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DES AGENTS ANESTHÉSIQUES

Je n’ai pas la prétention de traiter cette question, même d’une manière incomplète; il faudrait y consacrer des développements que ne comportent pas une thèse. Je désire seulement signaler brièvement les principales raisons qui ont fait préférer l’un à l’autre.

Les seuls anesthésiques qu’on ait jusqu’à présent appliqués à la pratique obstétricale sont l’éther, le chloroforme et l’amvlène. Le chloroforme est presque uniquement employé aujourd’hui : il a une action beaucoup plus rapide, plus complète et généralement plus persistante que celle de l’éther. D’après M. Simpson T de dix à vingt inspirations suffisent à produire l’effet désiré. 11 est beaucoup plus agréable, et les femmes le respirent plus volontiers, ce qui permet d’éviter la congestion qui résulte souvent, au début, de la suspension momentanée et volontaire des mouvements respiratoires. 11 ne donne presque jamais lieu à la première période d’excitation qu’on remarque avec l’éther. Le chloroforme a donc des propriétés plus puissantes; mais cette instantanéité et cette persistance des effets, qui en sont les caractères essentiels, sont aussi ce qui le rend une substance dangereuse, et, par ces propriétés mêmes, il expose plus que l’éther aux syncopes immédiates ou consécutives et à la mort.

L’expérience a, d’ailleurs, prononcé sur ce point d’une manière malheureusement trop péremptoire : les accidents pouvant être raisonnablement attribués à l’éther sont infiniment rares et ordinairement peu graves; au contraire, les

cas de mort subite par le chloroforme se comptent par dizaines. 11 était donc tout naturel de songer à réunir ces deux agents, l’éther et le chloroforme, dans l’espoir plus ou moins fondé d’obtenir un mélange (l’éthéro- chloroforme) qui possédât des propriétés intermédiaires à celles des deux éléments dumé lange ; c’est ce que faitM. Robert pour l’anesthésie chirurgicale, c’est ce que je serais tenté de faire pour l’anesthésie obstétricale, qui, dans beaucoup de cas, a besoin d’être prolongée très longtemps. Mais, avant de le proposer, j’ai voulu être en mesure de fournir les principales données préliminaires demandées avec beaucoup de justesse, dans la Gazette hebdomadaire (1853, p. 124), à propos des recherches faites par M. Cellarier sur les animaux, au moyen de l’éthéro-chloroforme.

1° L’évaporation des deux substances se fait-elle dans les mêmes proportions jusqu’à épuisement du mélange?

2° Le mélange, en supposant que ses proportions restassent fixes et invariables, mettrait-il à l’abri des graves accidents que produit parfois le chloroforme ?

L’expérience clinique pouvait seule répondre à cette dernière question. Les faits nombreux observés par M. Robert semblent donner une solution affirmative. Quant à la seconde, comme je n’ai rien trouvé dans les auteurs qui me permît de la résoudre, j’ai fait instituer quelques recherches par mon ami, M. Emile Duroziez, qui, en procédant avec toutes les précautions désirables, est arrivé aux résultats dont voici le résumé :

Si l’on mélange 55 grammes d’éther marquant — 63 avec la même quantité de chloroforme, dont la densité est représentée par 4- 149, les deux substances étant prises à une température de 11" centigrades, on remarque d’abord une élévation de température. Puis, si, bouchant immédiatement le mélange pour éviter l’évaporation, on attend qu’il soit

retombé à la température primitive 11’, et qu’on en cherche la densité, on voit qu’au lieu d’être égale à la moyenne des densités de l’éther et du chloroforme additionnées et divisées par 2, elle lui est notablement inférieure. Cette moyenne, en effet, est représentée par -+- 106, tandis que celle du mélange (éthéro-chloroforme) est égale seulement à -t- 99.

Si alors on laisse évaporer le mélange h l’air libre, on voit que :

Le mélange de. . . 110 gram. densilé (à 11° cent.) = 99

Évaporé et réduit à 95 — — = 102

Ce qui peut se traduire de la manière suivante :

La densité du mélange (éthéro-chlorof.) augmente àmesure que la quantité diminue ; ce qui prouve que l’évaporation des deux substances mélangées ne se fait pas dans les mêmes proportions. L’éther se volatilise plus vite que le chloroforme; par conséquent, en faisant inhaler les vapeurs d’éthéro-chloroforme, on administre plus d’éther que de chloroforme, surtout au début des inhalations, et au bout d’un certain temps, je ne sais pas exactement lequel, on finirait peutêtre par ne faire inspirer que de la vapeur de chloroforme à peine mélangée de celle d’éther : d’où la nécessité de renouveler souvent le mélange, si l’on veut ne pas être dupe d’une illusion, car l’aspect tout seul du liquide ne pourrait pas donner des indications suffisantes.

Resterait à fixer quelles seraient les proportions les plus convenables pour que le mélange produisît des vapeurs d’une richesse aussi égale que possible en éther et en chloroforme : c’est ce que le temps ne m’a pas encore permis de déterminer.

Il est un nouvel agent anesthésique, qui est en ce moment même mis à l’épreuve, je veux parler de l’amylène. Cette

substance a été employée pour la première fois à Londres, par M. Snow ; en France, elle a été appliquée deux fois à la pratique des accouchements, par M. Stoltz de Strasbourg, dans les premiers jours du mois de mars 1857. Il n’y a pas eu d’influence sur les contractions utérines. Les inhalations ont été faites à la deuxième période du travail. Dans les deux cas, elles ont produit l’anesthésie ; dans l’un, cependant, la femme a paru souffrir au moment où la tête passait à travers la vulve, mais revenue à elle, elle ne s’est souvenue de rin.

Dans le deuxiè me, il y a eu de l’agitation et de l’ébriété qui ont fait place à la résolution musculaire sans perte de connaissance; les battements du cœur fœtal sont tombés à 60, et le fœtus, extrait par le forceps, est né dans un état de mort apparente. 11 n’était point à terme.

Cette dernière circonstance d’un accouchement prématuré, jointe à la longueur du travail, a fait penser à M. Stoltz que l’amylène n’était probablement pour rien dans la lenteur des contractions utérines et dans le commencement d’asphyxie éprouvée par l’enfant. TylerSmitha aussi employé l’amylène dans le travail de l’accouchement; il dit que le retour de la sensibilité était presque instantané aussitôt qu’on enlevait le mouchoir. D’autres faits pourront seuls faire connaître la valeur de l’amylène; aujourd’hui nous signalerons seulement, comme une difficulté à la vulgarisation de l’emploi de ce nouvel agent, sa mauvaise odeur et le sentiment de chaleur qu’il détermine à la gorge.

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