‹ De l'ancienne FranceChapitre 62 sur 105 · ORDRES P£ CH£VAL£R · texte numérisé non relu

ORDRES P£ CH£VAL£R

reçus dès leur naissanoe ou eu bas-age, ce qui ne poavait avoir lieu sans une dispense du Pape. Ils allaient

ensuite à Malte à l'âge de quinze ans pour commencer leur noviciat et faire leurs caravanes : le droit de passage et autres frais étaient de 7^374 livres tournois.

Les Chet^'alierS'Pages du Cirand-INlaîtrc étaient au nombre de seize ; ils commençaient leur service près de sa personne à Tâge de douze ans, et à quinze ans ik le quittaient pour entrer dans le noviciat. Le droit de passage et autres frais étaient de 3,i85 livres tournois : ils portaient la livrée du Grand-Maitre, et étaient entretenus à ses frais.

On appelait caramnes les campagnes de mer que les Chevaliers étaient obligés de &ire contre les Turcs et les corsaires , afin de parvenir aux commanderies et aux autres dignités de l'Ordre : on les nommait ainsi parce que les Chevaliei^s ont souvent enlevé la caravane qui va tous les ans de Gonstantinople à Alexandrie.

Pour être CapaXy il fallait avoir fait ses cai'avanes et une résidence de trois ans au couvent.

Le Biens&vi était un titre accordé aux généraux et aux capitaines des galères. Par ce titre, ils devenaient aptes à posséder toutes sortes de commanderies et de dignités, comme ayant rempli les obligations nécessaires pour être Capax,

La croix de l'Ordre est d'or, à huit pointes, émailiée de blanc, suspendue à la boutonnière par tt& ruban noir moiré.

Dans leurs armes, les Chevaliers portent en chef celles de TOrdre , qui sont de gueules à la croix d'argent ; et posent leur écu sur la croix de TOrdre , qui

est enlacée d'un cliapelet de corail ombré dur, doii pend la croix dudit Ordre.

Les services rendus à la chrétienté par l'Ordre de

Malte , depuis soa instilutioa , sout consacres dans Thistoire.

Ce fut d'abord un Ordre hospitalier que la cliarité

fit naître, et que le zèle pour la défense des saints lieux, et les pèlerins qui venaient les visiter armèrent contre les infidèles ; il devint dès lors militaire , et tous ses Chevaliers couvrirent sans cesse les mers pour protéger les chrétiens de toutes les nations contre les attaques et les pirateries des Turcs , qui les emmenaient esclaves dans leurs possessions d'Asie et d'Afrique. Dans ce tumulte des armes, et au milieu d'une guerre continuelle, les Chevaliers de Malte surent allier les vertus paisibles de la religion à la plus haute valeur dans les combats ; et plus d'une fois les Empereurs de Constant inople ont vu leurs forces reculer ou s'anéantir devant celles de ces illustres défenseurs de la foi et de Thumanité.

La France peut s'enorgueillir d'avoir fourni trentedeux Grands - Maîtres à cet Ordre illustre , dont Teidstence politique a pris fin le la juin 1798.

IjC sacré Conseil et le Lieutenant du Magistère se réfugièrent d'abord à Catane , d'où ils transférèrent le siège de l'Ordre à Ferrare, en Italie, sous le gouvemeinént itt Bailli Buseay duquel devaient essentiellement émaner tous les actes concernant cet Ordre.

Lorsque les Chevaliers de Malte entraient en campagne , ils portaient^ sur leur habit, une subrevcste oii <Ialmatique rouge, oru<''e devant et tlerrièrc de la grande croix blanche de l'Ordre.

ô'jtP DES ORDIUBS OE CHEVALERIE.

U y avait en France , dans la province de Quercy, aa diocèse de Cahors, deux maisons de Chevalières de

l'Ordre de Malte , Tune à Bcaulieii , l'autre à Martel , dont la fondation remontait au douzième siècle. I^es preuves de noblesse exigées étaient celles de l'Ordre de Malte , dont ces religieuses étaient décorées.

Ordre du Temple. La fondation de cet Ordre reli* gieux et militaire est due à Hugues de Paganis (des

Payens) , terre située en Champagne ; il était issu des Comtes souverains de cette province. U s'associa, pour cette entreprise , Geoffroy de Saint-jidémar ou SmM' Orner, et sept autres gentilshommes qui se réunirent à Jérusalem, en 1118, pour la défense du Saint-SépuJcre, ét à l'effet de protéger les pèlerins qui y abordaient de toutes les contrées de rEurope.

Us furent d'abord appelés k$ Pamres de la sainte Cité, pratiquant l'indigence ; et ne vivant que d'aumônes. Us faisaient les trois vœux de religion entre les mains du Patriarche de Jérusalem, c'est-à-dire, ceux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance , auxquels ils ajoutèrent celui de défendre les pèlerins et de tenir les chemins libres pour ceux qui entreprenaient le voyage de la Terre-Sainte.

Le Aoi de Jérusalem , Baudouin II, les établit ensuite dans une maison située auprès du temple de Salomon , et c^est de là qu'ils furent nommés Templiers , et qu'on donna le nom de Temple à toutes les maisons qu'ils fondèrent depuis dans les divers pays, et cdni de Mi' Kce du Temple aux (Sievalim de leur association , Iratres Templi,

ORDRB DU TEAfPLB.

Les Prélats et les Grands imitèrent bienlùt la niiinificeace de Baudouin 11, et leur firent des dons oon* sidërables.

Ils n'agrégèrent personne à leur société avant Tan iia8, qu'Uugues de Paganis et cinq de ses Chevaliers se rendirent au G>ncile de Xroyes, en Champagne, présidé par TEvéque d'Albe, Légat du Pape Honorius II, à l'effet de demander au Concile uue règle pour leur institution. Ce fut Saint Bernard qui fut chargé de l'ëtablir ; mais ne pouvant se rendre au vœu du Concile, à cause des grands projets qui! méditait, il chargea Jean de Saint-Michel de la dresser, ce qui n'empêcha pas Saint Bernard de composer, en 1 135 , une exhortation aux Chevaliers, et de leur tracer une règle admirable de conduite. Le Concile ordonna en outre qu'ils porteraient l'habit et le manteau blancs ; et en i j le Pape Eugène ITT décida qu'ils appliqueraient sur leur manteau une croix rouge. Lu des articles de la règle permettait à chaque Chevalier d'avoir trois chevaux et un Eeuyer, pour son service en campagne, et leur défeudait l'exercice de la cliasse, leur principale occupation devant être de protéger les péle* rins et défendre les saints lieux.

L'esprit de chevalerie qui dominait alors, et qui tendiut aux actions les plus brillantes et les plus généreuses , fit qu'une infinité de Français et d'autres Européens vinrent grossir le nombre de ces guerriers , et partager la gloire de leurs combats contre les infidèlcjs, non-seulement en Asie, mais dans toutes les autres contrées de l'Europe. Cet extrême dévouement pour le service de la rchgion les iil encore nommer les 6oLdaU

ÔJO DKS OKDllFS DK CUË VALERIE.

eiu Christ et la Milice de Salomon ; et fut cause qu*Ai-

fonst», Roi d'Aragon et de Navarre , les institua par son testament de Tan i héritiers de ses Etats , coujoiatement avec les Gheraliers de Saint-Jean de Jérusalem; mais ces dispositions ne furent par exécutées , les Templiers obtinrent seulement quelques compensations.

En 1 1469 ils prirent part à la guerre qui eut lieu en Espagne, contre les Maures, et y firent des prodiges de valeur.

L'année suivante, 1147» ^ remarquable par l'assemblée de cent trente Chevaliers de cet Ordre; die se

tint à Paris, dans le palais du Temple, qui leur appartenait; et le Roi de France Louis VU, dit le Jeune, et le Pape Eugène III, y assistèrent en personne; on y décida les alliiircs de la Terre-Sainte.

Ce même Monarque, s'étant engagé trop avant dans la. Pamphylie, son armée fut battue par les Infidèles, et continuellement harcelée dans les défilés quil ne connaissait pas ; Evrard des Barres, gentilhomme français et Grand* Maître de cet Ordre, accourut avec un nombre considérable de ses Chevaliers , tira le Roi et son armée de la malheureuse position où ils étaient , leur servit de guide, et contribua à leurs succès dans la Syrie.

La ruine du royaume de Jérusalem ayant eu lieu en 1 187, par la perte que les Chevaliers du Temple et lea Croisés firent de la bataille de Tibériade , gagnée par Saladin , força l'Ordre des Templiers à quitter la Palestine pour se réfugier à Margat, de là en Chypre et à Nicosie, où ils éprouvèrent de nouveaux désastres, malgré les efforts qu'ils firejit pour leur défense.

ORDRE OU TEMPLB. J79

Cependant tout n'était pas encore désespéré lorsque Saint Louis arriva, en ia48 > devant Damiette, et que Guillaume de Sonnac vînt seconder les efforts du Monarque, pour la prise de eelte ville. Saint Louis, témoin de sa valeur , de sa prudence et de son habiietc , lui confie 9 Fan laSo, Favant-garde de son arm^, avec ordre au (lomte d'Artois de le suivre. I.e Comte, pour avoir désobéi et méprisé les avis de Sonnac , est cause de la déroute des Francs à Mansourah , où lui - même périt le 5 avril ; Sonnac y perdit un œil ; trois jours après, il fut tué dans une nouvelle action qui entraîna la ruine de Tarmée et la captivité du Saint Roi.

Cette catastrophe et les dissensions surveiuies entre les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalehi contribuèrent à la ruine des affaires des Chrétiens en Orient. Les Musulmans, ayant réuni, en i3oo et i3o3, des forces considérables, reprirent Jérusalem, et obligèrent les Chevaliers à retourner dans l'île de Chypre.

Tant de désastres arrivés en Asie ne furent que le prélude de ceux qui devaient amener la destruction totale de rOrdre.

Les Ten^liers, dont les richesses étaient considérables en Europe (1), et surtout en France, où ils avaient eu la prévision de former de grands établissemens , se livrèrent à des dépenses excessives, à des plaisirs que des hommes de guerre ne ppuvaient avoir la

(i) On porte au nombre de neuf mille les couvcns , fiefs ou seigneuries qu'ils possédaient eu Europe.

38o i>£& ORDRES DE CUEVALERIK.

politique de voiler , et excitèrent contre eux Tenvie et

la jalousie de ceux qui ne pouvaient , faute d'argent , les imiter dans leurs profusions et leur orgueil.

Mais les véritables motifs qui contribuèrent à leur perte, c'est que le Roi Philippe-le-Bel était secrètement irrité contre eux , parce qu'on lui avait suggéré qu'ils avaient fomentë sourdement, en i3o6, la révolte qui eut lieu à Paris, i raison de Ténormité des impôts, et de l'altération des monnaies commise par ce Prince et par ses ministres ; à cause des secours d'argent qu'on pré> tendait avoir été fournis par eux au Pape BonifaceVIII, ennemi déclaré de Philippe-le-Bel ; et enfin , parce qu'ils déversaient hautement le blâme sur la conduite de ce

Prince et celle de ces deux favoris , Ënguerrand de Ma-

rigny, Surintendant des finances, et Etienne Barbette, Prévôt de Paris et Maître des monnaies. PliilippC'le-Bel avait non-seulement à se venger des Templiers, pour ces trois points capitaux , mais il entrevoyait encore , dans la destruction de leur ordre, la confiscation de leur immense trésor et de leurs grands biens à son pro* pre profit. Il s'entendit à cet effet avec le Pape Clément V, Français de naissance, qui lui devait toute sou élévation; et en Tannée i3o5, Jacques de Molay, de l'illustre maison des Sires de Longwyc et Raon, dans le comte de Bourgogne, et Grand-Maître des Templiers, ainsi que ses grandfroffîciers, et tous les sujets de l'Ordre en général , furent représentés au Pape Clément Y comme des apostats, des hérétiques, des abominal)les. Le Pape manda en France le Grand-Maître du Temple avec celui de l'Hôpital, pour ôter tout sujet de soupçon au premier. L'an i3o5, de Molay arriva, avec soixante

Chevaliers , à la oour d'Avignon. Le Pape Tamusa ju»-* qu'à la conférence de Poitiers : elle se tint Tannée suivante entre ce Pontife et le Koi de France. On y concerta les mesures convenables pour supprimer la chevalerie du Temple. Le Grand-Maître et ses lieutenans , instruits de ce qui se tramait contre eux , vont se jeter aux pieds Pape, le suppliant d'informer sur les faits dont on les accuse. On informe, mais de quelle manière ! Deux scélérats, renfermés pour leurs crimes, Tun templier apostat, et l'autre, boui^eois de Bëziers, sont re» çus dénonciateurs contre tout l'Ordre. Le i3 octobre de Tan i3o7, soixante Chevaliers, avec le Grand-Maître,, sont arrêtés à Paris.. Le secret fut si bien gardé, que tous furent saisis au même jour et à la même heure sur les divers points de la France. Le novembre , le Pape mande à tous les Souverains de l'Europe de sévir contre les Templiers. Depuis ce temps, de Molay passa des prisons de Paris dans celles de Gorbeil; de là il fut conduit à Chinon, et enfîn ramené à Paris, où Ton acheva son procès, après lui avoir fait subir la question. L'an i3i49 le i8 mars, il fut condamné au feu pour n'avoir pas voliIu confirmer les aveux qu'il avait fait dans la torture, et les avoir publiquement retractés. L'exécution se fit sur la place Dauphine, d'autres disent à l'endroit même où est placée la statue d'Henri IV, sur le Ponl-Neuf. Le Grand- Maître eut pour compagnon de supplice Guy, frère de Robert in, Dauphin d'Auvergne : tous deux protestèrent de leur innocence en mourant.

On fit subir, en outre, des tortures cruelles à plus de cent Chevaliers, et on en brûla vifs cinquantenaenf

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en nm jour, près de Tabbaye Saint -Antoine, à Paris; ik protestèrent tous de leur innocence

La bulle de Clément V, pour la suppression de l'Ordre, fiit publiée le 3 avril i3ia, et elle dispose des biens des Templiers en faveur des Chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem. Le Parlement de Paris, en conséquence de cette décision, rendit un arrêt qui envoyait ces derniers en possession ; mais en adjugeant' au Roi , sur ces biens, une provision de 200,000 livres: somme immense pour ce temps, sous le prétexte de couvrir les frais de cette procédure. Louis-le-Uutin , fils de ce Prince , se fit également compter une somme de 60,000 livres, et il fut convenu quil aurait, en outre, les deux tiers de leur trésor, les meubles de leurs maisons, les omemens de leurs églises, et tous les revenus échus depuis le i3 octobre iSoj jusqu'à l'année i3i4; et le Pape prit aussi sa bonne part des dépouilles des malheureux Chevaliers.

Si Pliilippe-le-Bel n'était pas considéré dans l'histoire comme un Prince vindicatif, fier, avide, prodi» fue, et s'abusant toujours sur les moyens que ses ministres employaient pour lui trouver de l'argent; si ces ministres eux-mêmes n'avaient pas eu à se venger des Templiers, pour le biftme qu'ils répandaient sur leur conduite; criminelle; si le Roi son fils et le Pape n'avaient pas^ copartagé leurs trésors, et si encore on n'avait pas retrouvé des lettres de Philippe-le-Bd au Comte de Flandre, datées de Melun , de l'an i3o6,par lesquelles il le priait de se joindre à lui pour extirper les Templiers, on n'oserait se prononcer sur la moralité de ce procès fameux ; mais diaque fois que la confiscation

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|ieut tourner au profit de ceux qui font administrer la

justice, et qu'au lieu de justifior leurs jugemens par production de preuves évidentes et susceptibles de dissiper les doutes des contemporains et de la postérité , ils se bornent st ulement à faire accuser et condamner, on doit nécessairement les accuser eux-mémesy et considérer les jugemens qu'ils ont fait rendre comme iniques et odieux.

Les accusations qu'on fit valoir alors contre les Templiers étaient d'une absurdité et d'une impudeur qui

ne trouve dVxcuses (jue dans la crédulité et dans le fanatisme de Tépoquc; elles portent:

Qu'ils reniaient Jésus-Christ en entrant dans l'association ;

Qu'ils crachaient sur la croix ;

Qu'ils adoraient une tête de bois, dorée et argentée, qui avait une grande barbe, et qui était montée sur quatre pieds ;

Que le récipiendaire baisait le Chevalier profès qui faisait sa réception, à la bouche, au nombril et sur des parties qu'on ne peut nommer;

Que ce récipiendaire jurait de s'abandonner à ses confrères, et de servir à leurs passions et débauches.

J'ai lu , pour rédiger cet article, les statuts des Tem* pli ers , et loin d'y reucoulrer rien qui ait trait à tant d'infomiesy je n'y ai vu qu'un respect profond pour la religion du Christ, une saine morale et un esprit de

confraternité et de pratique de vertus qui feraient encore honneur à des associations du siècle*

La base de oes statuts était, au contraire, de profes»

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