INFLUENCE SUR LES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DES BLESSURES
Cette influence est surtout relative à la marche de la
température. Immédiatement après le traumatisme, nous avons vu se produire une hypothermie considérable ; et, tout en admettant que la blessure en elle-même suffise pour rendre compte d’un certain degré d’abaissement de température, nous avons vu que la plus grande part, dans ce trouble profond de l’organisme, doit être attribuée à l’hémorrhagie. Déjà, nous avons cité à cet égard nos expériences I et II; tandis que l’animal qui fait le sujet de la seconde expérience, avait, après l’amputation de la cuisse, une légère élévation de température, l’animal amputé et anémié (exp. I) subissait après l’opération un abaissement de température de deux degrés.
J’ajoute qu’il n’y avait pas là de cause d’erreur, la température ayant été prise chez les deux chiens, le même temps après l’opération. De môme, dans notre expérience XI, l’animal amputé et anémié, avait, vingt minutes après l’opération, un abaissement de température de 2°,1 ; de 39°, le thermomètre tombait à 36°, 9. Et la preuve que la plus grande part dans ce résultat, revient bien à la perte du sang, c’est ce qu’on observe chez les animaux auxquels on se contente de pratiquer une saignée abondante. Dans un cas où, chez un chien, nous avions fait une perte de sang de 400 grammes, nous avons vu, une heure après la saignée, la température tomber de 38°, 3 à 35°, 6, c’est-à-dire subir un abaissement de 2°, 7. Et cependant l'hémorrhagie n’avait pas été poussée à ses dernières limites, puisqu’elle représentait seulement 1 q26 environ du poids du corps. Mais il est vrai de dire qu’il s’agissait d’un chien vieux et affaibli; et nous aurions pu citer ce résultat d’expérience à
propos de ce que nous avons dit sur l’influence exercée par l’âge des sujets.
Quand les effets de l’hypothermie sont épuisés, la température remonte, et bientôt on observe tous les phénomènes généraux qui accompagnent la fièvre traumatique. Ici encore, nous avons à nous demander quelle influence exerce l’anémie sur la marche de cette pyrexie.
Nous trouvons sur ce point quelques renseignements dans la thèse de M. Lucas-Championnière (1).
« La violence de la fièvre traumatique, dit- il (p 43), peut être exagérée par certaines conditions agissant sur toute l’économie ; telle est l’hémorrhagie résultant de la blessure ou de l’opération. »
Et plus loin, page S9 : « Sur l’instant précis du début des modifications de la température, nous manquons un
peu de renseignements Billrolh a insisté sur cette
période de début. 11 pense qu’elle peut être marquée par un abaissement rapide promptement suivi de l’élévation. »
« Cet abaissement primordial peut avoir des causes diverses
« Au premier rang, il faut remarquer des pertes sanguines; on a souvent observé le fait dans les hémorrhagies traumatiques ou spontanées, et les expériences sur les animaux ont permis de le reproduire (Weber, Frese, Kettler, Bergmann). Cet abaissement, du reste, n’est que momentané, et suivi promptement d’une élé-
(I) Just Lucas-Championnière. De la fièvre traumatique, thèse d’agrégation, 187 i.
vation très probablement toujours plus grande que si l’hémorrhagie n’avait pas été produite. Cette observation semble devoir être généralisée, car toutes les fois que l’on a observé cet abaissement post-traumatique, la survenue de l’élévation de température a été plus rapide et celle-ci s’est élevée davantage. »
Voici quels résultats nous avons obtenus à cet égard. Si l’on jette les yeux sur les tracés thermométriques qui accompagnent les expériences I et II, on voit que, chez l’animal anémié, le lendemain de l’opération, la température était remontée de 36°, 4 à 38°, 2. A partir de ce moment, elle continue à s’élever jusqu’au be jour, où elle atteint son maximum 39°, 4, pour s’abaisser ensuite et osciller aux environs de 39° en se tenant toujours à un niveau plus élevé que la courbe de l’animal non anémié. Chez ce dernier, il y avait eu le premier jour une légère ascension de température sous l’influence de l’opération; le lendemain, le thermomètre était redescendu et ce n’est qu’à partir du troisième jour que nous voyons la courbe s’élever de nouveau pour atteindre son maximum au quatrième jour.
En résumé, la fièvre s’est montrée plus promptement chez l’animal anémié, elle a été plus vive et elle a persisté plus longtemps que chez celui qui n’avait pas subi d’hémorrhagie. 11 est à remarquer que la température a été peu élevée dans ce cas où les opérations et les pansements avaient été faits avec toutes les précautions de la méthode de Lister.
Le résultat est le même pour les tracés des expériences VI et Vil. Ici encore nous voyons, chez l’animal
anémié, la température être plus élevée au second jour que chez l’animal non anémié. A partir du troisième jour, le parallèle n’est plus possible, le chien de l’expérience Vil ayant commencé à présenter des hémorrhagies secondaires.
De même, dans les expériences XII et XIII, dès le second jour, la température s’est élevée de plus d’un degré, chez l’animal anémié, tandis que l’élévation a été moins rapide chez celui qui n’avait pas subi d’hémorrhagie. Chez tous les deux, la défervescence s’est faite au quatrième jour, mais la ligne des oscillations est restée pendant les jours suivants, à un niveau supérieur chez l’animal anémié.
Mêmes résultats encore dans les expériences XIV et XV ; tandis que le second jour, la température de l’animal anémié est au-dessus de 39°, celle du chien qui n’a pas subi d’hémorrhagie ne dépasse pas 38, 7. Ici, comme dans le cas précédent, le chiffre atteint par l'animal non anémié a été supérieur à celui du second ; mais, tandis que la défervescence s’est faite dès le quatrième jour chez le chien qui n’avait pas subi de perte sanguine, elle n’a eu lieu que le sixième jour dans le cas compliqué d’anémie.
Tous ces faits parlent donc dans le même sens; et nous pouvons en tirer les conclusions suivantes :
1° La fièvre traumatique débute plus tôt chez l’animal anémié que chez celui qui n’a pas éprouvé d’hémorrhagie.
2° Si, dans certains cas, l’élévation a été plus considérable chez l’animal non anémié, en revanche, sa
durée a toujours été moindre et la défervescence est survenue plus vite que dans les faits compliqués de pertes de sang.