‹ De l'ancienne FranceChapitre 54 sur 105 · ARMURE ET ARMES DES CHEVALIERS · texte numérisé non relu

ARMURE ET ARMES DES CHEVALIERS

Sai^ade. Voyez CAfiQUKy page a6o.

Satoit ou Sais. Roccus, que les AllemaBcIs oat traduit eu wbCf et les Français en rocket,

La saie était cet liabit militaire dont Tusage était . iolerdit aux clercs, et au lieu duquel Us devaient porter ce qu'on appelait casula en latin de ce temps-là, et d'où vient encore aujourd'hui le raot chasuble. Les anciens Germains attachaient la saie avec une agrafe, et elle ne leur couvrait qu'une partie du corps : les plus riches avaient des habits fort justes, qui marquaient la forme des membres , mais qui ne les empêchaient pas de porter la saie, laquelle était un véritable manteau. On distingua toujours dans Thabillement des Germains la saie et V habit (veslis): celui«ci était haut, étroit, quelquefois de plusieurs couleurs, et descendait à pmne jusqu'aux genoux qu'il laissait à découvert ; les mauclics ne couvraient que le liaut des bras. Il y a beaucoup d'apparence que le règlement de police dont je viens de parler* est le même dont parle le moine de Saînt-Gal , lorsqu'après avoir décrit Thabillement français, il ajoute, « que les Francs quittèrent l'usage des frands in^teaux a doubles, profonds et quarrés, qui allaient jusqu'aux a pieds par devant et par derrière, en laissant pourtant « les cotés découverts, depuis le genou jusquW bas, a pour prendre les sayons vayis qu*ils^ voyaient porter a aux Gaulois avec lesquels ils servaient. Cliarles ne a s'opposa point à cette innovation, parce que le sayon « était plus commode pour la-guerre, mais cela ne . u l'empêcha pas de tourner en ridicule les sayons^ qui , « selon lui , ne. couvraient bien ni le corps , ni les a jambes, et qui ne pouvaient servir 4^ eouvecture de

« lit : » cela prouve que les grands manteaux étaient maployés k cet usage. G était méinc un des meubles qui servaient k la décoration intérieure des maisons ; mais, ajoute le même auteur, «Charlemagne, s'apera cevant que les fripons abusaient du changement ar- « tvfé dam la mode, pour vendre ces petits manteaui « courts aussi diers qu'ib avaient yendu les grands, or- « donna qu'on ne leur payerait le prix accoutumé, que « des grands manteaux. » On voit par là que le sajim était un manteau {paUMum) de même que le roccus ou pallium. Ce manteau était communément fait de pelleteries grises ou noires, marquetées de jaune : celui dont Charlemagne se servait en campagne était ordinairement de peau de mouton, et ne valait qu'un sou. U sut mauvais gré aux Seigneurs de sa cour d'avoir porté dans le camp toute la magnificence des Orientaux. Ils avaient acheté des Vénitiens des peaux de phénix qu'ils avaient fait border de pourpre , pour s'en faire des manteaux ; ils avaient de même fiût border de pourpre- des peaux de paon, préparées avec de la sève de cidres. D'auti'es s'étaient liabillés do peaux de loire, et tous ces habits étaient fort chers, car Charlemagne prétendait ' qu'il &Uak les évaluer par lalcns et non par Uvres d'argent. C'était un luxe excessif; mais il me semble qu'il y en avait déjà assez à porter un manteau de pelleterie qui valait quinie bœu£i gras. Pàrmi les officiers de la cour, il y avait un fourreur ou pdletier, ce qui prouve que chez les Francs , comme chez les Germains , les four* rures furent l'habit le plut somptueux, et qu'on mettait de l'art dana la coupe et dans kmélange desdifiijreatei peaux.

34o DBS AVCTBirS FIISUX^ etc.

Targe. Voyez Boi CLIÇR, page aSo.

Tassette. C'était la pièce de 1 armure qui se trouvait AU bas de la cuirasse, et qui couvrait les cuisses de toutes pièces : on l'appelait aussi cuissart.

VouGE. Fauga, i^enabulum. Espèce cFarnies de la longueur d'une hallebarde , qui servit long-temps aux francs-archers. Philippe de G>mmines dît : Il kU donna H* une vouge parmi V estomac. Depuis, les veueurs en ont iait usage.

CHAPTTBE XXVL

SES ANCIENS PRECX , PALADINS ET CHEVALIEIIS ERRANS , ET l>ES CHEVALIERS DE LA TABLE RONDE.

On désignait sous le nom de preux ^ les anciens pa^

ladinSy ainsi nommés du mot latin palatium, parce qu*ik habitaient souvent les palais des grands et des Princes, oii ils exerçaient, sous le nom de palatins , les offices les plus considérables de leur cour. Rolland, Renaud et Olivier, qui étaieut des ii^huces de la cour de Gharlemagne , et dont les auteurs des vieux romans ont décrit les grandes prouesses, sont qualifiés du nom de palaxiins,

£n Angleterre, les romanciers imaginèrent aussi les preux ou les chevaliers de kt Table ronde^ dont ils firent

remonter l'institution à leur prétendu roi Arthur.

L'origine de ces fictions se perd dans la nuit des temps liëroîques.

Ol» AlfGIKirS FRBVX, etc. 34)

Les poètes les firent revivre pendant les premières croisades ; ils attribuèrent à ces guerriers les exploits les plus étonnans. Ces aventures gigantesques suffisaient pour exciter la valeur d'une nation belliqueuse, ignorante et avide de tout ce qui portait un caractère de merveilleux. On conservait encore dans le seizième siècle la forme de l'habillement des héros de ces siècles reculés; et dans les joutes et les tournois, on accordait le nom de preux à ceux qui se distinguaient par leur valeur et leur probité : ce sont des titres qu*ont mérités le connétable Dugueselin, le Chevalier Bayard, et tant d autres guerriers renommés.

François P% le prince le plus galant, le plus spirituel et le plus brave de son temps, se disait un plaisir de paraître quelquefois devant ses courtisans, habillé comme ces preux du premier âge, armé de toutes pièces , ayant des brodequins , une sorte de mante en forme de draperie, et la barbe parsemée de boutons d'or, de paillettes et de poudre du même métal.

Lorsque le Duc de Lorraine ^nt , après la journée de Nancy, rendre les derniers devoirs à Charlcs-le-Téméraire, tué à cette bataille, il portait, disent nos vieilles dironiques, une grande barbe d'or, venant jus^ qu'à la ceinture, à l'imitation des anciens preux, et en mémoire de la victoire qu'il venait de remporter.

La devise des anciens preux était : Fais ce que dcis^ advienne que pourra.

Ou nous montre encore les anciens paladins comme des chevaliers errans qui cherchaient des occasions pour signaler leur valeur et leur galanterie. I^es combat et Tamour étaient leur unique occupation, et pour justl-

34a m» AnGun» pmsox, etc.

fier qu'ils n'ëtaicnt pas des hommes vulgaires , ils publiaient de* toutes parts que leurs maîtresses étaieot les piuft belles personnes qpi fussent au monde, et ib obligeaient ceux qui n'en convenaient pas volontairement, de 1 avouer ou de risquer leur vie dans un combat singulier.

L'idée des paladins, protecteurs de k vertu et de la

beauté des femmes, conduisit à la galanterie. Cet esprit se peq)étua par l'usage des tournois , qui, unissant ensemble les droits de la valeur et de Tamoinr, donnèrent encore à la galanterie une grande importance.

Cette bravoure romanesque des anciens Chevaliers était autrefois la chimère des Espagnols, chez qm il n'y avait pas de cavalier qui n'eût sa dame, dont il devait mériter l'estime par quelque action héroïque. Le Duc d'Albe lui-même, tout grave et tout sévère qu'il était, avait, dit-on, voué la conquête du Portugal à une jeune beauté. L'admirable roman de Don Quichotte est une critique fine, et de cette manie, et de celle des auteurs . eqpagnols à décrire les prouesses et les aventures incroyables des Chevaliers errans.

M* le Comte du Buat dit qu'on trouve dans les Combats judiciaires l'origine de l'attribut essentiel des freux CJtevaliers, qui était de protéger ks dames et les demoiselles. Dans l'impuissance où elles étaient de se défendre elles-mêmes ^ les armes à la main, il £dlait qu'elles trouvassent un champion , ou elles perdaient leui procès. Les braves se firent tous un devoir d'être leur:» cliampious, autant par galanterie que par buvanité

BBS OMIiiBS BOTAOX DB GnTAXVMZ. 343

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