‹ De l'ancienne FranceChapitre 47 sur 105 · ARMURE £T ARMES DES CHEVALIERS · texte numérisé non relu

ARMURE £T ARMES DES CHEVALIERS

hauts faits d'armes de leurs chefs , ou l'illustration de

leur naissance.

Philostraté (i), Xëaophon (a) et Quinte-Gurce en ont attribué le premier usage aux Mèdes et aux Perses^

dès rétabffsscment de leur monarchie. Philostrate, dans Téloge de Thëmistocle, dit qu'un aigle d'or sur un bouclier est le blason royal des Mèdes. Xënophon dit la même chose au livre premier de son histoire , et le scholiaste d'Aristophane dit aussi que c'était la coutume de ces peuples de peindre des aigles sur leurs boucliers. Enfin , les auteurs grecs sont pleins des* de* vises d'Arsaces , de Cyrus , de Canibise , de Darius y de Xerxès.

n est certain , en outre , qu'en ce temps-là la Grèce

était remplie de symboles , d'images et de figures , sur les casques, sur les cottes d'armes et sur les tombeaux; et il ne &ut que lire Hérodote, Pausanias, etc. , pour y remarquer une infinité d'exemples de ces figures et de ces signes.

Le P. Monet pense qu'une espèce de blason existait déjà sous Auguste. « Le vrai usage des boucliers armo-

« ries , et des blasons de couleurs , et de métaux d'ar- « mes, dit-il, a pris origine sous Octave - Auguste , «t Empereur , lequel usage a continué et s'est augmenté

« sous les Empereurs, ses successeurs, et, depuis , s'est <K perfectionné tant ès-Gauies qu'ès-autres royaumes

in Thcmist.

COTIE D AHMES.

« de l'Europe y après l'Empire romain foiiJy et les « légions romaines éteintes, n

L'opinion du P. Monet, quant au mot propre blason et quant aux règles des armoiries , peut être contestée ; puisque les auteurs les plus accrédités n en rapportent l'institution qu*à l'époque des tournois et des croisades; mais elle est juste et fondée quant aux images, aux emblêmes et aux symboles adoptés par les anciens , qui ont pu effectivement donner lieu aux modernes d'en continuer l'emploi , en le soumettant à des règles qu'ils mit nommées héraldiques.

Les cottes d'armes ou sayons des Germains et des Gaulois ne leur venaient que jusqu'aux hanches; mais les Français les portèrent plus longs , en forme de manteau qui descendait, par^devant et par derrière, jusqu'à terre, et qui par les côtés, touchait à peine les genoux. Dans la suite, la cotte d'armes des Gaulois, qui était beaucoup plus courte, devint à la mode, comme plus propre pour la guerre. Quelques siècles après, Charlemagne rétablit l'ancien usage. Il paraît que, sous Louisle-Débonnaire, on était revenu à la cotte d'armes dés Gaulois; mais, dans les guerres continuelles que ses successeurs eurent à soutenir , la mode rechangea ; et comme alors la plupart des militaires étaient continuellement à cheval, non-seulement la cotte d'armes couvrait tous leurs habits , mais leur magnificence se renferma dans cet habillement militaire , qu'ils faisaient ordinairement de drap d'or et d'argent, et de riches fourrures d'hermines, de martres zibelines, de gris, de vair, et de pannes qu'on peignait de différentes couleurs, ou sur lesquelles on brodait leurs armes en or et en argent.

2j8 ARHUHE ET AlUIIKS OU CHEVALIERS.

Cependant ce large manteau occasionnant des embarras dans les mouvemeos des Chevaliers, soit à la guerre, soit dans les tournois, on en réduisit beaucoup la dimension , et on ne le fît plus descendre que jusqu'à la ceinture; il était ouvert par les cotés, avec des manches courtes : il était une des marques distinctives du Chevalier.

Pour faire counakre cette sorte de cotte d'armes, il • suffira de rapporter comment le Duc de firabant sVn fit une & la hâte pour aller aux ennemis, à la bataille d'Azincourt, en i4i5 : « Alors survint le Duc Antoine c de Brabant , qui avoit esté mandé par le Hoy de

« France, lequel y arriva moult hastivement et

« print une des bannières de ses trompettes et y fîst «( un pertuis par le milieu, dont il hst cottes d armes. »

On appela aussi tumque ces sortes de cottes d'ar^ mes , et ce fut précisément au retour des croisades que les Français s'en fireut honneur, étant jaloux de paraître avec des ornemens qui dénotaient les lieux où ils avaient signalé leur courage ; ils donnèrent à cette tunique le nom de saladine , du sultan Saladin ; la jonction de la cotte saladine avec lancienne cotte ou sayon uni des Français rendit les cottes d'armes plus communes.

Sur les sceaux et siu- les tombeaux des Clievaliers on voit que les cottes d'armes ne couvraient pas les bras des guerriers , et qu'elles laissaient voir le haubert tout à découvert sur ces parties du corps.

La cotte d'armes étroite était encore serrée par la ceinture militaire, et quand oellé-ci fut devenue une espèce d'uuiforrae , et qu'elle se fut communiquée des

COTTE D AKM£S. ^79

aobles à tous le» Cbevaiiers, alors ces uobles firent la leur plus ample , ils y mirent des manches ouvertes, et

en firent une dalmatique qui ne fut plus serrée par la ceinture militaire , nyiis par une ceinture ou porte» ëpëe, qui prit la place de cette ceinture, et qui se mettait sous la dalmatique.

Ce n'étaient pas les cottes d armes les plus cliamarrées' d'armoiries qui passaient pour appartenir aux plus grands seigneurs ; car certaines familles des plus illustres 9 voulant faire voir que Tépoque de leur origine remontait au temps oh les cottes d'armes étaient unies sans être chargées d'aucuns symboles , conservèrent pour cela leurs écussons d'une seule couleur pleine, sans aucune représentation , ainsi qu'ont fait les sei* gneurs des maisons SAlhrety de Narbonne^ et autres.

L,es Seigneurs bannerets , ou ceux qui exerçaient quelque commandement dans une armée , eurent seuls le droit de porter des eoUes symbolisées ; mais ce droit passa ensuite aux écuyers , damoiseaux et autres suivans d armes, qui servaient dans l'intention de parvenir à la chevalerie par la transmission qi|e faisaient ces Seigneurs bannerèts de leur symbole ou d'une de ses portions à ceux de leur suite , eu sorte que cet habillement était déjà permis aux nobles de tous rangs, à quelques restrictions près , lorsqu'il devint d'usage pour tous les cavaliers en général , après que le Roi Charles VU eut changé entièrement la face 4^ la milice die son royaume, par l'institution qu'il fityen 144^9 de plusieurs compagnies de gendarmes, pour tenir lieu delà milice des fieffés, qui servaient avec trop de licençe, et dont les Rois n'étaient pas asses les maitw,.

aSo ARMURE ET ARM£S. DES CHEVALIERS.

Ces premières compagnies de gendarmes, étant toutes composées de gentilshommes, retinrent pour cela la cotte d'armes, qui devint alors un uniforme de guerre , parce que le capitaine communiquait la couleur (lo sa cotte à tous les homnies d'armes de son commandement.

Dans la suite, les guerriers s'aperçurent que l'armure de pied en cap était déjà trop pesante pour y ajouter une mantille embarrassante, ils en inventèrent une d'un moindre volume qu'ils nommèrent hoqueton, et bientôt, ayant fermé les manches de ce hoqueton, et l'ayant ouvert par devant, eu firent la casaque, nommée hongrelinœ, pour montrer, par cette double dénomination, que cette mode nous avait été apportée de Hongrie, par les Français, après la funeste bataille de Nicopolis, doujiée au temps de Charles VL

La casaque, habillement plus léger et plus commode que la cotte, et qui pouvait servir d'uniforme, comme la première, eut bientôt la préférence. Le guerrier qui la portait la rejetait par derrière, dans le beau temps, pour laisser voir sa brillante armure, et la tenait fermée, dans le mauvais temps, pour conserver le lustre de cette même armure; par là, la cotte d'armeis adieva de n'être plus en usage à l'ariAée, et elle ne reparut plus que dans certains tournois ou carrousels, où l'on voulait conserv-er les traces de l'ancienne chevalerie.

Les cottes d'armes étaient souvent faites d'étoffes d'or et d'argent, surtout pour les combats des tournois, et ressemblaient beaucoup aux subre vestes de nos anciens mousquetaires.

COTTE d'armes. a8f

On appelait aussi haubergeon (^iorica annulans ) une cotte d'armes qui venait jusqu'à mi-jambe , et faite de plusieurs petits anneaux de fer, comme des hameçons accrochés l'un sur l'autre. On donnait rgalcinont ce nom aux hommes de guerre qui portaient cette arme ; car, il est dit dans l'ordonnance de Jean V^^ de lySi : les valets ou luiubergeons passeront en revue comme les gens d' armes ; et haubert ou brugne était une cotte de mailles de fer poli à manclies et gorgerin, et à l'épreuve de l'épée (lori'ca) ; cette armure était particulière aux Chevaliers et tenait lieu de biassards, de cuissarts et de hausse-col ; elle était faite de mailles jointes et passées l'une dans l'autre. C'est de là qu'est . venu le proverbe : Maille à maille se fait le haubert.

Ce mot de haubert a été pris dans la suite pour l'habillement de toutes pièces, et c'est dans cette significa tion (ju'on Fa doiiiii' au fief ([ui devait foiirnii" un homme armé de pied en cap. Ceux qui possédaient un plein fief de haubert devaient servir au ban et arrièreban, par pleines annes, c'est-à-dire , par le cheval , par le haubert, par l'écu, par Tépée et par le heaume (casque). Cette cotte d'armes descendait jusqu'aux genoux.

Quelques autours font venir du mot albus l'étymologie de celui de haubert, parce que cette chemise ou cotte , étant faite de inailles de fer bien polies et reluisantes , présentait à l'oeil la plus grande blancheur.

Dans cet habillement, qui succéda à l'ancien sajon de peau 9 un guerrier était entièrement vétu de tricotage de fer de pied en cap ; son chapeau, sa veste, ses bas de chausses, tout en était; et l'iiabit complet s'ap-

aBa ARMURE ET ARMES DES CHEVALIERS.

pelait squamala vestà , des iiabits à écailles, à cause de la figure que prenaient ces mailles quand elles * ,^ient mises en tissus ; et , r|uant à leurs formes, elles étaient rondes ou carrées, imitant toujours, dans leurs enlacemenSy des écailles de poissons; et ce sont ces différentes formes cdiservées dans la fid>rication de ces mailles qui ont donné, dans la suite, les noms de beaucoup de pièces qui sont entrées dans le blason.

Dans la suite ^ le haubert ne pouvant résister aux effets du mousquet, et devenant inutile, on le quitta pour reprendre la cuirasse, sur laquelle les cavaliers continuaient de mettre la cotte d'uniforme.

Les Chevaliers se paraient de cette armure brillante, qui faisait un des beaux ornemens de Tarmee; ils ne mettaient rien dessus, et se plaisaient dès lors à se mirer dans leurs belles cuirasses d'acier poli , inoriistëes ou ciselées en or ou en argent; ils faisaient, pour cela, des dépenses considérables; et ces enchérissemens s'appdaîent damasquinures y non pas tant à cause qu^ les premières armes de cette espèce étaient venues de Damas, en Syrie, que parce que le travail qui paraissait dessus , imitait celui qui se voit sur les étoffes de soie de Damas.

Voyez aussi Gqbessoiv ou GAJ^iBfSOif.

Le Jacqm de maiUe était linie espèce de justaucorps garni de iaische, c'est-à-dire, de lames ou plaques de fer minces, entre la doublure et rétoffe, ou bien encore de petits anneaux de fer ; on y attachait les chausses ou jambières, qui garantissaient les jmbes du combattant. Cet habillement de guerre était fait en forme de surtout oourt, ne passant pas les genoux» et

COTTE d'armes. a 83

parfois il était composé aussi de plusieurs peaux de cerfs 9 appliquées les unes sur les autres, garnies en dedans de bourre ou de linge, ce qui le rendait très- incommode; pour remédier à ce défaut, on avait soin de le tenir fort large, en sorte que Thomine flottait dedans. On employait jusqu'à trente cuirs de cerfs pour les plus forts ; ceux qui voulaient les avoir plus légers se servaient de taffetas , cpi'on appelait alors ceudaux^ Quelquefois, on couvrait ce jacque des étoffes les plus précieuses. C'est de cette sorte d'habillement que nos auoêtres ont pris le modèle de leurs jaoquettes, auxquelles ont succédé les pourpoints et les justaucorps.

Depuis le règne d'Henri il, on n'employa plus ni la cotte d'armes, ni le hoqueton dans les armées, surtout pour les ofEciers qui, à cette époque, n'avaient point d^uniforme affecté; ils' ne mettaient sur leur cîiirasse aucune marque de distinction que Téciiarpe à la couleur du Roi ou du parti qu'ils servaient.

Au commencement du règne de Ijouîs XIV, les mousquetaires n'avaient encore pour tout uniforme que des casaques à manches pendantes, qu'ils retroussaient pour porter leurs mousquets à la dragonne; mais, depuis, on ne conserva ce vêtement embarrassant que comme manteau pour le mauvais temps, et on rendit à ces mousquetaires le hoqueton étroit et sans manches, qui s'appelait subrei^este, pour faire la principale pièce de leur uniforme.

On appela aussi hoquetons, des hommes d'armes qui servaient sous le Grand-Pré v6t de l'hôtel du Roi, et qui , dans la suite , précédaient le carrosse du Chance* • lier et du Garde-des-Sceaux, dans la cérémonie de leur marche.

!l84 AHML RK £T ABMES DES CUEVALIKRS.

Quelques Seigneurs , sous la seconde race, et presque tous les Chevaliers, sous la troisième, portaient

d'abord uu plastron de fer; sur ce plastron, le gobisson ou gambisson; sur le gobisson, le haubert; et enfin sur le haubert, la cotte d'armes. Ainsi vêtus, le trait ni la lance ne pouvaient les atteindre; mais, par cette manière de se rendre invulnérables, ils s'exposaient à nne mort cruelle,, par la difficulté de se relever lorsqu'ils étaient renversés de cbeval.

Ck>UTiLLK et CousTiLLiER. Lcs coustîlliers ou coutilliers étaient des hommes d'armes qui faisaient usage, sous le règne de Charles VII, d'une épée qu'on nommait coutille; elle était plus longue que les ëpëes ordinaires , tranchante depuis la gar^e jusqu'à la pointe, fort menue, et à trois &ces ou pans.

Chaque lance, ou homme d'armes des compagnies d'ordonnance qu'établit > Charles VII, devait, dit le P. Daniel , être payé pour six hommes , lui-même compris dans ce nombre, dont trois seraient archers à cheval , un coutillier , un page ou varlet. On croit que ces coulilliers sont les mêmes que les œutilleurs qui se trouvent parmi les officiers de la maison du Duc de Bourgogne.

' Les varlets à cheval ou ooustilliers suivaient chaque pennon de gendarmerie, et combattaient: près de leurs

maîtres.

Cramignolb, armure de tête. Voyez Qisque,

Cri DE GUERRE, ou CRI d'armes, ou cri de bataille.

C'était une clameur belliqueuse ou cri militaire qu'on prononçait au commencement ou au fort du combat, pour animer les troupes à faire leur devoir et les exciter

cm DE GUKHiti. a85

à enfoncer les bataillons ennemis ; il servait encore dans les tournois pour faire coonaître les Chevaliers qui s'y présentaient pour combattre.

* Ce crt"^ut en usage chez les Français et chez les autres peuples de l'Europe ; ce n'était qu'un usage re- - nouvelë des peuples anciens, puisqu'on trouve au cha* pitre vn âtk livre des Juges le cri que Gëdëon donna

pour mot ou cri d'armes aux' soldats qu'il menait contre les Madianites , et qui coosistait en ces mots : Domino et Gedeoni, au Seigneur et à Gédëon.

' Parmi les modernes , le cri de guerre était une suite , de la bannière 9 c'est-à-dire , que nul n'était reconnu gentilhomme de nom , d'armes et de cri , s'il n'avait droit de lever la bannière, l'un et l'autre servant à mener des troupes à la guerre , et à les rallier. Daus les batailles, les banherets faisaient le cri, de sorte que dans une armée il y avait autant de cris qu'il y avait de bannières ou d'enseignes; mais, outre ces cris particuliers, il y en avait un général pour toute l'armée, et c'était celui du général ou du Roi, quand il s'y trouvait en personne. Quelquefois il y avait deux cris généraux dans une même armée, lorsqu'elle était composée de deux différentes nations. Ainsi , dans la bataille donnée entre Henri de Transtamare et Pierrele-Cruel, en 1369, les Espagnols du parti de Henri crièrent : Castille au RoiUetujl et les Français auxiliaires , commandés par Bertrand du Guesclin , prirent pour cri : Abolie- Dame , Du Guesclin! Le cri général se faisait unanimement par tous les soldats ensemble, à l'instant de la mêlée , tant pour implorer l'assistance

dû ciél,que pour s'animer au combat les uns les

atMl ARMUAB ET AAMES JD£S €UE¥1XI£AS.

autres ; et les cris particiilien aux soldats , pour se reconnaître j et aux ciiefs pour les dUtuiguer, et les tenir toujours autour de leurs bamiièrea*

Mats le Boi Charles Vil ayant établi des compagnies d'ordonnance, vers Tan il\!ju, et dispensé les ban- Bérets daller à la guerre accompagnés de leurs vassajux, Tusage du cri d*armes fut aboli; il ne s'est** conservé que dans les armoiries, auxquelles ou joint souvent le cri de la maison.

Le cri le plus ordinaire des Princes ^ des Chevaliers et des Bannerets , était leur nom ; quelques-uns ont pris le nom des maisons dont ils étaient sortis ; d'autres, celui de certaine ville, parce qu'ils en portaient la bannière. Ainsi , le comte de Vendôme criait : Cheaires ! des Princes et des Seigneurs très-considérables ont crié leurs noms ou ceux de leurs villes principales , avec une épithète flatteuse; ainsi, le Comte de Hainaut avait pour cri ; Hainaut au noble Comte ! et le Duc de Bi abant : Louuain au riche Duc !

11 fiuit mettre au nombre du premier cri celui de France, qui était Mont'Joye-Saint-Denis , c'est-à-dire, ralliez-vous sous la bannière de Saint-Denis. C'était anciennement le cri de guerre de nos Rois. Les uns ont cru qu'il venait de moult-joie^ c'est-à-dire grande joie. !Nos anciens auteurs ne parlent point de l'origine de ce mot. Raoul de Presle, qui vivait sons Charles V, ditqpie Clovie, combattant dans la vallée de Conflans-Samte- Honorine, la bataille s'acheva sur la montagne, où était une tour appelée Mont^Joye. Robert<*Soenel , évéque d'Avranches, dit que Clovis , se trouvant en danger à la bataille de Tolbiac, un peu avant d'embrasser la reli-

cm DE GUBRRR. Ï187

gion clirétiennc, invoqua saint Denis sous le nom de Jupiter, en disant: Saint Denis, mon'Jwe! d'où l'on fit ensuite Mont^Joye.

Divers auteurs ont dcbilé bien des fables et des con-

• jectures puériles sur l'origine et 1 etymologie de ce cri. Ce qu'on a de plus sensé sur cette matière se réduit à r«* marquer (|u\:>n ap}3elait autrefois Mont-Joye un monceau de pierres entassées pour marquer les chomios; sur quoi le cardinal Huguet de Saint4!^r rapporte la cou*tume des pèlerins, qui faisaient des Motit-Joyes de mon-^

^ ceaux de pierres sur lesquels ils plantaient des croix aus^ sitôt qu'ils découvraient le lieu de dévotion où ils allaient en pèlerinage: Constituant ^ dïtAï^acm^um lapiduni , et ponunt cnicesy et dicilur MoNs gaudii. Del-Rio atteste la même chose des pèlerins de Saint-Jacques en Galice : Lapidvm eongeries..,, GalU Mont-Joye» vocanS, Les croix que Ton voit sur les chemins de Paris a Saint-Denis étaient de ces Mout-Joyes. Or, comme ces Mont<i-Joyes étaient destinés à marquer les chemins, dé même, quand •nos rois eurent pris Saint-Denis pour protecteur du royaume, et sa bannière ou Toritlamme pour bannière de dévotion dans les armées , cette bannière devint le Mont-Joye qui réglait la marche île l'armée ; et crier Mont'Joje Saint-Denis^ c'était s'écrier, suivez, ou marchez, €Hi ralUeZ'Vaus à la bannière de Saint-Denis. De Thème que les ducs de Bmirgogne avaient pour cri BÊonâ» Joje Saint-André ; et quand le duc se trouvait en personne a la guerre 9 Mont-Jqye au noble duc; ceux de Bourgogne criaient , Mant-Iojye Dêone^Dame pour rasr sembler leurs troupes autour d'eu* ou de leurs bannièi^es, qui portaient l'image de la Vierge. Quoique dasis

'a66 ARMURi 1 1 VRMKS DES CHEVALIEIIS.

la suite on ne portât plus dans les armées la bauuière de Sa i lit-Denis, le cri de guerre auquel on était accoutumé, comme à uu cri de joie et de victoire, subsista encare jusqu'au temps où l'introduction de l'artillerie exigea des signaux d'une autre espèce Jans les combats. ^ .Cette opinion parait plus probable que celle qua-

vance M. Benetoii, dans ses Commentaires sur les enseignes militaires, où il remarque qu'on élevait sur les tombeaux des personnes considérables, des saints, des martyrs, de ces sortes de monceaux, et qu'on les nommait Mont'Jojes ; que Mont-Joye SaiiU-Denis signifiait le tombeau de Saint-Denis, donl nos monarques se glorifiaient d'être possesseurs, comme s'ils eussent voulu dire : IVous aifons la garde du tombeau de Saint-Denis , MoiU'Joje Saint-Denis est un témoignage de la joie que nous ressentons de cet avantage; nous espérons que ces paroles sentiront à ranimer la piété et la valeur de nos soldats. Mais les ducs de Bourgogne ne possédaient pas dans leurs ëUts le corps de St. -André ^ et ceux de Bourbon n'étaient pas possesseurs du sépulcre de la Vierge. Que signifiait donc Mont-Joye dans leur bouche, sinon à la bannière de saint André et à celle de ISotre-Dame? Ainsi Mont-Joye Saint-Denis n'a non plus signifié autre chose qu'rt la bannière de Saint-Denis y parce que cette bannière servait, sous les rois de la troisième race, à régler les marches et les campemens de l'armée.

I! est bon aussi d'observer que ce cri de guerre n'a été introduit dans nos armées que vers le règne de Louisle"Gros, qui» ayant réuni en sa personne le comté de Yexin à la couronne,.deyint avoué de l'église de Saint-

CRI DE GÛEARE. 289

Denis, en prit la bannière, de laquelle est venu le cri <l'arines. Ainsi ceux qui l'ont attribué à Clovis ont débité une pure fiction, puisque la bannière de Saint* Martin-de-Tours fut portée dans les armées , depuis le règne de ce prince, comme l'étendart de la nation.

Le second cri était celui Uni^ocation, Les Seigneurs de Montmorency criaient : Dieu aide au premier Baron chrétien! parce qu'un Seigneur de cette maison reçut, dit-on, le premier, le baptême après Clovis.

La maison de Beauffremont, en Lorraine et en Bourgogne, avait pour cri : Beauffremont y au premier chrétienl probablement pour une pareille raison.

Les ducs de Normandie criaient : Die^û ay^y Dean Diex aye I c*cstrà-dire , Dieu mus aide , le Seigneur Dieu nous aide! car, clans la seconde de ces formules, Dam est pris pour Dom , Dominas, et non pour Notre-Dame, ainsi que Ta pensé La Golombière.

duc de Bourbon criait: Notre-Dame , Bourbon^ BouriH}n, et Mon^-Jojre^Bourdon, et Mont-Jo/e-Notre^ Dame!

Le Duc d'Anjou: Saint-Maurice, et Mo nt-Jo je- Anjou, et y allie!

Le troisième était un cri de résolution, comme celui que prirent les Croisés pour la conquête de la Terre- Sainte, sous Godefroy de Bouillon : Diex le volt! c'està-dire, Dieu, le veut!

Le quatrième était un cri S exhortation^ tel que celui du Seigneur de Montoison de la maison de Clermont en Dauphiné, à qui le Roi Charles YIII, à la babille de Fornoue, se trouvant pressé par les ennemis , cria : A la rescousse Montoison! ce qui obligea ce Seigneur,

agO ARMURE UT ARMES DES CHEVALIERS.

qui commandait rarrière-garde française, de charger

l'ennemi si bruscjiionienl , et si a propos, qu'il délivra le Roi, renversa tout ce qui s'opposa à son épée, et fut cause de la victoire; outseltii des Seigneurs deToumon : y^u plus (Il HZ ! c'est-à-dire, au plus épais et au plus fort (le la mclée.

Le cinquième était un cri de défi^ comme celui des Seigneurs de Chauvigny : CketfoUers pkupenil c'est^ à-dire, viennent en Joule l

Le si&ième , un cri de terreur ou de courage : ainsi les Seigneurs de Bar criaient : Au feu ^ au feu! et ceux de G ni se : F lace (i la bannière}

Le septième, un cri qui rappelait un éi^ènement , comme celui des Seigneurs de Prie: Cant l'oiseau f paroe qu'un Seigneur de cette niaison avait chargé Vennemi dans un bois où l'on entendait le chant des oiseaux.

Les Ducs de-Bourgogne : Mont-' Joye^,' André l ou Mont'Jofe au J^ohle^Duc l lorsqu'ils combattaient en personne.

Les Ducs de Bretagne : Saint'Malo au Jiiche^Ducl ou Mallou!

Les Comtes do CJiampagne et de Chartres ; Passapant li tneiUorl et Passapant le Thiàault!

Les Seigneurs de Molac : Silence à Molac!

I^s Seigneurs de Salvaing, en Dauphinë ; A Salvaing lè plus Gorgias! (Ce nom de Gorgias, dans l'ancien langage, signifiait le Chevalier le plus hardi, le plus brav^ et le plus magnifique).

Les Spigœurs de Culant : Au Peigne d'or! . Les ^gneurs de la Chastre : A Fattrait des Bons Chevaliers L

C»I DE <;UfiMl£. 991

Lesi Seigneurs dé Vàuldeiiay : jdu iruii!

Les Soigneurs de Verax., criaient : / crajv !

Les Seigneurs de Vergy : Fergjy Notre-Dame !

Les Seigneurs de la Tour-d'AUev^jrd ^ en Pmijphii^, criaient : Hierusalem !

Lies Seigneurs de Goetha)s , en Liuudres : ^n-ais- Goet! (en tout bpn^ en tout généreux^ en tout; brave).

Les Seigneurs de Schœnendall-d'Anmont , au pays de Luxembourg , criaient : Spanheim ! comnie clesceiidant des Comtes souverains de ce nom (i).

De Villeneuve de Vence : iouti

Do lilacas : Vaillance !

De Blondel : Gonnelieu!

De fioubers-Abbeville-Tanc : AhbeMkt' et Sen-

wardt'Knève-Kiiert !

De Bouille du Cliarioi ; Le Ckariolî De Castelbajac : Jfigœw l Bigarre!

De Castillon : Dieu le volt!

De Carde vac (rilavrincourt : Jamais C<4rJemc! Le Clerc de iuigaé:: j^d altd l et Baffq/is, qfMUtons! De Clinchamp : Pro Deo et fiege !

De la Croix-Glievrières : Guerre !

(i) Vandque château d'Arimont, au pays de Stavelôt, fut le partage d'un Agnat de la maison de Spanheim , qui en a

tiaustujs It; nom à ses desceudans , lesquels ont été autorisés , par lettres -patentes du 24 avril 1779, signées du Roi, et contresignées Montbarrey, à porter on France le titre de Comliq héréditaire, sans être tenus à aucupe ^ectioa de terre en com> té 9 m assujétis à auean droit de finance. Tai parlé, page 1 21, de ces sortes de oonoessîoiis de titre de Comte, et le mot hérédiiain ayant été oublié^, je le rétablis ici.

ac)^ ARMURE ET ARMES HES CHEVALIERS.

De Foucault : Ores à eux !

De Melim : ^ moi, Melun! ■

De Merle de la Gorcc : Or sus Jiert ^

De Montmorency : ÀnAANû£ {Aplatwsi facile).

O Kelly : 0 Kellie-Abou !

De Bastartl : Dic.v aje !

De la Koche^Fontenilies : Gujrenne ! Guyenne !

De la Vallette : Non œs , sed fides !

Walhs : Traiisfixus ^ sed non mortuasl

De Châteaubnant criait : Chasteaubriant !

De Tonduti de l'Escarène : Rallions-nous !

DeYalbelle: rertu et fortune!

Du Tour : La Puceiie (Jeanne d'Arc) !

D'Honorati : Liberlas !

De Cramaille : jéu guet!

De Wallincourt : court oui^erte !

De Jars : Rochechouart ! '

D'Offemont : Clermont! ^

De Saint-Paul : Luzignan !

Tous les anciens gentilshommes de Lorraine qui avaient des croix dans leurs armoiries criaient : Prenjr ! ceux qui avaient des bandes : Couvert I des anneaux : Loupf! etc.

Toutes les fois que les Francs ( au temps de Merovëe) lançaient l'angon ou la francisque , ils poussaient

un cri , eu apj)uyant leur bouclier contre leur bouche ; et avant le combat, ils chantaient le bardit ou chant des Druides , comme les Grecs chantaient le jwean ou

chant de Mars.

CUIRASSF.

Dans nos troupes, joomme le visage des chefs était entièrement couvert par le heaume, il fallait nécessai rement un cri pour les reconnaître et se rallier à eux.

Dans les tournois , c'étaient les lieraults d'armes qui faisaient le cri, lorsque les Chevaliers étaient prêts d*en trer en lice.

Le cri de la faoïille appartenait toujours à 1 aine , et les puînés ne pouvaient le prendre qu'en y ajoutant le nom de leur seigneurie.

Le cri se place ordinairement au-dessus du cimier des armoiries, dans un rouleau ou listel ondoyant. Voyez aussi Tartide Devisb.

Cuirasse. Pausanias dit que la cuirasse des Grecs était d'airain, et qu elle était composée de deux pièces, l'une desquelles couvrait le ventre et l'estomac , l'autre couvrait le dos et les épaules ; la partie antérieure était concave, et les deux pièces se joignaient par deux agrafes.

Les Grecs et les Romains connaissaient trois sortes de cuirasses : les unes faites de toile de lin et de drap battu et piqué, d'autres de cuir, et d'autres de fer. Pline assure que le lin résiste au tranchant du fer, et que, pour lui donner cette force , on le faisait macérer dans du vin, avec une certaine quantité de sel. On foulait, on collait jusqu'à dix-huit couches de ce lin les unes sur les autres. Une telle cuirasse était impénétrable à tous les traits. Selon le dixième livre de l'Iliade , la cuirasse d'Ajax, fils d'Oîlée, était de lin. Par la suite, il paraît qu'on mettait des cuirasses de fer par -dessus celles de lin et de toile, lie fer, le bronze étaient en général la matière la plus ordinaire des cuirasses : on y-

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