ÉTAT SANITAIRE DE 1804 A
MANIFESTATIONS DE l' ANÉMIE ENTRE 1804 ET 1810: FOSSE SAINT-JEAN (VIEUX-CONDÉ), GROSSE-FOSSE (ANZIN), FOSSE DU VIVIER (FRESNES) ; EN 1810, FOSSE DES
RAMEAUX (fresnes). — Depuis l'épidémie de 1803- 1804, les renseignements sur la maladie jaune des mineurs font absolument défaut. « Nous ignorons — dit en effet Chomel (2) en 1833 — si des phénomènes sem-
(1) En terminant Thistoire de répidémie de Fresnes de 1803- 1804, mentionnons le mémoire de Jacobs (1805), « Considérations sur la maladie qui a régné parmi les ouvriers des mines de charbon de terre situées près de Valenciennes », où nous ne trouvons rien de spécial à noter.
(2) Dict, en 30 vol., Art. Anémie.
blables se sont souvent montrés . depuis cette époque, soit dans ce pays, soit ailleurs, dans des conditions analogues. 59
. Dans les recherches que nous avon s faites pour combler cette lacune, nous avons découvert de nou;velles manifestations endémiques et épidémiques, par l'étude des conditions pathogéniques desquelles npus avons cherché à élucider la cause et la nature de la maladie. :
. Un ; rapport de François Boissau, vérificateur des mines, en date du 17 octobre 1820 (i), constate que depuis l'épidémie d'anémie de 1803, « l'existence de la cause de cette maladie a aussi été reconnue à la fosse Saint-Jean au Vieux-Condé, et à la Grosse-Fosse à Anzin ; eUe a reparu dans la Petite- Veine et dans celle de la Toussaint (niveau de 203™) au Vivier (2) ; on a même cru la remarquer, il y a une dizaine d'années,, en 1810, aux Rameaux (3), mais comme on connaissait alors le mal, on y a porté remède quand on l'a bien voulu, et il n'en est résulté aucune suite sérieusement fâcheuse . Ce remède préservatif consiste en établissant un courant d'air rapide que l'on se garde bien de faire passer sur 'les ouvriers lorsqu'il est usé et échauffé. De sorte que toutes ces dernières apparutions n'ont pas produit ensemble la moitié du mal qu'on
(1) F. Boissau ; Rapport manuscrit sur ranémie ou maladie jaune, Fresnes, 17 octobre 1820.
(2) Fosse dans laquelle la chasse du couchant de la grande veine fut infectée en 1803.
(3) La fosse des Rameaux existait déjà lors de Tépidémie de 1803; elle avait été ouverte le jour des Rameaux en 1785. On y extrayait du charbon maigre anthraciteux.
avait éprouvé à la seule chasse précitée (du couchant) de la Grande-Veine » en 1803.
Le 6 août 1818, C. Caudron fils, de Condé, soutint à la Faculté de Paris une thèse intitulée : Tableau historique et description générale de la maladie décrite sous le nom d'anémie.... etc. Nous n'y trouvons aucune indication sur la maladie à cette époque. Ce travail traite exclusivement de l'épidémie de 1803.
ÉPIDÉMIE d'ANZIN DE 1811 A 1830 : GROSSE-POSSE
ET FOSSE DU CHAUPOUR. — M. Pantignies, ancien directeur du fond aux mines de Vicoigne, affirme que lors de son embauchage comme mineur à la Grosse- Fosse d'Anzin, le 27 octobre 1811, l'anémie y sévissait déjà depuis longtemps, et qu'elle persista jusqu'à la fermeture de cette fosse en 1830. Cela confirmé le dire de Boissau qui signalait l'existence de la maladie à la Grosse-Fosse avant 1810.
Nous connaissons un ancien mineur, âgé de 78 ans, dont 58 consacrés aux travaux du fond, qui travaillait à la Grosse-Fosse vers 1820. D'après les renseignements qu'il nous a fournis, l'anémie y affectait une forme abdominale analogue à celle observée au Vivier en 1804 ; elle y était accompagnée d'éruptions cutanées semblables à celles des mineurs de la fosse Bonnepart, où il a aussi travaillé.
La maladie revêtit la forme épidémique. Une quinzaine de malades en moyenne se rendaient chaque jour à la consultation médicale.
L'anémie atteignait particulièrement les hercheurs, ouvriers qui charrient le charbon, surtout ceux d'entre eux qui travaillent aux remblais dans les anciennes galeries mal aérées.
Le courant d'aérage descendant par le puits d'extraction d'une fosse voisine, dite du Verger, alimentait la fosse du Chaufour et la Grosse-Fosse, où il passait sur les tailles en exploitation pour remonter au puits d'extraction, en longeant la voie dans laquelle travaillaient les hercheurs. L'air respiré par ces ouvriers était donc chargé des émanations des tailles.
De cette fosse, on retirait delà houille grasse et môme de la houille maréchale. Sa profondeur, d'à peu près 430°*, était moindre que celle des fosses voisines : Verger 456"* et Tinchon 470°* environ. L'odeur de l'air n'y était pas sulfureuse, mais spéciale, analogue à celle des huiles minérales servant à l'éclairage. LjBi seule différence importante qui distinguât cette fosse des autres, était la haute température régnant dans ses galeries.
Pendant les dernières années de l'exploitation' de la Grosse-Fosse, le nombre des malades diminua par suite de l'amélioration apportée à la ventilation.
Des cas d'anémie se sont aussi manifestés vers la même époque à la fosse du Chaufour, 400" (houille maréchale à courte flamme), qui était en communication avec la Grosse-Fosse. Nous avons pu retrouver une ancienne hercheuse, âgée de 72 ans, qui travailla au Chaufour de 1809 à 1820 ; ses renseignements mentirent que la maladie s'y comportait de la même façon qu'à la Grosse-Fosse.
Ces deux fosses étaient néanmoins toutes deux sujettes au grisou.
Comme pour tout événement qui a vivement impressionné ses témoins, la tradition populaire nous a transmis le souvenir de l'anémie de cette époque.
Les mineurs de là Grosse-Fosse eurent leur trouvère en la personne d*un garde-de*nuit infirme, qui, pour les distraire à leur sortie de la mine, à la veillée ou au cabaret, chantait une complainte de sa composition sur les péripéties de leurs travaux. Dans un de ses couplets qui nous sont parvenus dans toute leur naïveté première, il est fait allusion à Tanémie et aux éruptions cutanées de la Grosse-fosse.
«< Nous revenons de rGrossYosse, oùs qu'il n'y fait pas bon ; « Grand Dieu miséricord* ! j'ai les pieds pleins d'boutons. »
Venait ensuite ce refrain si philosophique qu'on répétait en chœur :
« Hélas, bon Dieu ! C'est l'état du métier ; « Vive lé carbonnier !»
§ 3. ÉPIDÉMIE DE FRESNES EN 1820 (fOSSE DES RAMEAUX). CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE LA FOSSE DES RAMEAUX
DÈS 1819 ; HISTOIRE DE l'épidémie. — . Eu août 1820, se manifesta à Frésnes une nouvelle épidémie, qui n'a pas été signalée jusqu'ici, et dont le foyer paraissait siéger dans la chasse du Levant de la Grande-Veine à la fosse des Rameaux (houille maigre anthraciteuse), niveau de 261"^, chasse qui se trouve dans la môme veine, à 46"* directement au-dessous de . celle de la fosse du Vivier, où sévit l'anémie en 1803. Gravis, chirurgien des mines, produisit, le 8 septembre 1820, un état d'après lequel il désignait vingt-et-un ; ouvriers attaqués de l'anémie, dont quatorze l'étaient pour la première fois. Boissau, vérificateur des mines, fut chargé par Renard d'examiner dans quel lieu les ou-
vriers avaient été infectés , afin; d'aviser aux. moyens d'empêcher que le mal fit de plus grands progrès. C'est des rapports du 17 et du 20 octobre déjà cités, rédigés après se8 tournées d'inspection dans les fosses, que nous extrayons les détails qui suivent.
Dès le 22 juin 1819, bien qu'il n'y eut pas encore d'ouvriers de cette chasse désignés comme étant attaqués de l'anémie, on s'apercevait déjà que l'air y était chaud et malsain. D'après l'inspection des travaux de la fosse des Rameaux, en date du 22 juin 1819, et une note du 31 du même mois, signée par Boissau, vérificateur des mines, et Dernoricourt^ directeur des travaux du fond à Fresnes, ir avait été proposé: de suspendre en grande partie l'exploitation de la chasse du Levant, et de ne plus se servir dé la voie dû fond que pour le retour de l'air et; le passage des eaux d'une source supposée malfaisante qui existe dans cette voie. On avait en outre recommandé de charger Gravis d'examiner si, parmi les ouvriers des Ranaeaux et de Bonnépart, il n'en remarquait point d'anémiques.
Mais cette proposition fut annulée par l'eflfet d'une nouvelle proposition de Dernoncourt de maçonner la partie de la voie par où coulent les eaux malfaisantes ; de sorte que, non seulement on reprit l'exploitation là où elle avait été momentanément interdite, mais encore, de la chasse du Levant, reconnue malsaine, de laquelle, d'après les budgets d'août et de septembre, on devait extraire 37 tonneaux 1/2 de charbon (1) ; on en a extrait bien davantage, puisque dans les quatorze derniers mois, du 31 juin 1819 au 30
(1) Tonneaux de 6 hectolitres chacun.
août 1820, on en a tiré 23503 tonneaux, tandis que, pendant le même temps, on n'en a extrait au (Touchant que 7259. De plus, tout ce charbon a été herché (transporté) par la voie du fond qui, d*après la note de Boissau du 31 juin 1819, n'aurait dû servir qu'au passage de l'air et des eaux. Lies tailles en exploitation, et plus spécialement la voie du fond, étaient immédiatement situées au dessous de la voie de herchage du Vivier, où il y a eu, en 1803, une si grande quantité de malades.
L'air qui alimentait la chasse du Levant allait d'abord aux taillis, où se &isait une exploitation trop considérable ; il s'y chargeait d'émanations nuisibles, puis ensuite retournait, étant extrêmement échauffé et malsain, le long de la voie de herchage, où il passait encore sur la source d'eau que l'on supposait malfaisante.
Aussi n'est-il pas étonnant que les sept nouveaux malades de la fosse des Rameaux, et les trois autres malades du Vivier, venus depuis peu de cette première fosse, fussent sans exception tous hercheurs, c'est-àdire employés à transporter le charbon fraîchement extrait, à travers la voie du fond, dans laquelle l'air était vicié par les émanations provenant des taillis et de la source désignée comme malfaisante.
Des trois ouvriers occupés à la fosse du Vivier depuis un, trois et cinq mois, l'un d'eux, J.-B. Canon, était déjà malade avant de quitter les Rameaux pour venir au Vivier. Quant aux autres, on ne conçoit pas comment ni dans quel lieu de cette dernière fosse ils auraient pu être atteints de la maladie, attendu que l'air ne paraissait y être vicié par aucune émana-
tien nuisible. Âuraient-ilB pris aux Rameaux le germe du mal comme le pense Boissau ? Déjà en 1803, semblable fait avait été observé : la ,précaution qu'on avait prise de fermer la chasse du Couchant n'avait pu préserver aucun de ceux qui y avaient été ; plusieurs n'étaient tombés malades que trois et quatre mois après avoir été soumis à l'influence délétère à laquelle la maladie devait son origine.
Tout porte donc à croire qu'en 1820, le foyer principal du mal était localisé dans la chasse du Levant de la fosse des Rameaux, dans la Grande-Veine, près de l'ancien foyer d'infection de 1803.
§ 4. ÉTAT DE 1820 jusqu'à NOS JOURS.
CAS SPORADIQUES d' ANÉMIE A ABSCON (FOSSE LA
PENSÉE), 1825-1827 à 1859. — Vers 1825-1827 , il se montra de nombreux cas d'anémie grave parmi les mineurs de la fosse la Pensée, à Abscon (houille demigrasse). La maladie y persistait encore à l'état sppradique jusque vers 1859, et entraînait môme parfois la mort. On nous a cité le cas d'un hercheur d'une douzaine d'années, travaillant à la Pensée depuis deux ans, qui, vers cette époque, succomba victime du coupde-fosse.
De nos jours, le puits de cette fosse ne sert plus qu'à l'aérage et à l'épuisement des eaux des fosses voisines, Casimir Périer et Saint-Mark.
CAS d'anémie d'anzin, traité dans le service de
GUERSBNT ; NÉCROPSIE (CHOMEL), 1833. — En 1833,
Chomel (i) rapporte un cas d'anémie des mineurs parvenu à sa connaissance : « Un enfant de quatorze ans, qui mourut à l'hôpital des enfants malades (serv. de M. Guersent), dans un état tout à fait anémique, avait été employé pendant quelque temps dans une mine de charbon de terre à Valenciennes, où il avait contracté son affection.
« A l'ouverture cadavérique, tout était d'une pâleur extrême, la peau, les tissus membraneux et les parenchymes : les systèmes artériel et veineux, ainsi que les divers réseaux capillaires, étaient complètement décolorés, et contenaient, au lieu de sang, un liquide séreux à peine teint en rose. Il existait en outre une maladie du foie : cet organe, d'une texture assez dense, et onctueux au toucher, offrait une couleur de cire jaune, et laissait suinter à peine quelques gouttelettes d'un sang séreux. "