CASQUE OU HEAUME
On plaçait aussi des heaumes, ou casques, sur les portes des châteaux pour servir comme de fanal aux Chevaliers qui passaient, et leur aunoucer quils y trouveraient une hospitalité agréable et sûre.
Dans le onzième siècle, les cavaliers portaient de ces casques plats qu'un coup de massue bien asséné pouvait, m séparant, fendre la téte de celui qui le portait; c'est pourquoi on leur substitua un casque pointu par le haut, qui s'élargissait, en descendant sur les épaules, en forme de sabot renversé et sans mentonnière; on peut juger de la forme de ce casque par celui qui se voit sur la tête de la statue équestre de Philippe de Valois qui était devant lautel de la Vierge à Notre-Dame de Pans; la mentonnière y manque, parce que le gorgerin des cuirasses de ce temps était si élevé, qu'il suffisait, pour garantir le bas du visage; au miUeu de ce cascpie étaient pratiquées des ouvertures grossière* ment fisiites pour le nez et les yeux, et ce n'est que depuis la bataille d'Azincourt qu'on a vu paraître les casques à visières et nazals qui peuvent être ouverts et fermés par le moyen des charnières.
On appelait lambrequins les rubans, bancleroUes , faveurs ou autres pièces d'étoffes découpées qui ser* valent à orner TeiUérieur des casques de Chevaliers.
Il sera frit mention du casque, considéré comme timbre des armoiries, au chapitre des ornemens extérieurs.
GBDiTinis MiLiTAnu!. Tout homme libre, chez les
Francs, avait un honneur quelconque y et c'étaient les boucliers , les éperons, le poignard , Tépée et la ceinture mihtaire; on les en privait lorsqu'ils avaient corn*
a64 AIMURB ET ABMES PIS CHEVAUER8.
mis quelques fautes graves. Fojez Baudrier, tome i®% page a43.
GHAimiBni, ou CHAUFRAur. C'était iine.partie de
rarmure de tête du cheval de bataille ; il était de métal ou de cuir bouilli ; il couvrait la tête du cheval pardevant, comme une espèce de masque. Il y avait , dans le milieu, un fer rond et large, qui se terminait en poiute assez longue ; c'était pour percer tout ce qui se présentait , et tout ce cpie la tête du cheval choquait. L'usage de cette armure du cheval servait contre la lance, et depuis contre le pistolet. Les seigneurs français se piquaient fort de magnificence sur cet article. Il est rapporté, dans l'histoire de Charles TII, que le Comte de Saint-Pol , au siège de Harflcur, l'an 1449* avait un cham frai n à son cheval d'armes, c'est-à-dire, à âon cheval de bataille, prisé trente mille écus; il fallait qu'il fut non-seulement d'or, mais encore merveilleusement travaillé. Il est encore marqué dans l'histoire du même Roi, qu'après la prise de Bayonne par l'armée de ce prince, le Comte de Foix, en entrant dans la place, avait la tête de son cheval couverte d'un cfaamfrain d'acier, garni d'or et de pierreries, que Ton prisait quinze miDe écus d'or; mais, communément, ces chamfrains n'étaient que de cuivre doré pour la plupart, ou de cuir bouilli, ainsi qu'on le voit par un compte de l'an i3i6, à la Chambre des comptes de Paris, où il est dit, entre autres choses: item y deux chamfrains dorés et un de cuir. On trouve dans le traité de la cavalerie française, par M. de Montgommeri , qu*on donnait encore, de son temps , des chamfrains aux clievaux, c'est-à-dire, du temps de Henri lY.
CHAUSSURE DES CHSVALIEES. a65
La principale raison de cette armure des chevaux n'était pas seulement de les coiiserver, et d épargner la difeme d'en acheter d^autres, mais c'est qu'il y allait souvent de la vie et de la liberté du gendarme même; car, comme les gendarmes étaient très-pesamment armés, s'ils tombaient sous leur cheval tué ou blessé, ils étaient eux-mêmes tués ou pris, parce qu'il leur était impossible de se relever. Ces armes défensives étaient nécessaires pour les hommes et pour les chevaux, elles les garantissaient des coups de lances. Ainsi, depuis que l'usage de la lance cessa, on abandonna, non-seulement les cliamfrains, mais encore les autres bamois, à cause de leur pesanteur, de l'embarras et de la dépense qu'ils causaient.
Les Ciievaliers ornaient souvent les chamfrains de leurs chevaux de bataille ou de tournois, de l'écusson de leurs armes brodées en or el en argent.
CHA.USSUBE DES CHEVALIERS. Les Germains avaient une chaussure de cuir très*fort, qui allait jusqu'à la cheville du pied; les gens distingués la portaient de peau : ils étaient aussi dans l'usage d'en faire de jonc et d'écorce d'arbre.
Nos anciens Français, dit le moine de Saint-Gall, avaient des cliaussuies dorées par dehors et ornées de courroies et de lanières longues de trois coudées; telle était la chaussure de Charlemagne et de Louis-le- Débonnaire. Jean-Pierre Puricelli, dans ses Monumens de la Basilique Ambroisienne , décrit la chaussure de Bernard, fils de Pépin ^ Roi d'Italie, dont le corps y fut trouvé et levé de terre. Ses souliers, dit-il, iraient encore entiers; ils étaient de cuir rouge, et la semelle
a66 ARMURE ET ARMES DES CIlEVALlERi:',
de bois : ils étaient si justes, si bien Êiits à chaque pied et aux doigts de chaque pied, que le soulier gauche ne pouvait servir au pied droit, ni le droit au pied gauche , finissant en pointe du coté du gros doigt
Dans le quatorzième siècle, la chaussure des grands, en France, ne différait de celle du peuple qu'en ce qu'ils portaient des souliers dorés ^ qu'ils ne mettaient qu'une fois, par raison de propreté ou de luxe.
Sous le règne de Philippe- Auguste, les Chevaliers réussirent à se rendre presque invulnérables, par l'expédient qu'ils imaginèrent, de joindre tellement toutes les pièces de leur armure, que ni la lance, ni l'épëe, ni le poignard, ne pouvaient guère pénétrer jusqu'à leur corps, et de les rendre si fortes qu'elles ne pouvaient être percées. Voici ce que dit Bigord lè-dessus : « Le Che- « valier Pierre de Mauvoisin , à la bataille de Bouvines, tt saisit par la bride le cheval de r£mpereur Othon, et « ne pouVant le tirer du milieu de ses g^s qui l'en- « traînaient, un autre Chevalier porta à ce prince un « coup de poignard dans la poitrine : mais il ne put le « blesser, tant les Chevaliers de notre temps, dit-il, « sont impénétrablement couverts. » Et en parlant de la prise de Renaud de Damniartin, comte de Bologne, qui était dans la même bataille, du parti d'Othon : « Ce Comte, dit-il , étant abattu et pris sous son clie*
« val , un fort garçon, appelé Cdmmote, lui ota son
« casque, et le blessa au visage.... Il voulut lui enfoncer « le poignard dans le ventre , mais les bottes du Comte t< étaient tellement attachées et unies aux pans de la « cuirasse, qu'il lui fut impossible de trouver un en- « droit pour le percer. »
GHEViLL DE BATAILLE. ^07
On appelait cuissarlSy genouillères , grèves ou jambières, bottines et sollerets^ toute l'armure qui servait à garantir les cuisses, les genoux, les jambes et les pieds du Chevalier; les grèves ou jambières étaient des bottes de cuir ou de fer battu; les Espagnols nommaient aussi grem ou greutu leurs jambières, qui étaient des bas de fer que chaussaient les Qievaliers armés de toutes pièces.
La Roque dit que les chausses de fer étaient données au Chevalier pour garantir ses pieds et ses jambes, soit dans Tattaque, soit dans la défense.
Dans les céroinonies, les Princes et les Grands portaient des bottines de velours, brodées d'or et d'argent. Lorsque Louis Vn, dit le Jeune, fit couronner Philippe-Auguste , son fils , il voulut que la dalmatique et les bottines du jeune Prince lussent de velours couleur d'azuir, et semées de fleurs de lys d'or sans nombre.
Chez les peuples scptcutrionaux, on a regardé quelquefois comme un acte de vasselage la cérémonie de porter la chaussure de son Seigneur. Ducange, Pasquier ot autres, rapportent qu'Olaùs-Maguus, Roi de Norvège, envoya ses souliers au Roi dlrlaude, lui mandant de les porter sur les épaules, en signe de sujétion; ce que le Prince irlandais exécuta, le jour de Noël, en présence des Ambassadeurs norvégiens.
Le P. Mont&ucon met au nombre des anciennes chaussures celles qui s'appelaient caliga , campanus et ocrea, qui étaient tantôt fermées et tantôt ouvertes.
Cheval de bataille ou destrier. Les Chevaliers bannerets et bacheliers étaient ordinairement montés sur ces chevaux, qui étaient couverts d'une grande
2l68 ARMlinS Kl ABAIES DES CHEVALIERS.
housse de taffetas, qui battait jusqu'à leurs pieds, et
qui était chargée des armoiries de ceux qui les moataient : cette housse, aussi bien que la cotte d'armes, était la marque de la chevalerie. Les chevaux de bataille étaient d'une taille fort élevée. Et clans le cours de leur route, ils étaient menés par un écuyer qui les tenait à sa droite, d'oii on les appela aussi dexiriers ou destruis. Les écuyers les donnaient à leurs maîtres lorsque l'ennemi paraissait, ou que le danger semblait les appeler au combat; c'était ce qu'on appelait monter sur ses grands chemux, expression que nous avons conservée, aussi bien que celle de haut la main, venue de la contenance fière avec laquelle un écuyer, acoomgnant le maître, en portait le heaume élevé sur le pommeau de la selle.
On sait que le cheval est le plus courageux des animaux ; qu'il ne s'épouvante point du bruit du canon ; qu il s'élance sur l'ennemi dans les batailles , sans craindre le danger; qu'il se précipite sur les épëes, les baïonnettes, les armes à feu et ilans les flammes. ^
Par une lettre de Philippe-le-Bel au Bailli d'Orléans, datée du olo janvier 1 3o3 , il est ordonné que ceux qui avaient cinq cents livres de revenu dans ce royaume, en terres, aideraient d'un gentilhomme bien armé, et bien monté à' un cheval de cinquante livres tournois , et couvert de couverture de fer, ou couverture de pourpointe. Et le Roi Jean, dans ses lettres du mois d'août i353, écrit aux bourgeois et aux habitans de Nevers, de Chaumont-en-Bassigny, et autres villes qu'ils eussent à renvoyer à Compiègne, à la quinzaine de Pâques, le plus grand ^nombre d'hommes et de che-
CHBVAL DK BATA.ILLLE. 269
vaux couverts de mailles qu'ils pourraient, pour marcher contre le Roi d'Angleterre,
Dans les tournois^ les chevaux de bataille étaient magnifiquement harnadiës ; Wulson de la Colombière décrit ainsi celui que montait le Sire de Sourdéac, au carrousel de la place Royale, qui eut lieu à Paris, en 161 a. a U était harnaché de bandes de Milan en bro* deries, les houpes et cordons de soie noire, les rênes, la selle et les ëtrivières de même , le mords doré, les boussettes d'orfèvrerie, de diamans, et im bouquet d'aigrettes blanches; à son col, une collerette de velours noir, large de six pouces, couverte de pierreries, au bas de laquelle, sous la gorge, pendait une pomme d'or fiiite en olive, enrichie à la turque d'orfèvrerie, de perles, de rubis, d'émeraudes et de diamans, qui servaient de nœud à une queue blanche de cheval marin, pendante jusqu'aux pieds. »
Et plus bas, il ajoute : « Que suivaient trente chevaux couverts chacun d'un caparaçon de satin fait i bandes, incarnat, blanc et noir, enrichies de broderies d'argent, de frisons et cordons, de feuilles et de fleurs de lys, avec de grands psmaches blancs sur la tête et sur la croupe, menés en main par autant d'estafiers ayant le pourpoint de toile d'argent, le haut de chausse de velours par bandes de la susdite livrée, et le chapeau de velours noir , chamarré de passernens d'argent et de soie incarnat; ils étaient suivis de Técuyer et de deux pages du maréclial du camp.»
£n France, dans certaines provinces, les vassaux devaient fournir à leur Seigneur suzerain un cheval de bataille, qu'on nommait aussi dieval de service; et
lorsque lé vassal venait à mourir, son plus beau dieval
et ses armes revenaient au Seigneur dominant.
Ducange met parmi les marcpies et les privilèges des Chevaliers le droit d'avoir leurs chevaux de bataille
couverts d'une grande housse de taffetas, ou autre étofTe, qui leur battait jusques aux pieds, ornée et remplie de leurs armoiries. Ces dievaux s'appelaielit
vestitos equoSy ou palliatos, phaleratos.
Le cheval, dit M. de Boulainvilliers, était troussé,
caparaçonné, et puis bardé de fer à la tête, au poitrail et aux flancs, ce qu'on appelait /lançons ouflançois et chamfrein. Voyez Palefuci et Rovssnr.
Chiens. Les gentilshommes et leurs femmes, encore sous le règne de François P'', ne marchaient jamais sans être accompagnés d'un ou plusieurs chiens; c'était une marque de distinction de la noblesse. On eut auS' sitôt pris, dit un auteur, un de nos anciens nobles sans épée que sans son chien et son oiseau de proie , l'un et l'autre étant la marque de la noblesse ; de là l'usage de contraindre un gentilhomme condamné à mort de porter son chien sur ses épaules, dans le lieu où il avait commis le crime ; de là aussi tant de levrettes pour supports dans le blason , etc.
Cimier. C'est la partie la plus élevée dans )es omémens de l'écu , et qui est au-dessus du casque , c'est-àdire, à sa cime. Les anciens le nomqoaient crista, d'où . les Anglais ont retenu le nom de crest,
lud cimier est l'ornement du timbre ou casque, comme le timbre est celui de l'écu. L'usage en est de l'antiquité la plus reculée, et l'on sait d'ailleurs que
CIMIFR. 271
les cimiers ont servi de foademeat à plusieurs fables mythologiques. Géiyon passa pour avoir trois têtes ,
parce que, dit Suidas, il portait un triple cimier | pour imprimer plus de respect à ses peuples*
Hérodote attribue aux Carîcns la première invention des cimiers : Ceux de cette nation , dit-il , furent les premiers qui portèrent des aigrettes et des plumes sur leurs casques , et les premiers qui peignirent des figures sur leurs boucliers î et c'est à cause de ces cimiers que les Perses les appelèrent des coqs, parce qu'ils paraissaient crétés comme ces animaux.
Diodore de Sicile dit que les Rois d'Égypte portaient pour dmiérs des têtes de lion , de taureau ou de dragon , pour marquer leur dignité. Protée, lioi d'Egjpto, changeait tous les jours de cimier: il portait en tête tantôt un mufle de lion, tantôt une tête de cheval ou celle d'un dragon , d'où les poètes ont pris occasion de le faire passer pour un dieu qui changeait de forme à tout moment
Plutarque a décrit le cimier de Pyrrhus , dans l'éloge qu'il a Élit de ce prince ; enfin , Homère , Virgile , le Tasse et l'Arioste ont feit , dans leurs poèmes , la description de plusieurs cimiers.
Les cimiers d'animaux sont fort anciens. Les Aaay» riens représentaient Sérapîs avec une tête d'ëpervier , parce que, dans les combats, il avait pris cet oiseau pour cimier. Jupiter-Ammon fut représenté avec une tête de bélier, parce qu'il en portait une, dans les combats, pour cimier. Alexandre est représenté de même, parce qu'il se disait fils de Jupiter-Ammon.
37 d AAMURE £T ABM£S i>£^ GH£VAL1£AS.
Les héros de l'anticpiité se formaient des cimiers d'une partie des dépouilles ou d'un membre des ani-
maux féroces qu ils avaient domptés , ils les portaient, ou pour se donner une attitude plus formidable , ou pour se faire reconnaître dans la mêlée, et, par-là, rallier leurs gens.
Les Francs portaient pour cimiers des têtes d animaux monstrueux, dont les gueules entr'ouyertes étaient ombragées d'ailes de vautour.
Les cimiers ont aussi servi à distinguer les branches des £eimilles; souvent ils n'ont été formés que d'une simple devise. Côme de Médicis , Duc de Florence , portait, pour cimier, un Jàucon d'argent tenant de la serre droite un anneau d*or garni d^un diamant^ ai^c le mot semper , qui en était la devise.
Des maisons ont pris pour cimier une pièce de leur écu ; le cimier des Rois de France était une fleur de lys ; celui de l'Empire , un aigle ; celui de Gastille, un château; celui de Lyon, un lion , etc., etc.; mais jamais le cimier ne représentait une pièce honorable de Técu , comme pal , &sce , chevron , etc.
En Europe, le cimier était une des plus grandes marques de noblesse sur Tarmoirie , parce qu'on le portait aux tournois, oii on ne pouvait être admis sans avoir fait preuve de noblesse. Le gentilhomme qui avait assisté deux fois à un tournois solennel était suffisamment blasonné et publié, c'est-à-dire, réconnu pour noble, et il portait deux trompes en cimier sur son casque de tournois : de là viennent tant de cimiers à deux cornets que plusieurs auteurs ont pris mal à propos pour des trompes d'âéphant.