ARMURE ET ARMES DES CHEVALIERS
chapitre 18 : « £t, au-dessous de la hache, uue bonne « forte dague. » Ménage dit encore que le mot dague
\ient de dnca , parce (jiic les haches d*arines garnies de ces pointes de fer étaient appelées clacce secures (Guillaume Le Breton , iîv. a de sa Philippide) :
Hastût eonfractis, mucronibus atque culteUis , Insistunt, Dacisque seeuribus excrebrant se.
Les poignards dont les lames étaient semblables à ces pointes de fer furent appelés dagues, mot dont
on se servait iiieine en Ecosse, comme on le voit dans les Statuts de Guillaume , cliapitre oià : Ensem , et cultellum qui dicitur dagger.
T.a lance, Fépëe, la hache ou masse d'armes, et la dague étaient les quatre différentes sortes d armes offensives employées dans les tournois. Saintré et ses compagnons avaient promis de ne point ôter de dessus leurs épaules le signe ou gage de leur entreprise d'armes jusqu'à ce qu ils eussent trouvé un pareil nombre de Chevaliers et Ecuyers de nom et d'armes , et sans reproche , pareil au leur , qui les combatisseut de lances de ject, de haches d'armes ^ d'espées de corps et de dagues.
Devise. Ce mot vient du latin dwidere , diviser, distinguer, parce que la devise servait , comme le cri d'armes, à faire distinguer et reconnaître les cliefs, qui avaient des commandemens à Tarmée , ou qui exerçaient une suzeraineté immédiate sur leurs vassaux.
La devise est un homonyme qui a autant de signi* ficatious que de syllabes ; sentence de peu de mots; espèce de proverbe qui, par allusion avec le nom
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d'une famille, en fait couuaîlre la noblesse ou les actions mémorables.
Cest un emblème ({ui consiste dans la représentation de quelques corps naturels ou artificiels, et en quelque mot qui l'applique , dans un sens ligure, à l'avantage de quelqu'un ; et, dans ce sens , le tableau ou la figure s'appelle le corps ^ et le mot , Vame de la devise.
Dans le blason , le mot devise a une signification plus étendue; car, il se dit, en général, des chiffres, des caractères, des rébus , des sentences de peu de mots, et des proverbes qui , par figure ou par allusion avec les noms où les armes des personnes et des familles, en font connaître la noblesse ou les qualités , les vertus et les belles actions.
L'usage des devises et des symboles remonte à la plus haute antiquité. La tragédie d'Eschyle, qui a pour titre : Les sept Preux devant Thèbes, et celle d'Euripide, intitulée : les Phéniciens j en sont une preuve évidente. Dans la description que ces deux poètes font des principaux capitaines que Polynice avait engagés dans sa querelle, et qui le suivirent au siège de Tlièbes, ils leur donnent, comme à lui, des boucliers chargés de figures symboliques ; l'époque a environ 3o56 ans. Le premier que nomme Eschyle est Tydée; il portait sur son bouclier l'image de la nuit ; le fond était noir, semé d'étoiles d'or; au milieu paraissait la lune; le même Tydée, selon Euripide, avait sur son ecu la dépouille d'un lion. Capanée est le second ; Eschyle lui donne un Prométhée, la torche à la main, avec ces mots : Je réduirai la ville en cendres. Dans Euripide, c'est un géant qiû porte sur ses épaules et secoue la
ARiraiix ST ARms m» chevâlieiis.
masse de la terre; Polynice porte sur son bouclier la déesse Justice, qui le conduit, et ces mots : Je te rétablirai,
orateurs et les poètes de 1 antiquité ont presque autant de devises qu'ik ont de métaphores » à prendra la devise dans son essence.
L'aigle a été appelée la devise de l'Empire, et le S. P. Q. A. sont les lettres initiales des mots Senatus Populusque JRomtuius, qui étaient k devise du peuple romain ; c'est encore aujourd'hui ce qu'on appelle l'ëcu de la ville de Rome.
Le &meux Judas Asmonéen , si zâé pour la défense de la loi de Dieu , et pour la liberté de la Judée, mit sur ses enseignes et sur ses ëtendarts les lettres initiales d*une sratence hébraïque , prise du chapitre xr, t. i i de V Exode : Qui est semblahle ii toi y o Seigneur, parmi les Dieux ? Or, comme les lettres initiales de ces mots forment en hébreu, le mot haccabi, les chefs, ou rois des Juifs de la race asmonéenne , furent nommés Macchajb^es.
Les premières devises ont toujours été de simples lettres semées sur les bords des cottes d'armes , sur les housses , ou sur les baunières. Ainsi , TK a été la devise de nos Rois, qui portaient le nom de Charles^ depuis Charles Y jusqu'à Charles IX. Il y a eu aussi des devises par rébus y ou équivoques, tant aux noms qu'aux armes. Ainsi, les Ducs de Gkiise ont pris pour devises A dans les O : (ks , pour signifier chacun à son tour; la maison de Seneçai avait pour devise : In virtute et honore Senesce; celle de Morlais : S'il te mord, Morlé, véritables jeux de mots. Comme ceux qui avaient des
DEVISE. agg tours dans leurs armoiries : Turrù mea De us y etc* U y en a d'ënigmatyques , comme celle de la Toîson-d'Or :
Autre n'aurai, pour dire que Philippe-le-Hon , qui institua cet ordre , renonçait à toute autre qu'à Isabelle de Portugal, qu'il épousait alors; ou celle de FOrdre de la Jarretière: Honny soit qui mal j pense, mots qu'Édouard 111, Hoi d'Angleterre, qui venait de ra> masser la jarretière de la comtesse de Salisbury , qu'elle avait laissée tomber en dansant , prononça, pour empêclier les mauvaises pensées qui auraient pu naître de cette aventure. C'est pour consacrer cet événement que ce Prince institua cet ordre célèbre de la Jarretière, à Bordeaux, en i349 ou i35o.
Les devises oontieiment quelquefois des proverbes
entiers et des sentences, comme celle de César Borgia : Jlui Cœsar, aut tiihiL François F', et avant lui, Qiarles, Comte d'Angouléme, son père, portaient une salamandre en devise, et quelquefois aussi pour supports de ses armes, avec ces mots : ISustrico et exliiiguo, pour signifier qu'il protégeait les bons et exterminait les médians. Cette devise fut gravée et relevée en bosse dans plusieurs maisons royales de France; on la voyait dans une belle tapisserie à Fontainebleau , avec ce distique :
Ursus atrox, aquila Icvcs, et tortilis angois Cessenmt flammae jàm, Salamandra, tu».
Ce qui signifiait que François avait .vaincu par sa valeur les Suisses , représentés par Tours; les impériaux par l'aigle, et les Milanais, par le serpent.
Celle de Ciwles IX était une colonne , avec ces mots : Pteiate et justiuâ. La devise de Louis XH était un
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porc-épic , avec ces paroles : Oominus et eminàs. Le porc*ëpic avait été tiré, par ce Prince, des armes de Blois, qui était son apanage avant son élévation è la couronne. Celle de Henri IV était un Hercule armé de sa massue, domptant les monstres , avec ces paroles : In vtdvirtutis nulla est via. Celle de Louis XIV fut un soleil éclairant le monde, avec ces mots : JSec plunbus impar,
La devise des Rois d'Angleterre est : Dieu et mon droite
depuis i34o, qu'Edouard prit le titre et les armes de France, et commença à faire valoir ses prétentions. Outre cette devise , le Roi Guillaume 111 conserva , pcMidant son règne, colle de : Je maintiendrai, qui était celle des Princes d'Orange ses ancêtres.
Quelques auteurs pensent que la devise exacte est «ne invention des derniers temps, et que son origine ne précède guère le temps de Paul Jove , qui en a donné les premières règles.
Ce fut dans l'expédition que firent les Français en Italie , sous Charles VHI , que Ton commença à mettre ces devises en usage.
Les Princes en donnaient autrefois aux principaux seigneurs de leur cour, lorsqu'ils les recevaient, en qualité de leurs hommes*Uges , c'est-à-dire, lorsqu'ils les attachaient à leur service. Upton dit qu'en Angleterre, lorsque le Koi anoblissait quelqu'un, en lui donnant un fief militaire, il lui donnait en même temps la devise.
I^s devises servirent particulièrement à honorer et signaler les Chevaliers qui s'étaient distingués dans les guerres ou dans les tournois.