CHAPITRE IIT
ÉTIOLOGIE
Si nous envisageons cette maladie dans ses rapports avec la grossesse, nous voyons que presque toujours elles s'observe chez des femmes qui ont eu plusieurs grossesses en peu de temps, qui appartiennent en général à la classe malheureuse de la société, et sont exposées à ce que l’on appelle la misère physiologique; chez certaines d’entre elles, on a trouvé des lésions organiques congénitales, qui les mettaient dans un état d'infériorilé constitutionnelle, et elles étaient ainsi prédisposées à l’anémie grave par la défectuosité de leur système artériel.
« Et quand on réfléchit, dit M. Lépine, à ce que doit produire l’action combinée de ces deux facteurs, misère physiologique sous toutes ses formes, grossesses répétées, on ne peut guère s'étonner qu'ils suffisent à développer une anémie grave chez un sujet prédisposé. Entre celle-ci, relativement rare, se terminant souvent par la mort, et l’anémie légère, si commune après l’accouchement et la lactation (surtout chez les femmes qui ont été chlorotiques au moment de la puberté), il n'y à qu'une différence de degré et de terrain. »
Nous allons maintenant étudier les conditions étiolo-
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giques incriminées dans la maladie: ces différents facteurs ne sont pas constants, et leur présence à tous n’est pas nécessaire pour réaliser la maladie.
1° Influence de la misère physiologique.
Cette expression comprend loutes les causes qui peuvent contribuer à l’affaiblissement de la femme enceinte: mauvaise hygiène, fatigue, mauvaise alimentation, cha- ÉTINeS Glc:
La plupart des observations d'anémie grave compli-
quant la grossesse, ont trait en général à des femmes
ayant une condition sociale inférieure; l'alimentation insuffisante semble bien à M. Lépine une cause prédisposante, et 1l explique par le vice d'alimentation la prédilection de la maladie pour certaines localités de la Suisse. |
Les mauvaises conditions hygiéniques sont aussi en cause dans l'étiologie de cette anémie. C'est ce qu'avait bien vu Trousseau, lorsqu'il insistait sur le caractère particulièrement grave et rebelle au traitement « de cette anémie qui survient à la suite de faligues physiques démesurées, d'une mauvaise alimentation, d'un allaitement trop longtemps continué, et continué dans
de mauvaises conditions ».
2° Injluence des grossesses répélées.
Les grossesses répétées jouent un si grand rôle, que Gusserow avait été disposé à faire de cette anémie une affection spéciale à la grossesse. M. Hayem signale
aussi les grossesses répélées comme une des principales
causes. « Les conséquences de la parturition, ditl, sont surtout prononcées chez les femmes mal nourries, vivant dans des conditions misérables: elles sont surtout aggravées par les troubles dyspeptiques qui compliquent certaines grossesses. En général, les femmes ne sont pas des primipares. Elles ont eu des grossesses répétées à courts intervalles. Cependant, on peut voir la maladie survenir à l'occasion d'une première grossesse. »
Pendant la grossesse, le sang subit des modifications, puis, après l’accouchement, l'équilibre se rétablit, le sang revenant rapidement à son état normal; mais si la femme redevient très rapidement enceinte, l'organisme n'a pas le temps de réparer ses forces. Les grossesses répétées ont donc une influence déprimante imcontestable. Elles ne sont pas obligatoires pour la production de
l'anémie.
3° Rôle des hypoplasies vasculaires.
Signalées déjà en 1846 par Rokitanskv, à une époque où l'anémie dite pernicieuse n'était pas encore décrite. En 1870, Virchow insiste beaucoup sur les anomalies de l'appareil circulatoire dans la chlorose, qu'il rapporte plus volontiers à ces anomalies qu'aux allérations du sang. M. Hayem leur accorde un rôle moins grand; il montre que ces lésions ne sont pas constantes, mais il ne lui paraît pas Invraisemblable de croire qu'elles puissent êlre parlois par elles-mêmes une cause d'anémie. Aussi, 1} a observé chez plusieurs malades atteints de rétrécissement aortique d’origine inflammatoire, un état
du sang ressemblant à celui de la chlorose. « Toujours
Al
est-il, dit M. Hayem, que l'hypoplasie entraine la diminution de l'aire vasculaire, et par suite une réduction de la masse du sang, relativement au poids du corps. Il est donc permis de supposer que celte masse est insuffisante pour les besoins de l'organisme, et que loute usure globulaire peut devenir excessive à la faveur de l'hypoplasie vasculaire. » Ces hypoplasies créent donc un état organique spécial, un terrain favorable aux vices de nutrition, au développement de l’anémie. Assurément elles ne sont pas constantes, et Virchow leur donnait trop d'importance. Mais 1l est probable qu'elles existent souvent dans les anémies graves. C'est la conclusion de M. Hayem, qui dit : « Ces anomalies paraissent conslituer les traits caractéristiques des organismes faibles, arrêtés dans leur essor et par suite favorables à la réalisation de certaines maladies, particulièrement de l'anémie ».