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DE LA CU£ VALERIE SOCIALE

Les grands vassaux de la couronne, ayant rendu hë*

réditaires , dans leurs familles , les grands fîefs qu'ils n'avaient tenus auparavant qu'à titre de bénéfice militaire et de gouvernement, furent imités dans cette usurpation, vers le milieu du dixième siècle, par une infinité de Seigneurs et de châtelains particuliers , qui firent fortifier leurs châteaux , établir des tourelles et creuser des fossés, pour résister aux attaques de l'autorité , qui pouvait revendiquer ses droits. Us fonnèrent, en outre, des alliances entre eux , afin de lui opposer une masse plus forte, et se consolidèrent ainsi dans leur nouvelle position. JVIais comme de l'usurpation à la tyrannie il n'y a qu'un pas, ces nouveaux Seigneurs, ainsi fortifiés, se crurent en état d'exiger des impots et des taxes de tous ceux qui traversaient leur territoire ou qui naissaient leurs vassaux. De là les courses qu'ils Causaient à main armée sur les grandes routes, pour ruiner et maltraiter les voyageurs ; de là les vexations de tous genres qu'ils exerçaient sur tous les habitans de leur contrée.

Le remède à tant de maux et à tant de désastres se rencontra précisément dans la classe élevée, où ils avaient

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pris leur source, et d'autres gentilliommcs, prenant en pitié les misères et les larmes du peuple , se liguèrent de leur ootë , pour s'opposer par la voie des armes , aux excès de cette foule de tyrans , qui avaient usurpé tous les droits du pouvoir souverain pour augmenter leurs richesses.

Cette association honorable et tout-à-fait phîlantropique est l'origine de cette Chevalerie sociale , dont les membres, en se touchant réciproquement dans la main ( i ) , et en invoquant Dieu et Saint-Georges , se vouèrent à la défense des faibles , des opprimés , des pauvres, de la veuve et de Forphelin, en les plaçant sous la protection de leur ëpée. Simples dans leurs habits , austères dans leurs mœurs, humbles après la victoire, fermes et stoîques dans Tinfortune, ils se créèrent en peu de temps une immeiise renommée. La reconnaissance populaire , dans sa joie naïve et crédule , se nourrit des merveilleux récits de leurs faits d'armes; elle eacalta et unit , dans sa prière , ses généreux libérateurs avec les puissances du ciel. 11 est si naturel au malheur de diviniser ceux qui le consolent 1

Dans ces vieux temps, comme la force était un droit, il fallait bien que le courage fût une vertu. Ces hommes à qui l'on donna , dans la suite , le nom de chevaliers, le portèrent au plus haut degré. La lâcheté fut punie parmi eux comme un forfait impardonnable, ét c'en est un en effet que de refuser un appui à l'opprimé ; ils curent le

(i) Mémoires sur rancîenne Chevalerie, par La Cume de Sainte-Palaye , édition de M. Ch. Nodier.

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measonge en horreur; ils flétrirent le manque de foi et h perfidie , et les législateurs les plus célèbres de Tanti^ quité ii*ont rien de comparable à leurs statuts»

Cette ligue de guerriers se maintint pendant plus d'un siècle dans toute sa simplicité primitive, parce que les circonstances au milieu desqudies elle était née ne changèrent que lentement; mais, lorsqu*un grand mouvement politique et religieux annonça les révolutions qui allaient s'opérer dans Tesprit humain , laCbevalerie prit une forme légale et un rang parmi les institutions.

Les croisades et réniaiicipatiou des communes qui marquèrent l'apogée du Gouvernement fiéodal, sont le^ deux évènemens qui ont le plus contribué à le détruire. La Chevalerie eu tira aussi son plus grand éclat ; elle se ^nrtifia des mœurs publiques et des idées de là nation sur le courage et Thonneur. Elle devint une loi de l'État quand elle eut débordé les autres institutions ; et elle devint une loi , parce qu'il y avait en elle toutes les conditions de convenance et de nécessité qui donnent aux institutions un caractère légal. Nous ne connaissons rien dans les souvenirs de la France de plus essentiellement français.

La (Chevalerie a laissé après elle des traces profondes de son existence. £lle ne pouvait vivre que dans Tétat social oii elle était née. La confusion des pouvoirs , Tabsence de la justice, presque toujours remplacée par une sordide fiscalité , l'inflexibilité des coutumes féodales légitimèrent son apparition. C'est sous ce rapport qu'die a eu une importance qui ne méritait pas la dédaigneuse ingratitude de notre âge. Ses fastes seront long-temps l'objet d'une poétique admiration. On y rë^

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