I. Définition et division du sujet
Le mot anémie , pris dans son acception rigoureuse, signifie : défaut de sang. Mais, dans le langage habituel, sa signification est beaucoup moins absolue. IL désigne seulement un état morbide où le liquide sanguin es insuffisant sous le rapport de sa quantité ou de sa qualité.
De toutes les causes capables de produire l’anémie, l’une des mieux établies, c’est la soustraction directe de sang qui résulte d’une hémorrhagie.
L’anémie traumatique est celle qui succède aux grandes pertes de sang qui accompagnent souvent le traumatisme.
Quel que soit l’intérêt qui s’attache à l’étude de celte variété particulière d’anémie, elle n’a guère attiré jusqu’ici l’attention des chirurgiens. Tous se sont occupés des hémorrhagies et des symptômes généraux qui les accompagnent; quant à cet état particulier qui leur succède et qui constitue l’anémie traumatique, ils ne l’ont, pas spécialement étudié.
Sous l’influence des idées médicales propagées par Broussais, les anciens chirurgiens craignaient bien plutôt pour leurs blessés l’inflammation et ses suites que l’anémie. Ils se préoccupaient peu des hémorrhagies abondantes pendant les opérations; bien plus, ils saignaient à plusieurs reprises leurs malades et les soumettaient à la diète, sans craindre pour eux les conséquences de cette thérapeutique débilitante. Aujourd’hui nous assistons à une réaction aussi complète que possible. Par tous les moyens qui sont à leur disposition, ligature préalable, thermo- cautère, gai vano -cautère écraseur linéaire, méthode d’Esmarch ; les chirurgiens actuels s’efforcent de diminuer pour leurs malades la perte de sang. De quel côté est la vérité ? L’anémie estelle funeste aux blessés ou présente-t-elle pour eux des avantages ? Quelle est la marche qu’elle imprime aux blessures? Ce sont là autant de questions intéressantes à résoudre.
Pour y répondre, il faut chercher tout d’abord en quoi consiste cet état général auquel nous donnons le nom
d’anémie traumatique; il faut en faire l’étude anatomophysiologique, puis, cet état une fois connu, il faut voir en quoi il est susceptible de modifier dans leur marche, soit les phénomènes locaux, soit les phénomènes généraux qui accompagnent le traumatisme.
Nous aurons donc à examiner successivement :
a. — L’anémie traumatique en elle-même, c’est-àdire son anatomie et sa physiologie pathologiques.
b. — Son influence soit sur les phénomènes locaux, soit sur les phénomènes généraux et les complications des blessures.