CHAPITRE XXVII
dÙ ordbbs boyaux db cbbvalbbib.
( C*c9t»à-^re » ceux dont lâ création et les statuts sont dns à
nos Souverains.)
L'origine des Ordres de Chevalerie régulièremeiit institués vient des associations religieuses qui se formèrent-en Palestine, telles que celles des Chevaliers de Saint-Jean de * Jérasalem , du Saint - Sëpidcre et des Templiers, pour protéger et secourir tous les chrétiens qui venaient d'Occident , afin d'accomplir leurs vœux , et coaoourir à k défense de la foi. « A Texemple de ces « personnages dëvourfs au service de INeu dans les « fonctions militaires, les Princes, dit le P. Menestrier, « ont institué des Ordres de Chevahen dévoués à leurs « personnes et à leur service , les engageant par sertt ment à être leurs hommes-liges, et leur donnant, pour « marque et symbole de oe dévouement , un collier ou « uiini]»nsiirrépttttle, ou ime médaille sur la poitrine.»
Ces Ordres réguliers, institués par les Souverains pour récompenser des services rendus à l'État, soit dans k civil , soit dans le militaire , étaient difFérens de VOrdre de Oieifakrie dont j'ai parlé précédemment , et Brantôme s'en explique ainsi : « François P'^, ne se vou- « lant pas contenter de l'Ordre de Saint«>Michel , vou- « Uit> à -la bataille de Marignan , être Cheualier de
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« Chevakrie par les maios du brave Chevalier Hasard ,
. « qui ii'étoh que Chevalier de Chevalerie, et non de a l'Ordre encore , comme il le fut après. » Et Castelnau ajoute : « Dans randenne Chevalerie , le titre de Che- « valier était un honneur qui ne donnait aucun rang , a mais qui rendait les personnes si coiisidëral^les , que « cela a donné lieu aux ordres de Chevalerie qui furent « inventés dans la suite , pour mettre une distinction « entre les Chevaliers , à cause de la quantité qui s'en (c était faite dans nos guerres avec les Anglais. »
« Le premier Ordre royal de Chevalerie , dit Saint- « Foy, qu'il y ait eu en France a été celui des Chevaliers a de Notre-Dame de la noble Maison, Le Roi Jean a l'institua le 6 novonbre de l'an i35i : cette nohle « maison était son palais de Saint-Ouen , autrement dit a Clicliy, entre Paris et Saint-Denis. Les Chevaliers a devaient s'y rendre et s'y assembler chaque année, le « i5 août, féte de l'Assomption de la Vierge. On les tf appelait aussi les Chevaliers de Y Étoile , parce qu'ils a portaient une étoile sur leur cliaperon et sur leur « manteau ; il y avait aussi, au centre de l'étoile, un « petit soleil d'or sur un fond d'azur; chaque Chevalier tt portait au doigt un anneau autour duquel son nom et a son surnom étaient écrits ; ils avaient pour hahille^ « ment de cérémonie un grand manteau rouge doublé de a menu-vair; sous ce manteau, une soutane ou tunique a blanche qui descendait jusqu'aux pieds; leurs souliers « étaient d'étoffe d'oc Les principaux statuts portaient «t que le Roi Jean , comme inventeur et fondateur de tf. l'Ordre, en serait le chef, ainsi qu'à l'aveuir les Rois, V ses successeurs ; qu'aucun des Clievaliers o'eotrepren-
DIS ORDUS ROYAUX DB CHEVALEIUB. 34^
« drait un voyage lointain sans en avertir le chef; que « chaque Chevalier jurerait qu'autant qu il serait eii « son pouvoir, il aiderait le chef de ses conseils , ainsi « que d'armes et autres moyens ; que celui qui serait « d'un autre Ordre le quitterait pour entrer dans celui- « ci) et que s'il ue le pouvait bonnement quitter, celui- « ci serait toujours le premier. La plupart des historiens « disent que cet Ordre était dëjà très-avili sous le règne « de Charles Y, et qu il continua de s aviUr au point « que Charles VU, pour Taholir en qudque sorte, et « pour que personne ne se souciât plus de le porter, le a donna, en i4/|5, au capitaine du guet, et ordonna « qu'à l'avenir ses archers porteraient une étoile sur « leurs casaques. D'autres soutiennent que Louis d'Or- « léans, fils de Charles V, le portait; que Charles VII , a en 144s I donna au Prince de Navarre, Gaston de « Foix , son gendre, et que par conséquent cet Ordre « n'était point tombé dans l'avilissement; que d'ailleurs, a dès l'année 1^549 àai^^ une ordonnance de St. Louis, « le capitaine du guet était qualifié miles gueti; et « qu'il est très-certain que 'miles était un titre très* a distingué. Sans entrer dans cette discussion, je dirai « seulement qu'en étendant, par un des statuts, le « nombre des Chevaliers de l'Étoile jusqu'à 5oo, le « Roi Jean ota presque tout Téclat qu'il voulait donner « à cet Ordre, et l'émulation qu'on aurait pu avoir pour « y entrer; qu'aussi ne voyons-nous point que Bertrand « Duguesdin , Olivier de Clisson , Tanneguy du Châtel « et d'autres grands hommes, sous les règnes de Char- « les y, Charles YI et Chades VU, en aient été déoo- « rés : preuve très*oertaine qu'ils ne s'en étaient pas
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<c souciés. La marque de cet Ordre ëtatt une étoile « avec CCS mots ; Monstrant Regibus astra viam , fai- « saut allusion à 1 étoile qui conduisit les trois Rois à «( Bethléem.»
L'Ordre royal de Saint- Michel est le premier des Ordres considérés comme de fondation royale; il fut institué le i^' août i4^9 ^ Amboise, par le Roi Louis XI, qui en donna les statuts en soixante-six articles, auxquels il lit encore des additions le ^% décembre 1476. Giarles IX en donna de nouveaux en i565 , et Henri HE en i574*
I/Ordrc ne devait être composé que de trente-six gentilshommes de nom et d'armes ; le Roi en était le Grand-Maître; les Chevaliers ne devaient point être retenus dans d'autres Ordres , à rexception des Princes étnmgers auxquels le Roi se réservait de le conférer.
Les Chevaliers ne pouvaient accepter de service ni de récompense des Princes étrangers sans la permîsnon formelle du Roi; ils devaient professer la religion catliolique, apostolique et romaine.
Cet Ordre fut en grande vénération sous Louis XI et ses successeurs, et on y comptait des Rois de Suède, de Danemarck, d'Éoosse, l'Empereur Charles-Quint, Philippe II, son fils, et les Rois d'Angleterre, Heiu'i VIII et Edouard VL « La distinction d'en être, dit Brantôme, était si précieuse et si chère, que Ton a vu plusieurs gentilshommes et seigneurs obtenir plutôt une compagnie de gendarmes que le eolKer de Sain^ Michel, m^me attendre long-temps après; car ce n'était pas le tout de oombattre, et de faire qadques petites •prouesses, il en fallait &ire quantité pom^ le mériler.
OItimK ROT4L OB SAIHT-XKS&BL. 34?
OU l)ioii eu faire une très-signalée... On en a vu qui avaient donné leurs biens , comme fît M. de Chateaubriaad, qui donna sa belle maison de Cbâteaubriand h M. le Connétable de Montmorency, pour qu'il lui fit obtenir d'être ijn des Chevaliers de cet Ordre. »
Ceux qui en étaient déeorés étaient qualifiés Cfiem» Uers de F Ordre du Moi, et eet honneur ne fut effectivement décerné qu'aux gentilsiioinme des preniitTes maisons du royaume, et qui s'en étaient rendus dignes par des services signalés.
Sous le règne d'Henri II, on le rendit tellement vénal, et Catlierine de Médicis le prodigua à un tel point, qu'on n'en 'Bt presque plus de cas.
Cependant, le Roi Louis XIV le r^orma en 1661, le réorganisa par les statuts du la janvier iG65, et fixa à cent le nombre des nouveaux Chevaliers, dont six devaient être ecdésiastiques, six de robe, et le reste d'épée, lesquels feraient tous preuve de service de dix ans, et de trois degrés de noblesse, c'cst-à->dire , du présenté, de son père et de son aïeul.
L'article 9 de ces statuts est conçu en ces termes : « Sa Majesté veut qu'aucun des confrères ne se puisse n.dispe&fier de porter la croix de l'Ordre, qui smde la « roAme fiarme , plus petite de la moitié de celle du « Saint-Esprit, à l'exception de la colombe qui est « au milieu, au lieu de laquelle sera représentée en . « émail l'image de Saint-Michel, laquelle sera pcutée « en écharpe, avec un ruban noir. »
Le Roi avait permis à quelques Chevaliers de porter oette croix attachée à la boutonnière du justanoorpSj avec un ruban bleu d'un pouce de large; cela
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fut abroge : il a r^lé, le i^' jaîliet 1721, que
l'article 9, <jui vient iFetre rapporté, serait exécuté.
Le Roi était le Grand Maître, et commettait tous les ans deux Chevaliers de ses ordres pour présider à ses deux chapitres et au% réceptions.
Cet Ordre fut destiné dans la suite à récompenser des services civils, et il fut décerné à des gens de robe, de finance, d'ëchevinage , k des hommes de lettres et des artistes distingués par leurs talens. Le Roi accordait des lettres de noblesse ou de dispense , à ceux qui ne pouvaient faire leur preuve d'ancienne extraction.
Les Cbevaliei-s portaient, dans l'origine, une médaille suspendue à une chaîne d'or ou à un cordonnet de soie noire; le grand collier devait être de la valeur de deux cents écus d'or, sans qu'il fât permis de l*enrichir de pierreries. Il était composé d'SS et de coquilles entrelacées , d'où pendait une médaille d'or, représentant l'archange Saint*Michel , avec cette de» vise : Immensi tremor oceani. Le grand cordon de soie noire moiré se portait en écharpe sur la veste; U croix de l'Ordre était au bas de ce cordon.
L'habit dtî cérémonie, sous les règnes de Louis XI, Charles VUl, Louis XII et François l^**, consistait dans un manteau de damas blanc à longue queue, doublé d*hennine , et enrichi tout autour d'une broderie d*or en coquilles; le chaperon, brodé de même, était de velours cramoisi.
Dans la cérémonie cél^rée à Lyon, par Henri II , le septembre i548, les Chevaliers avaient un man- X^a de drap d'argent, traînant jusqu'à terre, rattaché elt .|pd>ras8é comme celui du Chancelier 1, et Unit autoar
oaDEfi ROYAL DU SAINT*S&PiUT. ôq^
du manteau c était une riche broderie en or qui formait
alleriiativemeiit des coquilles et des croissaiis, avec des trophées 9 des rayons et des ilammcs; ils portaient, sur leur diaperon de velours cramcMat et brodé d'une semblable broderie, le grand collier de l'Ordre; l'Iiaiiilleinent de dessous était de velours ou de satin blanc.
Ordre rotal du Saiht-Esprit. Il fut institué le 3i décembre iSyS, par Henri III, sous le nom et à l'honneur du Saiut-£sprit , parce que le jour de la Pentecôte il avait été élu Roi de Pologne , et
qu^à pareil jour, en 1 674 , il avait succédé à la couronne de France par la mort de Cbarles IX, et il en fit l'inauguration dans rëglise des Grands- Augustins de Paris.
Les principaux statuts de Tordre portaient que le Roi en serait le Chef et Souverain Grand-Maître, cette souveraine et grande-maîtrise étant à jamais unie et incorporée k la couronne; que le lendemain de son sacre il recevrait, des mains de celui qui Faurait sacré, le grand manteau et le collier dudit Orilrc, après avoir juré, sur le livre des saints Évangiles 9 d'en observer et faire observer les statuts ; qu'il y aurait dans ledit Ordre quatre Qirdinaux et quatre Archevêques, Évéques ou Prélats, et que le Grand -Aumônier de France y serait associé par sa place, ainsi que tous ses suc( esseurs; qu'on ne pourrait y être reçu si l'on ne faisait profession de la religion catholique, apostolique et romaine, et qu'après avoir prouvé qu*on était gentilhomme de trois races paternelles au moins; que les Priuces y seraient admis à vingt-cinq ans accomplis, et les Ducs et gentilshommes à trente-cinq, ainsi que les Princes étrangers établis en France , et qui étalât re-
35o DES ORDRES JlOYAUX DE CHEVALEfilE.
coniMU pour être issus de maison soavevame. A legard
des Princes du sang, ils étaient susceptibles de FOrdro dès qu'ils avaient fait leur première communion ; je dis susceptibles , le fioi étant le maître de différer de les adtnettfe aussi lon^f^emps qu'il le jugeait à propos. Les Fils de France étaient décorés de la croix et du cordon bleu dès Tinstaot de leur naissance, mais sana fiûre nombre parmi les Chevaliers jusqu'à ce qu'ik eussent été reçus.
Le nombre des Chevaliers était fixé à cent, outre le Roi; on ne pouvait dépasser ce nombre.
Avant d instituer le Chevalier du Saint-Esprit, le Roi le créait Chevalier de l'Ordre de Saint-Micbel , dans son cabinet; c'est pourquoi les Chevaliers du Saint-Esprit s'intitulaient Chevaliers des Ordres du Roi y tandis que ceux de Saint-Michel ne pouvaient s'intituler que C%mi/eieri^<^/'OAifr)e^ai^'> ou Chevaliers de l'Ordre de Saintrlfichel.
La réception d'un Chevalier du Saint-Esprit se faisait immédiatement après la célébration de la messe. L'habillement des novices consistait dans un pour* point et trousses d'étoffe d'argent, caleçon, bas de soie, et souliers blancs; le fourreau de l'épée était de la même couleur, la garde et la poignée d'argot* Us avaient encore un rabat de point d'Angleterre ( i ) , et ^ sur les épaules un capot de velours-razaoir; leur toque, au lieu de chapeau, était noire, garnie d'un bouqiiet de plumes blanches et d'une masse de héron. Us se
(1} Sous les règnes de Henri III et de Henri IV, c'était une fraise goudr«inné»
pi-oitenuûent aux genoux du ttoi assia sur aou trdne,
placé dans le chœur, du côte de Févangile; et après qu ils avaient iait et sigué le serment, on leur otait le capot, et Sa Majesté leur doniiaii le grand manteau et le coOier de FOrdre.
Ce grand manteau, retroussé du côté gauche et ouvert du côté droit, était de velours ooix doublé de satin jaune orangé; il était semé de flammes et de langues de feu, hrodées en or; le tour était une broderie aussi eu or, large de dix pouces : le mantelet par-dessus ce manteau, et brodé de la inéme façon, descendait assez bas sur la poitrine et sur les épaules; il était de moire vert-naissant et d'argent. La broderie du manteau et du mantelet 9 et les obainons du grand collier, formaient dans l'origine des A, des f , des A, lettres grecques , des H et des M*
Henri IV, en 1597, fit suppriner tous ces cliiiTres et monogramoMs, en sorte que les dbainons du gnmd
coUier ne fonnèrent phis que des trophées d'armes, d'où naissaient des flanmies et des bouillons de feu, entreioê- (és de fleurs de lys et des lettres HH. LL. couronnées.
Les Cardinaux , les Prélats, le Grand-Aumonier, et les. qufitre Grands-OfEciers de l'Ordre, ne portaient point le ooUier ; ils le remplaçaient, par un large ru* ban bleu céleste moiré, porté en sautoir, et au bas duquel pendait la croix d'or de l'Ordre; et comme ils ne reoevaienA que l'Ordre da Saint-£sprit, leur croix portait des deux côtés l'image d'une colombe. Les au« très Chevaliers portaient le collier qui devait être de la valeur de deux cents écus d'or (sans être d'or ni de pierreries), d'un large ruban bleu céleste moiré, passé
35 DES ORDRES ROYAUX DE CHEVALEiUE.
eo écliarpe, et au bas duquel pendait une croix d*or,
qui , (l'un coiv , représentait une colombe dargcnt , et de l'autre, TeflBgie de St.-Michei.
Tous les Chevalters portaient sur leurs manteaux de cérémonie, ou sur leurs habits, une plaque brodée en argent, représentant la croix de TOrdre, chargée au milieu d'une colombe aussi d'argent.
L'âge requis pour être Chevalier était trente- cinq ans accomplis.
La devise de TOrdre était : Duce et auspice. Le serment des Commandeurs était celui-ci : « Je jure et voue à Dieu, en face de son église, ot vous promets. Sire, sur ma foy et honneur, que je vi* vray et mourray en la foy et religion catholique , sans jamais m'en départir, ni de Funion de notre mère Ste.- Eglise, apostolique et romaine; que je vous porteray entière et parfidte obéissance , sans jamais y manquer, comme un bon et loyal sujet doict faire. Je garderay, déffendray de tout mon pouvoir, Thonneur, les querelles et droits de Votre Majesté Koyaie, envers tous et contre tous; qu'en temps de guerre, je me rendray à vostre suite, en l'équipage tel qu'il appartient à personne de ma quaUté; et, en paix, quand il se préseutera quelque occasion d'importance ; toutes et quantes fois il vous plaira me mander pour vous servir contre quelque personne qui puisse vivre et mourir, sans nuiie excepter, et ce jusqu'à la mort; qu'en telles occasions, je n'abandonneray jamais vostre personne , ou le lieu où vous m'aurez ordonné de servir, sans votre exprès congé et commandement, signé de vostre propre main, ou de celui auprès duquel vous m'aurez ordonné d'es-