‹ De L'Anemie des Mineurs dite D'AnzinChapitre 44 sur 46 · MANUSCRITS ORIGINAUX INÉDITS · texte numérisé non relu

MANUSCRITS ORIGINAUX INÉDITS

Opinion du médecin et du chirurgien des mines de Fresnes, sur la cause des maladies qui affectent un grand r ombre d'ouvriers ; et un exposé succint des moyens qu'ils ont employés pour les combattre.

Quoique comparativement aux établissemens d'anzin et de Vieux-Condé, celui de Fresnes ait toujours fourni un nombre plus considérable de malades, jamais, ni dans le nombre ni dans Tespéce des maladies, il ne s'est rien offert d'aussi considérable et d'aussi alarmant que celles de cette année.

Nous avons observé, que les maladies qui régnent à fresnes depuis prés d'un an, n'ont jamais paru dans les autres établissemens , que les ouvrages de fresnes sont aussi faciles a travailler que les autres, que par conséquent la fatigue ûe pouvoit être considérée comme cause

principale, nous avons pensé que Tair et les eaux étoient la source des désordres, vraiment extraordinaires, que nous avons remarqué dans la santé de la majeure partie des ouvriers.

dans tous les temps, les eaux qui abreuvoient les ouvrages du fond, ont, par leur mauvaise qualité, causé des inflammations aux mains et aux pieds des ouvriers ; souvent même il en résultoit des éruptions pustuleuses, qui les faisoient horriblement soufirir, mais elles bornoient là leur ravage Jamais on n'avoit observé qu'elles attaquoient le principe de leur existence.

mais aujourd'huy que ces eaux semblent être saturrées au plus haut degré, de substances corrosives (puisque les ouvriers disent qu'une seule goutte de ces eaux reçue sur une partie du corps, suffit pour produire une pustule) elles entrent facilement en fermentation par la grande chaleur qui existe dans les galeries de la mine et qui est produite par l'union de l'eau avec l'acide sulfurique et développent un gaz pernicieux qui se répand dans l'athmosphére et le vicie ; les ouvriers en reçoivent les fatales impressions, tant par la respiration que par les pores de la peau et occasionnent les désordres cy après.

Simpthomes de la maladie.

Le malade ressent d'abord de la gène dans la respiration qui est bientôt suivie d'une prostration de force et de douleurs très vives au creux de l'estomac, les coliques d'entrailles succèdent et deviennent souvent si violentes qu'il faut plusieurs personnes pour le contenir, elles durent dix a douze jours ; il y a quelques malades chez qui elles ont duré un mois ; chez tous le ventre étoit météorisé et les déjections noires et vertes ; lorsqu'elles

se calment, le pouls est foible, concentré et très accelléré ; les anxiétés augmentent, le cœur éprouve des palpitations si fortes qu'on en apperçoit les mouvemens à Tœil ; ces simptomes sont généreaux chez tous les malades, son teint est entièrement décoloré, il maigrit, ses forces se perdent, il éprouve des maux de tête affreux, le moindre bruit, la plus foible lumière lui sont insuportables, il y a des déffaillances fréquentes, la figure et les jambes sont œdématiées, il tombe enfin dans un état de maigreur et de consomption.

dans le principe nous avons employés les doux évacuans, les lavemens, les bains, le sel de tartre, l'opium, le camphre, le vin, le quinquina, la diète analeptique etc. Dans les premières coliques, nous prescrivions outre les lavemens, les bains, les fomentations et les frictions, une mixture composée de nitre de Kermès d'opium et quelquefois du camphre, dans l'espérance de favoriser la transpiration et remédier ainsi à l'atonie des vaisseaux et des glandes de la surface ; nous avons fait aussi, il y a environs neuf mois, notre rapport à Monsieur Renard, agent général des mines, sur les causes de cette maladie dont tous les simptomes étoient communs a tous et occasionnés par une seule et même cause déjà décrite, et qu'il etoit urgent d'en prévenir les suites funestes en cherchant par une amélioration dans les tra veaux à en détruire la cause et a soustraire les malheureux, a une mort presqu'inévitable, les ouvrages qu'il ordonna à cet effet et dont le but principal étoit d'augmenter le courant d'air, n'ont pas produits le résultat qu'on en esperoit.

11 est remarquable que les accidens primitifs de cette cruelle maladie reparoissent avec plus de fureur les derniers jours de la vie de ces malheureux et que les trois sujets qui y ont succombé souffroient cruellement de colliques d'entrailles à leurs derniers momens. Le ventre étoit aussi météorisé et les déjections purulentes.

Il est bien à craindre que la plupart de ces ouvriers qui sont atteints de cette maladie, n^épprouvent le même soi*t.

Fresnes le 4. Ventôse an 12.

Signé : Gra^vis Demoulin, De S*-Moulin.

chirurgien.

Pour copie certifiée conforme à Toriginal représenté et à rinstant remis.

Valenciennes, 28 décembre 1876.

Le Maire, Signé : Bultot.

Ck)nsultation sur les causes et moyens curatifs d*une maladie qui s*est manifestée dans Tetablissem^ des mines ue • • . • •

L'espèce de maladie dont les ouvriers des mines de

charbon de pierre de ont été attaqués Tan

onze, me parait, diaprés la mémoire à consulter, tenir du caractère de la colique des peintres.

« Premier Etat, respiration gênée, prostration des «• forces, douleurs très vires au cœur et à l'estomac, teint •• entièrement décoloré traits du visage décomposés.

«» Second Etat. Colique d'estomac et des intestins très «• fortes, de la durée de 10 à 12 jours au moins, quel- * ques fois d'un mois, ventre météorisé, déjections tantôt •• noires, tantôt vertes, pouls faible, concentré et très « accéléré, maigreur, abattement considérable des forces «♦ musculaires.

«» troisième Etat. Excès de faiblesse, anxiétés contî- M nuelles, palpitât ion considérable, coliques affreuses, météo-

« rismes, déjections purulentes, douleurs de tête aiguës

* et au moindre bruit plus vives : maigreur extrême ;

* horreur de la lumière ; œdèmes des extrémités infé- «♦ rieures et du visage ; marasme ; fièvre lente ; mort.

Il parait que le siège de la maladie est dans Testomac et particulièrement les intestins ; la salive étant imprégnée des vapeurs méphitiques renfermées dans les gallerîes agit immédiatement sur les deux viscères les irrite et les enflamme ; par simpathie le cœur et le cerveau sont en même tems affectés avec force.

Les principes de cette funeste maladie sont P La vapeur méphitique, sans cesse renouvellée dans les galleries par les exhalaisons qui sortent des fentes du rocher ou de la mine, ou qui s'élève de l'espèce d*eau minérale filtrée à travers la mine, et accumulée dans les galleries. 2° Le manque d'air nécessaire pour enlever les vapeurs nuisibles et pour substituer à Tair méphitique un air pur.

Les principes de la maladie étant connu, il faut songer à lés combattre avant de proposer les remèdes qu'on juge par analogie les plus propres à dompter la maladie (espèce de maladie inconniie chez les mineurs de charbon de pierre, de rive de Giers, département de la Loire, où les galleries en exploitation sont très profondes.)

pour prévenir la maladie V faire des puits en assez grand nombre pour que l'air passe avec rapidité de l'extérieur dans l'intérieur delagallerie et de là s'échappe avec la même force par un autre puit opposé. 2® Enlever à l'aide de la pompe à feu, toute l'eau filtrée et en stagnation dans les galleries. 3^ corriger autant qu'il sera possible l'action des vapeurs méphitiques, à mesure qu'elles sortent des parois de la gallerie, par la vapeur provenant du mélange de l'acide vitriolique, versé sur du sel marin et de la manganèse ; par l'irrigation du sol de la gallerie avec le mélange de parties égales d'eau de vie et de vinaigre, au moment que où les ouvriers entrent dans les galleries. 4^ dimi-

nuer la disposition des téguments et des poumons à recevoir la fâcheuse impression des gaz - méphitiques, en engageant chaque ouvrier avant de descendre dans la mine, et au sortir des galleries, de se laver le corps avec une forte infusion de feuilles d'absynthe : de boire demie verrée de vin de quinquina ; et lorsqu'ils sont après travailler de sentir souvent le mélange de parties égales d*eau de vie et de vinaigre. On aura encore ratteation de recommander aux ouvriers de ne point toucher les eaux qui se filtrent à travers les parois des galleries, et qui s*y accumulent, de ne pas manger dans les galleries et par conséquent de n*y apporter aucune substance nutritive et de prendre toujours leurs repas hors de la mine et dans des endroits bien aérés et éloignés du minerais.

Si malgré toutes ces précautions, les ouvriers étaient atteints de la maladie, je conseille la méthode suivante pour corriger les fâcheuses impressions des vapeurs méphitiques sur le système nerveux, Testomac et les intestins ; car il est inutile d'attendre de la nature la guérison. la violente action de ces vapeurs sur le système nerveux rend les efforts de la nature impuissants, ici comme dans dans les fièvres intermittentes pernicieuses, il faut dès les jers jours employer les remèdes les plus efficaces, autrement ils deviennent inutiles, on emploiera donc dès le 1«^ ou le 2« jour de la maladie ,

1**. 12 ou 20. sang-siies aux cuisses, on laissera couler des morsures des sang-siies au moins 8. onces do sang, il ne faut pas écouter ici la prostration des forces et la petitesse du pouls, ces signes sont trompeurs.

2®. Quinquina en poudre. . . . deux onces Eau deux livres

faites bouillir jusqu'à réduction d'une livre passée , adoucissez avec du sucre, à prendre en 3. verrées ; une heure entre chaque verrée.

3®. fomentez sans cesse tout le ventre avec une forte décoction de racine guimauve a peine tiède.

4®. entre chaque verrée de décoction de quinquina une verrée ou deux de bouillon de grenouilles.

5*. trois heures après la dernière prise de décoction de quinquina faites prendre le mélange suivant.

huile d'olive ou d'amandes la plus récente — 4 onces sirop de guimauve, égale quantité, mêlés exactement, et longtems ; deux ceuillerées à bouche de demie en demie heure, si le malade a de la disposition à vomir ; toutes les heures une ceuillerée.

6®. Lavement d'huille d'olive sans aucun mélange ; un de 3. en 3. heures.

7". Bouillon de grenouilles pour seule boisson et nourriture.

8®. Couvrez les pieds d'un cataplasme de riz ou l'on aura délayé moutarde en poudre, 1. ou 2. onces. Continuez l'usage de ces remèdes les 8. premiers jours. Ensuite diminuez la dose du quinquina et du mélange d'huille et de sirop de guimauve, à mesure que les symptômes diminueront, si cette méthode ne réussissait pas, on tenterait auprès d'autres malades, aussitôt après l'application des sang-sues, les purgatifs légers tels que la manne, la casse, les follicules de senne, pendant l'effet de ces purgatifs, les lavemens de décoctions de graines de lin, où l'on aurait fait fondre de la manne ou de la casse, les fomentations continuelles sur le ventre de décoction de guimauve ; le bouillon de grenouilles pour unique boisson ; après avoir fait usage de ces remèdes, 6. jours consécutifs , on emploierait la méthode précédente, mais avec la réserve de ne faire prendre chaque matin l^. qu'une once de quinquina en décoction dans une livre et demie d'eau jusqu'à réduction de moitié ; 2®. qu'une ceuillerée à bouche par heure du mélange d'huile d'olives et de sirop de guimauve.

Je ne suis point d'avis d'essayer les forts purgatifs et les

violents émétiques, comme on a coutume de le pratiquer à la cbarité de paris pour la vraie colique des peintres.

Arrosez souvent la chambre du malade de parties égales d*eau de vie et de vinaigre ; qu1l respire Tair le plus pur possible. Qu*il s*abstienne de toute espèce de nourriture, tant que les douleurs d'entrailles subsisteront qu*il ne boiveni vins ni liqueurs.

Signé : Jilbt, med. prat.

Pour copie certifiée conforme à l'original représenté et à rinstant remis.

Valenciennes, 28 décembre 1876.

Le Maire, Signé : Bultot.

Avis de M. le Professeur Chaussier

Le mémoire sur lequel on demande notre avis présente des objets distincts et également importans, savoir I^ determiner la nature et le traitement d'une maladie grave et opiniâtre qui, depuis l'été dernier, a attaqué plus de cinquante ouvriers qui travaillaient dans la galerie d'une mine de charbon de terre ; 2^ déterminer les causes de cette affection afin de pouvoir prévenir de semblables accidens, et reprendre par la suite l'exploitation de cette galerie.

§ 1. Nous ne nous occuperons pas dabord à déterminer d'une manière précise la cause de la maladie ; il nous suffira en ce moment de remarquer que très assurément cette cause existe dans cette galerie, puisque l'exploita-

tion des mêmes veines dans une galerie voisine ne produit aucun accident aux ouvriers qui y travaillent : admettons donc, pour le moment, comme démontré que l'altération de Tair contenu dans la galerie, ou de Teau qui y suinte est la cause de la maladie, et examinons, ce qui est d'un intérêt plus pressant, qu'elle est la nature de la maladie, quel doit en être le traitement.

en rapprochant , en analysant les differens symptômes que Ton a rapportés dans le mémoire, nous y reconnaissons trois temps très distincts qui, quoique dépendants de la même cause première, indiquent des différences très essentielles dans le traitement

1 ®' temps : invasion de la maladie caractérisée par la gêne de la respiration, la prostration des forces, des douleurs vives à l'estomac, puis des douleurs intestinales très violentes qui durent 10, 12 jours, quelquefois 1 mois et qui toujours sont accompagnées de meteorisation de l'abdomen, de déjections alvines noires, vertes et sans doute fœtides, quoiqu'on n'en fasse pas mention dans le mémoire.

2®"*« tems : Lorsque les douleurs abdominales se calment, le pouls est faible, concentré, accéléré, il y a augmentation des anxiétés, et des palpitations de cœur très violentes

3eme {^^^ . iq iq[^^ devioot liave, décoloré ; il y a douleur de tête affreuse, des défaillances fréquentes ; la lumière la plus faible, les sons fatiguent, il y a bouffissure de la face, œdematie des pieds, maigreur extrême, consomption, et enfin reapparition des accidens primitifs, meteorisation de l'abdomen et déjections purulentes suivies de la mort.

très assurément il existe encore dans la marche et le développement de cette maladie quelques autres symptômes dont on ne fait aucune mention dans le mémoire, il doit surtout y avoir un changement dans l'état de la peau, de la langue, de l'œil, la nature de l'urine, etc.

mais (|uoiquil en soit, l*ordre, la soric de ces divers symptômes qui se succèdent d*une manière si remarquable indiquent déjà au médecin Taltcration d*un organe essentiel sur l'^quel la cause matérielle de la maladie exerce une impression première, et en comparant ces symptômes avec ceux que Ton observe dans quelques autres cas, nous y appercevons une certaine analogie. 1^ — avec cette espèce de colique qui attaque le souvriers occupés de quelques préparations de plomb 2* — avec quelques espèces de cette affection particulière aux vuidangeurs des fosses d*aisance, et que Ton a compris sous le titre trivial de ploinb. Sans doute, il y a de grandes différences entre ces maladies pour leur durée, Tintcnsité des symptômes, la tendance & la terminaison ; mais en y faisant attention, on reconnaît que ces différences de|)endent uniquement de Tintensité de la cause matérielle qui produit la maladie, de son mode particulier dlmpression, d*action ; mais on y retrouve essentiellement le même siège, Talteration primitive des mêmes organes.

Il suflit d*indiquer ces objets dont le développement serait trop long et qui d'ailleurs ne peuvent être bien saisis que par le médecin praticien, i)our fixer Inattention sur le siège essentiel de la maladie et le mode de traitement qui y convient.

Il nous parait donc que la maladie des ouvriers de la mine de charbon dépend essentiellement d*un gaz, miasme ou vapeur qui non seulement est portée dans le poumon par la respiration, mais qui encore parvient à Testomac par la déglutition, et que là elle y exerce d*abord une impression bien caractérisée par tous les symptômes qui forment le 1®*" temps de la maladie.

ceux qui comi)osent le second et le 3*°*^ tems de la maladie présentent une série d'accidens nerveux, Textenuation et Tepuisement de tous les tissus et nous paraissent une suite de Talteration successive de tous les organes de Fabdomen.

d'après ces considérations, nous pensons que le traitement doit se rapprocher de celui que Ton employé avec succès dans les coliques métalliques et dans le plomb des vidangeurs ; qu'ainsi les moyens curatifs doivent consister dabord dans l'administration des vomitifs, des purgatifs associés, à cause de la meteorisation de l'abdomen, avec des huileux, il faut aussi insister sur des lavemens avec l'huile et le vin, employer dans le second temps des sudorifiques doux associés aux laxatifs : des bains de vapeurs avec des plantes aromatiques etc..

les fomentations emollientes, les frictions huileuses camphrées appliquées sur l'abdomen seront utiles surtout dans le 1®' temps ; mais si l'on n'a pas déterminé l'évacuation de la matière portée dans l'estomac, si on n'a pas fait cesser l'impression qu'elle y a produite, tous les moyens nous paraissent peu efficaces, comme on l'a malheureusement éprouvé sur ceux qui sont morts ; et dans le troisième tems, il nous parait qu'il ne reste plus gueres d'autre ressource que l'usage des bains de vapeurs, des eaux minérales gazeuses coupées avec le lait, ou de quelque infusum et decoctum tonique coupé avec le lait, cependant comme le foyer et le siège de la maladie existe toujours dans l'estomac et les intestins, peut être il serait convenable encore avant de passer à ces moyens d'employer à petites doses l'ipecacuanha.

tel est le plan gênerai de traitement qui ne peut être dirigé que par un médecin sage et habitué à observer les changemens que les remèdes, la saison et le régime peuvent apporter.

§ IL maintenant qu'il est bien démontré par la nature des symptômes que la maladie exerce son impression première sur l'estomac, il s'agit d'examiner plus particulièrement quelle est la nature de cette cause qui se trouve dans la galerie de charbon de terre.

P est-ce Teau qui suinte des parois [de là galerie, se

ramasse dans son fond? on dit bien dans le mémoire que ces eaux causent des inflammations aux pieds et aux mains, quelquefois même, dit-on, des éruptions pustuleuses très douloureuses* mais ces accidents ne dépendent ils pas simplement de Faction de Thumidité sur la peau f avant de prononcer sur ce point, il aurait fallu examiner, analyser ces eaux, nous dirons seulement qu*il nous paroit i)eu vraisemblable que cette eau puisse contenir des substances assez acres pour causer des inflammations & la peau ; mais si elle séjourne, elle peut devenir cause et moyen de la formation de gaz ou vapeurs très dangereuses comme on le voit dans quelques fosses d*aisances.

2^ Serait - ce parceque les proportions d*oxigène et d*azote ne seraient pas les mêmes dans la galerie t cela ne parait pas vraisemblable encore puisque les travaux que Ton y a fait pour y recouveller Tair n*ont pu contribuer à Fassainir. d*ailleurs pour décider ce point, il n*y a qu*À faire Tanalyse d'une portion d*air pris dans cette galerie. d*ailleurs, comme on le remarque expressément dans le mémoire, ceux qui travaillent dans cette galerie y éprouvent en même tems gène de la respiration, chaleur et fatigue, ce qui dépend moins de Falteration des proportions des parties constituantes de Tair, que de son mélange accidentel avec un gaz, ou une autre substance aèriforme, comme nous avons eu plusieurs fois occasion de Tobserver dans différons souterrains, et surtout à clermont.

3** il nous parait beaucoup plus vraisemblable que la cause de Talteration est un gaz particulier qui se forme dans cette galerie, et qui peut être du à la disposition, à rinclinaisoD, aux ouvertures de cette galerie, peut être à la pente de Teau, à sa filtration, à son se^jour, entre les bancs et filons du charbon, mais comme on ne trouve dans le mémoire aucune indication particulière propre à fixer notre opinion sur ce point, nous ne pouvons prononcer d'une manière positive, mais nous engageons a exa-

miner avec soin tous ces objets et à nous en faire part. Nous ajoutons aussi qu*il serait important de faire aviec beaucoup de soin l'ouverture et l'examen des cadavres de ceux qui périraient des suites de la maladie.

Paris, ce 3 germinal an XII.

Pour copie certifiée conforme à l'original représenté et à l'instant remis.

Valenciennes, 28 Décembre 1876.

Le Maire, Signé: Bultot.

L'observation conteniie dans le mémoire qui m'a été remis m'a paru d'une grande importance, j'ai jugé qu'elle présentoit les caractères d'une aflTection causée par l'action d'une substance nuisible de la nature des gas, portée dans le corps par l'intermède de l'air ou de l'eau, et exerçant sa principale action sur les voies alimentaires. J'ai cru, avant de repondre devoir recourir aux lumières de mes confrères, et j'ai spécialement reclamé celles de M. Chattssier qui s'est occupé d'une manière particulière des eflTets que les gas délétères introduits par toutes sortes de voies produisent dans l'œconomie animale, je joins ici l'avis qu'il a bien voulu me remettre et que j'adopte complettement. je ne répéterai point les réflexions qu'il a faites, mais j'en ajouterai quelques unes qui, ou les confirment, ou y joignent quelques considérations dont il est possible qu'il résulte quelque utilité.

La double analogie avec les coliques métalliques et

Taffection appelée plonib par les vidangeurs, analogie sur laquelle M. Chaussier établit les indications qui doivent régler le traitement, me paroit une considération essentielle, et ce dont j*ai été témoin, en suivant divers malades attaqués de Tasphyxie que causent les fosses d*aisance et de ses suites, me fait penser que cette dernière ressemblance est encore plus exacte que celle des coliques métalliques.

J*ai vu, et j*ai eu occasion d*en donner une description assez détaillée dans des recherches, publiées par ordre du gouvernement, sur la nature et les effets du mephittsme des fosses d'aisance^ j*ai vu dis-je les suites de cette asphyxie des fosses, se présenter sous deux formes très différentes en apparence. Tune aigûe, Tautre chronique, celle-ci , très opiniâtre, se manifeste surtout lorsque l'affection désignée sous le nom de plomb se transmet d'un homme à un autre par une émanation qui semble se faire jour par éructation, l'homme qui en a été affecté, et dont j'ai donné l'histoire dans les recherchesdont je viens de parler, a dabord éprouvé de fortes angoisses dans l'estomac et dans la respiration, des douleurs vives, et des convulsions semblables à celles du tétanos, et à quelques égards à des accès epileptiques. il a vomi le second jour des matières noires et fétides, les douceurs intestinales ont au bout de quinze jours été remplacées par une éruption de plaques rouges, accompagnées de démangeaisons terribles, celles ci se sont changées en une toux convulsive accompagnée de douleurs violentes dans l'estomac ou plustôt dans la région du diaphragme, aucun adoucissant, ni les narcotiques eux mêmes ne procuroient de soulagement, les sinapismes seuls ont apporté quelque calme en renouvellant les rougeurs, et alors seulement les narcotiques sont devenus utiles, les sudoriflques ont été sans effet et l'am* moniaque a paru nuisible, les mêmes éruptions se sont remontrées à plusieurs reprises les années suivantes et

avec les mêmes symptômes, et se sont terminées par des douleurs axes dans les chairs des membres et spécialement dans le gras dune jambe; rien ne pouvoit les calmer, enfin ce dernier symptôme après avoir résisté à tout, a cédé entièrement à un traitement mercuriel par frictions, quoique Tetat antérieur du malade n'offrit aucune trace, et ne parut donner lieu à aucun soupçon fondé de maladie vénérienne soit récente soit invétérée, cet homme robuste et vigoureux a été entièrement rétabli.

en rappelant cette histoire remarquable, je ne prétends point la présenter comme parfaitement semblable à celles dont on nous a offert le tableau ni en conclure qu'un traitement pareil doit être employé, cependant de part et d'autre c'est une affection chronique rebelle contractée au milieu d'émanations nuisibles ; de part et d'autre la scène des symptômes s'est d'abord établie dans les voies gastriques et intestinales puis a alterné ici entre ces organes, ceux de la respiration, l'organe cutané et a causé aussi des douleurs dans différentes parties; de part et d'autre les moyens que suggèrent les indications apparentes sont éprouvés inutiles ; ce sont bien là quelques traits d'analogie.

il est sur que la raison indique de porter la principale action des remèdes sur les voies intestinales, que l'expérience des hommes qui travaillent aux vidanges apprend que la plupart du tems leurs asphyxies n'ont point de suites durables, quand, après les avoir ramenés à la vie, on provoque des vomissemens sufllsans. il est sur que l'exemple des coliques métalliques prouve que le véritable traitement des maladies causées par des substances irritantes produisant ces spasmes douloureux dans les voies intestinales consiste dans l'administration des évacuans, souvent portés jusqu'à un point d'exagération qui effrayeroit dans toute autre circonstance, et alternés avec les calmais les toniques et les narcotiques ; il est sur que les

sadoriflques alliés aux doux evacuans et aux toniques paroissent ensuite les remèdes les plus propres à terminer le traitement, et que dans le cas de consomption Tasso* dation du lait à ces derniers remèdes semble parCaitement indiquée.

mais si, comme il n*est que trop à craindre à présent, quMl s*est écoulé un tems assez considérable depuis le commencement de la maladie, si, dis je, cette méthode sage et bien proportionnée à la théorie la plus probable du mal se trouvoit inefficace ; Texemple que j*ai cité autoriseroit à tenter d*autres moyens, tels que les sinapismes et les autres irritans capables de favoriser des éruptions critiques, les narcotiques unis aux sudorîflques ; les eaux thermales en boissons, en bains, et en étuves deviendroient d*un usage praticable si Ton pouvoit placer ces infortunés ouvriers dans les hospices établis près des Eaux miné* raies thermales les plus voisines du lieu, comme celles à'aiX'la-Chapelle , ou même S^mand, moins éloigné encore de Tendroit où est située la mine, on pourroit aussi, en supposant que le succès de ces moyens ùxt absolument nul, tenter Teffet d*un traitement mercuriel uni aux sudorîflques, dans les malades dont les forces et Tetat permettroient cet essai, des observations modernes semblent prouver que ce genre de remède n'a pas été sans efficacité, même dans des maladies aigiies dont Torigine etoit attribuée a des miasmes, et aux communications d*un air infecté et contagieux.

nous ne pourrions gueres supposer raisonnablement que la cause à laquelle 11 semble qu*on peut attribuer cette maladie, après avoir produit tant d'altération dans les corps ; ait conservé tellement sa nature qu'on puisse se flatter d'agir sur elle daprès les principes d'une théorie chimique, cependant dans l'impuissance supposée des autres moyens, il n'y auroit aucun inconvénient à essayer sur quelques malades la respiration du gaz oxygène ; et si

l'effet presentoit quelques résultats heureux, à étendre cet essai aux autres malades semblablement affectés, enfin pour ne rien laisser en oubli dans un cas ou nous ne sommes nullement surs de réussir par les moyens ordinaires, je dirai que deux fois dans des céphalalgies et des douleurs rhumatismales vagues, opiniâtres, suites d'une affection contractée dans un amphithéâtre de dissections, après avoir fait beaucoup de tentatives inutiles, j'ai vu tous les accidens se détruire presque instantanément et sans retour par l'usage interne de l'acide muriatique oxygéné délayé dans une quantité d'eau sufllsante. en terminant ces reflexions, je me joindrai au citoyen Chaussier, pour exprimer mon regret de ce que, ayant eu déjà le malheur de perdre trois de ces malades, on n'ait pas fait scrupuleusement l'ouverture et l'examen de leurs cadavres ; par demander des détails ultérieurs sur l'état et les suites de la maladie qui affecte les autres ouvriers, et par recommander l'examen chimique de l'air et des eaux, des matières contenues dans la mine, et une description topographique exacte et comparée de la gallerie spécialement infectée, et des autres galleries qui n'ont point présenté de semblables inconvéniens.

ce 7. Germinal an XII

Signé : Halle Pinel.

P. S. on demande s'il peut y avoir quelque relation entre letat de la mine qui a causé la maladie de ces ouvriers, et l'accident qui a produit l'incendie des mines d'Anzin dont il a été parlé dans les journaux.

Pour copie certifiée conforme à l'original représenté et à l'instant remis.

Yalenciennes, 28 décembre 1876.

Le Maire^

Signé : Bultot.

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