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CONSULTATION DE LA SOCIÉTÉ DE LA FACULTÉ DE

MÉDECINE DE PARIS. — La Régie des mines, justement émue de ce malheureux état de choses, envoya la description de la maladie à la Société de la Faculté de Médecine de Paris, devenue depuis Académie de Médecine, en la consultant sur la méthode curative. La Société chargea du travail le professeur Halle que ses

(1) Nous verrons page 23 que ces déjections étaient muqueuses et fiOn purulentes.

recherches sur la nature et les effets du méphitisme des fosses d'aisance^ publiées en 1785 par ordre du gouvernement, désignaient naturellement au choix de ses collègues.

Ce dernier crut devoir recourir aux lumières de plu-r sieurs de ses confrères : Jilet, médecin praticien, le professeur Pinel et particulièrement le professeur Chaussier, qui s'était occupé d'une manière spéciale des effets que les gaz délétères, introduits par diverses voies, produisent dans l'économie animale.

D'après Jilet (i), cette espèce de maladie, inconnue chez les mineurs de houille de Rive-de-Gier (Loire), où les galeries en exploitation sont très-profondes, serait due à une vapeur méphitique exhalée des fentes de la mine ou s* élevant de Veau de fiUration, et dont l'absorption se ferait par la peau, les poumons et surtout le tube digestif au moyen de la déglutition incessante de la salive. Aussi recommande-t-il, avec raison, que les ouvriers ne mangent jamais dans les galeries. Entre autres bonnes indications prophylactiques, il conseille de « corriger, autant qu'il sera possible, l'action des vapeurs méphitiques, à mesure qu'elles sortent des parois de la galerie, par la vapeur provenant du mélange de l'acide vitriolique versé sur du sel marin et de la manganèse » (bioxyde de manganèse). Ces fumigations de gaz chlore, que Guyton de Morveau venait de préconiser en 1801 (2), eussent été aussi efficaces contre le gaz hydrogène sulfuré que

(1) Consultation sur les causes et moyens curatifs d'une maladie qui s*est manifestée dans rétablissement des mines de Fresnes; Manuscrit, Paris, 1804.

(2) Traité des moyens de désinfecter Tair, 1801.

contre les miasmes. On aurait de nos jours proposé la désinfection par le chlorure de chaux. Toutefois, l'application n'en eût pas été pratique, et d'ailleurs n'eût pas atteint le but que l'on se proposait, ainsi qu'on le verra plus tard.

De son traitement nous signalerons seulement les préparations de quinquina à haute dose, que l'avaient amené à prescrire l'analogie qu'il trouvait entre la maladie des mineurs et certaines fièvres intermittentes pernicieuses.

Pour Chaussier (i), comme pour Halle qui avait sollicité son avis, l'analogie existait avec la forme chronique du méphitisme des fosses d'aisance. Mentionnons pour mémoire la comparaison que Jilet et Chaussier avaient cru pouvoir établir entre la maladie jaune et la colique de plomb, comparaison rejetée par Halle, et qui ne peut en effet résister à une analyse sévère.

Sans se prononcer catégoriquement, Chaussier pense que « la cause de l'altération est un gaz particulier qui se forme dans cette galerie, et qui peut être dû à la disposition, à l'inclinaison, aux ouvertures de cette galerie, peut-être à la pente de l'eau, à sa flltration, à son séjour entre les bancs et filons du charbon ».

Le célèbre professeur de l'Ecole de Paris conseillait en somme une médication spoliatrice : vomi-purgatifs associés aux huileux et aux calmants, puis sudorifiques et laxatifs, à peine quelques légers toniques à la période ultime.

Quant à HaUé, auquel le nom de Pinel se trouve

(1) Avis de M. le professeur Chaussier ; Manuscrit, Paris, 25 mars 1804.

associé comme signataire de la consultation en date du 29 mars 1804 (i), il adopte complètement les opinions de Chaussier ; toutefois, dans le cas où le traitement précité n'aurait pas été suivi de succès, il était d'avis de recourir, soit aux frictions mercurielles, soit à l'usage de la limonade à l'acide muriatique oxygéné (chlore), qui lui auraient réussi dans des cas prétendus analogues. Enfin, il se joint à Chaussier pour recommander l'analyse chimique de l'air et de l'eau de la mine et l'examen des cadavres de ceux qui succomberaient à la maladie.

RÉSULTATS DE CETTE CONSULTATION. — Lléçeard, prO-

fesseur de chimie à Douai, analysa l'air de la galerie ; il y trouva du gaz hydrogène sulfuré et une assez forte proportion de gaz acide carbonique. L'examen chimique de l'eau qui filtre à travers la mine y démontra aussi la présence de l'acide sulfhydrique (2).

Les conseils donnés par la Société de la Faculté de Paris furent immédiatement suivis. D'après une note des médecins de la Compagnie d'Anzin du 11 avril (3), « les remèdes indiqués dans l'excellent mémoire de M. Chaussier ayant été successivement employés sans succès, pour ne rien négliger de ce qui peut contribuer à sauver la vie des malheureux ouvriers, on a fait le choix de malades qui, par leur âge et leur conduite, ne pourront être suspects d'avoir donné lieu aux affections vénériennes, qu'on soumet aux frictions mercurielles unies aux sudorifiques ; on fera aussi usage de

(1) Halle et Pinel, consultation manuscrite ; Paris, 29 mars

(2) Geoffroy et Nysten, loco citato.

(3) Note manuscrite, Fresnes, 11 avril 1804.

la limonade avec Tacide muriatique suroxygéné » . Six malades peu avancés furent ainsi soumis aux frictions mercurielles, quatre à la dose de 4 grammes, les deux autres à la dose de 8 grammes d*onguent napolitain. Un seul éprouva, à la suite de ce traitement, un soulagement manifeste, sans que les médecins pussent affirmer qu'on dût l'attribuer au mercure. L'usage de la limonade d'acide muriatique suroxygéné, prescrite à six autres malades, n'a été suivi d'aucun succès.

Bientôt malheureusement s'offrit l'occasion de pratiquer les nécropsies que réclamaient Chaussier et Halle. Deux nouvelles victimes succombaient à l'épidémie dans les premiers jours de mai. Il y avait eu six décès en deux mois et demi, et le nombre des malades s'élevait à cent environ.

NÉCROPSIES. — Nous rapporterous en entier le compte-rendu de ces deux nécropsies inédites, document dont on saisira l'importance en sachant que l'anatomie pathologique de la maladie des mineurs n'est encore basée que sur les deux nécropsies de Halle et de Guersent, que nous mentionnerons en leur lieu.

« L'an douze de la République, 12 floréal (3 mai 1804), nous, Antoine de Saint-Moulin, médecin, Agapite Gravis, chirurgien des mines d'Anzin, et Antonin Gravis, officier de santé de l'Etablissement des mêmes mines à Fresnes et Vieux-Condé, accompagnés des citoyens Charles Caudron et Nicolas Holot, médecin et chirurgien en chef de Thospice militaire de la ville de Nord-libre [Condé] et de Philippe Petit, élève en chirurgie de l'école de Paris, nous sommes transportés

en la commone de Fresnes, v : n- -is avons {>r-?éd»^ à rouYertare du cadavre de Hu'-rr. L-emair*?. riiine'ir, âg6de 18 ans, mon la v-eille i' iz-t icCaiie chr- nique nerveuse, huitième victinie ie r:::e L.ilviie.

tf L'examen des cavités cérr* rÂl-r ir?:'^.TZ.>, et aM^^ minaleaoffert les objets dai^lV^: y- Ir^*: :s létail!/: :

« i® La tête. — Exu>?:ne i^-:- l:ra:;:r. 'ir--; [idir.:^:^ externes et internes. J^éfxii d'i::.éreL:>- e^'j^e le cerveau et ses membranes : c.::;leir *^rL-=: e: ion cei'ir're de sa substance corticale : 5er:-=::è a.V.:.:ir.:e 4;,a:.chte à la base du crâne ; ah^enre •:-: î-jc: vol -ré. N-..'r autre espèce d'altéraùv n.

« 2^ Dans la i/:,i*r\i\e. — L-é*:- iiri'J.:: ce vz-Vr-i les parties. Aflaisseziei.: c: :^: -4: v. .e :rr- j^. -:r. m; couleur cendré-fonoè, pars^ij-ée :e '^:.^\ r.oire^-, ; consistance et élasii'::::'; le ce: .r-.-ii.e : r. a.*A'-':^-.

« Flaccidité, pâleor de la î-'V-ar.:': : - •>: -: , fj.j»unes charnues pres-v- e-^-'^^ - •■^— e'.V; 7/^.\:J', '.hi.tenant un gros caill:: de sai,-: •: --.^ ..• e: i .r .4 .'. -r>; dilatation étranarêre dai* 1-r^ ::-.:.'-.' i...T :: ;.- -. -^r^-. riels.

« Etat naturel ce* *:::•>• près. Rétrécissemei: T^r- .i ; trachée-anère ; é:a: i-v.,:^. :>

*t 3^ Le bas-reéUr^. — M-^;;--; leur des parties en ^'-rn-rri.-

« Rien d'étran^'^r Câr> .^\'.::.i.\ o . .:.': >'.'''; ;,';': quantité de [-Uiî^Le : ::.^::,\:^:,i .;,v:';,': •;;;''> "M':, mais rien qui ann:r.>: .i ;;-".'::.': ;-; ::,h/i* : '^//f/ sives, ni qui ;■:->•< e:. :i-'-; >, y/ / r .r/.-.'ft,", antérieure; de iL4:i.e . .-: .>.:.- . ;. / ^.•-;. y."/.-., ^ u'^ sain de leur teiv-re ; a.v-;. >./'.-; -:•; ;...'.'-/

<^ Les reins, le foye, la rate, décolorés et affaissés. La vésicule du fiel gorgée de bile érugineuse.

« Rien de remarquable aux autres parties que l'absence du sang.

^ Du 20 du même mois [11 mai] :

« Ouverture d'un second cadavre, en présence des dénomés au texte.

« Pierre Willot, âgé de 21 ans, mort de la même maladie.

« P La tête — Décoloration générale.

« Volume considérable du cerveau ; sérosité abondante dans le ventricule gauche ; état naturel des adhérences de cet organe avec ses membranes. Même état du cervelet.

te 2^ La poitrine. — Affaissement des poumons ; couleur bleuâtre, parsemée de taches noires ; parties cellulaires détruites.

« Pâleur et flaccidité du cœur, amincissement de ses colonnes charnues ; hydatides d'un rouge pâle, contenant de la sérosité, remplissant ses oreillettes.

« 3^ Bas-ventre. — Air contenu dans l'estomac ; enduit noir-brun tapissant la membrane interne, disparaissant sous l'impression des doigts. Dureté du pancréas ; raccornissement de la fibre des reins, pâleur de ces viscères. Etat sain des intestins. Vessie pleine ; on observe que les malades ne se plaingnent jamais de cet organe » (i).

L'extrême décoloration des tissus, due à l'absence

(1) Manuscrit ; Fresnes, 3 et 11 mai 1804.

presque complète de sang, démontrée par ces nécropsies, légitimait la dénomination de maladie chronique de décoloration donnée parfois à cette cruelle maladie. Il ressortait en outre de la constatation de la parfaite intégrité du tube digestif, que les déjections qui survenaient dans les derniers moments étaient muqueuses et non purulentes, comme il avait été dit dans la première description des symptômes. Cette rectification faite par les médecins des mines dans un rapport du 25 mai (i), n'est probablement pas parvenue à la connaissance des auteurs, qui signalent tous les déjections purulentes à la période ultime de l'afiFection.

SECONDE PHASE DE l'ÉPIDÉMIE; FORME ABDOMINALE

CHRONIQUE d'emblée A DÉBUT INSIDIEUX. — Cependant l'épidémie semblait, depuis quelque temps déjà, entrer dans une phase nouvelle ; on ne remarquait plus de ces invasions subites par des coliques violentes, comme cela avait lieu chez les ouvriers qui furent atteints les premiers, et la maladie affectait une marche moins aigûe et un peu différente de celle qu'elle avait présentée d'abord, ainsi que le constatent Gravis et de Saint-Moulin dans leur mémoire en date du 25 mai 1804. Voici le tableau symptomatique qu'ils en présentent.

a j/er Tems, — Diminution des forces. Mal de tète aigu ; tintement d'oreilles. Palpitation de cœur, anxiétés précordiales au moindre mouvement.

(1) Suite d'observations faites par les médecin et chirurgien des mines d'Anzin sur la maladie dont les ouvriers à charbon de terre sont attaqués; manuscrit, Fresnes, 25 mai 1804.

« Coliques moins aiguës que celles décrites dans nos premières observations, quelquefois avec constipation, le plus souvent accompagnées de déjections de matières très-variées, vertes, noires, quelquefois muqueuses, extrêmement gluantes, de couleur assez ressemblante à la limaille de fer rouillée. Ces déjections reparoissent fréquemment dans le cours de la maladie.

« Rien de remarquable dans les urines.

« Décoloration générale de la peau. Lassitude universelle. Perte de Fappétit.

« 2""^ Tems. — Atonie. Mal de tête plus aigu ; tintement d'oreille plus fort ; palpitations et anxiétés plus vives. Douleurs d'entrailles, de tems à autre ; constipation ou diarrhée. Lassitude universelle accompagnée de douleurs profondes'. Fièvre lente mieux caractérisée.

« 5""® Tems. — Foiblesse excessive. Diarrhée colliquative d'une fœtidité extrême. Douleurs insupportables dans la substance des os. Vomissement spontané de tout ce qu'ils incorporent. Contraction spasmodique des muscles, surtout de la face et de la mâchoire inférieure ; la mort. »

Après avoir, comme nous l'avons vu plus haut, essayé sans succès les médications recommandées par la Société de la Faculté de Paris, les médecins des mines instituèrent un traitement rationnel, basé sur les indications symptomatiques, et dans lequel les toniques et une hygiène bien entendue jouaient le principal rôle. « Plusieurs — disent-ils — éprouvent du soulagement de ce traitement. Une trentaine ont repris leurs travaux ; plusieurs autres sollicitent la même

permission. Nous nous y opposons, convaincus que la cause subsiste, quoiqu'elle ait perdu de son intensité » . Pour eux, la cause morbide est toujours l'hydrogène sulfuré. « L'odeur d'œufs pourris et d'hépar sulfureux [sulfures alcalins] qui émane des eaux que pompe la machine à feu et des vapeurs qui s'exhalent du fond par le puits où sont placées les échelles qui conduisent à cette mine, ne permettent plus de douter de la présence du gaz hydrogène sulphuré. y>

L'affaiblissement de la cause morbide, entraînant une modification dans la marche de l'épidémie, peut être attribué, d'une part au long intervalle de temps écoulé depuis l'époque d'extraction maximum dans la chasse du couchant qui finit le 22 novembre 1803, d'autre part, et surtout, à la fermeture de la chasse infectée et aux importants travaux de ventilation ordonnés par Renard, Agent général de la Compagnie.

Envoi simultané de malades a Douai, Paris et DuNKERQUE. — Néanmoins on se sentait encore im puissant à lutter d'une manière efficace contre l'épidémie. En vain Halle était-il venu visiter les mines, pour observer la maladie sur les lieux où elle avait pris naissance (i). Aussi la Régie des mines d'Anzin, voulant user de tous les moyens que la science pouvait mettre à sa disposition, décida que quatre malades seraient conduits par un de ses médecins à l'Ecole de Médecine de Paris, pour y être traités sous les yeux des

(1) Communication orale du Docteur Caudron, de Condé, fils de celui dont le nom figure sur les procès-verbaux des nécropsies de Fresnes, comme ayant accompagné les médecins des mines

membres de la Faculté ; que quatre autres iraient à l'hospice de Douai, et autant à celui de Dunkerque (i).

« Les moyens que nous employons — écrivaient à ce sujet les médecins de la Compagnie (2) — n'ayant pas obtenu tout le succès que nous désirons , nous formons les vœux les plus sincères pour que l'essai qu'on va tenter à Paris et Douay soit plus heureux ; nous en concevons môme la douce espérance ; nous ne la fondons pas seulement sur la supériorité des lumières des maîtres de l'art qui ont bien voulu se charger de ce pénible traitement, mais encore sur l'inestimable avantage de réunir les malades dans le môme local, de les avoir sous les yeux pour comparer les symptômes et les signes entre eux, et remonter aux causes premières qui les ont produits : avantage dont les traitans sont privés, quelque grande que soit la sollicitude qu'ils puisent dans la sensibilité de leur cœur, leurs malades étant disséminés sur une grande surface, ne se trouvant pas même fréquemment chez eux quand la maladie ne parcourt encore que ses deux premières périodes, ou n'obtempérant pas à ce qui leur est prescrit.

« Qu'il nous seroit doux d'applaudir au succès du traitement qui va être employé, de contribuer, en nous y conformant, à dédommager l'honorable Régie de ces mines de ses immenses sacrifices, en sauvant la

(1) Gravis et de Saint-Moulin ; Précis historique, d'une maladie chronique de décoloration (vulgairement appelée maladie de la mécanique), et de son traitement ; manuscrit, Fresnes, 6 février 1805.

(2) Rapport manuscrit, Fresnes, 25 mai 1804.

vie à ses ouvriers, la seule récompense qu'elle ambitionne. »

Traitement des malades a Douai ; insuccès. — Les observations des quatre malades envoyés à Douai sont rapportées dans un exposé de leur situation, rédigé le 28 juillet 1804, par le médecin de l'hôpital civil et militaire de Douai, Taranget, deux mois après l'arrivée des malades (i).

Le 25 mai, à 8 heures du matin, le médecin de l'hôpital visita quatre malades qui lui étaient présentés au nom de TAdministration et de l'Agence des mines de Fresnes ; c'étaient :

B. Vilain, âgé de 20 ans, mineur depuis 7 années, malade depuis 10 mois ;

L. Soille, âgé de 21 ans, mineur depuis 10 années, malade depuis 9 mois ;

A. Delfosse, âgé de 18 ans, mineur depuis 8 années, malade depuis 6 mois ;

F. François, âgé de 19 ans, mineur depuis 10 années, malade depuis 5 mois.

Les deux premiers étaient d'une bonne constitution, les deux autres chétifs et arrêtés dans leur développement.

Ils présentaient les symptômes suivants :

Teinte cuivrée du visage ; œil éteint , expression de faiblesse et de découragement ; insouciance morale.

Aridité et chaleur de la peau ; sensibilité exagérée aux impressions de l'air ; « ils avoient froid dans une température très douce ».

(1) Exposé de la situation de quatre ouvriers malades envoyés des mines de Fresnes à Thôpital civil et militaire de Douay ; manuscrit, Douay, 28 juillet 1804.

Absence à peu près complète de Tappétit et de la soif ; selles et urines normales.

« Le symptôme unique dont ils se plaignoient était un battement de cœur violent, même dans le plus parfait repos ; souvent ce battement soulevait leur vêtement et répondait comme un échos au dessus du vertex. »

On chercha d*abord à les restaurer par des aliments substantiels et du bon air.

Quelques jours après leur arrivée, ils perdirent leur sensibilité exagérée à la température ; « l'appétit revint, les digestions se firent bien ; le sommeil fut bon. Tous quatre cependant avaient la fièvre, une fièvre toujours la même, jamais marquée par aucune rémission ; mais cette fièvre, ils ne la sentaient pas ; seulement ils se plaignoient du battement de cœur répondant à la tête.

« Sans rien gagner du côté de la coloration, les forces paraissaient se rétablir ; l'appétit augmentait, les digestions persévéraient dans leur état d'aisance et de régularité. ?»

Tisane farineuse aiguisée d'acide sulfurîque, infusion d'arnica, et aux deux plus jeuoes, tisane de sureau animée d'acétate d'ammoniaque. Bains tièdes presque froids et frictions sèches.

Le plus âgé « L. Soille, arrive à un point de convalescence satisfesante : ses chairs s'avissent légèrement, le teint se colore un peu. On lui propose de retourner dans son pays. Les trois autres restent dans le même état. Bientôt, ils deviennent réellement plus malades ; les symptômes primitifs sont plus prononcés ; le dérangement et la foiblesse augmentent. L. Soille retombe

dans son premier état. Tous quatre deviennent difficiles, impatients, chagrins ; l'appétit se perd ; les traits du visage s'altèrent, la couleur de cuivre est plus foncée. L'idée seule de l'expérience les ennuyé et les fatigue. Ils n'aiment que leur lit, c'est-à-dire le repos que leur commande la foiblesse. L'accident essentiel, le battement du cœur et de la tête augmente sensiblement. Tous quatre enfin, mais surtout les deux plus jeunes paroissent dans un état désespéré.

« Nous étions décidé — continue Taranget — à livrer à la nature une maladie qui nous paraît au dessus des ressources de l'art, lorsque nous reçûmes de Paris la nouvelle que les malades du même genre, envoyés dans cette ville, étaient soumis au traitement des frictions mercurielles, corrigé par l'usage du vin antiscorbustique .

« Il ne nous appartient pas d'examiner la valeur de cette méthode ; mais nous devons déclarer cependant qu'il nous est impossible de l'adopter pour nos deux plus jeunes malades, chez qui des signes évidents d'une disposition déjà trop avancée repolissent, si nous ne nous trompons pas, un remède qui de l'aveu tacite des médecins qui l'employent à Paris, doit marcher de front avec un correctif. Peut-être les frictions réussiront-elles sur ceux en qui la maladie reste encore bornée à ses symptômes essentiels et sans décomposition bien sensible. B. Vilain et L. Soille sont les seuls sur lesquels il puisse être permis de tenter quelques légères frictions ; nous allons donc les essayer. De quelque manière que s'explique le mécanisme de leur action, nous avons de la peine à nous en promettre quelque succès. Les asphyxies promptes ont aujour-

d*hui un état bien connu dans les symptômes et dans les effets sur Féconomie animale , mais nous croyons qu'une asphyxie lente est une maladie nouvelle qui peut trouver peut-être quelques analogues ; mais l'analogie ne forme pas une identité ; et si nous croyons que nos quatre malades ont été lentement asphyxiés, il nous reste à désirer beaucop et à espérer peu. »

Cette appréciation du traitement mercuriel est extrêmement judicieuse, et se trouvait d'ailleurs en accord avec les tentatives infructueuses qui avaient été faites sur six malades à Fresnes. Nous verrons plus tard que les frictions mercurielles furent abandonnées à Paris par le professeur Halle lui-même, qui les avait conseillées d'après un succès obtenu dans un cas de méphitisme chronique des fosses d'aisance, qu'il croyait analogue à la maladie des mineurs. Aussi n'est-il pas étonnant que ce traitement n'ait pas obtenu plus de succès entre les mains des médecins de Douai, qui renvoyèrent leurs malades à Fresnes plus faibles qu'ils n'en étaient venus (i).

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