DE LA. GHEVALBLIE SOCIALE
rhoimeur des dames et de combattre pour ettes; d'aimer et honorer les autres Chevaliers, et de garder la foi à ses compagnons ; de ne prendre jamais gages ou pensions de Princes étrangers; de maintenir une discipline
exacte et sévère à la guerre, et de mener une vie privée exempte de tout reproclie ; de ne jamais manquer à sa parole, etc.
Si le Chevalier violait ses sermens, on le dégradait de la manière la plus rigoureuse et la plus humiliante ; parfois même il était condamné à mort , lorsque la justice du Prince intervenait dans le procès, et que la trahison concernait 1 inlérêt de TÉtat.
PaiUot dit que , pour la cérémonie de la d^[radation 9 « on assembloit vingt ou trente anciens Gheva- « liers sans reproche, devant lesquels le Gentilhomme « ou Chevalier traistre estoit accusé de trahison et foy « mentie par un Roy ou Héraut d'armes qui dÀdaroit « le fait tout au long, et nomnioit ses tesmoins, les te- « nants et aboutissants. L accusé estoit par lesdits « Chevaliers ou anciens nobles, condamné à la mort, « et qu'auparavant icelle il scroit dégradé de Thonneur « de Chevalerie, et ses armes rcuverseez et hriseez.
« Pour Texécution de ce iugement estoieiit dressez « deux théâtres ou eschafïaux, sur Tun desquels estoient a assis les nobles et Chevaliers iuges , assistez des Koys, « Hérauts et poursuivants d'armes avec leurs cottes « d'armes et esmaux; sur l'autre estoit le Chevalier a accusé , armé de toutes pièces , et son écu blaic sonné et peint de ses armes , planté sur un pal de- « vaut luy , renversé et la pointe en haut : d'un costé « et d'autre à Tentour du Chevalier estoient assis douze
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« prestres revestus de leurs surplis, et' le Chevalier es- « toit loumë du -oostë de ses iuges. En eèlT estât lesdits
« prestres coinmençoient les Vigiles des morts , depuis « Dilexi iusques à Miserere ^ et les chantoieiit à haute a Toix après que les Hérauts avaient publié la sentence « des iuges. A la fia de chacun pseaume, les prestres « ^Elisaient une pause , durant laquelle les officiers d'ar- « mes dépoûîUoient le condamné de quelque pièce de «f ses armes, commençans par le heaume, continUans « iusques à ce qu'ils eussent parachevé de le désarmer « pièce à pièce , et à mesure qu'ils en ostoient qud« et qu'une, les Hérauts crioient à hante Yoix : « Gecy est « le bascinet du traistre Glievalier 1 » et ^isoient et di- « soient tout de mesme du collier ou chaisne dW, de la «( cotte d'armes 9 des gantelets , du baudrier, de la ceinte ture, de Tespëe, des esperous^ bref de toutes les « pièces de son harnois , et finalement de Tescu de ses « armes , qu'ils brisoient -en trois pièces avec un marte teau. Après le dernier pseaume, les prestres se le- « voient et chantoient sur la teste du pauvre Chevalier « le cent neufviesme pseaume de David : Deus laudem t( meam ne lacueris y auquel sont contenues les impré- « cations et malédictions fulmineez contre le traistre et « détestable usohs et ses semblables.
« Et comme anciennement ceux qui dévoient estre c( rcçeus Chevaliers, dévoient le soir auparavant en- « trer dans un bain , et estre kvez pour estre plus nets, • <c passer la nutct entière en prières dans l'église, et se a préparer l ame et le corps à recevoir Thonneur de la « Chevalerie, ainsi le pseaume des malédictions es- «c tant parachevé, un Poursuivant diarmes tmbit un
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« bassin doré plein d'eau chaude, et le Roy ou Héraut « d'armes demandoit par trois fois le nom du Chevac lier dépouillé y que le Poursuivant nommoit par doiii, « surnom et seigneurie ; auquel le Roy ou Héraut « d'armes demandoit qu'il se trompoit, et que celuy «c qu'il venoit de nommer estoit un traistre, desloyal et « foy-mentie ; et pour monstrer au peuple qu'il disoit a la vérité 9 il demandoit tout liaut Topiniou des iuges; « le plus ancien desquels respondoit à haute voix, que « par sentence des Chevaliers présents , il estoit or- « donné que ce desloyal, que le Poursuivant venoit de « nommer , estoit indigne du tiltre de noble, et de Che- <r valier, et pour ses forfaits dégradé de noblesse, et « condamné à mort.
et Ce qu'ayant prononcé , le Roy d'armes renversoit « sur la teste du condamné ce bassin plein d'eau a chaude , aprez qnoy les Chevaliers iuges descendoient « de l'eschaffaut , et se revestoient de robes et chappe- « rons de deuil, et s'en alloient à l'église. Le dégradé « estoit aussi descendu de sou escliatfaut, non par le « degré, mais par une corde qui estoit attachée sous K ses aisselles, et- puis on le mettoit sur une civière, et « on le couvroit d'un draj) mortuaire, et estoit ainsi ce porté à l'église , les prestres chantant dessus luy les « Figiles et les Ot^émus pour les trépassez : ce que es- « tant parachevé , le dégradé estoit livré au iuge royal , « et à l'exécuteur de la haute justice, qui Pexécutoit à « mort suivant ce qui avoit esté ordonné; que si le «r Roy luy donnoit grâce de la vie , on le bannissoit à « perpétuité ou pour un certain temps hors du royaume.
« Après cette exécution , les Roys d'armes décla-
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« roient les enfàns et descendans du dégradé ignobles « et roturiers, indignes de porter les armes, et de se
« trouver et paroistre ès iouste , tournois , armeez , «c cours et assembleez du Roy, des Princes , Seigneurs oc et Gentilshommes, sur peine d'estre despoûiUez nuds, et et estrc battus de verges , comme vilains et infâmes a q^u'ils estoient. »
Le même Palliot dit encore, « quau temps du roy « François I*"" les mesmes cérémonies furent pratiqueez « contre le capitaine Frauget, vieil gentilhomme, qui '« ayant esté estably gouverneur de Fontarabie par le « mareschal de Ghabannes , et honoré par le Roy de la a cliarge de capitaine de cinquante hommes d'armes fc pour la garde de cette place importante, très-bien « munie de gens et de vivres, et de toutes choses né* « cessaires à soubstenir un long siège, la rendit au c oonnestable de Castille , sans avoir soubstenu aucun «c assaut, ny fait aucune résistance, par une lasche et « lionlcuse capitulation ; de laquelle s'eslant voulu ve- « nir excuser à Lyon où le Koy estoit, n ayant pû « iustifier son dire; au contraire, estant convaincu de « trahisoti , il fut sur Teschafiiiud désarmé de toutes a pièces, son escu portant ses armes, cassé, brisé en . a pièces par les Hérauts d*armes, baptisé du nom de a trais! re et de perfide , et ietté du hautdereschaflfaud, a la vie sauve à cause de sa vieillesse, mais dégradé de « noblesse, déclaré roturier, luy et tous ses descence dants taillables et incapables de porter les armes. »
11 y avait des délits (jui n'entraînaient pas de peines capitales, et qui étaient pimis moins sévèrement ^ ainsiqu'il sera expliqué dans ce diapitre«
a3S jjl chevalerik soaALE.
Avant que les Chevaliers tenans et assaillaiis, convoqués pour les tournois, ou autres fêtes, pussent s'y rendre, ils. portaient au cloître de la principale église, leurs armes ornées de leurs casques , bourlets , mantelets, lambrequins et cimiers , avec leurs noms et devises.
Les juges du camp , les Rois d'armes, ou les Hérauts, conduisaient ensuite les dames dans ce dottre; et si une d'elles reconnaissait, le nom , la devise ou les armes de quekpie Chevalier qui se fût mal expliqué sur son compte , ou qui lui eût manqué de respect et de fidélité, les juges ou Hérauts d'armes renversaient son écu, et excluaient le Chevalier du nombre des combattans. •
Lorsqu'un Chevalier se présentait pour combattre, sans avoir l'honneur d'être gentilhomme, ou avec des armes &briquëes ou usurpées, on le condamnait à faire le tour du camp , la téte découverte*, le easque ét Técu renversés; quelquefois on suspendait son écu, son casque et ses armes renversées à un pilier, qu'on appela .aussi pihri : ses armes y étaient exposées à la lîsée de tous les spectateurs, tandis que les autres combattans . étaient couverts d'applaudissemens. Les Hérauts d'armes tranchaient quelque partie de Técu, ou y ajoutaient quelque pièce infamante. On taillait ordinairement la pointe droite du chef de Técu.
Lorsque quelque Chevalier était convaincu d'avoir tué un prisonnier de guerre, on raccourcissait et arroii« dissait son écu par le bas de la pointe.
Celui que l'on convainquait de mensonge et de flatterie voyait couvrir la pointe de son écu de gueules ^rouge et effacer les figures qui étaient peintes.
Un Chevalier qui s'était exposé témérairement, et