CONTRE-INDICATIONS
Imitant en cela la plupart des médecins qui nous ont précédé dans l’étude et l’appréciation des moyens anesthésiques appliqués à l’art des accouchements, nous ferons prompte justice des diverses considérations de l’ordre purement religieux ou moral. Nous nous contenterons de rappeler qu’il s’est trouvé un certain nombre d’esprits timorés qui se sont préoccupés de la question de savoir si ce n’était pas méconnaître la volonté divine et offenser la morale que de chercher à supprimer la douleur que le Créateur avait imposée à la femme sur le point de devenir mère. La fameuse sentence, Parturies in dolore , se dressait devant leur mémoire, et ils considéraient la douleur comme une nécessité. Les contreindications de cette nature n’ont plus besoin d’être discutées, et pour ma part, je serais tout disposé à croire qu’on offense bien plus le Créateur quand on ne met pas à profit toutes les ressources que notre intelligence peut nous fournir pour le soulagement de nos semblables.
Je ne m’arrêterai pas davantage à cette considération que les douleurs de l’enfantement sont nécessaires au développement de la tendresse maternelle.
Que dire d’ailleurs de la nécessité physiologique de la douleur et des dangers que pourraient offrir les accouchements indolores , si ce n’est qu’on a fait là une confusion entre
les accouchements trop prompts et les accouchements d’une dorée ordinaire, dans lesquels la douleur est atténuée ou complètement supprimée. Or ces deux choses sont parfaitement distinctes ; et, alors même qu’elles présenteraient des analogies plus grandes, je ne serais pas encore très effrayé, car je ne suis pas de ceux qui redoutent extrêmement les résultats fâcheux d’un accouchement prompt et facile. Je crois, avec mon savant maître, M. P. Dubois, qu’on a beaucoup exagéré les dangers qu’il peut offrir. D’ailleurs, je le répète, ces deux choses sont parfaitement distinctes, comme l’a très judicieusement fait remarquer M. Danyau, dans la discussion qui s’est produite à la Société de chirurgie après la lecture du rapport de M. Laborie sur le mémoire adressé par M. Houzelot.
Quant aux dangers qui peuvent résulter de l’anesthésie pour la mère et le fœtus, nous nous en sommes occupé assez longuement pour n’y plus revenir. Je crois donc pouvoir dire, en résumé , que les contre-indications de l’anesthésie obstétricale sont à peu près les- mêmes que celles qui ont été déformées ailleurs pour l’anesthésie chirurgicale, à savoir :
1° Les maladies du cœur, des gros vaisseaux, des poumons et du cerveau.
2° Tous les états quipeuvent prédisposer à la syncope.
3° Une faiblesse excessive.
4° Les grandes pertes de sang, l’anémie.
5° L’épuisement et la prostration typhoïde qui résultent quelquefois d’un travail trop longtemps prolongé.
6° Une grande débilité, quelle qu’en soit la cause.
7° L’hystérie et l’épilepsie, à cause de l’influence fâcheuse de l’anesthésie sur ces affections observée par plusieurs médecins.
Enfin , dans quelques cas impossibles à déterminer d’avance, où les premières inhalations sont suivies de phéno-
mènes inquiétants, l’accoucheur devrait renoncer immédiatement à l’anesthésie.