EAU
234. L'examen de ce tableau montre immédiatement, que le sang subit chez les scrofuleux deux altérations notables :
1° Une diminution dans la proportion des globules, dont le chiffre peut descendre jusqu'à 64 j altération qui se rap-
= 375 — proche de celle trouvée chez les chlorotiques par MM. Antlral et Gavarret (38.70), chez la femme et qui se trouve être plus forte que celle observée chez l'homme (77.20) ;
2° Une diminution non moins marquée et non moins constante dans les proportions delà fibrine, dont le chiffre serait tombé dans un cas jusqu'à 1.20.
Quant à l'eau, ses proportions sont toujours plus considérables que dans l'état normal et sa quantité peut s'élever jusqu'à 855.30. Ne négligeons pas de faire observer que ce chiffre si élevé des proportions de l'eau coïncide avec le chiffre 64, le plus bas des globules ; ce qui est conforme à ce q'uon savait et déjà depuis longtemps, que dans une saignée la quantité de sérosité augmente ou diminue, selon que le caillot offre un volume plus ou moins considérable.
Enfin, notons encore que les substances, que le sérum tient à l'état de solution, ne présentent aucunes modifications sensibles.
235. Suivant toujours M.Nicholson : « L'examen micro- « scopique s'accorde avec l'analyse chimique pour signaler « une altération profonde dans les globules du sang des « individus scrofuleux; en effet, ces globules sont rares, « pâles et irréguliers {toc. cit.). »
236. Nous avons fait remarquer combien dans le tableau qui précède le chiffre de la fibrine est généralement peu élevé, combien même il s'abaisse dans plusieurs cas. Mais il peut arriver et il arrive souvent qu'il s'élève au-dessus de la moyenne habituelle ; c'est lorsqu'il se déclare quelque travail inflammatoire en un point de l'économie Or on sait que les scrofuleux sont fort sujets aux ophthalmies, aux adénites, aux arthrites, etc. Nous ferons remarquer a ce sujet avec MM. Andral, Gavarret et Nicholson qu'il faut
conclure de colle disposition aux inflammations, offerte par les scrofuleux, qu'elle peut fort hicn exister, contrairement à l'opinion commune, sans qu'il y ait pléthore sanguine, ou mieux surabondance des matériaux solides du sang et surtout des globules. De telle sorte que leur proportion, qui peut descendre si bas chez les scrofuleux, ainsi que nous venons de le voir, paraît rester étrangère au développement de tout travail inflammatoire; qu'en d'autres termes, les variations que subit la fibrine dans ses proportions sont indépendantes du chiffre des globules, chiffre qui peut lui-même s'élever et s'abaisser, sans réagir en aucune manière sur les proportions de la fibrine.
237. Disons cependant, quoique ceci ne soit ignoré d'aucun médecin, que ces inflammations n'ont jamais le caractère d'acuité de la pneumonie , de la pleurite, du rhumatis articulaire, etc. j celles-ci , on le sait , font toujours monter très-haut le chiffre de la fibrine. Aussi s'est-on prononcé, pour ainsi dire à l'avance, sur la valeur des inflammations auxquelles sont sujets les individus d'un tempérament lymphatique, les scrofuleux, en les désignant sous le nom de sub -inflammations ? C'était dire, en effet , qu'elles ont un degré de moins qu'une inflammation pure et franche , qu'une inflammation développée chez un individu fortement constitué ou d'un tempérament sanguin. Et , nous le répétons, ces sub-inflammations ne déterminent jamais une élévation considérable de la fibrine du sang, maiselîes ne rentrent pasmoinsdansla loi commune découverte par MM, Andral et Gavarret et qu'ils ont si nettement formulée dans le mémoire , qu'ils ont fait en commun et qu'ils ont communiqué à l'Académie des sciences ( séances des 27 juillet et 3 août 1840),
238. Ainsi t dans un cas oVérysipèle assez intense , ces deux expérimentateurs virent les chiffres delà fibrine s'élever à 7 pour une première saignée et 6.1 pour la seconde. C'était chez une femme ( et chez une femme scrofuleuse depuis son enfance) offrant un aspect anémique, ayant une constitution détériorée et chez laquelle le chiffre des globules ne fut que de 75.90 et tomba à 64. 4o après la seconde saignée. — Chez une autre femme , qui avait aussi un érysipèle et la maladie de Bright , on vit la fibrine s'élever au chiffre de 4.2 , à la suite d'une inflammation ulcérative et suppurative des ganglions lymphatiques du cou, quoique le chiffre des globules ne fût chez elle que de 82.4 et qu'elle fût scrofuleuse, ainsi que l'indique le développement de la maladie qui fit monter le chiffre de la fibrine. Il faut dire que c'est surtout dans la suppuration aiguë des ganglions lymphatiques que Je chiffre de la fibrine s'élève le plus , mais nous le répétons , jamais aussi haut que pour les inflammations franches. Et quoique dans les cas de ce genre on ait vu la fibrine s'élever aux chiffres 6 millièmes et môme 7 millièmes, il faut reconnaître que c'est exceptionnellement , et que dans ces sub-inflammations le chiffre de la fibrine oscille ordinairement entre 4 et 5 millièmes.
239. Malgré tout ce qui précède sur l'élévation accidentelle de la fibrine chez les scrofuleux, il n'en paraît pas moins résulter assez bien de toutes les recherches que nous venons d'exposer et de commenter , que la présence de l'élément scrofuleux dans l'économie détermine généralement un abaissement du chiffre de la fibrine. Ce qui expliquerait jusqu'à un certain point le manque d'énergie vitale
= 378 — qu'on observe chez la plupart des scrofulenx , et le peu de développement de leur système musculaire.
Passons maintenant à l'examen du sang des personnes atteintes de tubercules.
240. De V altération du sang dans les affections tuberculeuses.— On avait compris il y a déjà longtemps que la présence des tubercules dans les poumons, indépendamment de la réaction fâcheuse produite sur toute l'économie par le principe délétère qui les produit, devait nécessairement apporter obstacle à l'hématose : or l'hématose se faisant mal, le sang devait s'apauvrir, comme on disait alors. Aussi, lorsque par suite d'une pleurésie ou d'une pneumonie intercurrentes, on était obligé de saigner un phthisique, le sang fournissait un caillot, qui était souvent i'une petitesse remarquable. Mais ce qu'on s'expliquait moins bien, c'était la couenne inflammatoire, quelquefois si épaisse, qui recouvrait presque constamment ce caillot. Couenne inflammatoire si caractéristique et qu'on retrouvait encore quand on pratiquait cette opération dans le simple espoir de diminuer la fièvre, l'oppression ou quelque autre condition fâcheuse et sans qu'il existât même de symptômes de pleurésie ou de pneumonie. Les recherches de MM. Andral et Gavarret, auxquelles nous faisons tant d'emprunts, ont jeté une vive lumière sur ce point de pathologie interne, et les résultats s'en trouvent consignés dans le mémoire que nous avons déjà cité. (Voy. Annales de physique et de chimie , tom. LXXV, pag. 225.)
241. Nous] en extrairons encore le tableau suivant, qui résume parfaitement toutes les recherches de ces deux savants.