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ET LA PATHOLOGIE DU HOUILLEUR

Les vapeurs des dérivés de la houille, lors même qu'elles ne sont pas en quantité suffisante pour donner naissance à l'anémie, modifient profondément la constitution du mineur, et impriment à sa pathologie nn cachet tout particulier.

Tout mineur de houille présente de la décoloration générale des téguments et une teinte blond-roux ou chataiu-brûlé des cheveux, surtout dans la zone qui déborde la barrette dont sa tête est couverte pendant le travail. Cette altération caractéristique du système pileux, qui lui est commune avec les gaziers, les ramoneurs, les goudronneurs de boulons, les distillateurs de goudron minéral et les ouvriers des agglomérés de houille et brai, ne résulte point, comme on le croit vulgairement, des lavages fréquents au savon, puisqu'elle se rencontre aussi sur les chevaux du fond, dont le poil s'allonge et devient rude et terne et de couleur souris ou alezan-brûlé.

On observe en outre chez le bouilleur une lenteur des fonctions, notamment de la circulation et de la digestion, et de l'imperfection de Thématose, qu'il peut même transmettre à ses enfants par hérédité.

(1) Les plus volatils des hydrocarbures dérivés de la houille entrent déjà enébuUition, Famylône à 35^, et même de 28 à 30° quand il est pur, et Fhexylène à 55».

Cet état cachectique est surtout prononcé chez les ouvriers réfractaires à l'anémie, dans les fosses où règne cette maladie.

La faible impressionnabilité du mineur de houille est cause de la résistance, toute passive il est vrai, qu'il oppose aux influences morbides extérieures ; aussi est-il dur à la fatigue et capable de bien supporter de grands traumatismes et de graves opérations chirurgicales (1). C'est à ce défaut d'énergie réactionnelle qu'il faut attribuer, chez le bouilleur, la rareté des maladies franchement inflammatoires, la fréquence des afiections catarrhales et rhumatismales, à marche chronique et sans réactions critiques bien complètes, mais aussi, la prédisposition aux maladies infectieuses: choléra, variole, fièvre typhoïde, qui lui sont si souvent fatales (2).

Par compensation, la phthisie, qui fait tant de victimes dans les diverses classes d'artisans, est excessivement rare chez les mineurs de charbon : en

(1) Il en est de même, pour les ouvriers des usines à gaz et des fabriques d'agglomérés de houille.

Un ouvrier des épurateurs de l'usine à gaz de Valenciennes, que nous soignions, en septembre 1874, pour un vaste phlegmon d'une cuisse, résultant d'une violente contusion, ne présentait pas le moindre signe de réaction. Nous avions déjà fait sur lui, 5 mois auparavant, semblable observation au sujet d'un volumineux anthrax qui n'avait pas été accompagné de fièvre ni d'embarras gastro-intestinal.

(2) Les ouvriers des agglomérés sont, comme les bouilleurs, singulièrement prédisposés à contracter le choléra, qui chez eux affecte une forme torpide, grave, tout-à-fait insolite.

Les gaziers de Valenciennes et d'Anzin sont aussi plus sigets que les autres artisans, au choléra, qui, en temps d'épidémie, les atteint Assez souvent les premiers ; chez eux les rechûtes sont fréquentes*

France, en Belgique, en Allemagne et en Amérique, tous les observateurs s*accordent à proclamer cette immunité. L'Angleterre seule fait exception, le bouilleur y étant aussi fréquemment atteint de pbtbisie que les autres ouvriers (i). Mais cette exception paraît tenir à des causes étrangères à la profession elle-même, puisque, dans les populations cbarbonnières des régions du Nord de la Grande-Bretagne, la pbtbisie se montre aussi rare que sur le continent. Les médecins Anglais, et en particulier, Alison, Cox, Wilson et Peacock, signalent comme causes, un travail disproportionné avec les forces, et les mauvaises conditions hygiéniques : malpropreté, intempérance et misère. Nous pouvons donc maintenir le fait de la rareté de la tuberculisation pulmonaire cbez le bouilleur.

Le docteur François (1857) a souvent observé, dans le bassin de Mons, des familles dont tous les membres avaient été emportés par la pbtbisie, à l'exception de ceux qui étaient employés dans les bouillères (2). Cette importante observation prouve d'une façon péremptoire, que le travail dans les mines de cbarbon, exerce une influence modificatrice, capable de lutter contre les causes constitutionnelles et extrinsèques de la pbtbisie. Cela explique comment le docteur Kuborn, après avoir établi qu'on rencontre seulement 1 pbtbisique sur 200 bouilleurs belges, a pu dire qu'il « serait

(1) Wilson ; Congrès international de statistique pour 1849- 1853, cité par Riche.

(2) Notes sur la phthisie pulmonaire parmi les ouvriers bouilleurs; Bull, de TAcad. de Méd. de Belgique, 1857, t. XVI, p. 553, cité par Riche.

presque enclin à envoyer ses phthisiques dans une bonne taille ».

En 1861 déjà, le docteur Demarquette avait signalé l'action salutaire de la houille sur la phthisie pulmonaire (1).

Aux mines de la Compagnie d'Anzin, il y a eu, eu 1874, 29 décès par phthisie tuberculeuse sur 11988 ouvriers du fond, soit : 2,5 p. 1000.

Cette mortalité n'a pas été à beaucoup près la même dans chacune des sept divisions de la Compagnie. A Denain, Saint- Vaast, Anzin, Hérin, etc., où les mineurs subissent l'influence de l'agglomération en corons (cités ouvrières), avec ses fâcheuses conséquences physiques et morales, on a compté 26 décès par phthisie sur 6691 ouvriers, soit 3,88 p. 1000 ; tandis que Vieux-Condé, Fresnes, Abscon (2), etc., où il n'y a point d'agglomération, et où un grand nombre d'ouvriers occupent leur demeure propriétairement, n'ont fourni que 3 décès sur 5297 ouvriers, soit 0,56 p. 1000.

On pourrait objecter que les ouvriers du fond sont des hommes choisis, puisqu'ils sont soumis à un examen médical avant leur admission dans les travaux. Mais les militaires, qui, eux aussi, ont subi une visite préalable, offrent une mortalité par phthisie, bien supérieure à celle de 2,5 p. 1000, moyenne générale de la Compagnie d'Anzin ; leurs décès seraient de 4 à 5 [Laveran (i)], 5,3 [Godelier (2)], et

(1) Moniteur des Hôpitaux, 1861.

(2) La majorité des ouvriers d' Abscon sont disséminés dans les villages voisins.

(1) Ann. d*hyg., 2« série, t. XIII, p. 241.

(2) Mémoires de médecine militaire, t. LIX.

même 6 [Trëbuchet (i)] pour 1000, sans cependant tenir compte des réformes et des congés.

Cette immunité relative du houilleur à Tégard de la phthisie serait-elle due à l'influence de l'imprégnation de l'économie par les dérivés de la houille ? C'est ce que des observations ultérieures permettront peut-être de prouver.

Parmi les infirmités auxquelles est sujet le mineur, nous mentionnerons l'asthme, dont sont atteints presque tous les anciens ouvriers, et dont Gravis et de Saint-Moulin (2) ont signalé l'analogie étiologique avec l'anémie, en rapportant les bons eflBts qu'ils avaient retiré du traitement de cette affection pulmonaire par les ferrugineux (s). Cet asthme, qu'on ne doit point confondre avec l'emphysème pulmonaire dû au poussier, n'est pas accompagné de crachement noir, ainsi que nous l'avons observé. Il serait causé, suivant nous, par l'absorption et l'élimination pulmonaires des dérivés de la houille.

Bien que robuste, le houilleur vieillit généralement avant l'âge.

En dépit et peut-être même à cause des dangers inhérents aux travaux des mines, le houilleur, naturellement brave jusqu'à l'insouciance, est fort attaché à son métier, à ses mines et à ses foyers ; il est peu apte aux travaux du jour, et professe pour les autres artisans un dédain comparable à celui du marin pour le terrier.

(1) Ann. d'hyg., 2« série, t. VII et IX.

(2) Précis historique etc.; manuscrit, Fresnes, 6 février 1805.

(3) Ayant eu, en 1875, à traiter un houilleur asthmatique, nous avons obtenu, par remploi du fer à petites doses, un succès qui confirme la justesse de cette observation.

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