‹ De l'anémie consécutive aux hémorrhagies traumatiques et de son influence sur la marche des blessuresChapitre 13 sur 15 · INFLUENCE DE L’ANÉMIE SUR LES COMPLICATIONS DES BLESSURES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L’ANÉMIE SUR LES COMPLICATIONS DES BLESSURES

De tout ce que nous venons de dire de l’influence exercée par l’anémie, soit sur les phénomènes locaux,

soit sur les phénomènes généraux des blessures, nous pouvons déduire son influence sur le développement des complications ; ce qui constitue le point fondamental de cette étude.

(I) On trouvera plusieurs faits de ce genre dans le mémoire de M. Verneuil, intitulé : Note sur une série de 27 grandes amputations. Archives d6 médecine, 1878, vol. I. Voyez particulièrement l’observation XXI.

IDu côté des phénomènes généraux, le fait le plus important que nous ayons eu à signaler, c’est d’ahord cette soif vive, qui prend les proportions d’un véritable symptôme général après les hémorrhagies. Elle traduitàl’extérieur la tendance considérable à l’absorption qui résulte de la déplétion du système circulatoire, et qui a été si bien démontrée par les expériences de Magendie.

Vient ensuite l’intensité de la fièvre traumatique qui débute plus tôt et dure plus longtemps chez les individus anémiés.

Quanta l’influence exercée par l’anémie sur les phénomènes locaux des plaies, elle consiste, avons-nous dit, dans le retard apporté au travail réparateur dans les premiers temps qui suivent la blessure. Or, s’il est un fait admis par tous les chirurgiens, c’est qu’une des meilleures garanties du blessé contre les complications, c’est une couche de bourgeons charnus roses, vifs et bien granuleux. Au contraire, une plaie dont les bourgeons charnus sont pâles, mollasses, œdémateux, n’offre qu’un faible rempart contre la tendance aux absorptions septiques. Eh bien! c’est justement l’un des effets les plus marqués de l’anémie traumatique que de produire cet état particulier des plaies.

Voilà donc un blessé qui, d’une part, a une plaie admirablement disposée à l’absorption; qui, d’autre part, par son état général résultant de la déplétion du système circulatoire, a également une grande tendance à absorber tous les liquides déposés à la surface de la plaie. Que cet homme soit placé dans un milieu qui soit de nature à déterminer dans les liquides de la plaie des

altérations septiques, ces liquides seront absorbés et détermineront des phénomènes d’intoxication d’autant ;i plus graves que le blessé, épuisé par la fièvre et l’abon- v dande de la suppuration, offrira moins de résistance.

Tout concourt donc à faire naître chez lui des com- j plications, et à leur donner leur plus haut degré de | gravité.

Ce qui existe pendant les premiers jours, du fait de l’hémorrhagie primitive, peut se reproduire, les jours n suivants, sous l’influence d’hémorrhagies secondaires, ; et persister plus ou moins longtemps dans les anémies à marche lente. Rien n'est plus net et plus facile à observer que les modifications causées du côté de la plaie, par l’apparition d’une hémorrhagie. Chaque jour on a l’occa- 1 sion de les observer dans la clinique, et nous avons pu

les reproduire exactement en pratiquant, chez nos animaux amputés, des saignées successives. La plaie, qui était couverte de granulations denses et touffues pour ainsi dire, s’affaisse tout à coup, elle devient lisse et aplatie. Il semble que cette couche granuleuse ait subi une véritable fonte, et, de fait, les fragiles éléments anatomiques qui la constituent se détruisent avec la plus grande facilité. La section osseuse qui présentait cette végétation, ce bourgeon charnu de l’ostéomyélite, s connu des chirurgiens, s’affaisse également. Il semble qu’en un instant la surface de la plaie soit redevenue lisse et plane, comme elle l’était au moment de l’opération. Mais elle a pris en outre la teinte grisâtre, blafarde, dont nous avons déjà parlé ; quelquefois même on voit se produire dans l’épaisseur des bourgeons char-

nus de véritables ecchymoses. En un mot le malade se trouve de nouveau placé dans les conditions fâcheuses que nous avons énumérées plus haut, et par là même, exposé aux plus graves complications.

Au premier rang de celles-ci se trouvent l’infection purulente et la septicémie.

Nous venons de parler des hémorrhagies secondaires et de leurs effets ; ce qu’il est moins facile de préciser, c’est le rapport exact qui les lie à l’anémie traumatique. La plupart des chirurgiens, et parmi eux Sanson, Dupuytren, Lisfranc, signalent le rôle de l’anémie dans la production des hémorrhagies secondaires.

Le sang appelle le sang, dit Dupytren, voulant exprimer par là qu’au fur et à mesure que de nouvelles hémorrhagies se produisent, le sang devient de plus en plus aqueux, la coagulation plus difficile, et que par suite l’oblitération des artères étant imparfaite, on voit survenir de nouvelles pertes de sang. M. Verneuil ne pense pas que l’anémie s’oppose à l'oblitération des vaisseaux ; de son côté, M. Hayem nous a exprimé la même opinion, en l’appuyant sur ces faits de thromboses veineuses et de leucophlegmasies que nous avons signalés plus haut dans le cours de l’anémie traumatique (1). Il semble qu’il y ait là, au contraire, une tendance plus grande aux coagulations spontanées.

Comme on le voit d’après des idées aussi opposées, ce point qui semblait l‘un des mieux établis reste fort douteux et mérite un nouvel examen. Nous rappellerons

(I) VoyezTroisier. Phlegmatia alba dolens, thèse d’agrég. Paris, 1880.

à ce propos combien sont obscures encore les modifications subies par la fibrine à la suite de l’anémie; certains observateurs prétendent qu’elle est augmentée; d’autres que son chiffre reste stationnaire ou môme éprouve une notable diminution.

Une autre source de difficultés, c’est que les hémorrhagies secondaires peuvent elles-mêmes [être un des premiers symptômes de l’infection purulente. Comme le blessé anémié est éminemment propre à contracter cette grave complication, il est souvent bien difficile, en présence de l’hémorrhagie, de dire si elle doit être mise sur le compte de l’anémie simple ou de l’absorption de produits septiques (1).

Nous ferons remarquer toutefois que, dans le cours de nos expériences, nous n’avons pas vu d’hémorrhagies secondaires se produire chez nos animaux anémiés. Le seul exemple de cette complication que nous ayons observé s’est montré sur un animal qui avait subi la désarticulation de la cuisse, sans perdre beaucoup de sang, et qui n’ava.it point été anémié. Chez lui, la production d’bémorrhagies successives a eu pour conséquence l’apparition d’une gangrène étendue à toute la surface de la plaie. C’est là en effet, une complication que l’on observe parfois sous l’influence de l’anémie traumatique, et du mouvement considérable de dénutrition qui l’accompagne.

Il nous resterait à passer ici en revue toutes les autres

(1) Voyez Cauchois. Pathogénie des hémorrhagies traumatiques secondaires, thèse de doct. Paris, 1873.

complications des blessures, telles que l’érysipèle, la lymphangite, le délire nerveux, le tétanos, etc., et à les examiner dans leurs rapports avec l’anémie. Mais, en l’absence de documents sur ce point, c’est là une lacune que nous nous contentons pour le moment de signaler.

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