutes trois avec avantage, selon la nature de la maladie et l'idiosyncrasie du malade. En attendant, nous ne saurions résister au désir de citer le fait suivant, extrait d'un mémoire (1) soumis pour le moment au jugement de l'Académie des sciences, et qui terminera la série des observations que nous avons réunies dans ce travail.

(1) De Vor dans le traitement des maladies scrofuleuses des os. — Deuxième mémoire (manuscrit) lu à l'Académie des sciences, le 11 mars 1839.

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