DE LA CHEVALERIE SOGJALE
trouve tout ce que la valeur a de plus héroïque , la
vertu de plus pur, la fidélité de plus admirable, le dévouement de plus désintéressé.
Cependant, comme tout ce qui porte l'empreinte de la volonté des hommes, la Chevalerie eut ses Ages de vertu, de splendeur, et de décadence. Pauvre, énergi» que, et redoutable aux oppresseurs dans la première période, qui fut son temps fabuleux, on la vit s'asseoir bientôt sur les marches du trône , et plauer sur les créneaux des tours féodales. ËUe fut la tutrice des peuples et la conseillère des Rois. Les nations étonnées reconnurent eu elle le lieu social, et le pouvoir lui-même. Elle créa, dans cette seconde période, la politesse et la douceur des manières; et trîomplui de la résistance d'un siède rude et sauvage , où la noblesse se vantait de son ignorance; mais dains la troisième, malgré qu'elle se soit grossie de tous les désordres du temps, on voit pourtant sortir de son sein les Bayard et les Grillon, et une infinité de héros qui firent l'honneur de la France.
Nos rois avaient senti les premiers tout le parti qu'ils pouvaient tirer d'une association armée, qui tenait le milieu entre la couronne et les puissans vassaux qui en usurpaient toutes les prérogativès. Dès lors, ils firent des Chevaliers et les lièrent à eux par toutes les formes usitées pour l'investiture féodale; mais le caractère particulier de ces temps reculés , c'était l'orgueil des privilèges, et la couroime ne pouvait en créer aucun sans que la uobiesse ne s'arrogeât la même faculté. Les possesseurs des grands fiefs s'empressèrent d'imiter les rois : non-seulement ils s'attribuèrent le droit de fiiire des Chevaliers, mais ce titre, cher à la reconnais-
BE LA CHEVALERIE SOCIALE. ail
sauce de la nation, devint pour eux une prérogative
héréditaire. Cet envahissement ne s'arrêta pas là : les seigneurs imitèrent leurs souverains , et la Chevalerie , perdant son ancienne unité, ne fut plus qu'une distinction honorable dont les principes enrent long-temps encore une heureuse influence sur le sort des peuples.
Mais j outre la défense du faible et de Topprimé , les Chevaliers prenaient encore celle de l'honneur des femmes : « Le désir naturel de plaire au sexe, dit le célèbre Montesquieu , produit la galanterie qui n'est point l'amour, mais le délicat, le loger, le perpétuel mensonge de l'amour. » Cet esprit de galanterie dut prendre des forces dans le temps de nos combats judiciaires. La loi des Lombards ordonne aux juges de ces combats de faire ôter aux champions les herbes enchantées qu'ils pouvaient avoir. Cette opinion des enchantemens était alors fort enracinée, et dut tourner la tete à bien des gens. De là , le système merveilleux de la Gie Valérie; tous les romans se remplirent de magiciens, d'enchantemens, de héros enchantés; on fitisait courir le monde à ces hommes extraordinaires pour défendre la vertu et la beauté opprimée; car ils n'avaient en effet rien de plus glorieux à &ire. De là naquit la galanterie dont la lecture des romans avait rempli toutes les têtes; et cet esprit se perpétua encore par l'usage des tournois.
Les dames étaient assujéties à avoir les mœurs pures et honnêtes, et à s'observer scrupuleusement dans toutes les démarches de leur vie, si elles prétendaient à l'honneur d'être défendues par un Chevalier, lorsque leur réputation était attaquée ; c'était , dit Sainte-Pa-
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. laye, un nouveau service que la Chevalerie rendait à la sodëtë.
Brautôiiie s'en explique ainsi : n Si une liouuête « dame veut se maintenir en sa fermeté et constance, « il fiiut que son serviteur n'ëpargoe nullement sa vie « pour la maintenir et défendre, si elle court de moiu- « dre fortune au monde , soit ou de sa vie, ou de son « honneur ) ou de quelque médiante parole, ainsi que « j'en ai vu en notre cour plusieurs qui ont fait taire a le$ médisaas tout court, quand ils sont vepus à âéa tracter leurs maîtresses et dames, auxquelles, par a devoir de Chevalerie, et par ses lois, nous sommes a tenus de servir de champions à leurs afHictioas. »
Une demoiselle, dont Gérard de Nevers CTtrq>rit la défense , ayant vu l'empressement avec lequel il "s'y porta, prit sou g^ut senextre, le lui donna,, en lui disant : «Sire, mon corps, ma vie, mes terres, mon « honneur, je les mets en la garde de Dieu et de vous, « auquel je prie Dieu qu'il doiut à vous telle grâce oc- « troyer, que au-dessus en puissiez venir, et nous oter « au danger oh nous sommes. »
Il n'y a point d'honneur que ces preux Chevaliers ne rendissent aux dames et demoiselles qui avaient bonne renommée. S'il s'en trouvait parmi dles dont la conduite fût équivoque, ces bons Chevaliers, sans égard à leur naissance, aux richesses, au rang des pères ou des époux, ne craignaient point de venir à elles, et de placer celles qui avaient une bonne réputation devant celles qui n'en jouissaient pas. Par cette distinctiou, les unes étaient honorées autant qu'elles devaient l'être, et les autres humiliées comme elles le méritai^t.
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En temps de paix, les Chevaliers donnaient aux dames des fêtes, des joutes , des tournois, et ils leur prëseataient les champions qu'ils levaient vaincus el renversés , ainsi que les chevaux dont ils avaient fait vider les arçQps; et, lorsque les Chevaliers, dans le combfl^t, avaient; leurs vétemens déchirés, de telle inaiiière qu'pn ne pouvait plus les reconnattre k leurs blasons, les dames spectatrices, pour les distinguer dans la mêlée, leur envoyaient des bannières ou timb.res pour leurs heaumes , des écus chargés de parures, et leurs propres maiitelets fourrés.
Un baiser respectueux était parfois le prix d'un tournois : celui de l'Isle, en i433, fut remporté par M. le Prince de C^liarolais. Les officiers d'armes lui amenèrent deux demoist^ies, qui étaient les princesses de Bourbon et d'Estampes, qu'il embrassa.
Dans celte Chevalerie, tout Chevalier avait droit de créer d'autres Chevaliers, n^ais ou choisissait toujours celui qui était le plus andeu et le plus illustre pour recevoir les autres.
Cette Chevalerie avait ses lois , ses statuts , ses usages; je vais ep rapporter quelques fragmeos*
Dès qu'un jeune gentilhomme avait atteint Tâge de sept ans, ou le retirait des mains des femmes pour le confier aux hommes» Une éducation mâle et robuste le . préparait de bonne heure aux travaux de la guerre, dont la profession était la même que celle de la Chevalerie. Au défaut des secours paternels, une infinité de cours de princes et de châteaux offraient des écoles toujours ouvertes, où la jeune noblesse recevait les premières. Iççous du Qiétier qu'elle devait embra^sser»
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et où la générosité des seigneurs fournissaient abondamment à tous ses besoins. Cette ressource était la
seule dans ces siècles malheureux , où la puissance et la libéralité des Souverains , également restreintes, n'avaient point encore ouvert une route plus noble et plus utile pour quiconque voulait se dévouer à la défense et à la gloire de leur État et de leur couronne. S'attacber h <{uelque illustre Chevalier n'avait rien , dans ce tempslà , qui pût avilir, ni dégrader ; car chaque grand Seigneur avait une maison composée des mêmes officiers que celle du Roi, et une cour qui parfois ne cédait en rien à celle du monarque D'autres Seigneurs subalternes, par une espèce de contagion trop ordinaire dans tous les siècles, en cberchant de plus en plus à se rapprocher de ceux-ci , s'efTorçaient également d'élcv.er Tétat de leurs maisons , et d'y recevoir des jeunes gens à qui ils donnaient des titres de Pages et de Yarlets. Les fonctions de ces pages étaient les services ordinaires des domestiques auprès de la personne de leur maître et de leur maîtresse; ils les accompagnaient à la cbasse, dans leurs voyages , dans leurs visites ou promenades, faisaient leurs messages, et même les servaient à table , et leur versaient à boire, *
Cette coutume subsistait encore du temps de Montaigne; il en fait l'éloge en ces termes : « C'est un bel « usage de notre nation, quaux bonnes maisons, nos « enfans soient reçeus pour y être nourris et élevés paa ges comme en une eschole de noblesse, et est discour- <c toisie, dit-on , et injure d'en refuser un gentilbomme. »
Le jeune Bayard, ayant été placé par ses parens dans la maison de l'évêque de Grenoble, son oncle, accom-
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pagna celui-ci à la cour de Savoie , oh le prélat fut invité à la table du Duc. « Durant le dîner, dit l'histo- « rien de fiayard, estoit son nepveu le bon Chevalier « (Bayard), qui le servoît de boire très-bien en ordre, « et très-miguonueuient se contenoit. »
Lés premières leçons que les jeanes gentilshommes recevaient ordinairement, dans les châteaux des Seigneurs qui se ciiargeaient de leur éducation, étaient basées sur lamour de Dieu et des Daines, c'est-à-dire, sar la religion , la politesse, et la courtoisie. Les pré ceptes de religion laissaient au fond de leur cœur une sorte de vénération pour les choses saintes, qui tôt ou tard y rq>renait le dessus. Les préceptes de politesse et de courtoisie répandaient dans le commerce des Dames ces considérations et ces égards respectueux , qui, u'ayaut jamais été effacés de l'esprit des Français, ont toujours fait un des caractères distinctife de notre nation. Les instructions que ces jeunes gens recevaient, par rapport à la décence, aux mœurs, à la vertu, étaient continueUement soutanes par les exemples des Dames et des Chevaliers qu'ils servaient. Ils en tiraient des modèles pour les grâces extérieures, si uécessaires dans le commerce du monde, et dont le monde seul peut donner des leçons. Les soins généreux des Seigneurs, pour élever cette multitude de jeunes gens nés dans rindigence, tournaient à l'avantage des premiers, parce qu'ils employaient utilement la jeune noblesse au- service de leur personne, et qu'en outre leurs propres enfans y trouvaient des émules pour les exciter à lamour de leurs devoirs, et des maîtres pour leur rendre l'éducation qu ils avaient re^ue. Les liaisons qu'une lougue
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et ancienne habitude de vivre ensemble ne pouvait manquer de fermer entre les uns et les autres, étant resserrées par le double nœud du bienfait et de la reconnaissance, devenaient indissolubles. Les eufaos étaient toujours dans la disposition d'ajouter de nouveaux bienfaits à ceux de leur père ; et les autres , toujours prêts à les reconnaître par des services plus importans, secondaient dans toutes ses entreprises leur bienfiiiteur, ou celui qui le représentait; et, se sacrifiant pour lui dans tout le cours de leur vie, ils croyaient ne pouvoir jamais s'acquitter. Mais ce qui était le plus important d'apprendre au jeune élève, et ce qu'en effet on lui apprenait le mieux , c'était à respecter le caractère auguste de la Chevalerie; à révérer dans les Chevaliers les vertus qui les avaient élevés à ce rang. Par là , le service qu'il leur rendait était encore ennobli à ses yeux ; les servir était servir tout le corps de la Chevalerie.
Les cours des Srigneurs étaient encore des écoles pour les jeunes demoiselles; elles y étaient instruites de bonne heure des devoirs les plus essentiels qu'elles auraient à remplir. On y cultivait, on y perfectionnait ces grâces naïves et ces sentimens tendres pour lesquels la nature semble les avoir fermées. Elles prévenaient de civilité les Chevaliers qui arrivaient dans les châteaux. Suivant nos romanciers , elles les d^arraaient au retour des tournois et des expéditions de guerre, leur donnaient (fe nouveaux habits, et les servaient à table. Les exemples en sont trop souvent et trop uniformément répétés, pour nous permettre de révoquer en doute la réalité de cet usage : nous n y voyons rien d'ailleurs qui. ne soit conforme à Te^iit et aux sentimens aloirs preisque uni*
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versellement répandus parmi les Dames; et Ton ne peut y méconnaître le caractère d'utilité qui fut en tout le sceau de notre Ghevaierie. Ces demoiselles, destinées à avoir pour maris ces mêmes Chevaliers qui abordaient dans ces maisons oîi elles étaient élevées » ne pouvaient manquer de se les attacher par les prévenances, les soins' et les services qu'elles leur prodiguaient Quelle union ne devaient point former des alliances établies sur de pareils fondemens! Les jeunes personnes ap* prenaient à rendre un jour à leur mari tous les services qu'un guerrier distingué par sa valeur peut attendre d'une femme tendre et généreuse; et leur préparaient la plus sensible récompense et le plus doux délassement dé leurs travaux. L'affection leur inspirait le désir d'être les premières à laver la poussière et le san^ dont ils étaient couverts, pour une gloire qui leur appartenait à elles-mêmes. J*en crois donc volontiers nps romanciers, lorsqu'ils disent que les demoiselles et les dames, savaient donner, même aux blessés, les secours ordinaires, liabituels et assidus que le malheur peut atten dre d'un sexe sensible et compatissant.
Quant aux jeunes gens, les jeux mêmes qui faisaieiii partie de leurs amusemens, contribuaient encore à leur instruction. goût naturel à leur âge d'imiter tout ce qu'ils voyaient faire aux personnes d'un âge plus avancé, les portait à lancer comme eux la pierre ou le dard; à défendre un passage que d'autres essayaient de forcer; et, faisant de leurs chaperons des casques ou des bassinets, ils se disputaient la prise de quelque place; ils prenaient un avant-goût des différentes espèces de tour* Qois, et commençaient à se former aux nobles exercices
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des ëcu^ers et des Chevaliers. Enfin, rëmulation, si
nécessaire dans tous les âges et dans tous les états y 8*ac-. croissait de jour en jour, soit par lambition de passer au service de quelque autre Seigneur d'une plus éminente dignité, ou d'une plus grande réputation; soit par le désir de s'élever au grade d'écuyer dans la maison de la Dame ou du Seigneur qu'ils servaient; car citait souvent le dernier pas qui conduisait à la Chevalerie.
Mais avant que de passer de l'état de page à celui d'écuyer, la religion avait introduit une espèce de cérémonie , dont le but était d'apprendre aux jeunes gens 1 usage qu'ils devaient faire de l'épée, qui, pour la première fois, leur était remise entre les mains. Le jeune gentilhomme, nouvellement sorti hors de page, était présenté à l'autel par son père et sa mère, qui, chacun un cierge à la main , allaient à roffrande. Le prêtre célébrant prenait de dessus l'autel une épée et une ceinture, sur laquelle il faisait plusieurs bénédictions, et l'attachait au côté du jeune gentilhomme, qui alors commençait à la porter.
Les écuyers se divisaient en plusieurs classes différentes, suivant les emplois auxquels ils étaient appliqués; savoir, Técuyer du corps, c'est-à-dire, de la personne, soit de la dame, soit du Seigneur (le premier de ces services était un degré pour parvenir au second); Técuyer de la chambre, ou le cliambellan; l'écuyer d'écurie, d'échansonnerie, l'écuyer de panneterie, etc. Le plus honorable de tous ces emplois était celui d'écuyer du corps, par cette raison appelé aussi écuyer d'honneur.
Dans ce nouvel état d'écuyer, où l'on parvenait d'ordinaire à l'âge de quatorze ans , les jeunes élèveS|
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approchant de plus près la personne de leurs Seigneurs et de leurs dames, admis avec plus de con6ance et de familiarité dans leurs entretiens et dans leurs assemblées , pouvaient encore mieux profiter des modèles sur , lesquels ils devaient se former; ils apportaient plus d'application à les étudier, a cultiver Taffection de leurs maîtres, à chercher les moyens de plaire aux nobles étrangers, et autres personnes dont était composée la cour qu'ils servaient; à feire, aux Chevaliers et écuyers de tous les pays qui la venaient visiter, ce qu'on appelait proprement les honneurs.
Lorsque le Seigneur montait à cheval, les écuyers s'empressaient à l'aider, en lui tenant Tétrier; d'autres portaient les différentes pièces de son armure, ses brassards, ses gantelets, son heaume, et son écu. A l'égard de la cuirasse, nommée aussi haubergeon ou plastron , le chevalier devait la quitter encore moins que les soldats grecs ou romains ne quittaient leurs boucliers. D'autres portaient son pennon, sa lance, et son épée; mais, lorsqu'il était seulement en route, il ne montait qu'un cheval d'une allure aisée et commode, roussin , courtaut, cheval ambiant ou d'amble, coursier, pale* froi, hacquenée; car les jumens étaient une monture dérogeante, affectée aux roturiers et aux Chevaliers dégradés; et, peut-être, par un usage prudent, on les avait réservées pour la culture des terres, et pour multiplier leur espèce.
Lorsqu'une fois les Chevaliers étaient montés sur leurs grands chevaux, et qu'ils en venaient aux mains, chaque écuyer, rangé derrière sou maître , à qui il avait remis Tépée , demeurait spectateur du combat. Mais dans
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le choc terrible des deux haies de Chevaliers qui fon« daient les uns sur les autres, les lances baissées, les uns
blessés ou renversés se relevaient, saisissaient leurs ëpées, leurs liaches, leiu^ masses, ou ce qu'on appelait leurs phmmées ou plombées, pour se défendre et se venger; et les autres cherchaient à profiter de leur avantage sur des ennemis abattus, Giaque écuyer était attentif à tous les mouvemens de son maître, pour lui donner, en cas d'accident, de nouvelles armes; parer les coups qu'on lui portait; le relever et lui donner un cheval frais, tandis que Técuyer de celui qui avait le dessus secondait son maître par tous les moyens que lui suggéraient son adresse, sa valeur et son zèle; et se tenant toujours dans les bornes étroites de la défensive, l'aidait à profiter de ses avantages, et à remporter une victoire complète. C'était aussi aux écuyers que les Chevaliers confiaient , dans la chaleur du combat, les prisonniers qu'ib faisaient. Ce spectacle était une leçon vivante d'adresse et de courage, qui, montrant sans cesse au jeune guerrier de nouveaux moyens de se défendre, et de se rendre supérieur à son ennemi, lui donnait lieu en même temps d'éprouver sa propre valeur, et de connaître s'il était capable de soutenir tant de travaux et tant de périls.
On jugera par le récit de l'historien du maréchal de Boucicaut, des exercices par lesquels les jeunes gentilshommes préparaient leurs corps au métier de la guerre : « Dans sa jeunesse, dit-il, il s'essayoit à saillir sur un « coursier, tout armé; puis autrefois conroit et alloit « longuement à pied pour s'accoutumer à avoir longue « haleiiie, et souffrir longuement travail; autrefois fé- «rissoit d'une coignée ou d'un mail, grande pièce et
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« grandement. Pour bien se duir au haraois, et endurcir « ses liras et ses mains à longuement fiérir, et pour qu'il
« s'accoutumast à légèrement lover ses bras, il faisoit « le soubresaut armé de toutes pièces, fors le bacinet, « et en dansant se faisoit armé d'une cotte d'acier; saiU «f loit , sans mettre le pied à l'cstrîer, sur un coursier, « armé de toutes pièces. A un grand lK)mme monté sur « un grand dieval, sailloit derrière à chevauchon sur « ses ëpaules, en praiant ledit homme par la manche a à une main, sans autre avantage... en mettant une «c main sur Tareon de la selle d'un grand coursier, et «r 4'autre emprès les oreilles , le prenoit par les creins en a pleine terre, et sailloit par entre ses bras de l'autre «r part du coursier... Si deux parois de piastre fussent m à une brasse Tune près de Tautre , qui fussent de la « hauteur d'une tour, à force de bras et de jambes, sans « autre aide , montoit tout au plus haut sans cheoir au « monter ne au devaloir. Item ; il montoit au revers « d'une grande écbelle dressée contre un mur, tout au a plus haut sans toucher des pieds, mais seulement sauce tant des deux mains ensemble d'échelon en échelon , « armé d'une cotte d'acier, et oté la cotte, à une main « sans plus, montoit plusieurs échelons... Quant il es- «r toit au logis, s'essayoit avec les autres écuyérs à jeter «c la lance ou autres essais de guerre; ne jà ne cessoit. »
L'âge cîe vingt-un ans était celui auquel les jeunes gens, après tant d'épreuves, pouvaient enfin être admis à la Chevalerie; mais cétte règle ne fut pas toujours constamment observée. La naissance donnait à nos Princes du sang, et à tous les Souverains, des pri» vilëges qui marquaient lenr supériorité.
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Les fils des rois de France reçurent, dans la suite, dès leur berceau , Tépée , qui était la marque distinctive de la chevalerie.
D'autres aspirans à la Chevalerie l'obtinrent aussi parfois, avant Tâge prescrit, lorsqu'ils avaient fait quelque action d'éclat susceptible de leur mériter cette no- . ble récompense.
Des jeûnes austères , des nuits passées en prières avec un prêtre et des parrains, dans des églises ou des chapelles (ce qu'on appelait la veille des armes); les sacreniens de la pénitence et de Teucharistie reçus avec dévotion ; dos hains qui figuraient la pureté nécessaire dans l'état de la Chevalerie ; des habits blancs pris à l'imitation des néophytes , comme le symbole de cette même pureté; un aveu sincère de toutes les fautes de sa vie; une attention sérieuse à des sermons où l'on expliquait les principaux articles de la foi et de la morale chrétienne, étaient les préliminaires de la cérémonie par laquelle le novice allait être ceint de l'épée de Chevalier. Après avoir rempli tous ces devoirs, il entrait dans une église, et s'avançait vers Tautel avec cette ^|>ée en^écharpe au col ; il la présentait au prêtre célébrant, qui la bénissait. Le prêtre la remettait ensuite au col du novice : celui-ci , dans un habillement trèssimple, allait ensuite, les mains jointes, se mettre à genoux aux pieds de celui qui devait l'afmer. Cette scène auguste se passait aussi dans la salle ou dans la cour .d'un palais ou d'un château, et même en pleine campagne. Le Seigneur à qui le novice présentait l'épée lui demandait à quel dessein il désirait entrer dans l'ordre , et si ses vœux ne tendaient qu'au maintien et à
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rhonneur de la Chevalerie. Le novice faisait les réponses convenables; et le Seigneur, après avoir reçu son serinent, consentait à lui accorder sa demande. Aussitôt le novice était revêtu par un ou par plusieurs Chevaliers , quelquefois par des dames ou des demoiselles , d» toutes les marques extérieures de la Chevalepe. Qn hn donnait successivement les éperons, en commençant par la gauche, le haubert ou la cotte de maille, la cuirasie , les brassards et les gantelets; puis on lui ceignait l'épée. Quand il avait été ainsi adoubé (c'est le terme dont on se sert pour marquer qu'il était reçu), il restait à genoux avec la contenance la plus modeste. Alors le Seigneur qui devait lui conférer Tordre se levait de son siège ou de son trône, et lui donnait l'accolade ou Taccolée, en prononçant ces paroles : « Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges , je te &is Chevalier; » auxquelles on ajoutait quelqurfois ces mots : «r Soyez Qveux , hardi et loyal , » il le baisait ensuite sur la joue gauche (osculum paeù)^ et lui donnait la paumée, ainsi qu'il a déjà été dit, page igS.
La cérémonie de réception était des plus brillantes , et occasionnait des fêtes magnifiques , des festins somptueux, où Ton distribuait aux Chevaliers des robes, et des manteaux de riches étoffes , des fouri mes précieuses , des armes , des chevaux , des présens de toute espèce : lor et l'argent s'y répandaient avec profusion.
Le nouveau Chevalier, à cette réception, faisait serment de servir la religion et de la défendre jusqu'à la mort; de servir le Roi et de défendre le pays au péril de sa vie; de soutenir les droits des plus faibles, des opprimés et ceux de la veuve et de Torphelin; de soutenir