‹ De l'androgyneChapitre 5 sur 7 · LANGE · texte numérisé non relu

LANGE

En Chine, le dragon paraît avoir été androgyne. Les Hoangs avaient un visage de fille et un, corps de serpent. « Une femme à longue barbe a été le principe de nos malheurs ».

Je ne connais pas assez Uiconographie chinoise pour avoir une opinion, mais les encyclopédies mentionnent toutes que le premier homme fut créé androgyne. Les sémites sont sans art, à Jérusalem comme à Sidon. L’île de Chypre nous montre un étrange métissage entre le goût phénicien et l’hellénique, entre l’Asie et l’Europe.

Même sous les vêtements égyptiens ou assyriens, la statuette chypriote a un style à part, de nature érotique; les

statues d’un temple d’Idalie qui sont à New- York, celles de Dalili et d’Athiénau, rentrent dans un type gras et efféminé, différent de l’androgyne, mais que les superficiels invoquent afin de calomnier un mythe embarrassant pour les monopolisateurs de la vérité. Le torse de Sarfend qui qui est au Louvre et le buste d’Amrit manifestent la même effémination, dirai-je, le même vice?

La perversité de l’homme s’est exercée ici comme sur les autres points. Des Oedeschim aux mignons d’Henri III, il y a toute une suite d’antiphysisme qui donne la caricature de l’androgyne et transforme en laideur perverse le plus harmonieux

moment de l’humaine nature.

L’androgyne eut son avatar romain dans Antinous. L’empereur Hadrien adorait la Grèce et ce culte ne fut pas étranger à sa passion. A cette inspiration, nous devons le Narcisse de Pompéi et les versions romaines de l’éphèbe gras. Le génie réaliste des romains qui n’a créé que dans le domaine civique et dont les aqueducs valent mieux que les temples, qui a su draper les citoyens et non dénuder l’homme, ce génie dont la ruine majeure (Thermes de Caracalla) est un lieu de flânerie et de commodité, ne pouvait pas voir dans le jeune homme autre chose qu’une variante pour la concupiscence.

Malgré les lettres et les arts de la Grèce, l’Empire ne produisit que des copies : sa littérature sans saveur, sa construction sans génie, montrent la perfection où on peut atteindre par la volonté sans illumination. Les esprits de Rome n’ont rien dit; ils répétèrent la loi hellénique sans la comprendre, et enfin ne surent rien tirer de leurs fables, souvent fort belles.

Corydon ardebat Alexim : voilà la traduction italique du Symposion lumineux de Platon, en y ajoutant les ordures sodomiques de Pétrone et quelques saletés de Martial. La Vestale seule se dessine, comme un type idéal, dans cette société lourdement positive où il y eut de grands citoyens

et peu d’hommes universels, c’est-àdire que l’humanité puisse adopter comme ses pères spirituels. Le temps est heureusement aboli où l’épithète d’antique désignait indifféremment l’œuvre attique et l’œuvre latine. Nous savons aujourd’hui que les Grecs de la décadence sont les auteurs de toutes les statues romaines.

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