‹ De L'Anemie des Mineurs dite D'AnzinChapitre 16 sur 46 · CHARBONNAGES BELGES DE MONS, CHARLEROI ET LIÈGE · texte numérisé non relu

CHARBONNAGES BELGES DE MONS, CHARLEROI ET LIÈGE

ANÉMIE DES BOUILLEURS A l'oRIQINE DE L'INDUS- TRIE HOUILLÈRE. — En Belgique, ranémie a, de tout temps, sévi endémiquement et parfois épidémiquement sur les bouilleurs des bassins de Liège, Mons et Cbarleroi. Â Toriginede l'industrie bouillère, elle était si commune et si meurtrière, qu'on la redoutait à l'égal des grandes épidémies.

1821 (nicolaï). — En 1821, Nicolaï, de Liège, publia untravailrf^an(a?mm fossorum carbonis fossilis (i).Dans les mines dont il a analysé l'air, il n'existait aucune trace d'hydrogène sulfuré (Kuborn).

MINES DB WASMES, ÉPIDÉMIE DE FORME ABDOMI- NALE. — Dans son étude sur la mortalité des ouvriers bouilleurs (Bruxelles, 1846), Hanot nous apprend qu*une grave épidémie de même nature que celle de Fresnes en 1803 (forme abdominale), fut observée, après cette dernière, chez les ouvriers de la fosse n** 4 des houillères des Vanneaux à Wasmes. Les symptômes furent tes mêmes qu'à Fresnes. On peut cependant signaler comme particularités, l'abondante sécrétion urinaire, et sur la an de la maladie, la fétidité .de l'haleine ; si le malade survivait, ce n'était qu'après des infiltrations interminables qu'il parvenait à se rétablir.

(1) Cet ouvrage ne se trouve pas à la Bibliothèque Nationale ; il est porté sur le catalogue de la Bibliothèque de la Faculté de Médecine, où nous avons appris qu'il avait été égarél Nous ne Tavons pas trouvé non plus à la Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Une ventilation insuffisante et vicieuse fut la cause de cette épidémie si désastreuse. Un foyer aspirait Tair par une espèce de cheminée triangulaire trèsétroite, ménagée dans un des angles du puits d'extraction au moyen d'une cloison en planches. Ce compartiment était trop rétréci pour permettre la sortie d'un volume d'air indispensable à une bonne ventilation ; de plus, les ouvriers y eflfectuaient la descente et l'ascension aux échelles dans un air impur.

La maladie s'éteignit après l'établissement d'un aérage plus complet et mieux dirigé.

1836, FORME CACHECTIQUE. — Observation. — Nous avons vu à Wasmes (i), en mai 1876, un mineur âgé de 59 ans, qui vers 1836, à 19 ans, avait contracté l'anémie, « coup des Vanneaux », à la fosse n** 2 des Vanneaux, où il travaillait irrégulièrement depuis 5 ans. Cette fosse insuffisamment ventilée, partant trèschaudé, devait, selon les ouvriers, son insalubrité à un gaz particulier, vulgairement appelé « gaz murique »,

(1) Sur une coUine de Wasmes, le grisou se dégage spontanément à la surface du sol, en si grande abondance qu'on peut rallumer au niveau d'un trou pratiqué peu profondément en terre. Un mineur Ta même utilisé pour le chauffage de Teau servant aux usages domestiques. Un simple tuyau de drainage enfoncé verticalement dans son jardin, quelques briques réfractaires autour de Toriflce, et une crémaillère, le tout protégé par une petite cabane en bois, telle est la cuisine économique de cet ingénieux ouvrier, que nous avons visitée et vue fonctionner.

Peut-être pourrait-on tirer de ce dégagement gazeux un parti industriel, comme dans les vastes établissements métallurgiques dlron City, près Pittsburg (Etats-Unis), où le grisou est le seul combustible employé pour les opérations du puddlage, du réchauffage et même pour les machines à vapeur.

parce qu'il se dégageait exclusivement des fissures du mur (paroi inférieure) des galeries, et qui passait pour être bien différent du grisou. Aussi cet ouvrier y descendait-il le moins souvent possible, recherchant de préférence de l'ouvrage à la fosse n® 5 et à deux autres fosses salubres.

Les symptômes qu'il présenta : céphalalgie précoce, pâleur, dypsnée et battements de cœur, somnolence etc., doivent être rapportés à la forme cachectique. Le malade quitta la fosse n® 2 avant que son état eût trop empiré.

1840 (van den broeck).— D'après Van den Broeck, de Mons (i), l'anémie observée en 1840, affectait la forme cachectique, et, suivant lui, reconnaissait pour cause l'action lente de l'hydrogène sulfuré.

1842 (PEETERMANs). — Et pourtant, deux ans plus tard, Peetermans écrivait : « L'anémie, qui autrefois était le partage exclusif et, pour ainsi dire, certain du mineur, ne figure plus, pour notre localité (bassin de Liège), dans le cadre de ses maladies, ce que nous sommes heureux de déclarer (2) ».

1843 (ducpétiaux et tanquerel).— En 1843,Ducpétiaux (3) signalait l'état chlorotique de la plupart des jeunes bouilleurs de Belgique. Nous avons vu d'ailleurs, qu'à la même époque, le mineur d'Anzin, atteint d'anémie, dont le cas est rapporté par Tanquerel,

(1) Réflexions sur l'hygiène des ouvriers mineurs etc ; Mons,

(2) Enquête en 3 vol., t. III, p 122 ; BruxeUes, 1842.

(3) Du travail des enfants dans les mines et houillères de la Grande-Bretagne et de la Belgique; Annales d'hygiène, t. XXIX.

assurait que cette affection s'observait en Belgique, aux mines du Borinage où il avait travaillé.

1846 (enquête en 3 VOLUMES). — Daus le Rapport de l'enquête sur la condition des classes ouvrières et le travail des enfants en Belgique, publié par le Gouvernement (ministère de l'intérieur) en 1846, on trouve mentionnée l'existence de l'anémie à cette époque.

HANOT. — Parmi les maladies des bouilleurs en 1846, le docteur Hanot, dans son ouvrage déjà cité, signale l'anémie et la cachexie du mineur, langueur plus ou moins prononcée des fonctions physiques, à laquelle vient se joindre un état non moins fâcheux des fonctions morales .

1846, AU MiDi-DU-FLÉNU. — Observation. — Nous avons retrouvé, le 22 mai 1876, un ancien anémique de la fosse Saint-Florent, au Midi-du-Flénu (charbon maigre friable), dans les galeries de laquelle régnait une grande chaleur, et dont les eaux du fond malsaines, donnaient lieu aux ampoules par leur contact. L'odeur de l'air en retour y était toute spéciale, analogue à celle des huiles minérales, comme d'ailleurs dans toutes les fosses à anémie.

Cet homme, très intelligent, actuellement âgé de 49 ans, nous raconte qu'il éprouva en 1846, à 16 ans, les premiers symptômes de l'anémie, cinq ou six semaines après son entrée à la fosse comme hercheur : d abord, douleurs des genoux dans l'action de se baisser, qui existèrent seules pendant trois semaines et persistèrent durant toute la maladie ; puis de l'oppression, des battements de cœur, une complète inappétence et de la faiblesse générale. Au sixième mois, teint pâle, jaunâtre, avec coloration jaune des conjonc-

tives oculaires ; douleur hépatique et constipation ; anaphrodisie qui dura quatre années.

Après deux ans, son état s'aggrava tellement, qu'il fut forcé d'entrer à l'hôpital de Jemmapes, où il se trouva avec quarante-et-un anémiques du Pâturage, de Wasmes, de Quarégnon et de Jemmapes ; quatre étaient de la même fosse que lui : deux hercheurs, un coupeur de voie et un tailleur à la veine.

La quatrième année de la maladie, crampes dans les mollets et raideur douloureuse à la nuque. La céphalalgie ne se montra qu'à partir de la cinquième année.

Le fer constitua la base du traitement. Ce mineur ne recouvra guère complètement la santé qu'après treize ans de maladie.

1855 (CAISSE DE PRÉVOYANCE DE MONS). — DaUS

le rapport annuel de 1855 de la Caisse de prévoyance établie à Mons (page 47), le docteur Schœnfeld (i) a pu lire : « aucun ouvrier anémique n'a été admis au traiment pendant l'année aux frais de la caisse commune. Celui qui l'avait été précédemment est décédé...

« On remarque avec satisfaction que les perfectionnements apportés généralement aux moyens d'aérage des mines ont fait presque partout dans notre bassin houiller disparaître les causes de l'anémie. Cette cruelle maladie est ici devenue très-rare ». Et pourtant, nous trouvons dans le rapport annuel de 1874 de la même Caisse de prévoyance, une somme de 1,563 fr. 50 c, indiquée comme secours extraordinaires pour le traitement des ouvriers atteints d'anémie

(1) Recherches sur Tétat sanitaire des bouilleurs... en Belgique; Bruxelles, 1859.

en 1855 ; le nombre d'ouvriers affiliés, hommes, femmes et enfants, était, pour cette année, de 22,941. Voici le tableau des dépenses de la Caisse de prévoyance des ouvriers mineurs du Couchant de Mons, pour le traitement de l'anémie pendant la période décennale de 1846 à 1855 inclusivement.

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